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dimanche 29 avril 2012

Retour à Singapour


Aujourd'hui j'ai erré sans but dans les rues noires de monde de Singapour, comme une âme en peine. Je n'avais pas étudié les endroits à voir, pensant sans doute que le hasard me mènerait au bon endroit. Ça commençait bien, au moment de prendre le métro pour aller dans le centre, le guichetier m'a demandé où j'allais. Je lui ai répondu : « j'en sais rien » ! Je pensais qu'il m'aiderait sur les endroits incontournables mais il n'en avait rien à foutre. C'est ça les grandes villes, les gens sont tout de suite moins sympas. Et puis c'est quoi ce système où l'on paye à la station ? Ce n'est pas un ticket qui permet d'aller où l'on veut, si on descend à la mauvaise station, catastrophe, le tourniquet doit rester bloqué et la sécurité doit débarquer pour vous menotter. Car ici ils n'ont pas l'air de rigoler avec ça ; il y a des vigiles un peu partout, discrets mais qui scrutent les écrans des caméras à la recherche de resquilleurs.
Oui c'est un aéroport, pas une salle d'exposition!
L'aéroport est un modèle de modernité pensé pour les voyageurs. Rien à voir avec Roissy qui doit faire à peine mieux qu'un aéroport africain. C'est vaste, on ne se rendre pas dedans, il n'y a pas de couloirs glauques et interminables et ils ont même un métro aérien pour passer d'un terminal à l'autre alors qu'on peut les relier aisément à pied. Et exit les heures d'ouverture d'enregistrement riquiqui, je me suis présenté au guichet de Singapore Airlines à 10h30, plus de 12 heures avant le vol et ils ont enregistré mes bagages. Je n'en revenais pas ! Je comptais les laisser en consigne, nul besoin. Du coup j'ai tout enregistré. Si un bagage se perd, ce n’est plus grave et comme ça je ne risque pas de me faire de tour de reins. A signaler que de ce côté là je n'ai eu aucun souci. C'est un peu ce qui me faisait peur dans ce périple, de me coincer le dos avec toutes ces allées et venues. Rien de la sorte. Je devrais faire des tours du monde plus souvent !
C'est donc débarrassé d'un poids que j'ai pris le métro. Ils vendent des pass touristiques pour une journée à des tarifs intéressants mais ces idiots ne les vendent que dans un espace dédié qui n'ouvre que quelques heures par jour. Prochaine ouverture : midi ! Ça doit être fait exprès pour dissuader les gens de choisir cette formule moins rentable. Comme il fallait choisir une destination, j'ai regardé le Petit Futé, retenant quelques noms de lieux incontournables : Orchard pour le shopping, Little India, pittoresque et juste à côté et Raffles, pour boire un coup ou manger, tout ça à peu près dans le même secteur. Ils ont aussi un jardin botanique remarquable avec plein d'orchidées mais je n'ai pas réussi à savoir comment on y allait, aucune des stations du métro ne portant un nom comme « botanical garden ». Le métro est très agréable, spacieux, large, aérien quand il peut, avec les sièges qui se font face dans une voiture unique. Les portes ont une double sécurité, avec une porte également sur le quai, pour éviter les suicides. Un métro bien pensé, quoi ! Il y a des annonces sonores, des bandeaux lumineux qui annoncent la station courante, la prochaine et qui souhaitent la bienvenue. Toutes les annonces se font en anglais. Il semblerait que ce soit la langue officielle de Singapour. Qu'on m'excuse mais je ne me suis pas du tout renseigné sur ce pays, je ne connais donc rien, si ce n'est que la population est d'origine chinoise à plus de 90%. Je m'attendais donc plus à voir des choses écrites en chinois. Y a un truc un peu moins bien en revanche, c’est que je dépasse tout le monde allègrement. La moyenne nationale doit être d'1m50. Et alors me dira-ton ? Eh bien je me cogne à toutes les portes, voilà ! Et puis je ne sais pas ce qu'ils ont avec la climatisation, elle est à fond partout, quand on passe devant un magasin on a l'impression d'ouvrir la porte d'un congélateur de chez Picard. Ils sont dans un pays chaud et cherchent à avoir froid. Quelle ironie !
