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jeudi 16 février 2012

Reliques espagnoles


Un peu de culture pour aujourd'hui. Après avoir cherché un bout de temps j'ai fini par trouver les restes de l'occupation espagnole de Guam. Ce n'est pas facile à trouver car ça se trouve à Hagatna, le long de la mer, dans une zone où tout est construit et où on passe de ville en ville sans s'en rendre compte. Comme tout se ressemble, on a tôt fait de louper la sortie. En passant, la conduite sur Guam est assez pénible, la vitesse maximale sur voie rapide est de 35 miles à l'heure, je ne sais pas combien ça fait au juste mais on se traîne ! En règle générale c'est 25 ou 15 dans les rues où il y a du passage. J'ai même vu du 5 sur une voie où il n'y avait rien ! Pourquoi pas du 1 tant qu'on y est ! Personne ne respecte les panneaux, ça va sans dire, je me fais doubler tout le temps. Pour ma part j'ajoute 5 à 10 miles à la vitesse maximale à chaque fois et malgré ça j'ai l'impression d’être sur un veau.
A Hagatna, j'ai garé la voiture le long de la Plaza de España. C'est une place qui ne ressemble pas à grand chose, une espèce de pelouse avec des palmiers disséminés par ci par là, entre un bâtiment administratif et une église moderne Santa Maria de He Olvidado El Nombre. C'est à l'arrière que ça devient plus intéressant. Il y a des restes des jardins du gouverneur, avec des petits bassins où s'épanouissent encore des nénuphars et les grilles de l'époque avec deux canons prêts à défendre toute intrusion. Juste quand j'y étais l'église adjacente a commencé par sonner les 12 coups de midi puis a enchaîné sur une mélodie (?!). Des cloches qui font de la musique je n'avais encore jamais vu ça. Ce n'était pas un chef d’œuvre, loin de là, les notes étaient hésitantes, il y avait des blancs comme un gosse qui apprend à jouer du piano d'un doigt. Je suis parti dans un fou rire à la pensée de cette comparaison. Parfois je rigole de mes conneries, ça m'arrive même de rire à certains trucs que j'écris. Je ne cherche pas d'effet comique particulier mais quand il y a un truc absurde ou incongru j'aime bien le relater.
En tout cas rien ne semblait vouloir arrêter cette symphonie digne d'un film d'horreur des années 70 et il aura fallu attendre 12h15 pour en voir le bout ! Espérons pour les voisins que ce n'est pas le même cirque à minuit ! Le long de la place il y a aussi une statue, un pape, avec le drapeau américain qui flotte derrière. J'ai reconnu Jean-Paul II, grandeur nature et tout bronzé brandissant un crucifix. Je ne sais pas ce qu'il fait là. Plus loin en reprenant la voiture c'est un vieux pont dans un jardin avec des pierres façon cimetière abandonné, pont qui ne sert plus à rien et où même une abeille ne s'y risquerait pas à se poser. Il n'y a plus d'eau qui coule non plus, plus de trace de rivière, rien du tout. En 200 ans les choses ont dû bien changer. Maintenant c’est de la ville tout autour, des magasins de nouilles asiatiques. L’Espagne, ça doit leur paraître bien loin. Pour moi elle est très proche. J'aime bien l'Espagne et les espagnols. C'est mon pays préféré en Europe. Ils ont accompli de grandes choses par le passé. C'est un peuple avec une riche Histoire que je connais très peu. Et ils sont beaucoup plus fantaisistes que nous et moins matérialistes. 



