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vendredi 27 février 2015
45 jours sur Koh Tarutao
Retrouvez le récit de mon retour sur Koh Tarutao du 7/1/15 au 25/2/15 sur wildworldtrip.blogspot.com
lundi 23 avril 2012
Départ de Koh Tarutao pour Langkawi
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| Koh Khai |
Je suis triste de partir
ce matin. C'est plein de vie ici, j'ai l'impression de laisser une
part de rêve et d'innocence. Une partie aussi de sensations que je
ne retrouverai sans doute pas avant très longtemps. Elles seront
différentes. Et le jour où je reviendrai le chaton sera devenu un
chat, plus sage et plus tranquille. Le ranger qui me servait au
restaurant m'a demandé de revenir l'année prochaine et m'a dit
qu'il était content de m'avoir connu. Je pense que c'est sincère
car les gardes sont ici sous leurs gardes si j'ose dire. On les sent
en retrait. Il est vrai qu'ils voient défiler des gens qui viennent
un jour ou deux et s'en vont, sans prendre le temps de leur parler.
Certes, tous ne parlent pas anglais mais ce n'est pas une raison. Du
coup ça ne les pousse pas à être avenants. J'ai toujours un
sourire pour eux, un hello, un signe de la main ou de la tête quand
je les croise. Le langage du corps est parfois plus important que le
reste. C'est ainsi qu'on apprivoise les gens au fur et à mesure, ils
se rendent compte qu'on n'est pas méchant et qu'on les respecte. Il
n'y en avait qu'un réfractaire à cette méthode c’est le rasta du
Bila Beach. Pourtant il terminait ses mails lors de la réservation
pas des « love ». Aussi je suis tombé de haut quand je
l'ai vu.
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| Ça c'est du ciel noir! |
Au moment de payer la
note il y avait aussi Anne-Laure qui réglait la sienne pendant que
je rangeais mes affaires dans le sac que j'avais laissé dans la loge
de la réception. Anne-Laure est très avenante, souriante et
rigolote et on a parlé avec le réceptionniste qui est aussi un
garde. En fait ils sont tous gardes ici, ils sont là à demeure,
même quand plus personne ne vient. En effet, de mai à octobre c'est
la mousson et les liaisons maritimes sont coupées. Mais ils restent
là pour s'occuper de l'île, des animaux, des infrastructures.
Sacrée vie ! Même si c'est chouette, je ne me vois pas vivre
ici indéfiniment. A moins d’être un vrai homme des bois. Il y a
de moins en moins de monde au camp. On est en fin de saison, Les gens
ne vont plus venir, c'est bientôt le mois de mail, il ne fait plus
bien froid dans l'hémisphère nord et avec la mousson qui pointe son
nez, ça n'incite pas à venir. C'est donc ça, ces orages
quotidiens. Ce sont les prémices de la mousson. Car je me souviens
quand j’étais venu il y a deux ans en janvier, j’avais eu un
temps radieux, soleil tous les jours pendant 15 jours. Il ne va donc
plus rester que le russe et Gimmo. Si ça se trouve, ils vont finir
par être oubliés là bas. Il sont autonomes, ils ne viennent jamais
manger quoi que ce soit au restaurant. Certes, c'est à 4 kilomètres
mais par la plage ça se fait vite. Mais ils sont mieux ainsi et je
les comprends. Ils veulent aller au bout de leur communion avec la
nature et avec Koh Tarutao.
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| Koh Tarutao s'éloigne... |
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| Koh Khai |
Pour la note, j'ai eu la
surprise du siècle. Je n'ai pas du tout payer 300 baths comme ce
qu'ils m'avaient annoncé en arrivant. Ça me semblait aussi
beaucoup, deux fois moins seulement qu'un bungalow alors que j'ai
tout mon matériel. Pour Anne-Laure ils lui avaient demandé 225
baths alors que la tente est fournie et déjà dressée. J’avais
donc une base de négociation. Mais je n'ai pas eu à négocier quoi
que ce soit, le garde m'a demandé d'emblée 150 baths. Sauf que
c'était le prix total. Comme je n'en revenais pas, il m'a montré sa
calculette. La nuit était donc au prix défiant toute concurrence de
30 baths la nuit soit 80 centimes d'euro ! A ce tarif, vous pouvez
venir sur une île déserte, camper sur une plage merveilleuse et
jouer aux Robinson pour 25 euros le mois. Vous n'aurez plus qu'à
rajouter le prix de l'avion et compter 800 baths par jour pour la
nourriture (20 euros les 3 repas). Il n'y a plus besoin de voyager
ailleurs. Je ne devrais pas dire cela, ça va attirer des hordes de
backpackers. Et j'aimerais tant que cette île reste comme elle est.
Mais je crois que peu de personnes sont prêtes à vivre sur une île
déserte coupée de tout avec rien à faire hormis ce que la nature
apporte. Les gens préféreront donc toujours poursuivre sur Koh lipe
et c'est tant mieux !
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| Koh Khai |
Quand Anne-Laure est
partie, le réceptionniste m'a dit « you're alone, she's alone,
then... » avec un grand sourire d'un air entendu. Ils ne
pensent qu'à ça ici. D'une façon générale les asiatiques ont du
mal à concevoir que des gens voyagent seuls, ils sont toujours
surpris. Et puis surtout ils imaginent que les filles seules sont
forcément des filles en manque de sexe, donc des filles faciles.
Anne-Laure n'a pas arrêté d’être emmerdée. Il faut dire elle
est toute fraîche et n'a que 20 ans. Elle a une innocence que
d'autres voudraient bien pervertir. Je suis étonné de voir tous ces
jeunes qui voyagent et que j'ai vus dans ce tour du monde. Souvent je
suis le plus vieux où que j'aille, faisant me sentir comme un vieux
croûton. Je pense que c'est générationnel. Personne de 20 ans dans
les années 90 ne voyageait. Il faut dire internet n'existait pas,
c'était un peu plus compliqué de voyager, peut être plus
l'aventure aussi. Et puis les prix des billets d'avion étaient plus
élevés. Mais surtout je pense que les mentalités ont évolué.
Avant il fallait surtout ne pas avoir de trou dans son CV, encore
moins avant de commencer à travailler. Cette idée a l'air d'être
passée de mode car beaucoup de ceux qui voyagent viennent de
terminer leurs études et ne sont pas effrayés par un trou et une
recherche d'emploi à leur retour. Pour ma part je préfère quand
même quoi que j'en dise avoir un travail qui m'attend. Si je devais
passer des entretiens d'embauche à mon retour, écrire des lettres
de motivation et toute cette foire aux guignols, après un tour du
monde je ne suis pas sûr que je serais bien performant ! Reste
un mystère pour moi : où puisent ils l'argent pour partir ?
Car routard ou pas, ça reste un sacré budget. En tout cas c'est une
bonne chose, ça leur ouvre les yeux plus tôt, je suis sur qu'ils
auront une autre vision sur la société et le monde du travail suite
à ça.
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| Koh Khai |
Sur le bateau pour Koh
lipe il y avait un américain du Tennessee, fort étonné que je
parle si bien anglais (il ne fait pas exagérer non plus). En effet
il était venu en février à Paris et personne n'arrivait à
communiquer avec lui. Il m'a demandé pourquoi j'étais différent
des autres. Je lui ai répondu que c'était peut être avec les
voyages... En même temps j’étais étonné moi même d'avoir une
conversation avec un américain, d'ordinaire je ne les comprends pas.
Peut être ai-je fait des progrès. Il faut dire que sur 7 mois j'ai
dû parler anglais 6 mois, alors ça doit bien aider un peu...
