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samedi 24 décembre 2011

En route vers la Nouvelle Calédonie

Je suis content de quitter les îles Fidji, c'est malheureux, ma dernière expérience a effacé un voyage qui aurait pu me garder de bons souvenirs. Si vous allez aux îles Fidji, n'écoutez personne. Foncez direct à l'Octopus Resort où je ne n'ai pas eu la chance de rester. C'est ce que j'ai vu de mieux aux îles Fidji. Si vous voulez voir plus d'îles, vous pouvez aller jusqu'au Blue Lagoon en résidant à Oarsman's Bay Lodge ou au Blue Lagoon Resort. Chemin faisant j'ai vu que le Botaira Resort était situé dans un superbe endroit. A essayer aussi. Tout le reste peut être oublié. Otto and Fanny's est un challenger honnête mais le prix des repas est exorbitant par rapport aux autres resorts et les lits très durs.
En attendant de prendre l'avion, à l'hôtel
En ce qui me concerne, Mana Island a été une belle arnaque. La nuit manquée que Roger devait me rembourser ne l'a pas été. Je m'y attendais. Roger s'est retranché derrière le fait qu'il m'avait simplement vendu les différentes prestations conformément à mes souhaits (pas tout à fait du reste) et que c'est l'hébergement à Mana Island qui devrait me rembourser la nuit non utilisée et non lui, l'argent ayant été versé en intégralité au truc de Mana Island. Je n'ai pas voulu me battre sur ce terrain mais il me semble que si une agence de voyage vend un circuit avec des prestations irréalisables c'est de sa responsabilité de rembourser les clients. En tout cas en Europe.
Pendant que Roger me menait à l'aéroport et que j'avais déjà tout payé, il a eu comme enchantement le propriétaire du machin qui voulait me parler. Il s'est débiné derrière le fait que si je n'avais pas pu rejoindre Mana Island le jour J c'est parce que le ferry des Yasawas était en retard (ce qui est vrai) et que c'était donc à eux de me rembourser. Il m'a demandé de me rendre à la marina pour réclamer. Tu parles ! Je n'ai plus le bon d'échange, c'est eux qui l'ont, de toute façon ce ne sont que des mensonges, c'est une belle arnaque à laquelle je m'attendais. J'ai laissé pisser, ce ne sont que 20 euros mais le principe me déplaît fortement et rien que pour ça je suis content de quitter ce pays de truands qui aura réussi à me pourrir une partie de mon tour du monde.
A l'aéroport, alors qu'ils me restait des dollars Fidji à dépenser avant de partir, je n'ai même pas eu le cœur d'acheter quelque chose, un souvenir, un magnet ou des cartes postales pour les amis. Qu'aurais je écris ? Je suis à sec, dégoûté, ça se voit bien : hier je n'ai même pas pris une photo.
A bord du vol pour Nouméa je revis. C'est folklorique, tout le monde se souhaite un joyeux Noël, les gens escaladent les sièges pour se parler car ils se connaissent tous. C'est un beau bordel, on se croirait dans un bus d'ados. Et ça parle français, ça me fait du bien. Et puis cet après midi j'ai trouvé une agence de voyage calédonienne qui propose ses services pour des locations de voiture dans toutes les îles où je vais aller. Du coup les affaires s'arrangent, je vais peut être réussir à avoir une voiture de location à l’Île des Pins. C'est très cher mais j'ai décidé de faire du camping sauvage. Il n'y a que ça de vrai pour avoir la paix. Même s'il pleut.
L'avion est plein de grosses dondons drapées dans des tissus fleuris fluorescents qui se parlent les unes les autres, changent de sièges, me tirent la manche pour me parler. A côté de moi j'ai la présidente d'une association. Elle revient avec tous ses membres des îles Fidji où elles ont assisté à un mariage. Tous les deux ans elles voyagent vers d'autres îles. Il y a 4 ans c'était le Vanuatu, il y a 2 ans la Nouvelle-Zélande et cette fois les îles Fidji. Par contre le budget doit être maigre car chaque fois elles ne restent que le week-end. On en est venu à parler de mon tour du monde. J'arrive à la mauvaise période, la pays est en alerte en raison du déluge qui s’abat actuellement sur la Nouvelle-Calédonie. Ils n'ont jamais vu ça. D'habitude en décembre il ne pleut pas une goutte. Mais ces derniers temps le temps s'est détraqué, la faute au réchauffement climatique dit elle.
Dans l'avion pour marquer le coup, on a eu du champagne et du vin rouge et un repas avec une bûche de Noël. Les mamas étaient pompettes et chahutaient de plus belle. D'autant plus qu'au moment d'atterrir, avec les turbulences et le temps pourri, c'était Disneyland. Haut les cœurs ! Ça les amusait beaucoup.
A l'aéroport on a été accueilli par un personnel qui portait tous un bonnet de père Noël. Les gens se traînaient dans les couloirs, certains étaient pieds nus, ça se plaignait : « On n'est pas encore arrivés ? C'est quoi cette souffrance, là ? ». Venez faire un tour à Roissy, vous verrez les couloirs à n'en plus finir ! Sur la carte de biosécurite je me suis décidé à déclarer la tente après avoir lu que toute fausse déclaration donnait lieu à des poursuites et la confiscation immédiate des marchandises non déclarées. Ils m'ont juste demandé ce que c'était comme équipement et si je m'en étais servi. J'ai répondu par un petit mensonge, que je ne m'étais pas servi de la tente depuis la Polynésie et qu'elle avait été contrôlée en Nouvelle Zélande. Ils m'ont laissé passé sans regarder. Ouf ! J'avais peur que cela dure encore des heures.
En Nouvelle-Calédonie, le fuseau horaire est GMT+11 alors qu'aux Îles Fidji c'était GMT+12 mais au changement de fuseau on a perdu 2 heures. Bref encore un truc où je n'y comprends rien ! Je suis donc désormais 10 heures en avance par rapport à vous. L'écart se réduit, ça me fait bizarre, ça me donne l'impression de me rapprocher du retour. J'aborde le pays d'un regard neuf, ayant mis de côté ma précédente expérience. C'est ce qu'il faut faire. Chaque fois que je suis dans un nouveau pays, je range l'escale précédente quelque part dans ma tête afin d'éviter les comparaisons et pour avoir la tête libre pour recevoir les vibrations et me faire une idée neuve dans un état d'esprit positif. Je suis en Nouvelle Calédonie, c'est une chance que je n'aurai peut être pas l'occasion de revivre. Certains n'iront jamais dans leur vie. Je me dois donc d'être optimiste et enthousiaste. D'autant plus que c'est Noël ! Ou presque. Je suis allé me coucher à 21h30 heure locale, tombant de sommeil.

