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lundi 16 janvier 2012

De l'Outback à la Tasmanie


En reprenant la route ce matin, alors que je mangeais des cookies au chocolat trop sucrés tout en conduisant d'une main, je me suis rendu compte au bout de 3 kilomètres que je roulais à droite et me suis souvenu soudainement que ce n'était pas le bon côté ! J'aurais pu continuer comme ça pendant longtemps, on ne croise pas un chat dans ces étendues vastes et désertes. Tout juste ai je pu constater des kangourous écrasés sur le bas côté, pauvres victimes de la nuit. Un comble ! Moi qui ne réussis pas à en voir un seul quand certains les écrasent. Si c'est si facile, c'est qu'il doit y en avoir plein. Va falloir qu'on me donne leur emploi du temps de sortie, ça me rendrait service !
J'ai aussi mordu à deux reprises sur les gravillons du bas côté. C'est bizarre parce que j'étais conscient, j'entendais toujours la musique à la radio mais je n'ai pas réalisé que je déviais de ma trajectoire. 
Bon, les longues distances c'est fini, rassurez vous ! En Tasmanie avec les routes qui serpentent je serai bien obligé de rester éveillé. En Nouvelle-Zélande je n'ai pas souvenir avoir été sujet à l'endormissement subit du conducteur. Ce matin le soleil est à nouveau de sortie, aussi vous aurez une jolie vue sur Mount Connor. Depuis le talus d'où l'on a une vue sur la montagne tronquée, on a également un panorama de l'autre côté sur un lac salé qui ce matin est plein de flaques en raison de la pluie d'hier. Est-ce le lac Amadeus dont on parle dans les guides mais dont on ne voit aucune trace sur les cartes ? Tout ce que je sais c'est qu'il est près de Mount Connor alors ce pourrait bien être lui.
J'ai rendu la voiture en trichant de 100 kilomètres, comme ce qui m'avait été fait à la prise en charge. Sans rien dire. Sauf que je n'ai pas très bien compris le supplément qu'elle me demandait où elle parlait de « thousands » alors que j'avais un dépassement de 280 kilomètres. Devant mon air interloqué, elle m'a demandé où j'étais allé et m'a demandé de rester là, que quelque chose n'allait pas dans les kilomètres et qu'elle allait vérifier la voiture. Mince, elle allait s’apercevoir de la tricherie ! Pendant ce temps j'ai allumé l'ordinateur, prêt à lui montrer une photo de ce que le compteur affichait 24 heures après la prise en charge alors que j'avais fait 75 kilomètres. Mais je n'ai pas eu besoin, quand elle est revenue elle m'a dit que j'avais un supplément de 280 kilomètres. Je ne sais pas comment elle a calculé son truc alors que le compteur affichait 380 de plus ! Ou alors elle a réalisé que je m'étais rendu compte de la fraude au kilomètre. Bref tout finit pour le mieux mais dorénavant j'épluche bien ce qui est compris dans la location et vérifie que c'est du kilométrage illimité. On ne m'y reprendra plus !
Arbres en feu en me levant
A l'aéroport il y avait un bulletin météo pour les 7 jours à venir. Du grand soleil tous les jours avec des températures qui montent à 39 degrés. Du normal pour un désert. Normal aussi car je pars, alors j'emmène le mauvais temps avec moi, je commence à avoir l'habitude ! A l'enregistrement j'ai demandé à avoir un siège côté fenêtre sur la droite. L'hôtesse avait déjà émis mon billet et m'a demandé de me satisfaire avec ce que j'avais, qui était un hublot à gauche et que de toute façon l'avion ne décolle jamais dans le même sens selon le vent. Elle m'a demandé comment je savais pour le côté droit. Je lui ai répondu qu'en arrivant, Uluru était sur la gauche donc probablement sur la droite au décollage. Elle a sourit comme si j'avais percé là un secret. Suffit juste d'être un peu observateur. De toute façon, comme à mon accoutumée, je suis toujours le dernier à monter à bord. Je déteste faire la queue et trépigner sur les passerelles ou dans le couloir à bord en attendant que les gens rangent leurs affaires. 
Ça prend des heures, alors je me présente toujours en dernier à l'embarquement. Plusieurs fois on a déjà appelé mon nom. Certains ne tardent pas, dès qu'il y a un répit de quelques secondes après le dernier passager, c'est mon nom qui est appelé. Pourquoi se presser au portillon alors que je sais que l'avion ne partira pas sans moi et que j'ai un siège attribué ? Parfois cela me joue des tours, comme ne plus avoir de place pour les bagages dans les coffres mais en règle générale cela me permet de choisir mon siège comme bon me semble, pouvant accéder à des sièges qui ne sont pas sélectionnables sur Internet et sans doute libres suite à des annulations de dernière minute. Aujourd'hui je n'y ai pas échappé, l'avion n'est rempli qu'aux trois quarts et j'ai pu me mettre du côté droit comme je voulais. Et j'ai bien fait, Uluru est bien sur la droite comme prévu et sous le soleil j'ai fait une jolie photo pendant que ceux du côté gauche affichaient une mine dépitée à voir mon air réjoui. Certains n'en pouvant plus se sont déplacés sur la droite une fois l'hôtesse le dos tourné.
Quelque part entre Uluru et Sydney
Alors que j'étais plongé dans la lecture de mon guide sur la Tasmanie afin de réfléchir à l'itinéraire que je vais suivre dès demain pour rejoindre les endroits les plus jolis, j'ai jeté un œil par le hublot par inadvertance. J'étais repassé côte gauche pour avoir plus de place pour les jambes suite à mon voisin de devant qui à droite avait rabattu son siège. J'ai d'abord cru que c'était une couverture de nuages mais en écarquillant un peu plus les yeux j'ai compris que c'était le sol qui était tout blanc. L'avion pour Sydney passait au dessus d'un désert de sel. Je suis alors allé voir du côté droit pour vérifier à quoi ça ressemblait. J'ai eu un choc, un paysage merveilleux avec de la terre, une mer de sel qui semblait être une vraie mer et des endroits où l'eau était toujours présente dont le sel lui donnait une couleur rose magnifique. Mes allées et venues pleines d'allégresse en ont étonné plus d'un, j'étais comme un papillon allant de hublot en hublot.
Les gens se sont redressés sur leur siège, refermant des bouches en l'air d'où s'écoulait un filet de bave, les yeux se sont remis dans leurs orbites et l'un d'eux ma demandé ce que c'était. Je lui ai répondu « I don't know but it's great ». Ça l'a beaucoup fait rire. Rapidement la nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre, les gens ont commencé à déballer leurs réflex. Trop tard, le lac rose avait disparu derrière la queue de l'appareil !
C'est comique, j'ai le même avion depuis que je suis parti de Ayers Rock. Car pour rejoindre Hobart, j'ai trois vols différents, en passant par Sydney et Canberra, sauf que c'est le même. Quand je descend je suis directement en salle d'embarquement et dans l'avion j'ai le même numéro de siège attribué, 7A. Je pourrais laisser mes affaires à l'intérieur ce serait plus simple ! Le personnel de cabine me reconnaît et me dit « welcome back ! ». Au moins je ne risque pas de rater la correspondance ! 
Sydney. A dans deux semaines!
Comme en Nouvelle-Zélande, c'est un plaisir de prendre l'avion. Les cartes d'accès à bord sont réduites à une espèce de ticket de caisse avec un code barre qui est lu par un scanner en salle d’embarquement. Pas de carte d'identité à présenter, pas de contrôles à tous les niveaux (j'ai compté une fois en France j'en ai eu trois à la suite : à la porte, au bus et dans l'avion, c'est complètement crétin). On va on vient en toute liberté, on peut même emporter une bouteille d'eau sans la passer aux rayons X. Du coup en 5 minutes c'est torché, tout le monde est dans l'avion et les portes se ferment dès le dernier monté. La chef de cabine, Belinda, est une tornade efficace qui donne le tournis. Elle est tout le temps à tournicoter, elle connaît l'avion comme sa poche, appuyant ici d'un doigt, faisant autre chose avec une autre main tout en faisant les annonces au téléphone. 
Quand vient l’heure de ramasser les déchets, elle pousse son chariot poubelle en trombe et gare aux pieds qui dépasseraient ! Elle est un peu sèche mais au moins ça file droit. Tout à l'heure un passager l'a appelée ; pendant qu'elle lui répondait elle éteignait le signal d'appel et enfilait des gants en plastique bleu pour s'avancer sur le ramassage. Ce n'est plus un être humain, c'est un robot multitâche. Et multifonction ; je suis sûr qu'elle vous rappe le fromage en montant en même temps les œufs en neige! De Sydney à Canberra il y a 30 minutes de vol, elle a trouvé le moyen de nous servir un snack et des boissons. Un record. Il faudrait l'embaucher à « C'est du propre », elle vous nettoierait une maison de la cave au grenier en un tour de main ! Pourquoi en France on est si nuls ? Peut être devrais je venir m'installer ici, il y a plein de choses à voir, il faudrait une vie et surtout c'est le pays le moins peuplé au monde. On respire ! Et maintenant que je connais tous les États par cœur, c'est un premier pas vers l’intégration !