Le métro était agréable au début, ça ne l'est pas resté longtemps. J'avais une place assise mais les gens rentraient là dedans en se montant dessus, créant des débordements sur mes genoux ou mes pieds, qui sont rappelons-le, nus. Je refuse toute chaussure ! J'ai des chaussettes au cas où, que je mettrai avec des tongs si le froid sibérien est toujours de mise quand j'arriverai. Il a fallu aussi que je me farcisse des haleines fétides et des gens qui puent, comme celui face à moi qui avait l'air au bord du malaise et dont je craignais qu'il ne me vomisse dessus. Bienvenue à la ville !
En descendant à Orchard, je me suis demandé ce que je faisais là. Des temples dédiées au dieu consommation, avec des boutiques de luxe mégalo à la devanture haute comme un immeuble parisien. Dior, Yves Saint-Laurent, Prada, Armani, Gucci... ils y sont tous. Et c’est plein de midinettes qui se la pètent avec l'oreille rivée au téléphone. Je cherchais un truc où manger, j'aurais plus aisément trouvé des diamants. 
Ça s'est terminé dans un Mac Do sur-climatisé à manger un hamburger pourri. Ensuite j'ai voulu quitter toute cette foire aux vanités, qui se remplissait de plus en plus de monde à mesure que l'heure du déjeuner était dépassée. J'aurais mieux fait de rester à l'aéroport. Que de stress, de bruit et d'agitation ! La jungle n'est pas où l'on croit. Mes impressions pas folichonnes de la dernière fois ne sont pas meilleures aujourd'hui. Mais je crois qu'après avoir vécu tout ce que j'ai vu et en plus un jour de retour alors que le cœur n'y est pas, aucune ville ne trouverait grâce à mes yeux. Je suis mieux dans la jungle avec mes singes. A Koh Tarutao, tiens ! Tandis que je prenais ce qui me semblait la direction de Raffles, à la seule observation du soleil, j'ai dû me farcir des trottoirs de gens qui piétinaient. Je commençais à étouffer sérieusement et je jouais des coudes en pensant « qu'on me sorte de là, au secours ! ». Tout ça pour revenir à Orchard par un autre chemin, bravo mon sens de l'orientation ! C’est la première fois qu'il me joue des tours. Il faut dire dans une ville avec des grattes ciels et en plein midi, difficile de savoir où est le sud. J'ai donc repris le métro, complètement engorgé. C’est bien la peine qu'on vienne me chercher pour m'épargner le RER, j'ai droit un peu à ça ici. Ça reste quand même plus supportable, je suis à l'étranger et beaucoup rêveraient de visiter Singapour. Moi pas. Ça m'inquiète un peu. Déjà qu'avant je n'aimais pas beaucoup la ville, j'ai l'impression que c'est pire maintenant après cette pause de 7 mois au grand air. Il faudra que je sois courageux, je n'ai pas le choix. En partant on me disait que j'avais du courage. C'est pour le retour plutôt qu'il faut en avoir du courage.
En arrivant à Raffles je me sentais entre deux eaux, là sans être présent, perdu dans le cosmos intersidéral. Je marchais comme un automate et j'ai échoué sur une vague pelouse le long de Singapore River. Je suis peut être devenu un orang-outan, « l'homme de la jungle ». En tout cas j'ai fait un petit somme qui m'a un peu requinqué et m'a permis de finir l'après midi de façon plus optimiste. Le coin de Raffles est ce que j'ai vu de plus joli jusqu'à présent à Singapour. Ça ressemble un peu à Sydney, avec les grattes ciels qui se reflètent dans la rivière qui ressemble à un des ces bras de mer de Sydney. Tout le long c'est une suite ininterrompue de restaurants et de bars en terrasses avec des serveurs qui harponnent le client. Je voulais y manger ce soir, j'ai plus l'impression que c’est un truc attrape touristes avec des menus longs comme le bras inscrits sur des cartes en plastique peu avenantes. Il y a aussi tout un tas de pubs anglais ou irlandais qui débordent d'anglo-saxons bavards. Étrange qu'il se retrouvent tous là. Le mal du pays ? J’aurais un truc français, je le fuirais en vitesse, tu parles d'un dépaysement !