Avec tout ça il était trop tard pour retourner à la plage d'hier, j'ai donc un peu exploré autour, visitant la plage de Tamening, de l'autre côté du cap où commence la baie de Tumon. Pas grand chose à en dire à part qu'il y a une île inhabitée juste en face qui ressemble à une île thaïlandaise avec une petite plage entre deux falaises où les gens se rendent en kayak ou en scooter des mers. Il n'y a personne sur la plage de Tamening, il faut dire qu'il doit y avoir de l'eau à la cheville, et encore ! Du coup je suis retourné à la baie de Tumon, au même endroit que le premier jour, près de là où certains campaient. Ils y sont toujours d'ailleurs. Après, ça a été les traditionnels préparatifs avant de rendre la voiture : nettoyer un peu, ranger...
A l'aéroport ils n'ont pas voulu enregistrer mon carton de victuailles pour la raison que j'étais limité à un bagage en soute sinon il fallait ajouter 40 dollars de plus. J'ai eu beau expliquer que j'avais un billet tour du monde et qu'il était stipulé dessus que j'avais droit à deux bagages, je n'ai rien compris à ce qu'ils me disaient, comme quoi mon code tarifaire ne m'y autorisait pas ou un truc du style. Attends que je coince Star Alliance pour leur en toucher deux mots ! 
En tout cas pour un carton qui n'en vaut pas en valeur le prix demandé, j'ai décidé de l'emporter avec moi en cabine, bien qu'il y ait des conserves de soupe. Je verrais bien. Évidemment il a coincé à l'inspection pendant que je me faisais tripoter dans tous les sens pendant des heures par un agent ganté qui m'expliquait là où il allait me palper. Pas besoin de le dire, je le vois bien ! J'ai opté pour ça car c'est encore le retour des scanners corporels à rayon X où il faut se mettre debout les bras et jambes écartelés comme une souris sur une table de dissection. Je laisse ce système aux américains et je prie pour qu'il ne fasse jamais d'émules hors de leurs frontières. J'ai donc refusé la machine infernale ce qui m'a valu cette fouille approfondie. Du grand n'importe quoi. C'était interminable, il allait même chercher derrière l'élastique du slip. Pendant ce temps là l'autre douanier s'impatientait avec son ciseau à la main, impatient d'ouvrir ce que j'avais enroulé consciencieusement de film adhésif pour que le colis résiste aux chocs infligés par les bagagistes. Il m'a brandi une série de fiches plastifiées où il était stipulé que les liquides devaient faire moins de 90 millilitres. Je lui ai dit que je n'avais pas réalisé qu'une soupe en conserve ou une compote pouvaient être assimilés comme liquide et je lui ai dit que dans ces conditions il pouvait les jeter ou les garder pour lui. J'ai commencé par vouloir enlever les conserves du carton et il m'a gueulé dessus ordonnant de ne pas y toucher comme si c'était de la nitroglycérine en boite ! Il l'a fait lui même, me demandant d'enregistrer le reste en soute, ce que j'ai refusé pour le motif qu'en bas ils me réclamaient 40 dollars pour ça alors que l'autre bagage peine à faire 5 kilogrammes. Il n'en revenait pas non plus. Au final, il a repassé aux rayons X ce qui restait comme nourriture - on se demande bien pourquoi - et j'ai pu repartir ! Voilà où l'on en est avec ces terroristes à la con. Plutôt que de faire mumuse dans le ciel de Guam et d’empêcher les gens d’accéder à des plages paradisiaques, ils feraient mieux d'atomiser tous ces terroristes, qu'on n'en parle plus. C'est un fléau comme des blattes dont il faut faire place nette.
Ça promet!
Dans les couloirs pour prendre l'avion pour Palau, je suis passé devant une salle où les gens embarquaient pour Cairns. J'aurais voulu monter dedans. Ils devraient inventer le billet d'avion universel, un coupon sécable dont le prix varie selon le nombre de miles et utilisable avec toutes les compagnies du globe. Ainsi on pourrait essayer de monter au dernier moment dans un avion dont la destination nous fait rêver sur les écriteaux des avions en partance. Ce serait chouette comme système, un brin utopique, je l'accorde. J'ai la nostalgie de l'Australie, j'aurais dû y passer plus que 38 jours. C'est peut être moins dépaysant qu'une autre destination avec d'autres cultures et ethnies mais l'énorme avantage est que tout roule comme sur des roulettes et on peut faire ce qu'on veut et aller où on veut. C'est la liberté sans emmerdes.
A l'immigration à Palau ils m'ont fait des mouises car ils me demandaient mon billet d'avion de départ de l’île, que je n'ai au format papier que dans la tente qui attendait plus loin sur le tapis roulant. J'en ai une copie au format PDF sur l'ordinateur mais je ne peux plus lire ces fichiers, depuis que j'ai utilisé les services wifi de l’hôtel à Guam. J'ai plein de processus qui ne fonctionnent plus non plus. Je crois que j'ai dû chopper un virus, je ne savais pas que ça pouvait s'attraper juste en se connectant par wifi. Sinon à Palau, j'ai encore changé de fuseau horaire, le décalage n'est plus que de 8 heures. Je me rapproche, hélas...