dimanche 15 janvier 2012

Giles Track


C'est une tente trempée que j'ai dû plier ce matin. Il s'est mis à pleuvoir dru à partir de la deuxième partie de la nuit. Je déteste plier les affaires sous la pluie, après la tente prend une odeur. J’avais laissé ma serviette dehors à sécher, ça s'est terminé comme en rentrant de l’Île des Pins par une séance sèche mains aux toilettes ! Pour ce qui est du cabot qui aboie toutes les nuits, je l'ai signalé à la réception, tout le monde s'en fout, il fait partie de la communauté. Les gens le caressent la journée, moi il m'évite depuis qu'il me regardait faire en train de laver le linge et que je lui ai lancé de l'eau à la gueule entre le creux de mes mains. De toute façon je m'en fous aussi, là où je me mets la nuit, je ne l'entends plus. A noter que les dingos n'aboient pas, je ne les ai jamais entendus. Ils sont moins dégénérés.
Je suis retourné à Kings Canyon, armé du fameux poncho jaune poussin. Au cas où... Le but de la matinée est de tenter une randonnée sur Giles Track, le fameux sentier de randonnée qui relie en 22 kilomètres Kings Canyon à Kathleen Springs. Mais je l'ai déjà dit. Il y a un point de vue, à 1h30 de marche de Kings Canyon, duquel on embrase toute la plaine, depuis le bord du plateau, jusqu'à 80 kilomètres au loin. Ce sentier porte le nom de l'explorateur Ernest Giles qui a visité l'endroit pour la première fois en 1872, dans ses tentatives pour rejoindre le parc de Watarrka à l'Australie de l'ouest. Il campait ici jusqu'à que ce qu'en 1876 il parvienne à ses fins au bout de la troisième tentative. Tout le long du parcours je pensais à cette histoire d'une jeune touriste française qui s'est perdue en 2007 et qu'on a retrouvé deux jours plus tard grâce à des signaux qu'elle avait dessiné sur le sol et que les hélicoptères ont pu voir. 
En plus elle avait prévenu les rangers de son parcours, ce qui n'est pas mon cas. Mais il faut un peu le faire pour se perdre car le chemin est balisé d'une flèche rouge. Certes pas tout le temps et souvent on se pose la question par ou passer. Comme quand la flèche indique d'aller à gauche et qu'à gauche c'est un dôme à escalader, se demandant si ce n'est pas un petit malin qui a tourné le panneau. Car il n'y a pas de sentier. On évolue tout le temps sur des dalles rocheuses et rien ne permet de savoir par où passer, sauf à rester très vigilant et à revenir sur ses pas quand on ne voit plus de bornes comme ce qu'il devrait.
Il y a des moments où il faut sauter par dessus une faille, d'autres où une gorge transformée en marre aux têtards demande à passer sur les bords abrupts tel un dahu. 
J'avais commencé la randonnée avec un sweat-shirt et le poncho accroché à la bretelle du sac, j'ai vite rangé tout ça dans le sac car même si le ciel était couvert, on sentait le soleil pas loin et manifestement il ne risquait plus de pleuvoir. J'avais chaud et je regardais ma petite bouteille d'eau. Pour un aller retour de 3 heures cela devrait suffire, j'ai pris ce matin un petit déjeuner avec beaucoup de boissons en prévision et j'ai encore bu à la fontaine avant de commencer. Je n'ai croisé personne sur le sentier, tout le monde fait la boucle du canyon par les crêtes comme ce que j'avais fait il y a trois jours. S'il m'arrive quelque chose, mon compte est bon !