vendredi 23 décembre 2011

Retour à Nadi

Ce matin le couple d'allemands a craqué. Ils ont demandé à partir avant l'heure. Apparemment tout le monde s'était entretenu avec les gérants dans la soirée et il était convenu qu'ils pouvaient partir et qu'on leur rembourserait 70% des sommes trop perçues. Du coup ils ont tous sauté sur l'aubaine. De 20 il ne reste plus que Sam, le jeune allemand qui se gratte et à qui il reste 10 jours à tirer. Passer toutes ces vacances là dedans ! Pour un peu je lui donnerais un billet pour qu'il aille ailleurs, il me fait de la peine. Il est trop gentil, il dit que tant qu'il a à manger, le reste il s'en fiche. N'empêche il va se retrouver tout seul là dedans pour Noël et le jour de l'an, tu parles d'un cadeau ! J'espère qu'il ira manger au Ratu Kini, avec les autres qui ont déserté, c'est tout de même plus gai.
Mais ce matin, il semblerait que les choses ne se passent pas comme prévu pour le couple allemand : au machin, ils n'ont plus d'argent liquide pour les rembourser. En attendant que quelqu'un n'arrive avec de l'argent frais, ils ont loupé le bateau de 7h30 pour les emmener à la rencontre du ferry qui va dans les Yasawas. Je leur ai donné la brochure de l'Octopus Resort en insistant pour qu'ils y aillent, leur affirmant que c'est le meilleur établissement des Yasawas. Et après ce repère pouilleux, ils en ont bien besoin. J'espère qu'ils suivront mon conseil, ils ne regretteront pas. Car cela fait deux nuits qu'ils ne ferment pas l’œil et c'est une question de vie ou de mort pour eux de partir de là sinon ils vont devenir fous. C'est ce qu'ils disaient à la réception qui était très étonnée qu'ils ne puissent fermer l’œil. De toute façon ça ne sert à rien de leur parler, ils sont lobotomisés, ils ne se rendent compte de rien. Ce matin en partant, sans avoir pris mon petit déjeuner, j'ai pris mon sac et n'ai même pas dit au revoir.
Je suis resté au Ratu Kini en attendant le bateau de midi, en discutant avec les ex autres pensionnaires qui avaient désormais élu domicile ici. Je les trouvais bien indulgents, ils disaient que c'était OK au machin pour une nuit ou deux mais pas plus. Moi je dis qu'il ne faut y aller en aucun cas. S'il y avait une agence de salubrité aux Fidji, ce truc aurait fermé depuis longtemps.
Quand je suis arrivé à Nadi, le transfert prévu sur mon ticket n'était pas là. J'ai dû aller à l'hôtel à côté pour qu'ils appellent le Wailoaloa qui m'a dit qu'ils allaient arriver. J'ai attendu 15 minutes sur le trottoir sur une chaise en plastique. Un chauffeur de taxi m'a demandé où j'allais, je lui ai répondu que j'attendais la navette du Wailoaloa. Il m'a dit qu'il pouvait m'y emmener pour 2 euros, que c'était à côté. Je suis donc monté avec lui. Au Wailoaloa la navette était là avec les employés assis par terre à attendre. J'aurais pu attendre longtemps ! Je ne comprends pas pourquoi rien ne tourne rond dans ce pays, ils disent un truc mais ne le font pas et se cachent derrière leur « Fidji time » qui commence à me les briser menu. J'ai envie de les secouer. En tout cas je n'ai rien dit, de peur qu'ils ne me refilent une chambre pourrie.
Ça n'a pas empêché, j'ai une chambre dans ce qui ressemble à un bungalow avec des murs aux cloisons en plastique où j'entends les voisins comme dans la même pièce et où le sol tremble à chaque pas qu'ils posent. J'ai demandé à changer et à avoir une chambre du même style que celle que j'avais eu en arrivant, dans un bâtiment en dur. La préposée m'a répondu que la dernière fois j'avais été surclassé et que cette fois ce serait donc plus cher. Elle m'a demandé 10 euros de plus, je les lui ai refilés pour avoir droit à un peu de tranquillité après l'épisode horrible de Mana Island, avec un arrière goût de me faire encore avoir.
A ce sujet je me suis un peu entretenu avec Roger, sur le fait qu'il avait fait une erreur lors de la réservation, que je ne pouvais pas rejoindre Mana Island depuis les Yasawas dans la même journée en raison des horaires des bateaux et que j'avais dû dormir à Bounty Island en attendant le lendemain, après que le ferry ait appelé ici et qu'on leur ait répondu que je serais remboursé de la nuit non utilisée à Mana Island. Roger est monté sur ses grands chevaux, l'air de tomber des nues et m'a demandé le nom de l'employé de l'hôtel que le bateau avait eu au téléphone. Tu parles comme ils m'ont donné le nom ! Du coup il doit se renseigner, appeler je ne sais qui et je ne saurai le dénouement que demain. Pourquoi faut il se justifier et attendre, alors qu'il m'a vendu un truc irréalisable ? Ce n'est pas dur de comprendre qu'il est impossible de faire coïncider un bateau qui arrive à 19h avec un bateau qui part à 9 heures ! Je sens que je ne reverrai jamais mon argent pour cette nuit.
En attendant, je suis allé voir pour mettre un avis du Sereana Backpacker sur Tripadvisor. Il n’est pas référencé. Du coup je l'ai fait sur un autre site et sur Tripadvisor concernant le Wailoaloa, en mettant en garde de ne surtout pas accepter les nuits que Roger voudrait vendre pour Mana Island. Les gens doivent savoir, ceux qui étaient là bas avec moi ont été envoyés par la plupart par Roger. Cela doit cesser ! Je ne sais pas si je serai publié, c'est le moyen de savoir s'il y a censure sur ces sites censés être indépendants.

jeudi 22 décembre 2011

La délivrance approche


Avec toute cette crasse et cette humidité, mon odeur d'eau pourrie s'est muée en chien mouillé. C'est horrible, heureusement ils ont une laverie chez Roger, je vais tout laver là bas demain quand j'y serai. J'aurais bien besoin aussi de quelques gouttes d'eau de Javel. Vivement demain que je parte d'ici, c'est ma dernière journée, je prends mon mal en patience. Il y en a plusieurs qui n'ont pas eu cette patience et qui ont déjà craqué : l'espagnol est parti au bout d'une nuit, je le croise désormais au Ratu Kini ; d'autres ont abrégé leurs souffrances et sont partis plus tôt que prévu vers d'autres îles. Une des filles, Stéphanie, une suisse qui avait participé à l'excursion à Monuruki Island réside aussi au Ratu Kini et me dit que je passe ma vie ici car elle ne cesse de me croiser. Ce n'est pas faux. Je fuis l'autre, Sereana Backpacker. Attendez de voir mon appréciation sur Tripavisor.
Ce n'est pas un cabanon, il y en a qui vivent là, par terre
La coupe était pleine à midi, c'est la dernière fois qu'ils m'ont vu. Je suis arrivé pour le déjeuner à 12h45, sachant qu'en principe il est servi entre 12 et 13 mais que les dernières fois tout était avec une heure de retard. J'ai passé la matinée au Ratu Kini plutôt que d'attendre avec les clebs qui aboient et les gamins qui crient, tout comme un couple d'allemands avec qui je me suis entretenu dans la matinée. Pour la petite histoire, eux aussi détestent l'endroit. Eh bien pour cette fois la cuisinière était à l'heure : quand je suis arrivé tout le monde avait fini. Au menu : des saucisses en boîte avec des frites. Un des types du machin m'a tendu une assiette de quelqu'un qui n'avait pas fini son repas. Là je crois qu'on ne m'a jamais fait le coup. J'ai réclamé une assiette neuve et fraîche, si je peux dire. C'est un comble de devoir réclamer un peu de dignité. Je ne suis pas un clebs à qui on donne les restes. 
Évidemment il a fallu que j'attende car la cuisinière n'avait pas prévu assez. Pourtant c'est facile de savoir combien on est, c'est écrit sur le tableau à l'entrée du machin. J'ai eu droit pour patienter à un jus de fruit servi dans un verre en plastique extrait d'une pile de ceux qui avaient bu avant moi !
Quand le plat est arrivé, les saucisses sentaient la merde de chien, tout le monde les laissait sauf ceux qui avaient tellement faim qu'ils auraient mangé n'importe quoi, je n'ai mangé que les frites. En fait j'ai jeté un œil dans la cuisine, il n'y a pas de frigo, juste une glacière posée à même le sol. Tout doit être de la boîte et c'est infâme. Mon estomac crie famine à longueur de journée. Mais j'ai une boîte de biscuits que je me trimbale depuis que Roger m'avait amené au supermarché, j'ai enfin trouvé le moyen de m'en servir. Quand le couple allemand est arrivé ça a été le clash. La cuisinière qui tire tout le temps la tronche s'est mise à gueuler dans sa langue envers un autre employé. 
Pas besoin de cours de fidjien, on comprenait bien qu'il y avait un problème sur le nombre de plats qu'elle était censée servir. Moi je suis sorti de ce cauchemar pour marcher le long de la plage et dans le village, décidé à vous montrer l'horreur de l'endroit dans lequel je me trouve. Finis les paysages de carte postale, place à la réalité. Alors, vous aimez ?
Je suis sûr que le Guide du Routard doit être plein d'éloges, que c'est authentique, que l'on vit comme les villageois et que c'est une occasion unique de s'imprégner de leur culture. Je ne serai pas surpris, ils adorent ce genre d'endroits sordides. Quand je suis retourné sur mes pas, j'ai croisé une délégation du machin, tous les pensionnaires étaient sur le départ pour une excursion vers les récifs à la rencontre des requins. Ils m'ont demandé de me joindre à eux. On m'a prêté un masque et un tuba usés jusqu'à la corde, que j'ai bien rincés avant usage. 
C'est une seiche
Je devais tenir le tuba d'une main en nageant car il ne tenait pas en bouche. Tout le monde était pieds nus, je ne sais pas comment ils font pour marcher dans cette crasse, ils ne se rendent donc compte de rien ? Il suffit d'ouvrir les yeux, j'ai vu un clebs chier sur la plage, là où tout le monde pose sa serviette. Personne n'a donc entendu parler de ce parasite véhiculé par les merdes de chien, qui entre par la plante des pieds et creuse des galeries dans le corps pour sortir par les yeux ? Ce n'est pas une légende, ça existe ! Moi je ne quitte jamais mes Crocs.
En fait on a fait le tour de l''île comme ce que j'avais fait hier, on est donc passé côté riches. Sur les photos on voit bien le contraste. A la fin de l'après midi, j'ai laissé le groupe retourner au machin, je me suis arrêté à nouveau au Ratu Kini. Je crois que j'ai pris la meilleure décision de toute ma vie : ce soir je suis resté dîner là bas. 
De l'autre côté du mur de Berlin...
Bien qu'un dîner était prévu pour moi au truc, j'ai préféré payer ici, avoir la paix et surtout ne plus voir cet endroit infâme. Ça a été une délivrance, j'aurais dû le faire bien avant. Après manger j'ai squatté un hamac du Ratu Kini pour regarder tranquillement un épisode de Colombo avec une bière mais j'ai été emmerdé par les gamins du village qui étaient tous dans mon dos, regardant les images, posant des questions et faisant balancer le hamac. Ils avaient emmené avec eux les clebs. Je ne supporte plus rien depuis que je suis ici. D'ordinaire je suis ouvert aux habitants, j'aime bien discuter avec eux mais là je suis fermé comme une huître et je veux juste avoir la paix pour faire abstraction. Comme c'était loupé pour la pause bien être et détente, j'ai tout coupé et j'ai décidé de prendre ma tente et d'aller dormir. Tout le monde est au courant que je ne dors pas ici, c'est moi qui leur ai dit. Ils me regardent avec envie. 
Car apparemment la nuit c'est l'enfer ici : le dortoir est situé juste à côté du générateur de courant qui fait un bruit de locomotive toute la nuit. Ce sont leurs propres mots. Il y a aussi des batailles de clebs, des gens du village qui vont et viennent et qui parlent. Pour ma part, je leur raconte que je n'ai que le bruit des vagues pour me bercer tout au long de la nuit. Du coup le couple d'allemands qui n'en peut plus d'être ici et qui se rend ensuite à Hawaï a décidé de s'acheter une tente là bas, pour pouvoir dormir où ils veulent en cas de problème.
Quand je suis passé à près de 21 heures pour récupérer la tente, tout le monde était attablé devant ce qui devait encore être du chien alors que j’avais fini de manger depuis plus d'une heure. Cela m'a conforté dans le fait que j'avais fait le bon choix. Les expériences les plus terribles sont souvent celles qui font le plus rire quand on les raconte après coup. On pourra donc dire que j'ai beaucoup ri à Mana Island !