mercredi 15 février 2012

Ritidian Beach


Les plages du nord ouest de Guam sont comme promis les plus belles. Ce qui est dommage c'est que pour y parvenir il faille longer des terrains militaires de l'US Air Force, ce qui donne l'impression de rouler dans un couloir sous haute surveillance. Ce qui est peut être le cas car des panneaux avertissent qu'il est interdit de s’arrêter et que des chiens dressés patrouillent le secteur, prêts à croquer tout ce qui met un pied à terre. Gare à la panne ou c’est la double peine ! Qu'est ce qu'ils ont eu à se mettre dans le plus beau coin, c'est honteux ! Dénaturer un si bel endroit. Il y a plein d'avions de chasse qui sillonnent le ciel, on se demande bien pourquoi. On dirait qu'on est en guerre. Une route défoncée pleine de nids de poule permet de rejoindre la côte. Au détour d'une colline, une très belle vue se dessine sur le secteur. C'est très sauvage, très vert et très dense. Pas besoin de leurs foutus barbelés, on ne pourrait de toute façon par rentrer.
Il y a un embranchement avant d'arriver à la pointe Ritidian qui permet de rejoindre Coco Palm Garden Beach par une piste pleine de flaques d'eau, de creux et de bosses dans lesquelles la voiture cogne tout le temps. Et ça dure ainsi des kilomètres, avec des travaux de construction de barricades tout le long dus à une extension du domaine militaire. J'ai croisé des quads qui faisaient un raid et qui, eux, s'éclataient dans les flaques. Il va falloir que je nettoie la voiture car on dirait que je reviens d'un safari. Il y a des projections de boue jusque sur le toit ! C'est la faute au temps, je n'ai jamais vu ça, il pleut plusieurs fois pas jour. C'est toujours le même déroulement. Ça commence par des nuages qui se font plus nombreux, puis le ciel s'obscurcit complètement. C'est le signal qu'il faut se mettre à l'abri car dans les minutes qui suivent les premières gouttes tombent qui en quelques secondes se transforment en pluie diluvienne. Après c'est variable. La pluie peut tomber 5 minutes comme une heure d'affilée mais après on voit des pans de ciel bleu qui reviennent. Le poncho ici est indispensable.
Coco Palm Garden Beach est une plage privée où le dernier chemin d'accès avertit qu'on entre dans une propriété privée et qu'on doit se déclarer à l'accueil pour s'acquitter d'un droit d'entrée. Comme je ne comptais pas rester, je me suis garé un peu avant, sur la bas côté et j'ai gagné la plage sur la pointe des pieds. La plage était noire de japonais qui se chamaillaient dans l'eau pendant que des filles participaient à une danse organisée par un G.O. pour mettre l'ambiance. Il y avait des chaises longues en plastique, toutes squattées (personne ne se met sur le sable) et un peu plus loin des espèces de bulles gigantesques formées de filets-moustiquaires qui englobaient des salons privés en plein air, à l'ombre des cocotiers. Sans doute la version deluxe ! J'ai laissé tout ce petit monde dans leur confort artificiel pour aller explorer plus au sud, de l'autre côté d'une pointe où je n'entendais plus que les vagues et où aucune trace de pas n'était venue souiller un beau sable vierge constitué d'une poudre de corail aux inclusions rosées. 
Le coin est magnifique, la plage est bordée de cocotiers à foison et de ces espèces de liserons des mers qui viennent gagner la plage pour tenter de s'approcher de la mer au plus près et qui donnent de grosses fleurs violettes. Je ne m'attendais pas à trouver une si belle plage. J'avais vu des photos sur internet mais il semblerait que le photographe ne soit pas très doué...
J'ai repris la voiture pour rejoindre la pointe nord, avec toujours dans l'idée de gagner Tarague Beach par la mer. Ça m'énerve parce qu'il y a un site internet que toute le monde peut consulter qui explique aux militaires et à leur famille tous les endroits où ils peuvent se rendre pour se détendre, avec toutes les informations pratiques et les personnes à contacter pour réserver. Il y a même des photos à l'appui avec des descriptifs pour allécher comme « Guam is a true Pacific Island paradise with coral ringed beaches, warm crystal clear waters for snorkeling, scuba diving or just lounging on the clean white sand».
C'est de la ségrégation. Ça devrait être interdit, le littoral devrait être à tout le monde et ils ne devraient mettre leurs foutus barbelés que derrière la plage. On n'a pas le droit de priver les gens de venir dans de si beaux endroits. D'une manière générale, on devrait être libre d'aller et venir où bon nous semble. Tout ce qui est propriété m'agace, que ce soit militaire ou autre, le résultat est le même, c'est une atteinte à notre liberté. Bientôt on nous parquera dans des endroits dédiés avec une laisse au cou !
En tout cas je ne sais pas si on peut rejoindre cette plage en contournant par la mer mais si c'est pour se retrouver avec un clebs aux trousses, ça ne me disait pas trop d'essayer. D'autant plus que la pointe Ritidian est assez éloignée de Tarague Beach et il m'aurait fallu marcher des kilomètres le long d'un rivage battu par les vents avec des rouleaux en furie qui viennent déferler là, la barrière de corail étant absente à ce niveau. 
Ritidian Beach
J'ai donc préféré me rendre à la plage de Ritidian qui est située dans une réserve naturelle et qui ferme à 16 heures. On peut se dire qu'une réserve c'est bien, que ça préservera l'endroit de la main mise des militaires, mais à vrai dire ça ne change pas grand chose, la seule différence est que la barrière est ouverte la journée. Mais on est épié par des gardes qui sillonnent la plage sur des quads pour voir où on est, ce qu'on fait... En fait la plage de Ritidian est la même que celle du Coco Palm Garden, elle se trouve dans son prolongement nord. De ce fait le paysage est identique, les gens en moins. Je me suis installé à l'ombre d'un cocotier, en prenant soin de vérifier la présence de noix de cocos au dessus. On ne sait jamais... Pour la baignade par contre, ce n'est pas forcément l'idéal car la barrière de corail est très réduite et présente seulement à quelques mètre du bord. Par conséquent l'eau est très tumultueuse avec beaucoup de courants et les coraux sont très près du rivage, obligeant à rester dans quelques petites piscines d'où le courant a tendance à nous extraire.
Le sable est aussi couvert de fourmis rouges très actives à la recherche de nourriture, qui n’arrêtaient pas de me grimper dessus et que je chassais tout le temps. Je suis allé explorer jusqu'au niveau d'une falaise où un mince filet d'eau ruisselait, alimenté par les pluies. Cela suffisait à faire le bonheur d'une multitude de gros papillons, toujours les mêmes, qui pullulent. Ils sont noirs avec des tâches circulaires bleutées et virevoltent toujours en bande. Ils étaient venus chercher un peu de fraîcheur, battant des ailes en même temps sans doute pour faire climatisation. Quand je suis revenu de la falaise, j'ai croisé un garde qui m'a demandé si j'étais seul et si j'avais vu d'autres personnes car ils fermaient dans 20 minutes. Pourtant il était à peine 15h15 mais il m'a expliqué que c'était pour laisser le temps de reprendre la voiture pour gagner l'entrée. Bref il m'a extirpé de ma rêvasserie et de la douce quiétude dans laquelle j'étais plongée. Chassé du paradis par un engin pétaradant! En tout cas j'y retournerai demain, c'est le mieux de Guam et il n'y a personne.
En reprenant la voiture un grain a éclaté juste au moment, je n'avais donc pas trop de regret à avoir quitté la plage si tôt. Pour m'occuper, je suis retourné dans un centre commercial à la recherche de ce qui me manque : un pantalon contre les moustiques (qu'il n'y a pas ici), de l'anti-moustique bien chimique et puissant, pas de ces espèces de trucs à la citronnelle qui ne les rebutent pas (j'avais bien vu à Maupiti), un poncho bien couvrant et des plats cuisinés. Car ici on trouve de tout, aussi j'en profite pour me ravitailler en vue de ce qui m'attend à Palau. Ça va être Koh Lanta, en pire ! D'ailleurs une saison a été tournée au même endroit que là où je vais faire du kayak. Coïncidence car ce n'est pas la raison qui m'a poussé à m'y rendre, je connaissais déjà l'endroit que je trouvais magique et que je rêvais d'explorer. Il n'y a pas 36 solutions pour le faire : soit des excursions à la journée qui sont trop courtes pour couvrir ce réseau d’îlots vierges et dodus qui semblent flotter sur un lagon turquoise, ou alors l'aventure ultime : largué avec un kayak, des vivres et une carte pour plusieurs jours en autosuffisance complète. Et ça se prépare. 
Il faut penser à tout. J'ai opté pour des plats cuisinés qu'il y a juste besoin de réchauffer. Car je n'aurai pas d'eau autre que celle pour boire, aussi pas question de s'en servir pour la cuisine. Je dois donc être capable de faire réchauffer des plats au bain marie dans de l'eau de mer. Et la vaisselle ce sera dans le lagon avec du sable! C'est pire que Koh Lanta dans le sens que je n'ai pas de fontaine d'eau fraîche à disposition, personne autour de moi pour m'aider et je n'ai pas non plus un médecin prompt à rappliquer si jamais il m'arrivait quelque chose. Je suis excité et inquiet en même temps. Inquiet à cause de l'organisation que ça demande et de la météo qui risque de me gâcher une partie du plaisir. Je n'aurai nul endroit où me mettre à l'abri la journée s'il pleut. Il faudra juste que je courbe l'échine en attendant que ça passe, avec mon poncho trop court. Ce qui me fait peur c'est s'il pleut toute la journée. Vue la violence des pluies, je ne serai pas capable de prendre le kayak, et même ce ne serait pas prudent car quand il pleut il n'y a plus aucune visibilité pour garder les îles comme repère. Et si je reste à terre, ça me retarde dans mon programme. Car j'ai un programme que j'ai constitué avec une agence spécialisée dans ce genre d'expédition. J'étais tombé sur un blog d'une fille qui a déjà fait ça et qui m'avait bien donné envie. Il est prévu les endroits où m’arrêter chaque soir et je n'ai pas le temps de flâner beaucoup, 5 jours plus tard ils viennent me ravitailler à un point à mi parcours aussi je me dois d'y être sinon pas d'eau ni de nourriture pour les 4 jours restants ! Normalement il est prévu que je fasse de 2 à 4 heures de kayak par jour. Je vous raconterai tout ça quand j'aurai terminé l'aventure. Pour info le tour en kayak est du 18 au 26 février. Vous n'aurez donc aucune nouvelle de moi pendant cette période. En attendant, vous pouvez jeter un œil à ce blog pour avoir une idée de ce que je serai en train de faire. Au cas où, l'agence qui organise ce circuit est Paddling Palau. Des souvenirs mémorables en perspective !