Ca c'est du camouflage!
Le point de vue sur le parc national et la savane à perte de vue vaut le voyage, j'ai eu une bonne intuition en venant ici. Le panorama est différent que celui depuis Kings Canyon car on a une vue non bouchée jusqu'à l'horizon, que j'ai scruté ardemment tentant d'apercevoir Uluru, en vain. Sur le chemin du retour je me suis perdu. Je ne savais pas si je devais retourner sur mes pas, pendant combien de temps et surtout par où car en rebroussant tout se ressemble, c'est une succession de dômes étagés comme des soucoupes. Je ne reconnaissais rien, une gorge s'avançait vers moi alors que je me souvenais avoir franchi cette gorge à un niveau bas, passant à gué un petit ruisseau qui alimentait la mare aux têtards. En fait j'ai réalisé que j'étais allé trop loin, j'aurais dû tourner sur ma gauche bien avant. C'est bizarre que je n'ai pas vu la borne fléchée au moment où il fallait.
Sans doute est-ce parce que j'étais perdu dans mes pensées. J'ai réalisé qu'on est le 15 janvier et que je suis pile au milieu de mon voyage. Et bizarrement c'est long et court à la fois. Je n'ai pas l'impression d'être parti depuis 3 mois et demi et que je ne travaille plus depuis tout ce temps. En même temps je visualise tout ce que j'ai visité et quand je me remémore les bons moments, en les additionnant tous, je vois qu'il m'a fallu du temps pour les vivre. Pour ce qui est des Fidji, le seul souvenir que j'en ai c'est celui terrible de la fin, à Mana. J'y ai eu quand même quelques bons moments mais il reste le goût amer des emmerdes et de la crasse. Un peu comme en Nouvelle-Calédonie. Je ne saurais dire si c'est bien ou pas, je suppose que vu différemment et dans une autre saison ça peut être bien. Par rapport à mon expérience ce sont les deux endroits que j'aurais pu éviter.
Ici tout coule de source. Il y a deux choses magiques dans notre monde moderne : l'avion et internet. Avec l'avion, tout est presque à portée de main. On n'est limité que par son imagination. On peut passer de climats à un autre, de culture à une différente et de paysages à tout autre. En 3 heures de vol je suis passé de la pluie de Nouméa à la paisible Sydney et de la ville au désert rouge, là où d'autres mettraient des jours en voiture ou en bateau. Pour internet c'est la même chose, le monde entier est à portée de clic. Après ma randonnée à Giles Track, je me suis rendu à Kings Creek Station, à l'entré du parc, pour me rassasier un peu et j'ai constaté qu'ils avaient internet en libre accès. J'en ai profité pour organiser mes étapes prochaines. Billets d'avion pour Adélaïde puis Sydney, voiture de location... Tout est possible, immédiatement. Internet est mon assistant personnel sans qui je n'aurais pas pu faire ce voyage. 
Cela aurait été beaucoup plus compliqué d'un autre temps. Je bénis celui qui a inventé internet. Ça a l'air con à dire mais moi qui ai connu la vie avant sans (je sais, je suis une vieille peau!), je peux dire qu'avec ça simplifie bien la vie.
Kings Creek Station est un endroit plein de backpackers bruyants qui y font une halte au cours des excursions organisées dans l'Outback sur 3 jours depuis Alice Springs. J'avais failli prendre ça, c'est vrai que c'est pratique si on ne veut pas se prendre le chou mais je préfère payer plus cher et avoir mon indépendance et surtout personne sur le dos. Il y a aussi je ne sais combien de clebs qui appartiennent aux propriétaires, de toutes les tailles, de toutes les couleurs et de tous les aboiements ! Si on ajoute à ça le fait que j'étais assis par terre devant le distributeur de coca - seul endroit où j'avais trouvé une prise de courant - et à côté d'une porte stop mouches qui n'arrêtait pas de battre chaque fois que quelqu'un pénétrait dans la cafétéria, tout cela commençait à me taper sur les nerfs et j'aurais aimé avoir une baguette magique pour figer tout ce monde le temps que je finisse mes réservations. Il m'aura fallu quand même deux heures pour tout ficeler au cours desquelles les chiens venaient me renifler et que les gosses aborigènes s'amusaient à agacer en criant pour les faire aboyer. Un grand n'importe quoi façon Mana Island.
Je me suis retrouvé à prendre la route à 17 heures pour me rapprocher d'Uluru, où je dois prendre l'avion pour la Tasmanie demain en milieu de journée. J'avais repéré en venant, à une centaine kilomètres avant le parc de Watarrka une aire de pique-nique où il était autorisé de passer la nuit. Ainsi cela ne me laissera pour le lendemain que 200 kilomètres à parcourir. Au bout de 15 minutes de route j'ai commencé à sentir cette torpeur qui me prend quand je conduis. Je m'en suis extrait quand j'ai aperçu un dingo en travers de la route, immobile qui me regardait venir de profil sans réagir. Je me suis donc arrêté et il s'est déplacé juste un peu dans les herbes, à 2 mètres de moi, vaquant normalement comme n'importe quel clebs. Pas très farouche comme bestiole. Bon je sais, ils sont tout en haut de la chaîne alimentaire ici, ils sont donc tranquilles. Ils se nourrissent de lapins te de kangourous. Saletés ! En tout cas sauvage ou pas, un dingo c'est un clebs, je ne vois pas la différence et vu que je ne les aime pas, je vous ai mis son portrait à titre informatif !
A l'air de repos, je pensais être le seul, eh bien non ! Il y avait déjà deux voitures dont deux jeunes qui avaient installé leur camp avec toutes les commodités, chaises longues, abri anti-pluie et qui n'arrêtaient pas de parler et rire grassement en buvant de la bière. J'ai tout de suite repéré le style et je me suis enfui avec mes affaires derrière une dune de sable où j'ai trouvé un peu plus loin un endroit où mettre la tente, à l'ombre de ces arbres qui meublent la brousse, des sortes de filaos aux feuilles vert lichen en forme de ficelles qui pendouillent au gré du vent. Deux voitures nous ont rejoint bien après la tombée de la nuit, rajoutant aux éclats de voix une symphonie de portières qui claquent. J'ai été emmerdé au milieu de la nuit par des fourmis qui me grimpaient le long des jambes. 
Quand j'ai allumé ma torche j'ai constaté que l'intérieur de la tente était noir de fourmis, arrivant en escadrons entiers par la moustiquaire. J'ai dû me mettre dans mon sac à viande (c'est le nom, c'est un drap de soie en forme de sac de couchage) pour me protéger, priant pour que dans leur progression elles ne parviennent pas jusqu'à mon visage. Des fourmis, il n'y a que ça ici, je ne sais pas ce qu'elles mangent. A l'aéroport de Ayers Rock, à côté du « bienvenu » traditionnel, il y a avait écrit « A world of ants ». Je comprends bien pourquoi. Ça et les mouches ! Elles sont toutes petites et tenaces, me tournant autour, se posant quelques secondes avant de repartir comme si elles s'en allaient pour mieux ré-attaquer, visant toujours les trous d'oreille, les yeux ou la bouche. C’est très pénible ! J'ai lu dans mon guide que les mouches seraient peut être l'animal que je verrais le plus dans l'Outback. J'aurais préféré que ce soit le kangourou !