L'américain me racontait qu'aux États-Unis ils n'avaient que deux
semaines de congés. Je le savais déjà, c'est souvent montré comme
modèle par ces français qui pensent qu'on a trop de vacances et
qu'on ferait mieux de les imiter. Sauf que lui ne partage pas cet
avis du tout. Il me disait qu'avec deux semaines les gens deviennent
fous là bas, ils ne décompressent jamais. Lui il a tout quitté, il
ne sait même pas s'il reviendra un jour aux États-Unis. En
attendant il vit de petits boulots à droite à gauche. Un
alternatif. Chapeau pour un américain ! Car pour sortir du
système en étant dans un pays encore plus conditionné sur la
réussite et la matérialisme que le nôtre, c'est un exploit !
L' « american dream » en prend du plomb dans l'aile.
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| Langkawi |
Quand on a quitté Koh
Tarutao, je me suis tourné face à l'île que personne ne regardait.
Et je souriais en contemplant ses côtes qui me sont désormais
familières. Quand on est passé devant la plage d'Ao Molae, j'ai eu
envie de faire un au revoir de la main, comme à un ami cher qu'on
quitte. Avec un bateau plein à ras-bord et des gens autour de moi,
je me suis abstenu. J'aurais dû laisser parler mon cœur... En
chemin on s’est arrêté à Koh Khai, un petit îlot contenu dans
le parc de Tarutao, cerné d'une plage de sable blanc avec un rocher
qui forme une arche dans un coin. On a été autorisé à poser un
pied pour faire des photos de plus près. J'ai préféré aller
piquer une tète, la chaleur sur le bateau en plein soleil étant
écrasante. Au final on aura mis deux heures pour rejoindre Koh Lipe.
Il ne me restait plus que deux heures avant le bateau que je dois
prendre pour Langkawi, celui là même où ils demandent d’être là
deux heures et demie avant.
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| Langkawi |
En plus, je ne sais pas
pourquoi mais le bateau s’est arrêté à Sunrise Beach et non
Pattaya comme à l'aller. Il a donc fallu prendre un long tail boat,
ce qui a fait perdre un peu plus de temps, surtout que le mien
servait de passage aux autres passagers pour aller dans d'autres
bateaux. Le temps que tous les autres aient embarqué, on s’est
retrouvé charger de sacs de riz qu'ils sont allés déposer à
Sunrise Beach. C'était le beau bordel et les pauvres russes qui ont
quitté Tarutao avec moi doivent se demander ce qu'ils font là. A
moins qu'ils aiment ! Pour ma part j'ai attendu avec impatience
que l'on parte pour Langkawi. J'ai fait un rejet encore plus fort que
la première fois, allant à me demander comment j’avais pu rester
5 jours à Koh Lipe. Pourtant j'avoue que les plages sont très
belles. Mais avec ce monde et ce bruit, c'est un enfer, un paradis à
clebs qui adorent quand c'est le bordel. J'ai essayé d'imaginer
cette île sans rien, avant que les gîtes et le gens ne viennent. Ce
devait être très beau. Comment ont ils pu abîmer une si jolie
île ? Mais il y a des gens qui adorent Koh Lipe et qui y ont
trouvé le paradis qu'ils cherchaient, s'installant et montant des
gîtes, comme ce restaurant tenu par une anglaise. Preuve qu'il en
faut pour tous les goûts... Ceci dit, il y a pire ! Il y fait
chaud toute l'année au moins ici. Et pour quelqu'un exilé ça doit
être plus agréable que sur Tarutao. Il y a de l'animation, des
gens...
dimanche 22 avril 2012
Une île qui vous veut du bien
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| Ao Jak |
Qu'on se le dise, Tarutao
m'a conquis. Je revis ici. Je pourrais y rester des semaines comme
les Robinson d'Ao Molae. Cette île a quelque chose d’envoûtant où
l'on se sent bien, en paix, comme protégé. Presque comme si l'on se
trouvait aux portes d'un monde inconnu, là où tout a commencé et
où tout finira. C'est comme avoir trouvé l'essence de la vie. J'en
parle très mal mais on est beaucoup à en dire la même chose. Je ne
sais pas à quoi ça tient. Sans doute le mélange de plages
accueillantes et interminables qui contrastent avec une jungle
impénétrable et pleine de bruits. Ou serait-ce cette brise qui
souffle ? Ou encore les macaques qui se baladent sur la plage au
coucher du soleil? On est comme des naufragés de ce monde échoués
dans un jardin d'Eden. On se parle tous, c'est comme si l'on était
tous amis. Certes, plus de la moitié des gens sont français, aussi
ça simplifie les choses mais il n'y a pas que cela. On a
l'impression de se ressembler.
On se lance des coups d’œil
complices, quand on passe il y a des mains qui se tendent par dessus
un hamac pour nous saluer. Les rangers aussi me reconnaissent. C'est
comme si j'étais gardien de parc national. Je partage leur vie, ils
me font coucou quand ils me voient. J'ai l’impression d'avoir droit
à d'autres égards car je reste plus longtemps que les autres, gage
que j'éprouve quelques chose pour leur île. C'est un petit paradis
que je vais avoir beaucoup de mal à quitter. Une chose est sûre, je
reviendrai !
La matin, quelle joie de
sortir de la tente face à un tel cadre ! Je ne le quitte
jamais, dormant avec la porte du double toit ouverte, ayant juste la
moustiquaire pour me protéger des insectes. Je suis un peu obligé,
les nuits sont écrasantes de moiteur. J'aurais bien besoin d'un
petit ventilateur de tente. Je ne sais pas si ça existe, il faudrait
que je cherche ça sur internet. Mais bon, un truc à piles, ça
risque de ne pas durer bien longtemps.
Car la chaleur ne descend
jamais. En pleine nuit il fait toujours aussi chaud, il m'arrive
encore de nager dans mon jus à 4 heures du matin. Ou alors je me
gratte frénétiquement là où les mouches de sable m'avaient piqué.
Ces espèces de petits moucherons à peine visibles sont terribles.
Je me gratte à des endroits où ça ne me prenait pas avant, ça a
un effet retardateur. Je ne sais pas jusqu'à quand ça va durer,
c'est pire que les moustiques. Définitivement, Ao Son, il vaut mieux
éviter. Ou alors revêtir une combinaison d'apiculteur avant d'y
aller !
Ce matin après le petit
déjeuner, j'ai décidé de louer un kayak pour explorer la mangrove
et me rendre à Crocodile Cave. Un des rangers m'a demandé si
j'avais une torche. Devant ma réponse, il a demandé à l'un de ses
collègues de m'en apporter une. Pendant ce temps il m'a invité à
regarder sur un plan de l'île au niveau du débarcadère comment
aller à la grotte.
Puis il m'a montré une photo aérienne de la
mangrove avec plein de bras, me montrant le chemin à suivre. C'est
assez simple, il suffit de toujours aller à droite. Un couple qui
était là me regardant faire m'a conseillé de prendre en photo la
carte du garde car hier ils avaient tenté une sortie canoë sans
réussir à trouver ladite grotte. Ensuite, un kayak trois places m'a
été avancé, un truc style à fond plat au ras de l'eau. J'ai
intérêt à faire attention, avec mon ordinateur et tout le bordel,
il ne s'agirait pas de passer par dessus bord. Car le couple
infortuné d'hier y est allé aussi avec une autre personne et ils
n'ont eu de cesse de se retrouver à la flotte. Un des gardes a aussi
sorti un gros morceau de polystyrène vraisemblablement échoué sur
la plage qui avait été taillé en son centre pour former un trou où
s'asseoir et muni d'une pagaie. Ils m'ont dit que c'était mon kayak.