mercredi 21 décembre 2011

Monuriki Island

Monoruki Island

A 4 heures du matin la nuit dernière il y a eu à nouveau un orage terrible, un déluge doublé de coups de tonnerre effrayants et d'éclairs en tout sens. Effrayant car avec ma tente en bordure de plage et un peu sous les arbres, j'avais peur que ça n'attire la foudre. La pluie ne me gène pas plus que ça car la tente est bien imperméable, bien que je ne puisse laisser la porte ouverte pour amener un peu d'air ce qui fait que j'étouffe. Vous me direz qu'est ce que je fous dans une tente sous l'orage, je le cherche bien. D'autant plus que j'ai plein de dollars d'ici que j'avais trop tirés au distributeur quand je suis arrivé. Je comptais m'en servir contre un surclassement. Tu parles, il n'y a pas de surclassement de possible, c'est le camping, le surclassement ! Le dortoir : des lits défoncés pleins de vermines, les chambres : des matelas à même le sol. Le tout coincé au milieu d'un village rempli de chiens complètement dingues, avec un un type qui cogne avec un marteau sur je ne sais quoi toute la journée et une bonne partie de la nuit. On dirait que les cloches de l'église sonnent en permanence. 
L'île juste en face de Monoruki
Je fais un rejet total du site, je ne sais pas à quoi ça tient. Tout me sort par les yeux. Apportez moi un bulldozer et je vous rase tout! La cuisinière est une catastrophe et devrait être rasée elle aussi. Elle commence à préparer le dîner à 17 heures pour un service censé être entre 18 et 19 heures. Le soir à 20 heures on attend toujours. Tout ça pour avoir de la merde en boîte.
Le départ pour Monuriki Island était censé être ce matin à 7 heures du matin, alors que tout le monde dormait encore à mon backpacker. Je me suis donc rendu dans celui qui le jouxte, sans avoir pris de petit déjeuner. J'étais le premier, les autres étant en train de prendre leur petit déjeuner calmement. Si on ajoute à ça le type du bateau qui vit à l'heure Fidji, ça a donné un départ à 8h30. Du coup je suis allé un peu pleurer à la réception pour savoir s'il n'était pas possible d'avoir un peu de fruits avant de partir pour l'excursion. Moyennant quelque dollars, le cuisinier m'a préparé un assortiment de papayes, ananas et bananes. Ça me change de mon trou à rats où ils ne connaissent pas les fruits !