mardi 14 février 2012

Cocos Island


Pour ceux qui ne le sauraient pas et se demandent qu'est ce que c'est que ce nom à la gomme que Guam, eh bien l’île fait partie de l’archipel des Mariannes au nord de la Micronésie. Guam fut découverte en 1521 par le navigateur portugais Ferdinand Magellan qui la donna à l'Espagne. Elle fut cédée aux États-Unis en 1898 après la guerre hispano-américaine. Guam est dotée du statut de «territoire non incorporé organisé» des États-Unis et reste l'une des principales bases aéronavales américaines (environ 12 000 soldats) du Pacifique occidental. Sa capitale est Agana (Hagatna en chamorro, la langue la plus parlée de Guam) et la population du territoire est de 150 000 habitants.
Je ne suis pas venu à Guam spécialement pour visiter l’île, c'est plus un hub avant de partir vers d'autres destinations de Micronésie plus réputées (si on excepte les japonais). Ce qui était mon cas pour les vols venant de l'Australie. 
Seulement le vol pour Palau est tous les jours vers 20 heures, aussi je ne me voyais pas rester dans un aéroport toute une journée et quitte à sortir, autant le faire pour plusieurs jours. Ce qui explique mon séjour ici. En parlant de Palau, si ici le temps est pour le moins changeant, il semble que là bas ce soit pire, si j'en juge une photo satellite de la Micronésie que j'ai eu le malheur de regarder dans le journal local distribué sous la porte de la chambre. Remarque, il vaut mieux qu'il y pleuve maintenant que quand j'y serai. Avec mes 9 jours en autonomie complète avec un kayak pour seul refuge, je ne me sens pas trop d'attaque d'entreprendre cette aventure sous la flotte. Je vais y laisser ma santé. On verra bien...
J'ai entrepris ce matin de faire le tour de Guam dans le sens des aiguilles d'une montre, à la faveur du retour du soleil. Jusqu'à ce que j'arrive dans le sud, il n'y a rien à voir, on ne peut pas dire que ce soit joli. 
Il n'y a pour ainsi dire pas de plage, juste des bandes de sable larges d'un mètre balayées par une eau boueuse et battues par les vents. L'intérieur n'est pas vraiment mieux, un mélange de prairies à l'abandon avec quelques villages qui ne ressemblent à rien, avec des maisons en béton au toit plat que l'on retrouve dans tous les pays tropicaux. On en fait vite le tour, je ne pensais pas que Guam était si petite et à vrai dire c'est tant mieux, ça me change de l'Australie ! J'étais prêt à abandonner la partie et à filer tout droit jusqu'au nord où se trouvent les plus belles plages quand je me suis retrouvé face à Cocos Island, une île privée avec un resort dessus prisé des japonais et située au milieu d'un lagon. Justement un bateau en revenait. J'ai juste eu à suivre sa direction pour trouver le débarcadère. J'ai hésité à y aller, à 40 dollars la navette alors que l’île est juste en face, ça refroidit. Mais comparé à ce que je déboursais dans les excursions en Australie, je me suis dit que c'était bien moins cher et je me suis décidé à y passer la journée. Au moins je n’aurais pas à aller dans le nord et j'aurais une bonne journée sur une belle île tropicale au milieu d'un lagon.