On s’est regardé avec le couple en rigolant et j'ai lâché :
« It's a joke ! ». Il ne pouvait pas en être
autrement. En effet les gardes se payaient ma tête. L'embarcation a
servi à l'un d’eux pour rejoindre un bateau amarré un peu plus
loin.
Le kayak que j'ai n'est
pas d'une rapidité folle. Ça n'a rien à voir avec celui de Palau.
Avec ça je n'aurais jamais pu faire le périple dans les Rock
Islands. Mais bon, pour une petite balade dans la mangrove ça
convient. Au début du parcours le bras de mer est assez large. Ça
devient plus joli une fois qu'on a dépassé le premier virage.
Quelques rochers font alors leur apparition, donnant du relief à un
paysage autrement plat comme une galette. Ensuite, quand on prend le
bras sur la droite à la première bifurcation, c'est là où ça
devient vraiment intéressant. On passe alors sous des branches et
des lianes, donnant l'impression d'évoluer dans une forêt inondée.
Car il n'y a pas de rivage. Les arbres qui bordent le chenal ont tous
les pieds dans l'eau, ce sont des palétuviers. Je me suis emmanché
sous les arbres et ça continue comme ça sans qu'on puisse en voir
le bout. C'est une jungle impossible à parcourir à pied.
Et
pourtant il y a plein de vie. Des chants d'oiseaux mais aussi des
grognement et des feuilles qui s'agitent sur mon passage, attestant
de la présence des singes. C'est marée montante aussi le courant
m’entraîne vers l'intérieur des terres sans que j'ai besoin de
pagayer beaucoup. Le retour risque de demander plus d'efforts.
Pour rejoindre la grotte,
on doit s'amarrer à un ponton puis prendre un sentier qui amène en
quelques instants à la grotte, située juste derrière. A l'entrée
figurent des stalactites de toute beauté, formant des orgues d'une
couleur incroyable. La grotte est aquatique et un petit pont permet
de s'enfoncer un instant vers l'intérieur. Il faut faire très
attention car le terrain est très boueux et glissant comme une
savonnette. Une fois dans la grotte, le ponton s’arrête rapidement
et on est invité à prendre un kayak pour poursuivre l'exploration.
Car la grotte est longue de deux cents mètres environ qui ne peuvent
être parcourus qu'en kayak. D'où la torche qu'ils mont filé.
Estimant qu'en kayak je ne verrais pas plus de chose, et même plutôt
moins, j'ai préféré rester à l'entrée et attendre que mes yeux
s'habituent à l'obscurité pour apprécier le spectacle plutôt que
de me ramasser des gouttes d'eau sur la tronche en pagayant sur une
eau noire jadis le refuge de crocodiles ! Et puis là où
j'étais c'était suffisamment joli, ça formait une grande chambre
et on pouvait voir les parois au fond jusqu'à 50 mètres. Le tour en
kayak ne m'aurait sûrement rien apporté de plus. Il y a un truc
étonnant dans cette grotte c'est que c'est plein de bruits dont
certains qui fond comme des conversations de voix dans un hall de
gare. On entend aussi de gros ploufs et même un râle à donner la
chair de poule. Je me suis également approché d'une paroi où il y
avait une trouée devant laquelle j'ai été alerté par un truc
blanc qui ressemblait à des restes de mâchoires.
Je n'ai pas réussi
à identifier ce que c'était, malgré ma torche braquée dessus. Et
à vrai dire je n'y suis pas resté bien longtemps, pensant à une
créature qui sortirait de là en se tortillant pour venir me
transformer en squelette comme l'autre. Encore une fois, il est
certains films que je devrais arrêter de voir !
J'ai mis trois heures à
effectuer la balade, j'étais de retour juste à l'heure pour le
déjeuner. Il y a moyen de faire cette balade plus rapidement, j'ai
vraiment pris mon temps, m’arrêtant tout le temps pour prendre des
photos, reculant même pour retrouver un point de vue joli que
j'avais dépassé le temps de me saisir de l'appareil photo. Le garde
m'avait dit en partant que c'était 50 baths, le prix avait changé
entre temps. 50 c'était pour la torche ! Sinon c'est 100 baths
de l’heure. Je me disais aussi une location de kayak à 1,5 euros,
ça faisait pas très cher comme excursion.
Des bateaux étaient
amarrés au débarcadère du même style que celui qui m'avait amené
ici. Les gilets rouges sont de retour ! Je croyais en être
débarrassé et définitivement épargné ici. Ils ont été déversés
par l'un des ces bateaux venu faire escale à Koh Tarutao, distillant
de la musique à fond pendant que tout ce petit monde groupé en tas
était mené par un ranger armé d'un porte-voix et transformé en
chien de troupeau. Tirez-vous de mon île ! J'ai tellement
l'habitude de n'y croiser personne que j'ai l'impression que c’est
mon île privée à moi. Heureusement le ranger les a enfourné
rapidement dans le bateau qui est reparti et sa musique avec.
C'en n'était pas fini
pour autant. Le restaurant était plein d'un autre groupe occupé à
manger des nouilles. Des chinois. Je les ai bien reconnus cette fois,
ils ont la même tête qu'à Paris dans les restaurants chinois. Et
ceux là ne sont pas venus à pied de la Chine !
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| Petit passage dans les rochers pour rejoindre Ao Jak |
Du coup comme
il n'avaient envahi qu'un côté de la terrasse je me suis mis de
l'autre côté pour être plus tranquille le temps qu'ils
déguerpissent à Koh Lipe. Perdu dans mes pensées, tentant de faire
abstraction, je n'ai pas senti quelqu'un venir et me faire coucou.
Quelle surprise ! C'était Anne-Laure, l'autre française du
bain aux étoiles qui n'était restée qu'un jour sur Tarutao. Elle
est revenue. Elle a craqué après seulement deux jours à Koh Lipe.
Trop de monde et trop de bruit. Il faut dire qu'elle avait choisi un
truc sur Pattaya, là où c'est le plus bruyant. C'est sûr qu'à
côté de Tarutao ça n'a rien à voir. Les îles sont pourtant très
proches l'une de l'autre mais c’est le jour et la nuit. Koh Tarutao
ne possède peut être pas les plages de sable blanc de Koh Lipe mais
elle a pour elle la tranquillité, une ambiance particulière qu'on
ne ressent nulle part ailleurs, et tellement plus encore. D'ailleurs
Anne-Laure m'a demandé si le retour n'allait pas être trop rude
après 7 mois. Je lui ai raconté ma déprime éclair à Koh Lipe qui
avait disparu sitôt arrivé à Koh Tarutao. Pour elle c'est pareil,
elle pensait à son retour sur Koh lipe et plus du tout ici. Cette
île délivre chacun de ses maux, c'est Gimmo qui avait raison. J'ai
peur du coup que ça revienne une fois que je serai à Langkawi,
privé de ces bonnes vibrations...
![]() |
| Ao Jak |
Anne-Laure a choisi une
tente pour cette fois, elle est tombée sous le charme de dormir en
bordure de plage près des vagues. Car les bungalows n'ont pas
vraiment de fenêtres, c'est des espèces de persiennes en vitre
opaque. Par contre ils ne fournissent ni matelas ni oreiller mais ça
ne la gêne pas, elle a déjà dormi pas terre et elle y dort très
bien. Je lui ai confié mon intention de retourner une dernière fois
cet après midi à Ao Molae, en passant par la plage. En longeant le
bord ce n'est pas très loin mais il faut attendre que la marée soit
basse, sinon on est bloqué par des rochers qui séparent la plage où
l'on campe de celle d'Ao Jak. En attendant le moment opportun, je
suis donc allé me baigner dans ce qui reste des vagues d'hier (pas
grand chose mais c’est mieux qu'une mer d'huile) pendant
qu'Anne-Laure est allée prendre un kayak pour aller faire un tour
dans la mangrove. Oh pas longtemps, une demie heure après elle était
de retour ! C'est la première fois qu'elle faisait du kayak et
elle trouvait que ça n'avançait pas. C'est sûr qu'avec le modèle
qu'ils ont, déjà prévu à l'origine pour plusieurs personnes, il y
a de quoi dégoûter du kayak.