samedi 14 janvier 2012

Katheleen Springs


Le sépia c'est pour le côté vintage
La nuit dernière j'ai rêvé que je rentrais de mon tour du monde et que tout un tas de personnes me proposait du travail, ici en Tasmanie pour aller étudier la faune, ailleurs pour je ne sais plus quoi. Comme aux gagnants de Koh Lanta. J'aimerais bien que ça se produise mais ce n'est pas avec la dizaine de personnes qui lisent mon blog (je le sais, je vois les statistiques!) que ça risque d'arriver.
En attendant je me console. La nouvelle crapahute du jour : Katheleen Springs. C'est la première chose que l'on peut voir quand on arrive à Kings Canyon, c'est quasiment à l'entrée du parc national.
Ici comme hier, le paysage est constitué d'une petite vallée qui serpente à l'entrée du plateau. C'est beaucoup moins spectaculaire que Kings Canyon et il y a moins d'eau. 
C'est moins poétique mais l'avantage est qu'il n'y a pas un chat, tous les gens qui viennent allant directement à Kings Canyon. Katheleen Springs est encore un lieu sacré pour les Luritja. On ne peut pas aller tout au bout. Le chemin s'arrête au bord d'un trou d'eau, sacré lui aussi car c'est le lieu où se trouve l'esprit du gardien de tous les trous d'eau, le Serpent Arc-en ciel, qui repose au fond du trou. Cet esprit protège tous les trous d'eaux qui sont reliés à celui ci, d'après la légende aborigène. Le lieu est sacré depuis la nuit des temps et les Luritja prenaient soin de ne pas venir déranger l'esprit qui leur assurait le maintien des cours d'eau de la région. Sans sa protection, ceux ci se retrouveraient à sec. Ils établissaient donc leur camp à l'entrée de la gorge, laissant les animaux venir boire au trou d'eau. 
Il semble de ce que je lis que les aborigènes connaissaient très bien la nature qui les entourait, sachant en tirer parti de la moindre chose et la respectant infiniment. C'étaient des écolos avant l'heure. Jusqu'à l'arrivée des explorateurs anglais, à dos de chameau, qui à la fin du XIXe siècle, virent dans l'endroit un lieu propice à l'élevage du bétail. Ils chassèrent les aborigènes et établirent des puits pour abreuver le bétail et construisirent des enclos. De nos jours tout cela est à l'abandon et il en subsiste quelques vestiges, donnant un goût de far-west fantomatique.
J'ai pris tout mon temps pour regarder tout autour de moi, à l’affût du moindre signe de vie, cherchant des bêtes. J'ai vu des perroquets verts mais trop furtifs pour pouvoir être pris en photo, un oiseau tout bleu qui a détalé à tire d'aile. 
En fait dans les buissons il y a un oiseau qu'on appelle la sentinelle du bush car il a le regard perçant et passe sont temps à surveiller toute intrusion, donnant l'alerte à toutes les espèces animales qui vivent ici. J'ai encore revu mes oiseaux au bec rouge dont j'ai oublié le nom. Je sais les repérer d'avance, rien qu'en les entendant. En fait ils piaillent en volant et sont toujours en bande. Leur piaillement est caractéristique, il a le bruit que ferait un sac rempli de billes quand on l'agite. Pas de bêtes nouvelles donc.
Qu'à cela ne tienne, je me suis rabattu sur la flore. Il faut bien ouvrir l’œil car les fleurs du désert sont toutes petites. La première, la bleue en haut à gauche que vous voyez sur la photo ne paye pas de mine mais quand on la touche on a les mains imprégnées d'une odeur médicinale puissante. 
Je n'avais jamais vu une plante aussi odoriférante. Les eucalyptus sont en fleur également. Leur fleur ressemble un peu au mimosa, petite boule blanche duveteuse. Ça sent le miel, pas l'eucalyptus. On rencontre plein d'abeilles partout et je suis sûr que le miel qu'elles produisent doit avoir un goût bien corsé. Malheureusement, je ne pense pas que ce soit exploité car je n'ai vu aucun miel en vente.
J'avais l'intention de commencer la randonnée du sentier Gile qui rejoint Kings Canyon mais comme le temps s'était couvert, je me suis ravisé. Quand je n'ai plus le moteur de la découverte alliée à la promesse de belles prises photographiques, mon enthousiasme descend en flèche. Il y a des panneaux partout qui martèlent le même message, que où l'on aille, il faut toujours informer quelqu'un de ce que l'on va faire dans la journée et de l'heure prévue de retour, afin qu'il puisse donner l'alerte si on ne revient pas. Chose que je ne fais pas. Ce n'est pas très prudent mais je n'ai encore jamais été seul sur un sentier, je veux dire en Australie. 