Les 4 autres personnes à m'accompagner parlent toutes français. Il y a un jeune couple basque dont la fille, pas commode, qui ressemble à Penelope Cruz, est en train de fulminer. Car c'est à cause d'eux que l'on doit partir si tôt : à 11h30 ils doivent être de retour ici pour prendre le bateau pour Nadi. Et comme on tarde à partir elle a peur de rater le bateau et d'avoir une excursion amputée. Moi aussi du reste, j'aurais préféré que cela dure plus longtemps. Suite aux pluies des jours derniers, je ne pense pas que le beau temps soit pour aujourd'hui, je suis un peu déçu, peut être aurais je dû attendre demain pour l'excursion mais rien ne dit que le temps aurait été meilleur et que de nouvelles personnes auraient voulu partir en excursion. Qu'à cela ne tienne, il faut rester philosophe, c'est comme ça on n'y peut rien.
L'île est très belle, pas très grande, mais avec un gros rocher qui la domine. Elle est aussi entourée d'autres îles toutes proches, au même relief, tout aussi désertes. Quand on arrive sur la plage, à l'orée de la cocoteraie, un message est inscrit sur le sable à l'aide de noix de cocos : « Help me », comme dans le film Castaway, pour rappeler que c'est là que le film a été tourné. A moins que ce soit les mêmes que dans le film. Notre guide nous a entraîné vers les hauteurs de l'île, gravissant comme on pouvait (il n'y a pas de chemin), s'aidant des branches. En chemin il a ramassé une noix de coco et montré comment l'ouvrir. Aidé simplement d'une pierre, il l'a épluchée, en partant du sommet de la noix de coco. Une fois la coque dégagée, il faut frapper un coup dans le sens de la longueur, à la moitié, entre deux stries noires qui parcourent la noix (il y en a trois). Elle s'est alors instantanément ouverte en deux, en son centre. A renouveler chez soi pour voir voir si j'y arriverais, ça a l'air si facile.
J'étais le seul à avoir pris des chaussures, les autres étaient pieds nus et semblaient marcher sur des œufs. Les filles se plaignaient qu'elles avaient mal aux pieds, que c'était l'enfer, qu'on se croirait à Koh Lanta. Pour moi c'était facile, j'ai fait bien pire. Et pourtant j'ai presque le double de leur âge. L'air était très lourd, humide et très chaud, on transpirait comme des malades malgré le fait qu'il n'y ait pas de soleil. La vue du rocher où Tom Hanks passait ses journées à guetter les secours est magnifique. C'est celle que l'on peut voir ci contre. Regardez le film, vous me direz si c'est pareil. Moi je ne m'en souviens plus trop, j'avais vu ça dans un avion il y a longtemps. Au passage c'était un peu une folie de passer ça dans l'avion car le début du film commence par un crash des plus réalistes !
A la descente, Penelope a fait une crise de nerfs, son copain a essayer de la calmer et elle hurlait « mais je suis calme ! ». Ah ces couples qui s'engueulent à l'autre bout du monde ! Il ne faut pas croire c'est légion, j'en vois toujours plein dont on sent les tensions, qui boudent et se font la gueule.
Ça m'a toujours sidéré, si c'est pour s'engueuler, autant rester chez soi. Arrivés en bas, nous avons fait un peu de snorkeling mais le temps pressait alors ça c'est fait un peu au pas de course. Le spot était très moyen, quasiment pas de poisson et des coraux très éparpillés. Pourtant les autres ont adoré, le couple affirmant que c'était bien plus beau que tout ce qu'ils avaient vu à Hawaï. C'est ça, quand on est un backpacker, on va dans les endroits les pires.
Nous étions de retour à 11h30 comme prévu, mais pour rien, leur bateau étant complet. Il faut dire que c'est quelque chose aussi ce rafiot. C'est une espèce de vedette déglinguée tenue par deux indiens, avec les gaz d’échappement qui refoulent dans l'habitacle et des moteurs qu'ils sont tout le temps en train de rafistoler avec des fils de pêche tout au long du parcours. Le couple basque a dû attendre la prochaine navette, à 17 heures.
Mana Island, côté riches!
Moi, après un déjeuner horrible (des haricots en conserve servis entre deux tranches de pain de mie rassis), je suis parti en prospection autour de l'île, question de fuir le village et de voir autre chose. Il faut savoir que Mana est une île qui ressemble à l'Allemagne du temps où il y en avait deux. Il y a un resort de luxe détenu par des Japonais qui occupe les deux tiers de l'île, le reste étant livré en pâture aux villageois. Des palissades et hauts barbelés en empêchent l'accès. Si on a le malheur de passer, on se fait immédiatement chasser une fourche au cul. Alors que dans l'autre sens, les villageois accueillent tout le monde. Vous connaissez mon allergie aux propriétés privées qui s'octroient tous les droits, j'ai trouvé un moyen de pénétrer là dedans ni vu ni connu. J'ai mes ruses de sioux. J'ai contourné l'île par l'est, en passant par un chemin qui traversait l'île, au milieu de hautes herbes. 
Seulement de l'autre côté il y a un resort qui vient d'ouvrir il y a deux mois et qui a deux pensionnaires dans une piscine à débordement face à la mer (le resort n'a pas de plage, ce sont des rochers). Je n'étais pas le bienvenu, un employé m'a vu et m'a demandé ce que je faisais. Je lui ai dit que je marchais juste comme ça le long du rivage, cherchant à faire le tour de l'île. Il m'a demandé si je n'avais pas vu les panneaux à l'entrée, que j'étais sur une propriété privée. En toute bonne foi je lui ai répondu par la négative. Il m'a alors escorté en tendant son bras pour faire barrière me donnant les consignes par où passer pour faire le tour de l'île. Au final il était sympa, il m'a permis de traverser la propriété, j'ai donc pu poursuivre. Plus loin j'ai vu un des panneaux dont il m'avait parlé, avec inscrit en rouge en grosses lettres « Keep out ; All trespassers will be prosecuted ».
Une belle plage sans chien pour les japs!
Finalement je suis arrivé plus loin sur une des plages du resort de japs, sans barbelé ni panneau de menaces. Ils ne pouvaient donc rien me dire. Je me suis baladé là dedans, comme n'importe quel pensionnaire. C'est si grand et il y a tellement de monde, comment pourraient ils se douter que je ne réside pas ici. Ah l'argent a du bon ! L'endroit est idyllique et n'a rien à voir avec le village pouilleux où je suis. Si j'avais plus d'argent je descendrais là dedans. On doit être bien plus reposé en y sortant que moi. Je commence à être saturé des conditions dans lesquelles je voyage. J'aurais besoin d'une pause un peu plus luxe. Du coup je suis allé voir sur Internet, prêt à craquer ma tire-lire en Nouvelle-Calédonie. Après tout ce sera Noël et le le Nouvel An, autant le vivre comme il se doit que de traîner sous la flotte dans une tente humide avec des vêtements qui sentent l'eau pourrie. J'étais prêt à passer 3 nuits au Méridien à 600 euros la nuit, pour une pause revigorante. Je me suis ravisé, avec cette somme je pourrais faire 12 aller retour Paris/Madrid, je n'ai pas le droit de la claquer comme ça, ce n'est pas juste, je préfère m'en servir pour me rendre à Madrid ou Bordeaux. Mon envie de luxe s'explique juste parce que cet endroit pourri m'exaspère mais une fois que ce sera fini, ce sera oublié.



Je bénis celui qui en a eu l'idée
Quitte à être passé du côté de Berlin ouest, j'en ai profité pour me balader dans le resort. Il y a une colline d'où on a un superbe point de vue sur toute l'île et aussi celles autour. On voit bien Monuriki qui est toute proche. Après, je suis allé me baigner, en ayant quitté le resort (ils n'empêchent pas les gens de sortir pour aller visiter le village). Mais aujourd'hui il y a des trucs qui piquent dans l'eau. Ça fait des décharges comme si on venait de se faire piquer par une méduse. Et on ne voit rien, je ne sais pas ce que c'est, sûrement des espèces de crustacés transparents qui nagent entre deux eaux. Il y en avait aussi à Bountry Island et avec Kerstin on s'était fait piquer et on avait fini à la piscine du resort. Comme le temps s'est à nouveau couvert, je suis allé visiter un peu le village. C'est horrible de voir les conditions dans lesquelles ils vivent. Ils ont inventé le concept de la boîte de conserve en guise d'habitation. D'ordinaire les cases traditionnelles sont faites de murs en planches de bois avec des fenêtres et un toit en tôle ondulée. Ici, c'est de la tôle ondulée sur les 5 faces, posée à même le sable, sans fenêtre, où les gens rampent car les boites à sardine font 1m50 de haut. On se croirait dans le pire endroit d'Afrique. 
C'est bien fait, t'avais qu'à être sage!
Moi je ne sais pas, même sans le sou, je suis sûr que j'arriverais à me construire une case de Robinson plus digne. Ici ils s'en foutent, ils passent leur temps allongés sur des tables et entourés de chiens. Les cases sont toutes à touche touche. Je critique la France souvent, mais heureusement que j'ai la chance d'être né là bas. Vous me mettez là je meure en 1 nuit ou si ce n'est pas le cas, je me suicide !
Quand je suis retourné au machin (désolé je ne lui trouve pas de nom), le dîner n'était toujours pas prêt. Du coup les gens s'occupaient comme ils pouvaient. Ils avaient trouvé l'excellente idée d'ensabler un clebs. Ça nous a beaucoup fait rire. On aurait dû faire pareil avec tous ceux qui traînaient, au moins on aurait eu la paix. Après le repas on a eu droit à un show de danses et de spectacle de feu où ils léchaient les flambeaux et se les roulaient sur le corps. Après ça a été notre tour, la Bula Dance, sorte de macarena qui se danse alignés en rang d'oignon. On dû tous se présenter avant, je peux donc vous dire que toute la planète vient voir ce backpacker gangrené : allemands, suédois, anglais, suisses, espagnols, hollandais et américains. Un comble !

mardi 20 décembre 2011

Mana Island

On se reverra à Munich!