Adieu frisottis infâmes, place à l'homme moderne!
Tandis que je marchais j'ai trouvé un salon de coiffure à l'étage d'un de ces restaurants. La belle affaire ! Comme j’avais du temps devant moi, c'était l'occasion rêvée. Je crois que j'ai dû tomber dans un truc un peu chic, où l'on m'a servi du thé pendant que la coiffeuse faisait le bilan du désastre en soulevant les mèches du bout des doigts d'un air dégoûté à peine caché. Je faisais vraiment pouilleux, avec mon sac à dos en bout de vie et troué, à la couleur douteuse. D’ailleurs, alors que j'avais été installé d'office sur le siège de travail, j'ai été invité à descendre de là pour passer au shampoing... Quoi, qu’est ce qu'ils ont mes cheveux ? Ils ont l'air dégueulasses, filasses et tout ce qu'on veut mais je les lave tous les jours, ils sont propres, il ne faut pas se fier aux apparences. Finalement, elle a fait un bon boulot, tout au ciseau, contrairement à l'autre de Sydney. Je lui ai dit que la dernière fois remontait à il y a trois mois et elle a marqué un temps d’arrêt, interloquée, avant de rajouter que le coiffeur c'est tous les deux mois maxi. Qu'on se le dise ! J’aimerais la voir dans la jungle, elle ferait comment ? Elle s'est bien appliquée et m'a même coupé les poils des oreilles (avec l'âge j'ai du poil fou qui pousse, il reste translucide mais fait des poireaux inesthétiques!). Quand enfin elle a obtenu un résultat qui lui semblait satisfaisant, elle m'a dit : «before it was a mess, now you're handsome ! ». C’est vrai que je ne me reconnais pas, ou plutôt si ! Je me retrouve, l'homme des bois quitte ses apparats. Signe d'une nouvelle ère et d'une page qui se tourne... De toute façon je suis obligé de la tourner cette putain de page !
J'ai usé l'appareil photo. J'ai voulu sortir le flash pour prendre ma nouvelle tête en photo et depuis il ne prend plus de photo, j'ai un message d'erreur qui dit que le flash n’est pas disponible. Sauf qu'il sort automatiquement et empêche de prendre la photo. Je dois donc utiliser un autre mode. Je pense que c’est la pluie d'hier qui n'a pas dû l'arranger des masses. Il n'aurait pas fallu que mon tour du monde dure un jour de plus ! Pour le moment il est 20:16 et je vais poster ce message avant d'aller manger. J'ai faim ! Avec un Mac Do' dans le ventre, ça ne nourrit pas la bête...

mardi 20 mars 2012

Singapour


J'ai passé la journée à traîner dans Singapour et je n'étais pas dans un bon jour. Pas d'humeur à me retrouver dans une ville tentaculaire sans air où l'on suffoque de la chaleur. Mes petites îles paradisiaques me manquent. Je me sens comme un poisson hors de son bocal en ville. J'ai perdu tout repère, la vraie jungle c'est la ville. Du coup j'ai passé une bonne partie de la journée dans un centre commercial à la recherche d'un appareil photo étanche. J'en ai trouvé un mais à un prix trop élevé pour les trois semaines d'aventures aquatiques restantes. En effet, à Bornéo je n'en n'aurai pas vraiment besoin, je compte surtout explorer la jungle et les bestioles. C'est pour cela que j'y vais. J'ai passé un bon moment dans une librairie à regarder les livres de tourisme. Enfin, un bien grand mot, ils étaient tous sous cellophane. J'ai repéré des titres et des descriptions au verso intéressantes dont « Dream routes of the Americas », un gros pavé qui détaille les meilleurs moments d'un road trip de l'Alaska jusqu'à Ushuaïa. Il va falloir que je me le procure, il couvre exactement mon prochain projet de tour du monde. Je n'attendrai pas six ans avant de m'y recoller. C'est trop long.