Je suis retourné au camping pour le reste de l'après midi où j'ai étudié les options possibles pour le reste de mon séjour. C'est sûr que je vais visiter Kangaroo Island qui semble incontournable, quelques jours, après peut être un arrêt à Sydney et ensuite la Grande Barrière de corail, que je vais prendre dans son parcours le plus intéressant, de Prosepine à Cairns, une route de 700 kilomètres, bien plus courte que les 1800 initialement prévus pour relier Brisbane à Cairns. Certes je ne verrai pas Fraser Island et Lady Musgrave (c'est la photo que vous voyez en fond de page de mon blog) mais ce sera pour quand je reviendrai. Et je ne pense pas louer un campervan. A la place je vais circuler d'auberges YHA en auberge. C'est la formule idéale pour quelqu'un qui voyage seul et il y en a partout. Les dortoirs les plus petits font 4 lits, c'est très propre, bien pensé, avec une foule de services et on peut y cuisiner dans toutes. C'est comme une maison. Pourquoi se faire chier ! D'autant plus que s'il pleut on peut s'occuper plus que sous une tente ou dans un van.
Vous comprenez pourquoi ça s'appelle Red Center!
En fin d'après midi, j'ai pris la voiture en avançant au delà du parc, là où la route continue un peu avant de se transformer en piste de sable rouge pour des centaines de kilomètres avant de rejoindre Alice Springs. L'idée était de scruter le paysage à la recherche de kangourous, puisqu'ils montrent le bout de leur museau au début et en fin de journée. Il n'y avait rien, pas même une gerboise à se mettre sous la dent. Par contre pare terre, le sol rouge est juché d'une plante qui donnait des petits melons verts striés miniatures. Le soir il y a des dingos qui rodent une fois la nuit venue, à pas feutré, l'échine basse. Je les ai vus et dès que j'ai braqué ma torche ils ont déguerpi. Ils viennent, attirés par la nourriture des campeurs. A pas de loup. Il paraît qu'ils viennent en meute. Importuné par un voisin qui n'en finissait plus avec ses casseroles, cela ne m'a pas empêché de déplacer ma tente hors du camping, dans un coin de brousse dégarni, dans la direction de là où j'avais vu venir le dingo. Même pas peur !

vendredi 13 janvier 2012

Kings Creek


J'ai entrepris aujourd'hui la seconde randonnée possible dans Kings Canyon, facile car elle ne fait que deux petits kilomètres aller retour. C'est un sentier qui reste au fond du canyon, à l'ombre des eucalyptus et d'autres arbres. Et au milieu coule un petit ruisseau. C'est un havre de paix pour les animaux du coin qui viennent y trouver fraîcheur, eau et nourriture. Le chemin passe à travers des éboulis, dont certains sont plus gros qu'une maison, morceaux détachés des parois du canyon. Le dernier gros rocher à s'être ainsi détaché remonte à 1930. Le canyon est né à l'origine d'une fracture dans le plateau qui prend naissance à l'entrée du canyon. Le plateau est constitué de deux couches, l'une, profonde, appelée la pierre de sable de Charmichael, de couleur foncée et une autre qui forme toute la hauteur du plateau, la pierre de sable de Mereenie, de couleur rouge. 
La fracture sous l'effet de l'érosion pendant 20 millions d'années a conduit à l’agrandissement de cette brèche. Puis sous l'effet du vent, de la pluie et du ruissellement, la faille s'est agrandie jusqu'à la couche de Charmichael, provoquant l'affaiblissement de la structure située au dessus et donc l'éboulement des parois de la faille. Ainsi est né le canyon. C'est un peu comme quand on fait un château de sable et que la mer vient lécher la base. Sous l'effet de l'eau, la base se creuse provoquant l'effondrement du château. C'est ce qui s'est passé ici.
Depuis, la végétation a envahi l'intérieur du canyon. Les trous dans les troncs et les branches sont le refuge d'insectes et d'oiseaux. Dans les branches on peut aussi trouver une espèce de cobra que les aborigènes d'ici, les Luritja (sans doute une tribu différente de Uluru car ils portent un autre nom), consommaient. 
J'ai bien guetté autour de moi pour essayer d'en apercevoir un prêt à s'enrouler autour du cou comme une écharpe mais je n'ai rien vu. En revanche il y avait un oiseau, un genre de pie teigneuse, qui n'arrêtait pas de me crier après et de me courser, sans doute parce que j'avais dû passer à proximité de son nid. Il y a également plein de lézards, pas farouches, qui se laissent photographier de près sans réagir. L'un d'eux, un lézard gris strié de blanc à la gorge mouchetée de gris et blanc ne payait pas de mine, jusqu'à ce qu'il se mette à courir. C'est trop drôle à voir, ils se déplace debout, sur les pattes arrières, se servant de sa queue comme d'une cane. Et il va très vite. Tout comme les fourmis qui sont de vrais supersoniques. Je ne sais pas à quoi elles carburent mais elles sont survoltées, ça défile avant qu'on ait eu le temps de s'en rendre compte. Sans doute est ce parce que le pays est grand et qu'elles ont beaucoup de distance à parcourir !

Il est pas bien mon endroit?