![]() |
| Ao Molae |
Pour la peine, on a décidé de partir
à Ao Molae sans plus attendre, malgré le fait que la mer était
encore haute et barrait le passage plus loin. Mais on trouverait bien
un moyen de passer par dessus les rochers... Et puis elle tenait
absolument à revoir Gimmo qui lui avait fait des avances la nuit où
l'on s'était baigné. Elle voulait voir ce qu'il devenait et comment
il s'en sortait avec ses noix de coco. Pour ma part je suis sûr
qu'il a dû se lier d'amitié avec le petit vieux qui vit là bas.
Qui se ressemble s'assemble. Anne-Laure part demain, elle est juste
revenue pour une nuit. Elle m'a aussi fait le coup du « je pars
demain et je n'arrive à Bangkok que mardi midi. Tu te rends
compte ? ». Ben, pas vraiment, mais j'ai fait oui de la
tête !
Le passage par dessus les
rochers se fait bien, il suffit juste de bien regarder par où
passer. J’étais parti en éclaireur et parfois je me demandais si
l'on n'allait pas devoir faire demi tour, mais je parvenais toujours
à trouver un passage pour aller encore un peu plus loin.
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| Gimmo, Anne-Laure et le russe |
Certes,
avec des chaussures cela aurait été mieux mais on avait décidé
avec Anne-Laure d'y aller pieds nus comme des sauvages. Remettre des
chaussures quand on sera de retour va être quelque chose de dur pour
nous. Tandis qu'on marchait sur la plage d'Ao Jak en bavassant je me
sentais l'âme d'un explorateur, transporté, exalté, pensant à ce
que les explorateurs avaient pu éprouvé dans le passé en
découvrant des terres vierges. Mettre le pied à terre sur une
grande plage à marée basse où le sable est si dur qu'on dirait
qu'un rouleau compresseur est passé par là, humide et luisant comme
un miroir, avec les nuages et la jungle qui se reflètent dedans, on
se sent vraiment béni. C'est extraordinaire ! Au bout de 5
jours je n'en reviens toujours pas de cette île. Et ce n'est pas en
arrivant à Ao Molae que l'impression change, au contraire. C'est mon
coin préféré de Tarutao. Avec Anne-Laure, on n’arrêtait pas de
dire « qu'est ce que c'est beau !». On s'est baigné
ainsi très longtemps, tourné vers le rivage car quand on se baigne
dans cette anse c'est plus joli encore de la mer, car on a une
profondeur de champ qui permet d'admirer les collines couvertes de
jungle où que l'on regarde autour de soi.
![]() |
| Ao Jak |
Nous avons retrouvé
Gimmo, toujours aussi jovial, occupé autour de sa tente qu'il avait
installée juste en face des bungalows. Comme il est là pour un
mois, les rangers sont venus lui apporter une bâche afin qu'il soit
plus à l'abri. En effet on est à cheval avec la saison des pluies
qui commence début mai aussi il en aura fort besoin. Il y avait
aussi le petit vieux qui était là et qui l'aidait. C'est en fait un
russe de 67 ans qui campe ici depuis 4 mois avec sa fille.
Apparemment il sait tout faire, bricole et fixe n'importe quoi en un
tour de main et son feu ne s'éteint jamais même sous le pire orage.
Gimmo l'appelle Robinson et sa fille Vendredi ! Le russe était
occupé à tailler des branches en fourche pour faire un mât tandis
qu'on parlait. Il est ainsi parvenu à construire une tente par
dessus la tente, en fixant la bâche au nouveau support à l'aide de
cordes. Évidemment, les macaques qui ici pullulent ont pris ça pour
un jeu et sont venus ensuite faire du trampoline sur leur nouveau
terrain de jeu ! Le ruse rentre dans deux semaines à Moscou. Ça
va lui faire un choc. Déjà que moi ça ne me dit rien de rentrer à
Paris, alors si comme lui j'avais vécu de longs mois coupé de tout
sur une île sauvage et que je devais rentrer dans un pays austère
et froid, je n'ose imaginer...
Sur les coups de 17h30,
Gimmo et son nouvel ami sont partis à l'endroit où le russe campe
pour manger un bout. Ils nous ont invité à venir y prendre le thé
juste après. Mais comme dans une heure il allait faire nuit, nous
devions rentrer. Nous avons donc laissé Gimmo en en lui souhaitant
une belle vie. Il a répondu que quand il retournerait à la
civilisation il aurait le choix du bien et du mal mais que pour
l'heure il n'y avait que du bien et pas de choix. Alors ça ne peut
pas aller mieux dans son petit paradis. Tout est dit ! Un grand
philosophe que ce Gimmo. De toute façon ce genre de doux dingues a
souvent la conscience plus éveillée que la plupart des gens et
c'est pour ça qu'ils sont ainsi. C'est comme il y a un jeune
allemand qui campait sur la plage et qui est parti ce soir avec son
attirail pour camper dans la jungle, à 8 kilomètres de là. C'est
ce que m'a raconté Anne-Laure. Je ne suis pas très étonné, cette
île appelle à venir en son cœur. On a envie d'y tenter toutes
sortes d'expériences d'immersion extrême. C'est l'endroit rêvé
pour ça. Une île bien particulière, ensorcelante !
samedi 21 avril 2012
Une journée dans les vagues
J'ai bien cru la nuit
dernière que la tente allait s'envoler avec moi dedans. Un vent de
folie s'est levé dès l'instant où je me suis couché. La toile
claquait prête à se rompre et la pluie n'a pas mis bien longtemps à
arriver. Un nouveau déluge mais cette fois pire que tout ce que j'ai
connu jusqu'ici. Ça a duré jusqu'à trois heures du matin. Le joli
plancton phosphorescent devait en être tout retourné ! Ce
matin tout était inondé, le camp semblait avoir été pris dans un
tsunami. Par chance ma tente est sur un endroit plus haut que le
reste. Un hasard qui fait bien les choses sinon j'aurais fait piscine
comme aux Fidji. Des campeurs se sont réfugiés autour du bâtiment
des sanitaires, l'air dépités, se tenant la tête dans les mains
avec des sacs de couchage qui pendouillent le temps que ça sèche.
Ma tente résiste bien, les Décathlon de ce côté là sont
irréprochables. Et pourtant je ne leur fait pas de la pub. Le beau
temps est par contre de retour et le vent est tombé, comme si rien
ne s'était passé. Ou presque !
Car la mer est démontée,
d'énormes rouleaux sont là et n'attendent que moi. En plus c'est
marée montante. En revanche, la mer a charrié tout un tas de
détritus et la plage est un vrai dépotoir. On y trouve de tout et
je suis toujours effaré de voir de telles choses dans la mer :
des tongs, des corbeilles à linge, des cordes, des pinceaux, des
brosses à dents...
Je me suis dépêché
d'aller prendre un petit déjeuner avant d'aller piquer une tête.
J'y ai retrouvé Axelle et Samuel, deux des français du bain aux
étoiles. Gimmo est parti pour l'autre plage depuis hier, on ne le
voit plus. Ils n'ont rien entendu la nuit dernière et c'est à peine
s'ils me croyaient quand je leur ai dépeint la tempête. Parfois je
me dis que je ferais mieux de prendre un bungalow. Pour seulement le
double du camping... Mais j'aime bien la tente et c'est la dernière
fois que je peux en faire du voyage.