Cette fois c'est la bonne, j'ai dit ce matin au revoir à Kerstin. Quoique... Car la trouvaille de Roger est bien ce que je craignais : un repère de mouches logé en plein cœur du village où tous les gamins et les chiens viennent aboyer et jouer (vous pouvez remettre les mots dans leur ordre logique, ça ne changera rien!). Il y a trois resorts pour backpackers, c'est le pire. J'ai regardé les gens qui ont pris des chambres, les pauvres ont des matelas sur le sol en béton parmi les cancrelats qui se baladent et ils devront respirer des peintures au plombs écaillées pendant leur sommeil. Je ne suis pas regardant sur les hôtels mais quand on descend aussi bas et que l'hygiène devient douteuse, ça me gêne.
J'ai installé ma tente devant la plage, assez belle malgré tout si l'île était restée déserte, sous des cocotiers qui se donnent bien du mérite de pousser là au milieu de sables qui devaient être à l'origine blonds mais ont été depuis battus et rebattus par les gens et les chiens et sont désormais gris. C'est une catastrophe, ça pue partout et pourtant il y a plein de gens. On doit bien être une vingtaine là dedans, surtout des allemands, qui osent marcher pieds nus, poser leur serviette et prendre un bain de soleil dans les cris et les batailles de clebs. J'ai été témoin d'une rixe avec une vieille chienne hideuse aux mamelles qui touchaient terre et qui ne pouvait plus poser une patte à terre et s'en est allée en couinant de douleur après avoir été mordue. Tous les chiens avaient rappliqué et rajoutaient leur hargne, c'était insupportable mais personne ne disait rien. Il y en avait même une qui caressait deux chiens en même temps pendant qu'ils aboyaient à n'en plus finir.
Un peu de soleil après l'orage
J'ai vite compris à quoi j'avais affaire, j'ai posé la tente là parce qu'il fallait bien la mettre quelque part. Mais après un déjeuner infect (une boite de viande de mouton hachée mélangée avec des pâtes dont je n'ai mangé que les spaghettis), je suis allé à l'autre bout de la plage, au delà du village, où j'avais vu du bateau une plage déserte. Une fois sur place, la plage n'est en fait qu'un rideau de verdure que la mer vient lécher à marée haute et qui cache plein de détritus, des canettes, des bouteilles en plastique, des bidons... Malgré tout, armé de tout mon courage, j'ai trouvé un endroit où la mer ne vient pas, que j'ai déblayé des immondices puis enlevé les feuilles et fini par les travaux de terrassement. Dur travail mais j'ai mon endroit pour cette nuit, pas génial mais tranquille. Par contre pour y parvenir il faut marcher 15 minutes et franchir des rochers. Dans la nuit noire en tenant la tente à bout de bras, si je ne me casse pas la gueule ce sera bien un miracle.
J'étais à deux doigts cet après midi de tout annuler, en perdant tous mes sous car l'ensemble est déjà payé en intégralité, sans essayer de dormir là, et de prendre le premier bateau pour aller rejoindre Kerstin au Bounty. Mais le bateau ne vient que le matin. Et puis j'ai demandé si je pouvais participer à une excursion vers Castaway Island, renommée de la sorte car c'est là qu'a été tourné le film avec Tom Hanks. La femme derrière le bar avec deux de tension m'a regardé d'un œil torve et m'a dit qu'il fallait qu'elle demande au moins à 4 autres personnes s'ils voulaient y aller sinon j'allais payer très cher. Vu la léthargie des autres que le fait de rester dans un dépotoir sied, ce n'était pas gagné qu'ils soient intéressées par la visite d'une belle île déserte. Pour quoi faire ? Où sont les chiens, où sont les déchets ? Je suis donc allé m'enquérir au « resort » voisin, le Ratu Kini, de meilleure facture qui dispose d'un sol carrelé et d'une terrasse qui surplombe la plage pour leur restaurant. Le luxe ultime ! Et là, les prix sont affichés, il y a déjà 4 personnes inscrites et vu que le minimum est de 4, c'est gagné. Au moins ici ça bouge ! Ah Roger, quand je te reverrai, je te dirai un mot sur ton trou à rats. Et au Lonely Planet avec leurs superlatifs « le belle Mana et ses plages les plus belles des Fidji », attendez que je vous écrive un mot.
La plage du village, un peu plus loin où ça s'arrange...
Il n'y a pas de rats, on me dira que c'est déjà ça, en revanche j'ai discuté avec un pauvre jeune allemand qui se grattait compulsivement comme un chien. Il m'a demandé pourquoi j'avais une tente et finalement il a conclu en remarquant que c'était mieux, qu'ainsi j'éviterais les lits qui sont infestés de punaises de lit. Le pauvre ! Il est là depuis 10 jours et il lui en reste encore 9 à tirer. Il vient d'Allemagne pour passer toutes ses vacances ici sous prétexte que c'est l'endroit le moins cher qu'il ait trouvé aux Fidji. Il n'y a pas de miracle et on comprend bien pourquoi.
Ce soir il y avait une viande blanche en sauce dont personne ne pouvait dire de quoi il s'agissait, la sauce masquant le goût. On a cru que c'était du poulet mais il y avait plein de morceaux partout comme pour le lapin. Du lapin ici ? Je n'en ai pas vu un seul. Ma voisine a suggéré que c'était peut être du chien, sans vraiment plaisanter. On ne saura jamais et je crois que c'est mieux ainsi. Je mange trois fois rien - de toute façon les portions sont peu copieuses, pas d'entrée pas de dessert - je n'ai pas confiance, si j'échappe à une intoxication alimentaire ce serait bien un miracle.


 Sinon à part ça, quand je suis allé faire mon tour pour chercher un endroit où dormir ce soir, alors que j'avais fini les travaux et juste après être sorti de mon bain, le ciel s'est couvert de gros nuages noirs et l'orage a éclaté. Vu que le soleil avait refait son apparition depuis le matin et tapait fort, je ne me suis pas inquiété, plaçant juste mon sac sur un morceau de tôle ondulée trouvé dans l'eau (au moins les détritus ça sert!) et attendant que ça passe. Mais ça n'avait pas l'air de vouloir passer, au contraire ça empirait et on ne voyait plus rien, c'était devenu comme hier de retour des grottes. Je me suis alors souvenu que j'avais laissé la porte de ma tente ouverte pour faire courant d'air afin d'éviter que les choses que j'y laissent ne fondent. De toute façon il était trop tard, je tablais à présent sur le fait que quelqu'un aurait peut être la présence d'esprit de l'avoir fermée pour moi.
C'était un vrai déluge qui s'abattait sur l'île, aussi j'ai pris la décision de retourner au village pour me mettre à l'abri, après avoir mis mon T-shirt sec dans le sac et enveloppé le tout dans mon paréo pour faire protection. Et j'ai couru comme un dératé. Un moment, arrivé au village, mon pied est resté coincé dans un trou que je n'avais pas vu, la chaussure est restée là et j'ai fait un vol plané tombant face contre sable. J'étais au bord de la crise de nerfs tandis que les gosses rigolaient à n'en plus finir. Moi je jouais le sauvetage contre la montre de mes cartes bleues et de mon appareil photo. Je suis entré comme une furie dans la salle du restaurant où tous les chiens s'étaient mis à l'abri. Ça sentait le chien mouillé, ça prenait à la gorge. En passant j'ai remarqué que quelqu'un avait fermé ma tente, ça me faisait un souci en moins.
Je suis resté comme ça, humide, sans pouvoir m'essuyer, la serviette étant dans la tente. Je n'ai jamais été vraiment sec, toutes mes affaires sentent l'eau pourrie, c'est une infection ! Au bout d'une heure et demie le soleil est revenu un peu, avant un autre nuage très noir qui n'allait pas tarder à arriver. Je suis allé faire un saut à la tente. Désastre ! Le matelas flottait dans une piscine de 2 centimètres d'eau, mon caleçon de nuit flottait lui aussi et la serviette trop lourde pour flotter gisait au fond comme une rustine. Mes autres affaires que j'avais placées sur le matelas étaient elles au sec. J'aurais dû m'en douter, la tente n'a pas été fermée à temps. J'ai donc dû éponger, essorer, mettre à sécher sur le fil à linge de la communauté avant que l'autre dépression n'arrive. Au final tout est bien sec. Quelle journée ! Sortez moi de là avant que je ne tombe malade !