Dans ma boîte on peut demander un congé sans solde jusqu'à six mois. J'ai appris ça quand j'ai été reçu par les DRH au moment de ma demande de congé sabbatique. En effet un congé sabbatique c'est de 6 mois à un an. Du coup ils font les congés sans solde pour les périodes plus courtes. Je pense que 5 ou 6 mois devraient suffire. A étudier. Je me vois bien recommencer dans deux ou trois ans, le temps de mettre de l'argent de côté. Mon tour du monde n'est pas fini que je pense déjà au prochain. J'en ai besoin. Je savais que ce voyage risquait de me donner l'envie d'aller plus loin. C'est pas loupé, je me sens pousser des ailes et j'ai soif de découvertes. Il y a tellement de choses à voir et à faire dans ce monde. Un livre que je regardais, « 1000 places to see before you die » (tout un programme!), affiche sur sa couverture de verso en dernière ligne : « The world is calling. Time to answer ». Bien dit ! Je suis désormais irrécupérable pour la société. La France me semble un confetti au milieu de nulle part tourné sur lui même comme s'il était le centre du monde. Quand je me connecte à mes mails je suis à chaque fois agacé par des unes de nouvelles à la noix, des trucs dont je me contrefiche, un rabbin tué à Toulouse, des joggeuses disparues, Bouygues Telecom qui baisse ses prix... Et rien sur les merveilles de ce monde, sur mes petits singes de Coron, sur les raies manta de Tikehau ou les phoques de Kangaroo Island. Avec ce blog je vous fait part des nouvelles de ce monde. C'est plus intéressant, non ?
En tout cas, je n'ai pas beaucoup aimé Singapour. Certes je n'ai rien fait mais je n'avais envie de rien faire. J'avais prévu de rester à Singapour les deux derniers jours avant de rentrer en France, il va falloir que je trouve autre chose. Un billet pour Jakarta ? Plutôt que d'errer sans but, j'ai pris le chemin de l'aéroport, question d'arriver en avance sans stress. J'ai été étonné en salle d'embarquement de trouver des sièges munis d'un cordon éthernet pour se connecter à internet, le tout gratuitement. Quand est ce qu'on imitera le système dans les aéroports français ? Le métro de Singapour est spacieux. C'est une longue voiture où les sièges sont dos aux fenêtres, laissant de la place pour les jambes et pour le passage des gens. J’avais écris à la RATP pour leur suggérer de tels aménagement bien plus pratiques que les traditionnels carrés de quatre aux soupes de genoux, à devoir supporter l'haleine fétide du voisin de devant ou son regard de merlan frit. Sans succès semble-t-il car ils continuent à mettre en service de nouvelles voitures avec les traditionnels aménagements. Passons...
A l'embarquement pour Kota Kinabalu, la capitale de l'état de Sabah, je suis surpris par le nombre d'occidentaux. Des baroudeurs, en sac à dos et aux vêtements ethniques amples façon Ali Baba. Il y a toutes les langues. Bornéo semble attirer les aventuriers des quatre coins du globe. Il doit y avoir une raison... Je vous en ferai l'écho dès que je l'aurai trouvée, mais j'ai ma petite idée. Au fait, pour situer les choses, Bornéo est une île qui appartient à trois pays. Pas les trois à la fois, elle est divisée entre la Malaisie, Brunei et l'Indonésie. La déforestation médiatisée de par le monde est principalement l’œuvre de l'Indonésie qui en possède la plus grande partie, au sud. En ce qui me concerne je me rends au nord-est de Borneo, à Sabah. Un autre état de Malaisie se trouve à Bornéo, Sarawak, mais je ne le visite pas, faute de temps et Sabah semble plus hétéroclite. Je pars dès demain matin à la découverte de Bornéo après la livraison de la voiture à l’hôtel. A Singapour j'ai trouvé une carte routière de Sabah, ça tombe bien !
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