Je suis arrivé pile poil, il y a un bateau toutes les heures, et celui qui vient d'arriver repart aussi sec pour Cocos Island dans 4 minutes. Juste le temps d'aller garer la voiture comme il faut. J'étais le seul sur le bateau mais pas le seul sur l’île. Les gens sont venus par les bus des tours opérateurs depuis la ville pour une sortie à la journée. J'ai entrepris un petit tour de l’île coté nord avant d'aller prendre le déjeuner servi sous forme de buffet (non inclus dans le billet). Le resort n'est en fait qu'un bâtiment pas mal décrépi qui ne sert plus que de base de loisirs avec jetski, scooter des mers, parachute ascensionnel, kayaks, masques et tubas. On ne peut pas y dormir, peut être dans le temps car sinon je ne vois pas pourquoi ça s’appellerait resort. Pour la plage il faut se contenter d'un endroit désigné entre des bouées entre lesquelles on peut nager. C'est interdit partout ailleurs en raison des sports nautiques. Pourtant on trouve de beaux bancs de sable sur la partie proche de la côte. C'est dommage.
Après le déjeuner, je suis parti en exploration de la partie sud, par un chemin pas très bien dessiné, envahi par les herbes et se perdant souvent. Par chance il est balisé par des rubans roses noués dans les branches des arbres. Par contre la végétation est très dense et la balade se fait au son des chants d'oiseaux, très nombreux, qui adorent toujours ce genre d’îlot inhabité au milieu des lagons. Les mêmes volatiles qu'à Lady Musgrave ou ailleurs, ceux qui ont les fientes qui puent. Dans la partie sud ouest j'avais lu que cet endroit appartient au domaine public et qu'il est possible d'y camper. Ce devait être le cas dans un autre temps, car le ponton qui permet d'y accoster se résume désormais à des plots, la pancarte d'accueil est par terre, rouillée avec les inscriptions effacées. Il y a aussi un siège en plastique de ceux qu'on trouve dans les salles d'attente et qui épousent le cul. Il est complètement décoloré et plein de mousses. Visiblement on n'a pas dû camper par là depuis un certain temps ! D'une manière générale je ne vois même pas où j'aurais pu camper sur Guam. Il n'y a pas de chemins qui ne mènent nulle part. Ils vont tous à des maisons où l'on se fait accueillir par des chiens aux babines retroussées. L'épisode de stress à Cairns aura donc été bénéfique, l’hôtel est très bien et la nuit dernière j'ai dormi 10 heures.