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| On dirait le lapin de la pub Duracell! |
En plus les bungalows du
quartier général sont par groupe de quatre jumelés. Aussi je
crains un peu côté bruits de voisinage. Les français partent ce
matin, direction Bangkok après 16 heures de bus. Un truc de fou !
Samuel s'apprête aussi à faire un tour du monde pour ses 30 ans
qui tombent cette année. Il compte prendre 11 mois mais son parcours
est très ambitieux : Europe, Inde, Asie, Australie, Amérique
du Sud, Canada... Ici je n'étonne plus personne avec mon tour du
monde, tous les routards finissent pas se retrouver en Thaïlande. Et
il doit y avoir un vent particulier qui suscite des vocations car
c'est ici en Thaïlande que j'avais pris la décision d'un tour du
monde en janvier 2010. On s'est quitté comme ça, avec un « à
peut être à Paris dans le métro ». Ah non, quelle horreur !
Faites moi dynamiter ça avant que je rentre !
Quand je demande à
quelqu'un : «vous restez combien de temps ? » et
qu'on me répond « jusqu'à lundi », ça ne m'aide pas
beaucoup !
Aussi je réponds à chaque fois que je ne sais pas
quel jour de la semaine on est, et ce depuis des mois. Généralement
je passe pour un extraterrestre alors j'explique que c'est la
première chose qu'on oublie quand on a le temps avec soi. C'est le
doux privilège de faire un tour du monde. Il y a certaines dates
dont j'ai eu vent du jour mais j'oublie aussitôt. Je ne sais même
pas quel jour est tombé mon anniversaire cette année. Qu'est ce que
cela peut bien faire ? Je me rends compte vraiment que le
concept des jours de la semaine est une invention qui n'a son utilité
que dans le monde du travail, pour faire la distinction entre les
jours travaillés et le week-end. A part pour ça, je ne vois pas
quel est l’intérêt. Pour mon voyage, c'est tous les jours le jour
du Seigneur qui m'offre de belles journées et que je remercie quand
j'y pense. Comme aujourd'hui. Car c'est un bonheur ineffable que de
nager dans une mer déchaînée.
Nager, enfin si on peut dire !
J’étais le plus clair du temps sous l'eau, les vagues étant très
rapprochées les unes des autres, on avait juste le temps de prendre
sa respiration qu'une autre arrivait. Je n’avais même pas le temps
de m’essuyer les yeux, je finissais par voir tout trouble et les
oreilles complètement bouchées.
C'est étonnant que la
mer continue à être agitée une journée entière une fois le vent
retombé. Je peux comprendre quelle se soulève sous l'effet du vent,
mais pourquoi continue-t-elle sur sa lancée ? Il doit y avoir
une explication scientifique là dessous ! A propos de science,
j'ai encore refait ce rêve débile que je fais depuis des années,
où je reprends mes études de biologie pour faire un boulot que
j'ignore mais que je sais payé des clopinettes, juste dans le but de
suivre des études et d'avoir la paix par rapport au monde du
travail.
Mais dans le rêve je suis aussi angoissé car incapable de
me focaliser sur les études et d’appendre les cours. J'ai un autre
rêve qui tourne aussi en boucle dans mes nuits de sommeil : je
repasse le bac tout en sachant que je l'ai déjà, simplement pour
avoir de meilleures notes et un meilleur dossier. Il y en avait une
au lycée, en terminale qui avait fait ça, pour postuler en prépa.
Et dans le rêve, je suis plus nul que la première fois, recalé au
bac après l'avoir eu ! Docteur Freud, y a-t-il un message caché
derrière ces rêves ? Et pourquoi je n’arrête pas de les
faire ? Ça en devient pénible !
Pour en revenir à la
baignade, elle est très dangereuse. Je n'y ai vu qu'un couple ce
matin qui n'a pas renouvelé l'expérience, ils étaient pourtant
restés au bord. Il faut dire qu'il y a un méchant courant qui
emporte le long de la plage.
En trois quart d'heure de baignade j’ai
fait 500 mètres. Oui je me baigne trois quarts d’heure, pourquoi,
c'est indécent ? Mais il y a pire : à certains endroits,
tandis qu'on plonge pour éviter l'affrontement, on ne réalise pas
tout de suite que les vagues ne nous ramènent pas vers le bord mais
qu'au contraire chaque nouvelle vague avant de déferler attire vers
le large un peu plus. Il y a eu ainsi plusieurs reprises où j'ai dû
nager vaillamment pour retrouver pied. Pourtant j'ai l'habitude dans
le sud-ouest. Ici c’est pire. Alors que c'était calme à en mourir
les jours derniers. Pour le maillot de bain, il n'y a pas résisté.
Il a fini en boule autour du poignet, prenant soin d'avoir toujours
la ligne de l'eau cachant ce qui doit être caché. Pas évident dans
une mer en furie...
En sortant de l’eau je
titubais. C'est le signe que je me suis bien amusé. J'en ai profité
un maximum, ne cessant d’être dans l'eau toute la journée.
Malheureusement avec la marée descendante les vagues sont devenues
moins belles. Un coup classique.
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| Celui là on dirait vraiment un gag! |
Aujourd'hui je n'ai pas fait grand
chose, je suis resté devant la tente, ne la quittant que pour le
déjeuner. Entre deux bains, je rêvassais sous les filaos, ou bien
je marchais sur la plage, attiré par des macaques ou un couple
d'aigle blanc aux ailes orangées qui planait en cercles juste autour
de moi. J'ai aussi fait des plantations. Le bord de la plage est
couvert de pousses de palétuviers amenées par la marée et qui ont
déjà un faisceau de racines à la base. Aussi j'ai eu pitié, je
les ai enterrées dans le sable. Pas sûr qu'elles résistent à la
prochaine tempête mais en attendant je vais pouvoir surveiller leur
croissance d'ici que je parte. Du moins je l'espère. J'ai choisi des
emplacements où des ruisseaux de fortune issus des inondations
viennent couler sur la plage.
Il me reste une chose que
je n'ai pas encore faite sur Tarutao, c’est le petit tour en canoë
sur une rivière ou un bras de mer couvert de mangrove qui rejoint
une grotte, Crocodile Cave. Il y en avait dans le temps, il paraît
qu'ils ont disparu depuis. Ils pourraient bien revenir le jour où
j'y vais, c'est à dire demain !
Il est dit aussi qu'il ne faut
pas toucher les parois de la grotte, sans doute un truc sacré ou
maléfique. Même si je ne crois pas trop à ces choses là, par
superstition j’éviterai d'attirer le mauvais œil. J'ai
l'impression que ce soir on est moins nombreux. On était à peine
une dizaine au restaurant. Les gens vont et viennent ici, ils restent
en moyenne deux nuits, Tarutao n'étant qu'un stop pour eux. Je peux
aussi dire que les gilets rouges n'aiment pas cette île. Sans doute
pas assez de curiosités pour se prendre en photo devant. A mon avis
c'est trop roots pour eux, ils préfèrent quand ça grouille, ça
leur rappelle la maison. Du coup il n'y a que des occidentaux qui
viennent là.
Au restaurant il y a un
chaton blanc qui mange à tous les râteliers. Je n'ai jamais vu ça,
il miaule non stop pour quémander, c’est une machine à miauler !
Il est adorable avec ses grands yeux luisants comme deux billes mais
on a envie de l’écraser sous sa chaussure pour ne plus l'entendre.