Le chemin ne va pas jusqu'au bout du canyon, il s'arrête au niveau d'une plate-forme aménagée permettant d'avoir une vue sur le fond du canyon. Au delà c'est un lieu sacré pour les aborigènes. Décidément tout est sacré dans ce pays ! Il y avait un couple un peu plus bas, qui avait marché le long du ruisseau pour gagner un endroit qui formait comme un étang dans lequel ils se baignaient. Je me suis radiné après leur baignade, crapahutant de ci de là, pour leur gâcher le paysage. Ça a marché, ils n'ont pas tardé à déguerpir. Ils n'arrêtaient pas de parler, dans un endroit pareil c'est un crime. Je suis tombé sous le charme de l'endroit, c'est si paisible, si reposant !
Tellement qu'après le déjeuner où je suis retourné sur le parking car mon pique nique attendait dans la voiture, j'ai changé mes plans. 
J'avais prévu dans l'après midi de reprendre le sentier d'hier qui fait le tour, mais en commençant par la fin, ceci afin de rejoindre un autre sentier, le Giles Track, qui longe la bordure du plateau vers l'est, pendant 22 kilomètres. C'est un trek de 2 jours avec un campement à la moitié du chemin. Évidemment il n'était pas question que je fasse tout ce parcours mais je voulais en commencer un bout. Eh bien, je n'y suis pas allé. La perspective d'aller suer là haut dans la caillasse était bien moins réjouissante que de retourner au bord de mon étang privé, à l'ombre des eucalyptus. J'ai trouvé mon oasis de bonheur. Pour occuper mon après midi j'ai pris le paréo, un oreiller, les guides de voyage en guise de lecture, comme si j'allais à la plage.
C'était divin ! Quel merveilleux endroit rafraîchissant et reposant, allongé sur une dalle chaude, les pieds dans l'eau, bercé par les glouglous et les chants d'oiseaux ! Je suis mieux là que sur une île humide de Nouvelle-Calédonie. J'ai pris la bonne décision en venant ici plus tôt. Il y a plein de libellules qui vont et viennent dans un ballet de couleurs, des rouges, des vertes, des bleus, des grosses, des petites. Je ne me lasse pas d'un coin comme ça, il y a mille et une chose à observer. L'air embaumait l'eucalyptus en plus. En parlant d'eucalyptus, je pensais aux koalas qui ne mangent que ça. J'aimerais bien en tenir un dans mes bras pour voir s'il sent les pastilles pour la toux !
Je me demande aussi si je ne vais pas revenir sur Sydney quelques jours avant d'aller dans le Queensland, si jamais j'y vais. J'y ai eu du bon temps, à flâner dans les rues, ivre de liberté. 
Il y aussi plein d'endroits que je n'ai pas eu le temps de visiter, comme les plages que l'on rejoint par ferry ou encore tous ces bras de mer que je n'ai pas explorés. J'y retournerais bien, après Adélaïde. Je vais me renseigner si je ne peux pas changer mon billet pour Guam avec un vol de Sydney ou Melbourne mais si je sais que les changements d'itinéraires engendrent un coût dans le billet tour du monde. De plus ça rajoute des miles. A étudier. Car on dit sur les guides que la région d'Adélaïde a un climat comparable au climat méditerranéen, chaud et sec et bien différent de l'humidité que l'on trouve dans le nord. C'est la région qui produit la majeure partie du vin australien.
Quand je vais rentrer je vais être imbattable sur la géographie. Je connais déjà le nom de tous les états australiens. C'est plus intéressant d'apprendre ainsi que dans un livre ou une classe d'école triste qui sent le renfermé. J’appelle ça de la géographie appliquée et j'aime ça. Par contre les australiens savent qui est le président en France alors que je ne sais même pas qui c'est ici. Un roi, une reine, un président ? Ils m'ont même appris la naissance du monstre le mois dernier. Il faut dire que l'Australie est un pays dont on n'entend jamais parler, comme les autres du reste. On ne parle aux informations que de la France, à se regarder le nombril, tendance mauvais côté des choses en plus. C'est pour ça que je me refuse à regarder les informations. Je ne suis au courant de rien, de toute façon quand quelque chose de significatif se produit je finis par le savoir par d'autres. Le prime time je ne connais pas. Et rien que le fait que ce créneau soit savamment étudié et matraqué de publicité suffit à me le faire éviter !