Le rivage est de Cocos Island est inaccessible. Quand on arrive à se frayer un chemin entre des buissons aux rameaux qui écorchent les jambes, c'est pour voir une côte sur laquelle on ne peut pas marcher. Il n'y a pas de rivage et les vagues déferlent sur des entassements de coraux morts. Je suis donc retourné à la zone de baignade pleine de japonais. C'était marée descendante et j'avais de l'eau à mi cuisse. Juste quand j'ai posé le cul au fond, la pluie s’est mise à tomber et j'ai dû regagner le rivage aussi vite que possible pour mettre à l'abri mon sac à l'abri. On s'est tous retrouvés sous le auvent du centre d'activité nautique, à attendre que ça passe, sauf que ça ne passait pas et que la pluie devenait torrentielle. Un de ces trucs qui font penser qu'on est arrivé à la fin du monde. Les gens en ayant marre ont commencé par se disperser en courant tandis que le centre a rangé tout ce qui était chaises, kayaks et compagnie. 
Grain tropical...
Il n'était que 15 heures mais vu la météo ils ont tout fermé avant l'heure. Pourtant quand je suis retourné à l'eau pour faire passer le temps (quand il pleut on est mieux dans l'eau le temps que ça se calme), j'ai vu que plus loin de soleil était de retour. Du coup je me suis allongé sur la plage, attendant le bateau de 16h30, le dernier, pendant que tous les autres montaient dans celui de 15h30, dépités. Ils ont eu tort car le temps est redevenu très clément, tellement que j'ai fait un roupillon sans vraiment dormir mais en rêvant tout de même et je n'ai pas vu le temps passer. Ce sont trois employés qui sont passés par là et dont l'un d'entre eux est descendu de la benne du pick-up pour me dire que le dernier bateau venait de partir. Un coup d’œil paniqué vers le ponton et en effet le bateau avait déjà quitté le quai. L'employé m'a montré sa montre : 16h35. Ça m'apprendra à me mettre un peu à l'écart. La bonne nouvelle est qu'il y en a un autre qui part tout de suite pour les employés du resort. Je suis donc monté dans le pick-up avec eux et le bateau a largué les amarres dès que j'ai posé le pied à bord. Heureusement qu'ils m'ont vu, sinon j'étais bon pour passer la nuit tout seul sur l’île, sans eau ni nourriture ni endroit où dormir. On peut dire que j'ai eu de la chance !
Côte sud ouest
Je regardais les gens à bord, tous des locaux et tous en sur-poids. Je ne sais pas si c'est génétique ou si c'est le mode de vie mais ils sont tous bouffis et sans menton. Les hommes portent une moustache pour masquer des lèvres trop grosses. Je pense que c'est plutôt la nourriture, trop grasse et trop industrielle. États-Unis obligent, c'est plein de fast-foods et je ne vois personne avec une bouteille d'eau à la main, ils ont tous des canettes de coca cola. On ne peut pas dire qu'on y mange très bien, ce soir j'ai essayé un autre restaurant et je n'ai pas pu finir mon assiette, trop grasse. Un steak gorgé de sauce épaisse pleine de sucre et sûrement aussi gorgé d'hormones accompagné d'une purée pleine de beurre et de fromage fondu dessus - pas le genre de bon fromage savoyard fondu, c'est une espèce de sauce au fromage en tube dont il vaut mieux ne pas se demander comment il est fabriqué. Tout est hyper calorique, ça vous rendrait obèse un somalien en quelques jours !
Quand j'ai repris la voiture, je suis monté côté passager. Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive. Ça recommence ! Chaque fois que je veux mettre le clignotant je mets les essuies glaces et je tourne alors avec des balais qui grincent. Je ne sais plus conduire. Me voilà australien dorénavant et la conduite à gauche est devenue instinctive. 
Toute une vie d'éducation réduite à néant, j'ai oublié comment c'était la conduite à droite. Je suis tout le temps à me demander si je conduis sur la bonne file, réfléchissant sur laquelle je dois d'ailleurs rouler. Et quand je ne me le demande pas, entre deux arrêts photo, c'est le drame. Tout à l’heure j'ai conduit quelques centaines de mètres à gauche dans un virage sur la seule route qui fait le tour de l’île et qui est très passagère, à l'heure des rentrées de boulot. J'ai eu très chaud de n'avoir croisé personne et j'ai dû m’arrêter sur le bas côté quand j'ai réalisé, pour me remettre de mes émotions.
La côte sud ouest de Guam est bien plus jolie que de l'autre côté, elle est vallonnée et il y a des monts tout verts tout autour qui culminent à plus de 300 mètres d'altitude. On ne peut pas s'y rendre. En fait seul le rivage de Guam est habité, le centre étant inaccessible. Peut être existe-t-il des entiers qui partent vers l'intérieur mais ils ne figurent pas sur ma carte. Plus loin en remontant c’est une base militaire qui encercle la route de hautes grilles garnies de barbelés sur leur dessus avec des pancartes « US Government Property. No trespassing » pour donner la couleur. Les gens là dedans se déplacent en voiturettes style voiture de golf et on se demande bien ce qu'ils y traficotent. Demain aussi je dois me rendre dans une de ces zones qui ne sont accessibles qu'accompagné d'un militaire. Je vais essayer de trouver une feinte en passant par le rivage, même s'il faut marcher longtemps, en espérant ne pas tomber sur une mine antipersonnel au passage !