Alors on finit par craquer et par lui donner un petit quelque chose.
Et dès qu'il a fini, il recommence. Il n'en a jamais assez. Je ne
sais pas où tout ça passe, sans doute qu'il finit par s'épuiser à
miauler. Je l'ai pris sur les genoux pour le caresser, on sent tous
ses os. Il a quand même fini par ronronner, comme quoi c'est un chat
normal qui sait faire autre chose que miauler ! Je suis sûr que
c'est son truc à lui pour attirer l'attention. Quand il miaule, il
prend un pauvre air en fermant les yeux avec la tête qui part de
travers comme s'il allait s'évanouir. Ah ces chats, ce sont de
grands comédiens !
vendredi 20 avril 2012
Le bain aux étoiles
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| Ao Molae |
Hier soir après le blog
la soirée n'était pas terminée pour autant. J'ai rejoint la table
derrière moi avec les trois français que le finlandais avait
réquisitionnés. Des français qui parlent anglais, ça va, on peut
dire que je ne suis pas encore rentré ! Ceci dit, je suis
étonné par la proportion de français qui viennent à Tarutao.
J'ignore à quoi c'est dû. Il y a des allemand aussi, des espagnols
et des européens du nord. Pas d'anglais, ce genre d'endroit ne doit
pas leur convenir. On a beaucoup discuté avec mes nouveaux
compagnons de voyage. Les liens se créent vite lorsque l'on voyage
et personne ne juge personne. On a tellement les sens en éveil que
l'on est ouvert à tout. Il y a une jeune française qui rentre à
Paris dans 4 jours pour retrouver son boulot dans le marketing et
elle a tiré la grimace quand on lui a demandé ce qu'elle faisait.
C'est une autre particularité des gens qui voyagent : ils ont
un boulot plus par obligation que par passion.
Pourtant dans le monde
du travail quand on a affaire à des chefs ou un client, on a
toujours l’impression que tout est hyper important, que c'est une
question de vie ou de mort et qu'il faut être investi dans son
travail autant que les autres le sont, sévères et intransigeants.
Je suppose que ceux là ne voyagent jamais...
Quand on vient à Tarutao
ce n'est pas un hasard. On a tous un point en commun, venant chercher
quelque chose de l'ordre de la quête initiatique. Le finlandais,
Gimmo, est tombé amoureux de Tarutao et il y a eu une révélation.
C'est un endroit dont il ressent les énergies autour de lui et qui
le font vibrer. Ça a l'air ésotérique raconté comme ça mais je
comprends très bien ce qu'il veut dire. Il a l'impression d'avoir
trouvé son chez lui. Son expérience est extrême, il est venu avec
sa tente, quasiment sans sou, et il va rester un mois à Ao Molae (le
site magnifique dont les bungalows ont fermé hier), vivant de la
collecte de noix de cocos et de la pêche. Un vrai Robinson Crusoé
qui a échoué là après un licenciement en Finlande. Il vivait
jusqu'à alors dans la forêt, sans électricité et se nourrissant
de ce que la forêt lui apportait. Aussi, il est habitué à vivre
ainsi. Il a eu un déclic, quelque chose qui le poussait à partir,
ayant le sentiment que de mauvaises chose l'attendaient s'il restait. Il a vendu du bois qu'il avait dans sa forêt et s'est acheté un
billet d'avion avec.
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| Ao Talo Wow |
Là où pour les autres ce sont des vacances,
pour lui c'est la vraie vie, la réalité, une vérité trouvée.
C'est ce qu'il racontait aux autres pendant que j'écrivais en ayant
les oreilles qui traînaient. C’est pour cela que je me suis joint
à la table, pour en savoir plus. Un original comme ça, je n'allais
pas le laisser filer sans lui parler. Ce qui n’est pas tout à fait
exact car on s'était parlé en fin d'après midi quand je l'avais vu
roder autour des tentes, un peu soucieux car il ne retrouvait pas sa
tente qu'il avait laissée là la semaine dernière, le temps d'aller
faire un tour sur Koh Lipe pour prendre quelques bouquins. On est
tous unanimes pour dire que Koh Lipe est bien pour un ou deux jours
mais pas plus. Il est vrai que c'est à l'opposé de ce que Koh
Tarutao a à offrir.
Nous avons discuté ainsi
jusque tard dans la nuit, dans l'obscurité à partir de 23 heures,
heure à laquelle ils arrêtent le générateur.
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| Ao Talo Wow |
On a continué à la
torche, pas pour très longtemps car tout ce que la jungle comptait
comme bestioles qui volent venaient nous rendre visite, s'infiltrant
partout, sur les mains, dans le nez, les oreilles, les cheveux. Et
avec deux filles qui n'aiment pas trop les petites bestioles, on a
vite tout éteint, continuant à se parler dans l'obscurité. Gimmo
voulait tenter une expérience avec nous : se laisser flotter au
gré du courant et perdre tout contrôle de l'espace et du temps.
J'ai déjà connu ça, à Koh Lipe il y a quelques jours, alors que
je faisais la planche sur le dos. Je sais très bien faire ça et je
peux tenir des heures sans jamais me fatiguer. Je dormais à moitié
ainsi, ne sachant plus où était le nord du sud, la côte du large
et j'ai sursauté à la fin quand j'ai senti quelque chose sur mon
dos : le sable du rivage. C'est une sensation délicieuse de
lâché prise. Je comprends que Gimmo veuille faire partager ça avec
ceux qui ne l'ont encore jamais fait. On était tous partants pour un
bain de minuit. Sauf qu'il était un peu plus tard que cela.
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| Ao Molae |
Je
n'avais pas de maillot de bain sur moi, seulement mon seul et unique
caleçon de nuit. Pas question que je le mouille. Je suis donc allé
me baigner à poil. Avec la nuit de toute façon personne ne pouvait
voir quoi que ce soit. Dès que je suis rentré das l'eau, j'ai été
stupéfait : elle s'éclairait là où j'avançais, comme une
piste d’atterrissage. Ce n'est pas les verres de whisky que j'ai
bus dans la soirée qui m'ont fait voir des étoiles. C'était bien
réel, et irréel. Je me baignais dans une mer d'étoiles qui
scintillaient par milliers chaque fois que je faisais une brasse. Je
n'ai pas cessé de brasser l'eau autour de moi de mes mains pour
contempler ce spectacle féerique. On pouvait presque voir autour de
soi. Ce phénomène est lié à du plancton phosphorescent. J'ignore
par contre pourquoi il s'active quand on passe à côté. Peut être
pour nous dire « oula, je suis là ! ». Je regardais
les autres, on était tous émerveillés, rigolant de bonheur.
Certain gardaient encore comme des paillettes luminescentes sur la
peau entre deux vaguelettes.
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| Ao Molae |
Je ne pensais pas qu'une telle merveille
existait. Sans l'idée de Gimmo je n'aurais jamais su. En fait son
idée de la planche était un stratagème. C'était pour nous montrer
ce phénomène tout en nous en laissant la surprise. Si vous passez à
Koh Tarutao, baignez vous donc de nuit, vous vivrez une expérience
fabuleuse et inoubliable qui n’est contée dans aucun guide
touristique. C’est le petit trésor caché de Tarutao. Pas le seul,
le filon semble inépuisable. Je comprends que certains sentent
quelque chose se passer en eux en étant au contact de cette nature
complètement vierge et fantastique. Pour ma part ça a guéri ma
petite déprime éclair. Je ne pense plus du tout au retour, c'est
comme si j'avais encore de longs mois devant moi.