jeudi 12 janvier 2012

Kings Canyon



La route pour Kings Canyon
 Le matin, aux premières lueurs du jour je fonce sur l'ordinateur écrire mes mémoires. Certains jours c'est fastidieux et je me force un peu mais je me sens devoir le faire, avant tout pour laisser une trace de ce voyage. Je tape à peu près une page par heure, c'est lent. Parfois j'aimerais écrire plu vite mais je ne peux pas aller au delà de cette cadence car je suis un dyslexique du clavier. Tous les trois mots j'ai une lettre qui vient avant ou après ce qu'elle devrait alors je dois ensuite repositionner tout ça. Si vous constatez encore des coquilles que je n'aurais pas dépistées à la relecture, c'est dû à ça.
Tandis que j'écrivais, j'avais de la compagnie tout autour de moi : des lapins qui tendaient le cou et montaient sur leurs pattes arrière en frémissant des narines manquant parfois tomber en arrière, des oiseaux qui profitaient de l'aubaine des lumières qui étaient restées allumées toute la nuit, en faisant un bond juste de ce qu'il faut pour pincer dans leur bec une éphémère qui passait lentement, fatiguée de s'être battue toute la nuit avec la lampe. C'est l'heure aussi des perroquets roses. Ils arrivent en bande criarde tous les matins et soirs, des centaines d'un coup pour aller brouter à côté de ma tente qui est jonchée de merdes blanches de perroquets. C'est malin !
Ce matin j'ai levé le camp, direction Kings Canyon, dans le parc national Watarrka. Sur la carte ça a l'air tout proche ; en ayant quitté Ayers Rock, beaucoup moins. Un panneau indique que c'est à plus de 300 kilomètres. Bref avec mes 100 kilomètres par jour, c'est clair que je vais avoir un supplément colossal, sans doute le double de la location prévue. Je le redis, c'est du vol, j'ai regardé mon bon de réservation, c'est marqué nulle part qu'on était limité à 100 kilomètres, pas plus qu'une quelconque mention de kilométrage illimité. Dans un pays aussi grand que l'Australie c'est une ineptie. Pourquoi ne pas limiter non plus à 10 kilomètres ? En attendant j'ai décidé de ne plus stresser avec ça, ce sera à mettre au compte des pertes et profits.
Il faut être en forme pour parvenir à Kings Canyon. Une route toute droite avec de la végétation rabougrie. C'est toujours pareil. La seule distraction c'est de regarder le compteur pour voir le nombre de kilomètres restants. La route c'est mortel pour moi. Au bout de quelques kilomètres ça m'endort. Rien à voir avec une quelconque fatigue, c'est juste que regarder droit devant avec des pointillés au milieu qui défilent ça m'hypnotise et je sens les yeux se mettre à loucher. Je me redresse alors sur le siège, ouvre une fenêtre, monte le volume de la radio. Rien n'y fait, je somnole. Toute la route ça a été ça, à me donner des gifles pour rester éveillé. Parfois la voiture n'allait plus très droit, parfois la vitesse descendait, mon pied se décrispant de la pédale, ou encore je me mettais à avoir des pensées absurdes qui relevaient plus du rêve. Je ne pourrais pas traverser l'Australie du sud au nord comme ce que beaucoup de personnes font. Ou alors je finirais le parcours dans une boîte en bois confortable.
En chemin on longe un nouveau monolithe, plus large qu'Uluru et plus régulier aussi. Prenez une montagne normale, coupez la à la base et vous obtiendrez Mount Connor et ses 859 mètres. Malheureusement comme cette montagne est assez éloignée elle était dans la brume et la photo est trop dégueulasse pour daigner figurer ici. Juste avant il y a Curtis Springs, que j'ai dépassé allègrement avant de m'en rendre compte. J'ai dû pilé. C'est un endroit poussiéreux aux buissons qui roulent, figé dans les années 60, avec des bornes d'essence d'un autre temps verrouillées avec un cadenas. C'est la seule station service du secteur avant 300 kilomètres. Il ne faut pas la rater ! Elle fait tout : bar, restaurant et même camping. C'est le far-west à l'australienne. Je m'attendais à voir un personnage haut en couleur venir me servir, au lieu de ça j'ai eu une petite jeune joviale qui m'a demandé où j'allais. 
Un job de vacances sans doute, autrement ici à l'année, ce n'est pas un endroit pour elle, il y a de quoi devenir fou. De la savane sans aucune attraction. Pas un monolithe, pas un relief à observer, que de l'herbe et des arbres rachitiques. Pour égayer ses journées elle a devant sa caisse un poster de chameaux en train de copuler en rigolant.
Heureusement que je ne fais pas le trajet après une pluie subite, comme ça aurait pu être le cas il y a deux jours, car juste avant d'arriver à Kings Canyon, on traverse des « creeks », des cours d'eau qui traversent la route quand ils veulent. Il y a sur leur côté des mats gradués qui montent à deux mètres pour mesurer le niveau de l'eau. S'ils ont prévu deux mètres c'est que ça doit arriver. Inutile de dire qu'on ne peut alors pas traverser. Aucune signalisation de sécurité n'est indiquée, pas même une limitation de vitesse. Même si aujourd'hui il ne devait y avoir que 10 centimètres d'eau, ça fait bizarre de traverser un truc comme ça à 80 à l'heure. On a l'impression qu'on va y laisser les roues !


L'arrivée dans le parc national ne casse pas des barres, pas plus que celle pour Kings Canyon. Ici pas de centre des visiteurs, pas de péage, on va on vient comme on veut. Le centre d'information est formé juste de deux panneaux sous un auvent et démerde toi. Il était 13h30 quand je suis arrivé au parking, juste au moment où le ciel se dégageait. A l'observation du sens des nuages, le soleil n'allait pas tarder à faire son apparition. Pendant ce temps là j'ai mangé le même pique nique qu'hier, n'ayant rien acheté en route car n'ayant rien trouvé. Comme pour ce que j'ai déjà vu jusqu'à présent, des français en veux tu en voilà, qui voyagent en campervan. Des allemands aussi qui voyagent de la même façon. Il y a plus de vans que de voitures, avec ma petite voiture japonaise, j'ai l'air d'une fourmi à côté. Je suppose que tous ceux qui sont là font le fameux road trip dont je parlais, Melbourne-Darwin ou Perth-Darwin. Il paraît que c'est une expérience mémorable. Pour qui aime conduire. 
Moi je préfère l'avion et mes 300 kilomètres de voiture. Et je suis sûr que j'ai été déposé au plus intéressant. J'ai lu sur des forums que pour beaucoup les temps forts de leur voyage en Australie c'était Ayers Rock et Kangaroo Island. Cette île située à côté d'Adelaïde est un sanctuaire de vie sauvage. On est sûr d'y croiser kangourous, koalas, ornithorynques, morses, émeus, pingouins et mammifères marins. Je sens que je vais y faire un saut après la Tasmanie, je dois bien avoir un vol Hobart/Adelaïde. Ce sera pris sur mon séjour dans le Queensland qui se réduit de jour en jour. Au final je compte juste y faire un saut dans l'endroit phare, au Whitsundays. Une semaine ce sera bien assez, et vu que l'excursion dure un jour, sur une semaine avec un peu de chance j'aurai bien un jour de soleil. Sinon je passerai une semaine sous la flotte mais ça vaut mieux que trois semaines comme ce que j'avais prévu à la base. 
En plus Adélaïde est la région la plus sèche de toute l'Australie. D'ailleurs dans les idées de parcours du Petit Futé, ils ont un itinéraire avril à octobre et novembre à mars et la différence est qu'ils ont remplacé dans ce dernier le Queensland par Kangaroo Island. Je vais suivre leur conseil. Je reviendrai dans le Queensland lors d'un prochain voyage dans une saison plus propice.
Après le pique nique j'ai commencé les choses sérieuses et entrepris une randonnée dans le canyon. Deux choix sont possibles : une randonnée d'un heure qui reste au fond du canyon et mène au bout ou une randonnée qui en fait le tour par le sommet, sur plus de 6 kilomètres et 3h30 annoncés. Comme le soleil était de la partie j'ai tout de suite attaqué par ce qui me semble le mieux de Kings Canyon, laissant des bribes pour occuper les autres jours. Dans ce pays on ne sait jamais si le beau temps va durer alors il faut en profiter ! 
Juste après avoir quitté le parking j'ai vu quelqu'un à quatre pattes qui prenait des photos. Il y avait là un gros reptile tout en finesse, au long cou et aux longues pattes, moucheté blanc et noir avec une petite tête. Un lézard girafe, c'est comme ça que je l'appelle. On aurait dit un truc de dessin animé. La femme qui prenait aussi des photos commentait : « so cute ». J'ai alors réalisé que c'était la même que le couple qui m'avait posé un lapin deux jours plus tôt. J'ai fait comme si je ne l'avais pas reconnue et elle aussi, faisant quelques pas de côté et regardant son appareil comme pour ne pas affronter mon regard. Ils pensaient certainement ne jamais me revoir et avaient dû me poser un lapin préférant rester seuls ce que je comprends parfaitement.
Il y a un truc qui me surprend en Australie : il n'y a pas de poubelles. Et dans un parc national c'est d'autant plus étrange, ça ne pousse pas à laisser la nature propre. 
Autant en Nouvelle-Zélande il y en avait partout, là j'ai dû marcher avec les restes de mon pique nique jusqu'aux toilettes pour aller dans celles des femmes afin de tout jeter dans la petite poubelle à tampons usagés. D'autres visiblement avaient eu la même idée, on y trouvait même une vieille paire de godasses. A propos de chaussures j'ai attaqué la randonnée à nouveau en tong, tandis que les autres ont de gros godillots qui montent au delà de la cheville. L'ascension en haut du canyon est un peu éprouvante, ça grimpe sec et ils ont construit des marches dans la roche rouge. Le paysage devient magique à mesure qu'on prend de la hauteur et qu'on progresse vers le fond du canyon. C'est encore plus beau que ce que j'ai fait hier. Kings Canyon est un canyon rouge de presque deux kilomètres de long qui forme une profonde faille de plus de 200 mètres de hauteur au milieu du désert. L'Australie a son Colorado. J'avais l'impression d'y être. 