lundi 13 février 2012

Arrivée à Guam


Hier soir à Cairns, je suis arrivé dans un aéroport mort. J'ai tout de suite filé au terminal international, situé à 500 mètres que l'on rejoint par un chemin couvert. Ils ont pensé à ça, en France on serait à ciel dégagé, se prenant la pluie sur la tronche. Essayez donc de passer d'Orly sud à Orly ouest, vous verrez. Par contre le terminal international est un hall mort. Le prochain avion c'est le mien et il n'y a qu'un agent de la sécurité. Les boutiques et la seule cafétéria sont fermées. Le terminal est très petit, je ne m'attendais pas à cela. L'ambiance est d'un glauque, un aéroport tout vide c'est inhumain. Déjà qu'avec du monde ce n'est pas folichon... Je suis donc retourné avec mes bagages au terminal domestique, tenter ma chance. Mais je n'ai pas eu plus de succès. Il y avait plus de monde, mais c’étaient les gens qui arrivaient. Le hall des départs était fermé. J'ai demandé à un agent s'il y avait un endroit où manger, il m'a dit « junk food » en me désignant le distributeur à saloperie qui trônait en bonne place un peu plus loin. Seulement il était en panne ! Je suis sorti de cet aéroport où il n'y avait que la climatisation qui fonctionnait et à fond, et je me suis installé dehors, contre un mur, assis dans la crasse comme un clodo, près d'une prise de courant. Par chance il me restait quelques denrées que je n'avais pas jetées : un reste de crackers, des barres aux céréales et un fond de pochon d'amandes décortiquées. J'en ai fait mon dîner. Quand on meure de faim... Même mon repas de réveillon de nouvel an était plus élaboré, c'est dire!
Grâce à une connexion internet, j'ai pu m'occuper pour passer les heures qui me restaient avant le vol pour Guam. Il y a des choses qu'il vaut mieux ne jamais dire. Dans mon précédent message je disais que c'était mon dernier vol de nuit. Eh bien pas du tout ! Ils ont annulé le vol Bangkok/Paris de jour. J'ai donc contacté Star Alliance en Allemagne qui a procédé aux changements tout de suite. Ils sont rapides là bas à répondre aux mails, c'est bien, c'est l'efficacité allemande ! Je partirai directement de Singapour, j'ai pu changé l’itinéraire sans frais. Ça m'arrange mieux, c'est un vol direct...mais de nuit. De toute façon, pas moyen d'y couper, tout ce qui rentre d'Asie vole de nuit. Je ne sais pas à quoi ça tient.
Au moment de l'enregistrement, le type du guichet n'a pas voulu me donner le billet car l'immigration américaine lui demandait un lieu de résidence. J'ai répondu « camping » mais ça n'allait pas, il lui fallait un nom et une adresse. J'aurais pu dire n'importe quoi mais ils seraient capables à Guam de vérifier et de m'interdire l'entrée du territoire. J'ai donc dû aller sur internet, un peu stressé, à la recherche d'une réservation d’hôtel sur Guam. Ça m'a prit un peu de temps, il a fallu que je lise les critiques sur Tripadvisor et j'ai arrêté mon choix sur le Palmridge Inn, tout à côté de l'aéroport. Le type au guichet était content et a pu me donner mon billet. En salle d'embarquement j'ai flâné un peu dans les quelques boutiques, à la recherche d'un oreiller gonflable que j'ai crevé la nuit dernière. J'en suis ressorti avec un adorable koala en peluche qui tient un brin d'eucalyptus entre ses bras. Il faisait si vrai, j'ai craqué, c'était impossible d'y résister. J'ai regardé son cul, il est tout « Made in Australia ». Désormais je fais attention de ne pas prendre de « Made in China » chaque fois que c'est possible. Il y a avait d'autres modèles faussement australiens dont seul le design était authentique. C'est vraiment de la saloperie de merde le made in China, ce n'est même plus du bon marché, c'est jeter son argent pas la fenêtre. Il y a quelques jours j'avais acheté une nouvelle paire de lunettes de soleil pour remplacer la précédente dont la branche avait cassé au niveau de la monture et après même pas deux jours d'utilisation la monture a cassé. Il a fallu que je répare avec de la super glue qui a bavé sur les verres mais au moins désormais ça tient bien.
L'avion était quasiment vide, ils avaient disposé la majeure partie des gens sur une rangée unique, pour répartir le poids dans l'appareil. C'était très bien, cela m'a permis de m'allonger sur les trois sièges, les appuis coude pouvant se rabattre (c'est loin d’être le cas dans tous les avions). J'ai pu dormir une heure ou deux. Les hôtesses étaient ravies également, elles n'ont eu à faire aucune service ! Au décollage elles m'avaient remis trois formulaire où il faut scribouiller toujours les mêmes conneries, passeport, date, numéro de vol. Je ne sais même pas pourquoi il y en avait 3, j'ai rempli tout ça énervé, à la limite du lisible. J'ai appris le numéro de mon passeport par cœur et ses dates de validité, à force, on finit par retenir ! Quand je me suis réveillé, on allait atterrir. Les hôtesses ne contrôlaient même pas si on avait la ceinture attachée. Elles devaient être aussi fatiguées que nous, espérons que ce ne soit pas le cas des pilotes.
A l'aéroport, les contrôles ont été assez rapides, prise des empreintes digitales comme il se doit (on est aux USA) et photo mais pas de regard soupçonneux comme si on était un terroriste en puissance. Pas non plus de contrôle des bagages. En Australie ça m'arrivait tout le temps, ils me montraient une fiche plastifiée disant que j'avais été choisi au hasard pour un contrôle approfondi, bien qu'ayant passé les rayons X. Lors de ce contrôle, il faut ouvrir ses bagages, ils sont munis de gants et ont une espèce de sonde comme un mini détecteur de métaux qu'ils passent partout, dans les affaires et sur les mains pendant qu'on se fait palper par un autre. Recherche d'explosifs soit disant... Je crois plutôt qu'avec mon air béat et détendu par des mois de vagabondage il pensent que je me trimbale avec des herbes illicites.
Premier constat : les habitants sont typés philippins, basanés, un air un peu asiatique mais sans les yeux bridés. Ils sont à mi chemin entre les polynésiens et les latinos d'Amérique du sud. Ils ont aussi leur propre langage, bien que Guam soit américaine. Les panneaux sont écrits en trois langues : l'anglais, un créole local qui dérive de l'espagnol et qui semble être de l'espagnol écrit phonétiquement (Guam a appartenu un temps à l'Espagne) et le japonais. Les autochtones sont aussi très accueillants, avenants et souriants, mes premières impressions n'ont pas cessé de se confirmer tout au long de la journée. Après avoir retiré la voiture, j'ai filé à l’hôtel pour poser mes affaires. Je ne me sentais pas fatigué malgré le peu de sommeil que j'avais eu. Le jour était en train de se lever, j'étais prêt à partir en exploration. A la réception ils m'ont donné la carte de la chambre tout de suite, ce qui m'a surpris, c'est la première fois que je vois un check-in possible à 6 heures du matin !
Dans la chambre, quand j'ai vu le lit je n'ai pas pu résister à y faire un petit somme, me forçant à dormir malgré le bruit. La porte fenêtre était déformée et son châssis laissait passer le bruit comme dehors car les bords ne se rejoignaient plus. Et entre les avions qui n’arrêtaient pas d’atterrir et de décoller (le bout de la piste est de l'autre côté de la rue!), les gens qui parlaient sur le parking juste sous la fenêtre, c'était un champ de bataille. J'avais déjà pris la décision de dormir les autres nuits dans la salle de bain. Mais une fois réveillé 3 heures plus tard avec les idées un peu plus claires, je suis retourné à la réception et ils m'ont donné une autre chambre quand je leur ai expliqué le problème de la fenêtre. Ils m'ont même surclassé et j'ai désormais un lit où l'on pourrait dormir à 3 et je donne sur un jardin, à l'opposé de la piste d’atterrissage. C'est parfait ! La réception m'a même appelé dans la chambre pour savoir si j'y étais bien et m'a souhaité un bon repos. Mais je suis ressorti aussi sec...pour mieux me mouiller !
Juste au moment où j'avais décidé de partir en vadrouille la pluie est arrivée. Il a fallu déjà dans un premier temps que je retourne à l'aéroport car ni le loueur de voiture ni l’hôtel n'avaient de carte de l’île. Le centre d'information de l'aéroport était fermé, n'ouvrant que l'après midi et dans des horaires bizarres, sans doute liés aux arrivées d'avion. Tout autour il y avait plein de loueurs de voitures internationaux. Après tergiversations, je me suis décidé à aller les voir avec une tactique : je leur ai dit que j'étais venu chercher un plan et que le centre des visiteurs étant fermé, peut être qu'ils pourraient me dire où me procurer une carte. Naturellement Hertz m'a donné la leur. C'est ce que j'espérais mais ma manière de le demander était plus habile qu'une franche demande qui aurait pu se heurter à un refus du fait que je ne sois pas client.
J'ai ensuite pris la route dans l'idée de visiter le sud de l’île, plus sauvage avec forêts et cascades, la seule chose qui puisse être prise en photo un jour de mauvais temps. Heureusement que je suis censé être en saison sèche.... Seulement la pluie s'est intensifiée, un vrai déluge qui transformait la route en un miroir. Dans ces conditions, pourquoi faire toute cette route pour rester sans doute bloqué dans la voiture là bas, incapable de sortir. Ça me rappelait le temps à Tahiti mon jour d'excursion. Je me suis arrêté face à la mer, devant un joli lagon qui ne demandait qu'à briller de mils feux. La pluie a cessé, pour mieux revenir. C'était un défilé d'averses, je me suis donc ressaisi et j'ai décidé de passer ma journée en ville, à la découverte des vestiges espagnols et à faire du shopping. Il me manque toujours un oreiller et un pantalon pour protéger mes gambettes des assauts des moustiques. 