J'ai rejoint la tente à
2h30, la tête et le cœur plein d'étoiles. Je me serais bien baigné
plus longtemps mais vu que le lendemain je comptais bien profiter de
la journée et continuer l'exploration à vélo, pas question d'une
quelconque grasse matinée, aussi 5 heures de sommeil ce n'est pas du
luxe.
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| Ao Molae |
Aujourd'hui comme prévu j'ai pris le vélo, le soleil étant
de retour. Dépassé la bifurcation d'hier, le chemin ne fait que
grimper en se demandant jusqu'où on va monter comme ça. Si les 12
kilomètres qui permettent de rejoindre l'autre côté sont tous
comme ça, ça ne va pas le faire. Étant dans l'intérieur et sur
les hauteurs, je me suis aussi pris un déluge sur la figure,
m'obligeant à pédaler avec le poncho en transpirant dessous, le
plastique collé à la peau. Je me demandais ce que je faisais là, à
deux doigts d'abandonner. Mais mon envie d'exploration a été la
plus forte. Étant déjà arrivé à mi chemin, rebrousser n'avait
aucun sens et puis si ça monte, ça descend forcément à un moment.
Quoi qu'il en soit, le chemin est très beau, long mai beau ! La
balade me rappelle celle que je faisais en scooter à Huahine. J'ai
cru que le temps s'était dégradé comme hier, que c'en était fini
du soleil et que j'allais continuer avec ce poncho débile toute la
journée. Et finalement, le chemin a fini par redescendre, avec
quelques rayons de soleil qui réapparaissaient. C'était sûrement
le signe que j'arrivais près de la côté Est.
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| Ao Talo Wow |
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| Ao Molae |
Quand j'ai aperçu le
rivage, je n'ai pas regretté tous ces efforts. C'est comme si on
changeait d'île. On retrouve les paysages typiques de la Thaïlande
du Sud, avec ces rochers qui plongent dans la mer comme des dents, à
la manière de ceux de Palawan. Ce genre de paysage produit toujours
son effet spectaculaire et même si j'ai déjà vu ça ailleurs,
j'étais heureux de revoir une dernière fois ces pitons. Celui qui
donne sur Ao Talo Wow est relié au rivage par un long ponton qui
sert de débarcadère aux bateaux. Il y avait un camion du parc qui
était allé occupé à charger/décharger et s’en est retourné au
QG emportant au passage les rangers. J’étais à deux doigts de
leur demander s'ils pouvaient me ramener, ne me voyant pas refaire
ces 12 kilomètres de côte raide. Car après Ao Talo Wow, il n'y a
plus rien à voir. La route s’arrête là. C'est un chemin qui
prend le relais pour rejoindre à pied une plage de sable blanc tout
au sud de Tarutao. Mais il faut compter à nouveau 12 kilomètres,
soit 24 aller retour.
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| Ao Molae |
Je me demande si l'autre du bateau ne m'a pas
pipoté. Le trajet est vraiment long, je n'aurais jamais pu faire ces
48 kilomètres dans la jungle dans la journée. Ao Talo Wow était
dans le passé une prison pour des criminels. Il n'en subsiste plus
rien. Il est écrit qu'il existe un sentier qui permet d'en
apercevoir des vestiges mais ils sont à présent envahis par la
jungle. Je n'ai donc même pas cherché à trouver le chemin. Pour
voir des tas de pierres marrons avec des lianes et des plantes
grimpantes, je ne vois pas l’intérêt.
Le trajet dans l'autre
sens se fait curieusement les doigts dans le nez. Ça grimpe au début
mais ensuite c'est toujours en descente pendant des kilomètres
jusqu'à la bifurcation pour la côte ouest. Étrange car les deux
endroits étant au niveau de la mer, le dénivelé est le même dans
un sens que dans l'autre. A moins que ce soit parce que je n'ai pas
eu la pluie. Il faisait à présent grand beau et je suis retourné à
la plage aux bungalows fermés pour tenter de la voir d'un nouvel
œil, sous le soleil.
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| Ao Molae |
Je n'avais pas mangé, ayant juste une
bouteille d'eau. J'espérais que la petite gargote serait restée
ouverte mais elle a fermé avec les bungalows. Il fallait que je
fasse 4 kilomètres de plus pour rejoindre l'endroit d'hier avec les
mouches de sable. En parlant d'elles c'est une vraie horreur, depuis
ce matin je n’arrête pas de me gratter partout. Il paraît que ça
va crescendo et que ça dure une éternité. Gimmo m'avait montré
hier soir ses chevilles couvertes de pustules qui remontaient à des
piqûres d'il y a 4 semaines. J'espère que j'en serai guéri avant
de rentrer, c'est un souvenir dont je me passerais bien.
J'ai préféré rester
sur la plage à me baigner. Je ne vais pas mourir si je saute un
repas. Si je bois suffisamment ça devrait suffire. D'ailleurs
rapidement la faim s'est tue. Sur la plage il y a un cousin de Gimmo,
le petit vieux que j'avais aperçu en train de ramasser des trucs sur
la plage hier. En fait il n’est pas du tout dans les bungalows
(autrement il ne serait plus là) mais à une tente disposée sous
les arbres, couverte d'une bâche avec un truc qui fume tout le temps
à la manière d'un camp de gitans. Je l'ai vu faire, armé de sa
cane à pêche. Encore un Robinson. A croire que cette île en est le
repère et qu'elle attire les doux dingues. Signe que personne ne
vient là par hasard... En tout cas ça prouve qu'à plus de 60 ans
on peut encore vivre comme ça au contact de la nature, coupé de
tout et se débrouiller. C'est réconfortant, ça me laisse encore de
belles années de voyages devant moi. En tout cas celui là n'a pas
l'air mûr pour la maison de retraite !
jeudi 19 avril 2012
Un tour en bicyclette
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| Ao Son |
La tente au bord de la
plage c'est bien mais on entend plein de bestioles qui fouinent en
retournant des feuilles mortes, dont une qui devait être sous la
tente. Un crabe. C'en est plein, des touts petits qui font des
boulettes de sable, formant de jolis motifs sur le sable et d'autres
plus gros si j'en juge le diamètre des trous mais que je ne vois pas
car ils doivent sortir la nuit. D'ailleurs quand j'avais posé la
tente, comme c'est truffé de ces trous, j'avais bien tassé avec le
pied pour qu'ils ne puissent pas sortir. Les crabes ont leur utilité.
Non seulement ils nettoient la plage mas en plus ils font la joie des
macaques qui arrivent tous les soirs en famille non pas pour se
promener sur la plage mais pour faire leurs emplettes. Je les vois,
craintifs, regardant partout autour d'eux comme ils sont exposés,
pendant que les autres ramassent des trucs sur le sable qu'il portent
à leur bouche. On dirait qu'ils ramassent des coquillages.
Dans la
nuit il y a eu un terrible orage, c'était Las Vegas à l'intérieur
de la tente, pour un peu il m'aurait fallu un masque de sommeil !
J'étais moins inquiet de recevoir la foudre, avec les tentes autour,
il y a du choix, pourquoi la mienne en particulier ? Un
raisonnement un peu à la con je l'avoue.
Ce matin, malgré un ciel
couvert que quelques rayons de soleil transperçaient de temps en
temps, je suis allé louer un vélo au bureau du parc, pour toute la
journée. Je peux même le garder ce soir, les locations courant
pendant 24 heures. Ce sera pratique, ça m'évitera la trotte pour
aller à la douche. Ils m'ont demandé de choisir mon vélo. Dehors
il y en avait une dizaine, en assez bon état mais je me suis surtout
focalisé sur les pneus. Pas question de crever en pleine jungle à
des kilomètres du camp. L'état des pneus n'est pas fameux, ils ont
bien vécu et sont tous plus ou moins lisses.