lundi 19 décembre 2011

Les grottes de Sawa-i-Lau

Arrivée aux grottes

Ce matin après le petit déjeuner j'ai opté pour une excursion à ces grottes que l'on aperçoit dans le film « Le Lagon Bleu ». Mais plus que pour la référence au film, c'est surtout les avis éblouis de ceux qui y sont déjà allé qui m'a poussé à m'y rendre et aussi la curiosité de découvrir un nouvel endroit. Même si le temps est dégueulasse ce matin. On a eu droit à un grosse averse pendant le petit déjeuner. S'il pleut là bas ce n'est pas très grave, c'est une grotte donc je serai à l’abri !
La sortie est prévue pour la matinée seulement. Ça tombe bien car après je dois prendre le bateau pour ma prochaine escale : Mana Island dans les Mamanucas. Nous étions trois du resort à nous y rendre : un des couples australiens avec qui j'avais mangé la veille, des fermiers rigolos, et moi. Je leur avais raconté que je préférais boire de l'eau en bouteille que celle qu'ils nous proposent qui vient d'une cuve où ils recueillent l'eau de pluie. La femme du couple m'avait demandé : « Does it have a lid, a cover? ». 
J'avais répondu que oui et qu'à l'intérieur il y avait plein de grenouilles et de poissons qui avaient ainsi la paix ! Ça les avait fait beaucoup rire et ils m'avaient raconté qu'eux aussi ont une citerne dont ils boivent l'eau. Un jour à table ils avaient remarqué un goût inhabituel. En allant voir à la cuve, il y avait un gros opossum qui s'était noyé et qui flottait là dedans. Ils ont dû vider la cuve entière et la nettoyer !
Sawa-i-Lau n'est pas à côté du resort, on a dû contourner toute l'île de Nacula, qui est très étendue. Le trajet prend bien une bonne demie-heure. Au loin je voyais comme une montagne, me disant que les grottes étaient peut être là. Et c'était bien le cas. Un guide nous a conduit dans les grottes, c'est très touristique et bien aménagé, il y a des escaliers de fer. 
Quand nous avons pénétré dans la grotte, ça a été l'enchantement instantané. L'escalier descend vers un petit lac aux eaux bleues, à l'intérieur de la grotte qui forme un dôme haut de 15 mètres avec tout un tas de drapés et d'orgues. On se croirait dans une cathédrale ensevelie. Pour aller la voir de plus prêt il faut nager et prendre son masque et tuba. Car il y a une seconde grotte, non éclairée, que l'on rejoint par un petit passage étroit et un peu acrobatique. Claustrophobes s'abstenir ! Il s'agit de plonger dans un canal sous marin large comme le corps en ayant pris son souffle avant. Il y a deux guides : un qui nous pousse de la première grotte et un second dans l'autre qui nous montre le chemin à emprunter avec sa torche. Bon la passage n'est pas bien long et on a tôt fait de rejoindre la lumière mais le fait de savoir qu'on plonge dans un canal où il n'y a pas d'air n'est pas très engageant. D'ailleurs la femme du couple n'a pas voulu y aller.
Elle a eu tort car la seconde grotte est presque plus jolie, en tout cas encore plus mystérieuse. On nage dans de l'eau noire, agrippé à une planche de polystyrène tirée par le guide et censée nous montrer le chemin mais qui ne m'a pas empêché de me cogner chevilles, coudes et genoux un peu partout. Le guide nous éclairait les parois de temps en temps pour nous montrer. Les couleurs étaient magnifiques, toute une palette d'ocres et l'intérieur était tout poli par l'eau. Elle n'est d'ailleurs pas très salée. J'ai demandé, elle est bien reliée à la mer mais par un petit passage qu'on ne voit pas, certainement sous marin. Au bout de cette seconde chambre il y a un tout petit puits de lumière, c'est vraiment étonnant.
Quand on est sorti des grottes, le couple a été invité vers les stands de paréos et de coquillages. J'ai décliné la visite, sous le prétexte, réel, que je ne pouvais rien ramener car j'avais encore un long voyage et ne peux m'encombrer de rien. Pendant ce temps là un grain terrible se dirigeait vers nous et promettait d'éclater. Il aurait été prudent de partir maintenant, je l'ai signalé à un des fidjiens qui nous avait accompagné pour la visite mais il n'a pas relayé l'information. Les australiens ont donc continué leurs emplettes tranquillement. Ayant mon sac à dos avec portefeuille et caméras je commençais à me faire du souci. Où mettrais je ça si un orage devait se manifester ? Dans la barquasse il n'y a rien, juste des bancs étroits.
Quand enfin nous avons repris la mer, les premières gouttes se sont mises à tomber. Heureusement une fois l'ancre levée, j'ai remarqué qu'il y avait un petit renfoncement, comme une niche où ils logent l'ancre et où j'ai pu poser mon sac dessus. Rapidement ça a été le déluge. L'australienne à côté de moi rigolait à gorge déployée, comme la bonne sœur dans le film « Le gendarme de Saint Tropez ». Plus ça allait plus ça devenait pire, au point qu'on ne voyait plus les côtes. On a alors ralenti la cadence, mais la pluie cinglante a encore redoublé d'intensité. On a été obligé de s'arrêter quasiment car on ne pouvait ouvrir les yeux à moins d'en avoir un de crevé ! Le spectacle était irréel. La pluie frappait la mer avec une telle force qu'elle transformait sa surface en un une espèce de tapis de velours gris clair qui ondulait. C'était beau. Un moment on a revu les côtes, c'était pour constater qu'on avait tourné en rond : on était face aux grottes !
Le capitaine a retrouvé ses esprits et on a repris la route dans la bonne direction, en contournant Nacula cette fois par la côte ouest. Superbe idée : de temps en temps on avait des lames qui venaient nous asperger comme un seau d'eau qu'on nous enverrait en pleine tronche. Ça nous faisait beaucoup rire à chaque fois. La côte ressemblait avec ce temps, noyée dans les brumes et balayée par les pluies, à tout sauf à un paysage tropical. Pour plaisanter j'ai lâché : « Oh, we are already in New Zealand ! ». Avec cette pluie qui nous douchait en permanence et m'empêchait d'ouvrir les yeux proprement, j'ai eu une idée géniale : j'ai mis mon masque de plongée. Ça a fait rire tout le monde !
Seulement avec tout ce que le bateau se ramassait comme flotte, que ce soit d'en haut ou de la mer, à ce rythme là on n'allait pas tarder à couler. Ou à tomber en panne d'essence ! Car je sentais le moteur se battre avec peine contre le vent, les courants et les éléments en furie. Quelle aventure mais quels souvenirs ! Je suis sorti de la barque tétanisé à force de m'agripper et comme j'avais passé toute ce temps courbé en deux avec le cul qui tapait violemment sur le banc à chaque vague, j'ai eu le dos cassé tout l'après midi.
Après la lagon bleu, le lagon rose : le lagon noir!
Comme j'étais plus que trempé, j'ai posé mon T-shirt dans un coin du resort et j'ai oublié de le reprendre dans la précipitation de l'embarquement pour rejoindre le ferry de l'après midi ! Car avec toutes ces péripéties, on est arrivé juste à temps pour le déjeuner et il fallait encore que je paye ma note. Du coup il ne me reste plus que deux T-shirt ; au rythme d'une perte par semaine, il ne va pas m'en rester lourd ! En partant Magloire m'a fait sa déclaration, que j'allais lui manquer, qu'il ne voulait pas que je parte, qu'il fallait que je revienne, que hier soir il était venu devant ma tente pour venir dormir avec moi mais que je dormais déjà. Eh bien, il n'y va pas par quatre chemins !
Devinez qui j'ai vu en passant devant une île et qui rejoignait aussi le ferry ? Kerstin, qui quittait l'Octopus resort ! Visiblement elle avait changé ses plans sur mes conseils et elle a adoré son séjour qu'elle a même prolongé d'un jour tellement elle y était bien !
Waya Island, à nouveau
Il y a un truc qui me fait un peu souci : avec le problème de moteurs du précédent ferry, aujourd'hui on a un autre navire, plus petit, qui se traîne. Je dois normalement m'arrêter à l'île de Beachcomber puis prendre un autre ferry pour me mener à Mana Island. Sauf qu'il me semble bizarre que ce transfert puisse s'opérer le soir. Je comprends pour le matin quand le ferry quitte l'île principale mais le soir, et avec le retard qu'on a. Kerstin m'a conseillé judicieusement d'aller voir en bas à la réception du bateau. Ils m'ont dit qu'on arriverait à 19h à Beachcomber et que c'était un petit bateau qui mène ensuite vers Mana et qu'ils ne sont pas habilités à naviguer la nuit. Selon toute probabilité je devrais rester une nuit au Beachcomber. Sauf que cette île est un repère de fêtards et Kerstin se rend à son île voisine Bounty. Aussi je préférerais rester avec elle. La réceptionniste a appelé Roger (souvenez vous, celui qui m'a organisé le tour et un peu forcé la main pour aller sur Mana). Il s'était bien trompé : le bateau n'est plus que pour le lendemain et il me remboursera une nuit une fois que je le reverrai. En attendant les choses s'arrangent car je peux rester sur Bounty Isalnd, le bateau viendra aussi m'y chercher au lieu de Beachcomber.
Au final, tout est pour le mieux, je ne me voyais pas trop rester quatre nuits à Mana, c'est beaucoup, et dans un backpacker certainement bruyant, avec une tente sous la pluie, la perspective ne m'enchantait pas des masses ! Et puis comme ça j'ai eu une soirée avec Kerstin. Elle était ravie. Comme je n'avais rien réservé bien évidemment, je me suis retrouvé dans un dortoir, le reste étant complet. Et on a réalisé après les drôles de têtes qu'ils faisaient à l'accueil quand on a demandé si on ne pouvait pas avoir une chambre, qu'ils pensaient peut être qu'on venait juste là pour tirer un coup. Imaginez autrement : elle est allemande et reste pour plusieurs nuits et je ne reste que pour une nuit. On n'est pas un couple et on demande une chambre juste pour la nuit (Kerstin a réservé en dortoir pour les autres nuits). C'est vrai que ça peut porter à confusion !
Dans le dortoir de 8 lits (4 lits superposés), j'ai le lit du haut, Kerstin celui juste en dessous du mien. En faisant mon lit, je plaisantais avec elle, lui disant qu'en France on contrôlait souvent les choses une fois qu'il y avait eu un accident. Peut être qu'ici c'est pareil, car le lit bouge pas mal, tout ça mériterait bien un tour de vis, on dirait un meuble Ikéa mal monté. Imaginez, mourir dans un accident de lit superposé à la con, après avoir traversé des océans et affronté des requins !