 En route, le soleil s'est mis à briller par intermittence ; comme j'étais à Tumon Bay, l’épicentre touristique de Guam, genre de mini Accapulco, je me suis décidé à aller voir cette baie. C'est une belle grande baie bordée de cocotiers, de sable blanc avec un lagon très propre en dépit de ce que j'avais pu lire à son sujet (sans doute ont ils dû faire des efforts depuis). Elle est aussi bordée de tours d’hôtels qui dénaturent le site : un Marriott un peu décrépi sur 20 étages, un Hilton et tout le reste à la sauce avec des centres commerciaux de luxe, du Prada, du Gucci et tant d'autres... Un paradis pour japonais. On ne voit qu'eux. Aucun autre touriste. Il y a même le drapeau japonais qui flotte dans les rues à côté du drapeau américain. Sans doute se sentent ils redevables après ce qu'ils ont fait au peuple japonais. Tout est écrit en double langue, les enseignes aussi. Pas besoin d'aller au japon, j'y suis ! Il faut dire que quand on regarde une carte, le Japon est tout prêt et Guam doit être leur destination phare pour des envies de tropiques. La plage est pleine de japonais en tenue de mariage. Les japonais ici sont calmes et pas énervants. Ce n'est pas le public usuel des bus pleins à craquer de ces abeilles en pleine effervescence. Ils ont plus posés, c'est plus des couples et des familles.
En tout cas le lagon n'attend pas et il a fallu que je pique une tête jusqu'à l'arrivée de de la prochaine averse. C'est étonnant car il y a un endroit au bord de l'eau, à côté d'un hôtel de luxe, où des gens ont planté la tente, en pleine ville, avec un terrain à l'abandon derrière. La police passait à moto sur la plage mais ne disait rien. Je ne sais pas si c’est autorisé ou si le terrain appartient aux gens qui sont venus camper mais en tout cas ils sont biens. A l’hôtel je ne suis pas mal non plus, certes c'est plus cher mais je suis plus tranquille et à l'abri des intempéries. Ça me fait une pause avant l'épisode terrible qui m'attend à Palau. Plus ça se rapproche moins je me sens le courage de le faire. Pour un peu je retournerais en Australie. Car même s'il y a un lagon ici, le cœur n'y est pas. Je songe à l'Australie. J’aurais pu y rester jusqu'à fin avril ! Je mets ça sur le compte de la fatigue, je suis sûr que je vais me ressaisir et retrouver de l'enthousiasme dans les prochains jours.
Les rues sont pleines d'une voiture que je n'avais encore jamais vue : la Cube de Nissan. Moi qui d'ordinaire me contrefous des voitures, les trouvant toutes moches, celle là change de ces espèces de suppositoires où il faut ramper pour entrer. Elle a un toit plus haut que les autres voitures et j'aime bien son air asymétrique. Les vitres à l'arrière rejoignent celles latérales, mais que d'un seul côté. Ça fait voiture d'architecte. Les autres doivent penser que ça fait caisse à savon, moi elle me plaît beaucoup. Pour un peu j'en achèterais une !
Ce soir j'ai mangé à un restaurant qui a une entrée qui donne dans l’hôtel. J’étais le seul là dedans et le repas franchement pas bon, une cafétéria ferait mieux. Le personnel obséquieux est venu me demander à plusieurs reprises si je voulais une autre bière ou si je prenais un dessert, au cas où je changerais d'avis. La patronne est venue me rendre visite et prendre en photo (!), émerveillée que je sois français, me faisant l'article de la soirée spéciale qu'ils feraient demain à l'occasion de la Saint Valentin, où elle allait être déguisée en grosse mémère. Il y a aura beaucoup d'amusement et plein de monde me promet elle. Tout juste si je ne devais pas payer mon dîner de demain sur le champ ! Mais ça ne changera pas le fait que la nourriture y était médiocre. Je n'y retournerai donc pas, malgré ce que je lui ai dit. Un petit mensonge pour m'en défaire...
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