Tout le temps où j'ai fait la randonnée je n'arrêtais pas de penser à ce type qui était parti seul comme moi randonner dans le Grand Canyon et qui était tombé dans une faille, restant 3 jours le bras coincé sous un rocher qu'il avait été obligé de s'amputer lui même pour survivre. Ils en ont tiré le film « 72 heures » que j'ai vu au cinéma l'année dernière. Cela pourrait tout aussi bien m'arriver. Ce qui me sauve c'est que je suis sujet au vertige, aussi je ne m'approchais pas trop du bord pour regarder le bas du canyon. Et puis on ne sait jamais, peut être que sous les promontoires il y a du vide et que quelques kilogrammes suffisent à faire se décrocher la dalle.
Le parcours est splendide et révèle à chaque pas de nouveaux paysages. Quand on s'éloigne du canyon c'est pour cheminer autour de drôles de dômes qui semblent constitués par un empilement d'assiettes, à d'autres endroits on descend par des ponts suspendus dans des gorges avec des palmiers, des plans d'eau et des cascades. 
Je n'avais qu'une petite bouteille d'eau d'un demi litre, pensant trouver des points de ravitaillement sur le parcours comme à Kata Tjuta. J'ai fini déshydraté, la gorge brûlante, à ne pas pouvoir déglutir. Le parcours est bien plus difficile que celui d'hier, peut être parce qu'il faisait plus chaud. Il semble beaucoup plus long, interminable même. Un moment, n'en pouvant plus, je me suis allongé sur une pierre plate, chaude et rouge et j'ai songé qu'on était le 12 janvier, que j'avais chaud, que j'étais bien même si déshydraté et j'ai savouré ma chance d'être ici, à l'autre bout du monde et au fin fond de l'Australie. Chaque fois quand je suis de retour d'un voyage, face à l'horreur de la vie quotidienne, je pense que je n'ai pas assez profité des moments d'exception passés sur place, pris dans la frénésie de la découverte. C'est pour cela que je m'accorde des moments comme ceux là, pour souffler et méditer, m'imprégnant des choses. 
Une fois fait, j'ai repris la marche rapidement car c'était une course contre la montre pour trouver un point d'eau au parking avant que je ne finisse tout sec comme un lézard desséché. Il m'aura fallu quatre heures pour faire le tour de Kings Canyon, la meilleure randonnée que j'ai faite de tout mon voyage, en omettant l’ascension à Maupiti qui se joue dans un autre registre.
Ce qui manque sur le parking, hormis les poubelles, c'est une buvette ! J'avais une envie de bière fraîche, au lieu de cela j'ai dû me contenter de l'eau de la fontaine. J'en ai bu un litre sans m'arrêter. Et la soif m'a poursuivi jusqu'au moment de me coucher sous la tente. Dans les derniers kilomètres de la randonnée j'avais faim aussi et une envie irrésistible du poisson à la crème vanillée que Justine nous servait à Tikehau. Je ne sais pas pourquoi ce goût m'est revenu à la bouche mais c'est vrai que son plat était un régal. Chaque fois je me resservais. Elle nous l'avait servi deux fois dans le séjour.
Un dingo
Ce soir je me suis installé au camping du Kings Canyon Resort, un copier/coller que celui que je viens de quitter à Ayers Rock, même formule, même prix, sans doute les mêmes propriétaires. Ma tente est la seule du camping, tous les autres sont en van ou camping car. Je me suis mis le plus loin possible de leurs portes coulissantes, mettant la voiture en travers pour faire mur antibruit. Et je n'ai pas tardé à aller me coucher, dès 20h30, après avoir pris un copieux dîner au seul restaurant du resort. Une folie. Et j'ai dormi comme un loir jusqu'à 1 heure du matin où des clebs jouaient au talkie-walkie à se répondre. Ce n'était pas des dingos, il y avait un aboiement de crécelle de petite merde que je suis allé courser pour le faire déguerpir. 



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