dimanche 18 décembre 2011

Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas

Pris en flagrant delit de grignottage!
Aujourd'hui c'est dimanche, c'est le jour du Seigneur, ici ils ne plaisantent pas avec ça. Ce qui veut dire qu'il n'y a pas d'activités de prévues, autres que celles que l'on peut faire par soi-même. Pour le lagon c'est pareil, il a fermé boutique et éteint la lumière. La faute à un temps couvert sans un rayon de soleil. Ça m'apprendra à écrire hier que j'ai beau temps tous les jours ! Qu'à cela ne tienne, tout comme à Bora Bora, j'ai ma solution ultime en cas de temps maussade : aller voir sous l'eau si j'y suis. Moi je sais pas, mais pour les poissons, pas de doute, dimanche ou pas, ils vivent tout pareil leurs petites aventures. Il y en avait même davantage car ils avaient la paix, étant le seul débile dans l'eau. On pourrait croire que les poissons sont des espèces de vaches des mers avec deux neurones, eh bien détrompez vous, ils ont un caractère !
Il y avait un poisson jaune rayé qui se faisait emmerder régulièrement par un petit poisson qui venait lui brouter au niveau des branchies. Ça ne lui plaisait pas du tout. Pendant un moment il s'en défaisait en donnant un coup de nageoire vigoureux mais l'autre finissait toujours par rappliquer. Jusqu'à ce que, excédé, il se mette à le courser, cherchant à le mordre. L'autre a déguerpi et on ne l'a plus revu !
D'autres poissons jouent ensemble, s'amusant à se tourner autour dessinant des cercles en cherchant à s'attraper la queue. Il y aussi des acariâtres qu'il ne faut pas déranger : ils pourchassent tout ce qui s'approche d'eux, petits comme grands, rien ne leur fait peur. J'ai revu aussi le poisson aux nageoires mouchetées d'hier. Ce n'était pas le dernier survivant de son espèce, j'ai dû en croiser 4 ou 5 car aujourd'hui je suis allé un peu plus loin au large.
C'est marrant car l'endroit est en fait constitué de coraux qui disparaissent dans un tombant, dans une direction qui va de la plage vers le large. On peut ainsi continuer très loin, jusqu'à ce qu'on voit les vagues au loin. Certains y sont allés et y ont vu des requins et des raies manta. J'étais déjà suffisamment loin de la plage, je ne voyais plus que des fourmis sur le rivage, je n'ai pas voulu aller voir au bout. Et l'idée de me retrouver face à un requin si loin de la terre ferme m'enchantait moyen. Pour peu qu'il sente que je suis malade... A ce sujet rassurez vous, ça s'améliore, je ne prends plus que du paracétamol. Si ça se soigne au paracétamol c'est que ce n'est pas bien grave.
A la réception il y a une espèce d'horrible ersatz de Magloire adipeux qui me fait les yeux doux depuis que je suis arrivé. Et depuis qu'il m'a vu avec mon maillot de bain rouge affriolant, il n'en peux plus le bougre.
Il s'est proposé de m'emmener voir une cascade derrière la plage dans l'après midi. J'ai accepté naïvement mais je me demande s'il n'a pas d'autres intentions. De toute façon, la sortie n'a pas eu lieue, il s'est mis à tomber des trombes à ce moment là. J'essaierai d'y aller par mes propres moyens demain matin s'il fait beau, il m'a plus ou moins expliqué où c'était.
Pour dîner j'ai parlé avec un couple d'australiens qui m'a dit, à l'annonce de mon programme dans leur pays, qu'en janvier dernier ils avaient eu un important cyclone qui avait dévasté les plantations de bananes du pays, passant le prix au kilo de 1 à 12$. Ils m'ont dit en souriant : « you have to drive fast ! ». On verra bien, sur les 3 semaines, je n'aurai pas de cyclone tous les jours. Et puis je n'en ai jamais vu un. C'est l'occasion. La dernière aussi si je me fais aspirer ! Sinon, bonne nouvelle, je comprends bien les australiens. Ouf, j'avais peur qu'il soient comme les kiwis !
Il y a aussi un autre couple d'australiens, dont la femme radieuse semble avoir trouvé ce qui lui convient. Certains lui ont demandé ce qu'elle faisait comme boulot, ce à quoi elle a répondu qu'elle avait trouvé le moyen de ne pas trop travailler. Et ça lui allait bien au teint !
Des petits nouveaux que j'avais jamais vus
Je ne sais pas qui a inventé la formule « le travail c'est la santé ». Moi je vois surtout ça comme une contrainte, forçant à être un bon petit soldat qui doit rentrer dans le moule, les horaires, se farcir les transports, les week-ends bondés aux prix majorés et les vacances scolaires pleines de monde et surtout travailler une bonne partie de l'année pour un État qui ne sait pas gérer son argent et en demande toujours plus. Pour revenir à l'australienne, son secret qui rendait tout le monde jaloux, est qu'elle est à son compte. Elle travaille dans le domaine de la santé, je ne sais plus quelle spécialité et elle a juste dit à la clinique où elle bosse que cette année elle ne serait pas libre. Pas de formalités, pas d'autorisations à demander. Sa vie lui appartient et ce sont les autres qui doivent s'y adapter. C'est comme ça qu'on devrait tous vivre. Bon j'admets que si c'était le cas ce serait le beau bordel... Du coup je me demande si je ne vais pas passer en free-lance à mon retour. J'ai toujours hésité à sauté le pas. Cette fois l'heure a peut être sonné.

samedi 17 décembre 2011

Oarsman's Bay Lodge

La plage de Oarsman's
Jimmy, le sympathique capitaine de Otto and Fanny, chargé de la pêche, d'emmener les touristes au ferry, de réparer le générateur et occasionnellement de chercher une fille au Coral View pour combler ses besoins sur son île quasi déserte, avait raison : le Oarsman's n'a rien à voir avec le Nabua Lodge. C'est bien mieux ! Ce matin, je suis parti avec deux touristes du Nabua Lodge qui partaient en excursion pêche. En chemin ils m'ont déposé à Oarsman's. Il devaient être dégoûtés de voir cette superbe baie de sable blanc, jamais à sec car en pente. Moi je reprenais du poil de la bête. A ce sujet aujourd'hui ça va mieux, je ne saurai dire si c'est en raison des médicaments mais c'est très tolérable. Par contre j'ai toujours des étincelles dans les yeux quand je les tourne de droite à gauche, pour me rappeler que je ne suis pas sorti d'affaire. Qu'à cela ne tienne, ça ne m'a pas empêché de crapahuter et de passer trois bonnes heures sous l'eau avec un tuba. Je ne vais pas me laisser abattre pour si peu, c'est mon tour du monde, l'heure du rapatriement sanitaire n'a pas encore sonné !!
A Oarsman's, j'ai été accueilli par An et Gert, le couple belge de Otto and Fanny qui m'a hélé alors qu'ils se baignaient et que le bateau accostait. On a passé le déjeuner ensemble, je leur ai donné le maximum d'infos et de conseils pour la Nouvelle-Zélande et je leur ai vivement conseillé de louer un van au lieu d'une voiture pour la liberté d'itinéraire que ça procure. On peut changer ses plans, conduire en fonction de la météo, sans se soucier de réservations d'hôtels. Ils ont aussi un blog de leur tour du monde : http://an_gert.reislogger.nl. Malheureusement ils sont partis avec le ferry de l'après midi, je les aurai toujours croisé en coup de vent, c'est dommage car on avait un bon contact.
J'ai mis ma tente tout au bout de la propriété, vers le nord de la baie. Le personnel s'excusait de me placer si loin du restaurant mais pour moi au contraire, c'est ce qui me va le mieux. Ils m'ont mis là car il y a un chapiteau avec des tables, destinées en temps normal pour les massages, afin de m'abriter en cas de pluie, le temps étant incertain pour les prochains jours. On est en saison des pluies, il y a deux ans jour pour jour ils ont eu un cyclone. C'est ce que Jimmy m'avait raconté, d'ailleurs ça avait emporté deux bungalows sur leur passage. Ça explique pourquoi il fait si chaud. Tous les jours je vois l'île principale de Viti Levu sous la flotte et les éclairs alors que nous sommes bien épargnés. De temps en temps quelques nuages viennent jusqu'ici nous donner un peu de pluie mais une demi heure après le soleil ressort. Ça n’est pas comme à Bora Bora ! Sur les photos on peut avoir l'impression qu'il ne fait pas très beau car le ciel n'est pas parfaitement bleu mais je vous assure que j'ai beau temps !
De la tente j'ai une vue superbe sur toute la baie, je n'entends que les vagues, l'autre resort de la baie, le Blue Lagoon resort, beaucoup plus fréquenté et exiguë étant situé à l'opposé de la baie. Pour l'instant c'est un enchantement. Et mes premières impressions sont rarement les mauvaises, je ressens un peu la même chose que ce que j'avais senti en arrivant à Otto and Fanny. Si vous voulez situer sur une carte où je me trouve, je suis sur l'île de Nacula, la dernière île desservie par le ferry avant qu'il ne fasse demi tour. Le Nabua Lodge était aussi sur cette île, au sud est. Là je suis au sud ouest.
Pour le snorkelling, il faut aller en face du Blue Lagoon Resort, c'est là que se trouvent les coraux et les poissons. C'est An et Gert qui m'ont filé le tuyau.
Au début l'eau est assez trouble, avec beaucoup de sable en suspension mais au fur et à mesure qu'on s'avance vers le large, l'eau se fait plus limpide et la faune plus présente. J'y suis allé une heure avant le déjeuner et deux heures dans l'après midi. Quand je suis là dedans je ne vois pas le temps passer, essayant d'apercevoir de nouveaux poissons et cette fois je suis comblé. J'en ai vu un, bien caché derrière un rocher qui se laissait flotter entre deux eaux, seul individu de son espèce. Je n'en avais encore jamais vu. Je lui ai pourri son après midi, attendant qu'il sorte un peu de sa cachette pour exposer ses superbes couleurs mouchetées bleu et jaune aux rayons du soleil. J'y ai bien passé 20 minutes à le traquer de la sorte car avec l'appareil photo, les deux tiers du temps il me fait des photos floues. Si on ajoute à ça les mouvements du poisson ou ceux de ma main dus aux vagues, c'est très dur d'avoir un bon cliché.
Plus loin c'est deux gros poissons qui sont passés. Vous n'avez pas l'échelle mais ils devaient bien faire 1m50 de long. Ça avait l'air de poissons bon à manger ! Bien qu'il vaut mieux s'abstenir de manger des poissons qui patrouillent dans les massifs coralliens, il ne manquerait plus que je me chope la gratte, vous savez la ciguatera, on la trouve partout dans le Pacifique sud. C'est toujours le même émerveillement quand je suis sous l'eau, c'est un nouveau monde, caché, qui s'ouvre à moi et qui est le prolongement de la nature et des paysages terrestres. Je ne peux concevoir d'être dans un tel endroit sans aller faire un tour sous la surface si je sais qu'il y a des coraux. Même si la plupart du temps on y voit surtout les mêmes poissons et coraux, en cherchant un peu, on finit toujours pas faire des découvertes comme aujourd'hui.

Et même si ce n'est pas le cas, c'est toujours un beau spectacle de voir ces petits poissons mener leur petite vie, se croiser en paix, observer leurs petits yeux qui nous scrutent. Car certains n'ont pas le regard figé de merlan frit, beaucoup ont des yeux qui bougent comme les nôtres sans qu'ils aient besoin de bouger la tête. On peut nettement voir qu'ils nous regardent. Et ils ont très bonne vue, ça doit être l'air de la mer !
Il y a des signes du destin qui prouvent que ma bonne étoile est toujours avec moi. Alors que je marchais sur la plage, revenant vers le resort, j'ai vu qu'ils étaient en train de charger ma tente dans la barque avec les autres bagages de ceux qui partent aujourd'hui. Je l'ai échappé belle, mon sac était aussi à l'intérieur, ils avaient chargé tous les bagages qui étaient à la réception.
Je laisse les miens pour les avoir en lieu sûr, tu parles ! Je serais passé 5 secondes plus tard je me serais retrouvé sans rien ici, pas de vêtements, pas de passeport. Mes bagages se seraient retrouvés à Viti Levu et vu que personne ne les aurait réclamés, je ne sais pas ce qu'ils en auraient fait. Et il me reste encore 6 jours dans les îles.
Le seul problème ici c'est la programmation musicale, des airs de Noël contemporains niaisasses qui dégoulinent de sucre. Des chansons américaines avec des chœurs de gamins, la rythmique lente et lourdingue, à sa balancer d'un côté à l'autre en touchant les épaules de ses voisins. Il y en a une particulièrement tape-nerfs, « I believe » où le type part à la fin en transes. Ils la passent en boucle, haussant le volume à chaque fois, ils adorent ! J'ai dû y avoir droit 20 fois dans la journée.
Heureusement elle ne reste pas dans la tête. Sinon après le repas il y a bien eu une animation musicale mais cela n'a duré qu'une heure, après tout le monde est allé se coucher.  Il vaut mieux payer un peu plus cher si c’est le prix à payer pour la tranquillité. Ici je dirais que la moyenne d'âge est dans les 35 ans, il y a des gens plus vieux que moi. C'est pour ça que c'est plus calme.
J'ai bien dormi, jusqu'à ce qu'un couple s'installe sur un transat, mon transat, juste à côté de la tente, à 2h30 du matin. Ils commençaient à parler, j'entendais « like that ». J'ai mis ma tête dehors, il y avait une nana assise sur un mec, la tête en arrière. Je vous passe ce qu'ils s'apprêtaient à faire. Quand ils ont vu ma tronche ils ont déguerpi aussi sec. Il y a au moins des situations où le fait de me montrer suffit à avoir la paix !
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