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| Ao Molae |
Pour des mountain bike,
c'est dire s'ils ont servi. J'en ai pris un qui a une bonne roue
arrière. D'expérience je sais que je crève surtout de la roue
arrière, la faute sans doute au poids plus important sur cette
partie. Par contre la roue avant est bien lisse, mais bon ça fera
l'affaire.
Je suis parti au petit
bonheur la chance, de toute façon il n'y a qu'une route. Je suis
d'ailleurs étonné de trouver un truc bitumé sur une île
inhabitée ! Mais tant mieux, c'est moins pénible que sur une
piste de caillasse. Le début de la route se fait les doigts dans le
nez et on en oublierait qu'on est sur une île montagneuse.
Rapidement la première côte est apparue, un truc insensé qui n'en
finissait plus de monter. Au début j'ai joué le jeu, en me mettant
en vitesse la plus petite possible (j'ai 5 vitesses et 3 plateaux)
puis j'ai continué en danseuse avant de finir comme mémé, à pied,
en poussant l'engin le cul en arrière ! Pourquoi aller à
l'encontre d'une machine conçue pour fonctionner dans le sens de la
gravité ?
L'avantage des montées, c'est qu'après il y a des
descentes. Et là le vélo prend tout son intérêt ! Pas besoin
de pédaler, juste à freiner pour ne pas quitter la route. Et puis
je n'ai pas trop confiance dans ces vélos maintenus je ne sais
comment – à supposer qu'ils le soient ! – et je n’avais
pas envie de passer par dessus le guidon suite à une roue qui fout
le camp pour aller m'écraser sur la route dans une chute mortelle.
Je préfère faire attention. D'autant plus que je me trimbale le
bordel habituel des destinations camping, à savoir l'ordinateur que
je ne peux décemment pas laisser dans la tente. J'ai trouvé un
endroit où coincer le sac, sur la fourche derrière le guidon. En
réglant les bretelles ça le maintient comme ça peut. Et ça me
soulage d'autant.
A un moment il y a une
bifurcation pour aller à droite rejoindre la côte ouest, ou bien on
peut continuer pendant 12 ou 24 kilomètres de manière à rejoindre
plusieurs sites sur la côte est.
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| Ao Molae |
Comme le temps hésitait toujours
sur la tournure à prendre, j'ai filé au plus court, question
d'arriver à voir quelques trucs si jamais ça devait se gâter. En
un peu plus d'un kilomètre à partir de cette bifurcation, on arrive
à Ao Molac, là où la fille du bateau hier avait résidé.
L'endroit est magnifique, en bordure d'une baie très sauvage avec
des collines de jungle qui viennent se jeter dans la mer quelque soit
l'endroit où l'on regarde. J'ai croisé un vieux qui marchait sur la
plage et cherchait des coquillages, une fille dans son bungalow et
deux types qui en partaient et que j'avais croisés sur la route dans
un pick-up qui les conduisait à la jetée. Les bungalows forment
deux appartements jumelés mais j'ai regardé malgré tout à
l'intérieur de l'un d'eux. C'est très cosy, un grand lit avec une
moustiquaire. Les bungalows sont en durs et j'ai pensé que je serais
mieux là que dans la tente. La fille d'hier m'avait dit qu'elle
avait payé 600 baths la nuit (15 euros) mais j'ai du mal à le
croire, ils sont si bien tenus et charmants que ça pourrait être un
truc de luxe à 100 euros dans les Caraïbes. Il y a en tout une
vingtaine de logements.
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| Ao Son |
Je me suis allongé dans
un hamac pour goûter au charme et à la tranquillité du lieu. Les
macaques passaient dans le jardin comme s'ils étaient chez eux. Ce
qui est d'ailleurs le cas . C'est incroyable qu'un endroit comme ça
soit dans un parc national. Ça n'a rien à voir avec là où je suis
à l'entrée du parc. C'est plus joli, plus vert, une vraie carte
postale. Avec deux personnes qui restent là, même si les
appartement sont jumelés, il y a moyen d'en prendre un sans personne
à côté. Je me voyais déjà regarder un Colombo le soir
confortablement installé dans le grand lit aux draps blancs. C'était
décidé, j'ai repéré le numéro 16 et je suis allé demander au
petit restaurant qui servait le petit déjeuner aux pensionnaires
quel était le tarif et si je devais retourner à l'entrée du parc
pour aller chercher la clef. La pauvre fille ne parlait quasiment pas
anglais. Elle est juste arrivée à me donner le prix (c’est bien
600 baths, incroyable!). Pour l'histoire de la clef elle a en
revanche rien compris.
Elle m'a répondu « closed » en me
montrant l'heure à la pendule. Le restaurant fermant à 10 heures,
c'était sans doute pour me signifier de me dépêcher de revenir, le
personnel devant foutre le camp à cette heure là. Tous les gens du
parc dorment au quartier général où je suis, ils ont leurs
piaules, des espèces de dortoirs. En chemin, je suis allé
tournicoter autour d'un bungalow de la dame qui était là, question
de glaner des informations. Elle m'a dit qu'ils n'étaient que trois,
que c'était un vrai paradis mais qu'ils devaient déménager
ailleurs, le parc ayant décidé de fermer cet emplacement faute de
monde. Elle était justement en train de faire ses bagages. C’est
vraiment trop bête, c'est si joli, ça aurait été mon plus beau
séjour du tour du monde. Dans un établissement j'entends. Fermé
faute de monde... C'est pas de chance, pour moi c'est un argument
vendeur ! Tant pis, je resterai dans la tente. Je n'y suis pas
mal, alors...
J'ai repris mon vélo, un
peu dégoûté, pour me rendre à Ao Son qui jouit d'une plage de 3
kilomètres selon le papier qu'ils m'ont remis dans les mains quand
je suis arrivé hier. Avant d'y arriver, la route oscille entre
passages avec gros cailloux et des endroits avec du bitume. La jungle
devient encore plus sauvage avec plein de bruits bizarres. Ça
bruisse de tous côtés, et fort ! Il y a des bestioles qui font
un bruit de générateur de courant, apparemment des grillons, sauf
que ça ne s’arrête jamais. Il y en d'autres qui font un bruit
d'alarme comme un réveil électronique qui fait
« Ti-ti-ti-ti-ti-ti ». De temps en temps aussi ça grogne
de derrière les fourrés quand on passe en vélo sans qu'on arrive à
cerner de quoi il s'agit. J'ai entendu ainsi un grand grognement
rauque qui m'a fait m’arrêter. Sans doute un sanglier, il paraît
que c'en est plein. Je n'ai rien vu. Plus loin, c'était des bêtes
qui font un bruit de tracteur qui démarre.
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| Vous êtes sûr que c'est le chemin? |
Quant aux macaques qui
détalent dans les arbres quand on passe, ils font « Rrrr »,
comme nous quand on est importuné ! A un moment j'ai entendu
aussi un un truc comme un râle ou une conversation caverneuse qui
sortirait des entrailles de la jungle. Un truc à foutre la frousse
et qui m'a fait sursauter !
Quand je suis arrivé à
la plage de Ao Son, il faut commencer par la chercher un peu car le
chemin amène au bord de la mer où il y a des rochers et une petite
baie et un restaurant de l'autre côté qu'on rejoint en passant sur
un pont de fortune formé de tronçons de polystyrène reliés par
des cordelettes. Avec le plan en main, j'ai continué sur la gauche
en suivant la côte. Il y a un petit chemin de tracé. La plage que
l'on découvre est absolument incroyable, une étendue si sauvage
qu'elle n'est pas vierge. Il y a plein de débris de bois, des algues
mais aussi du plastique un peu partout, poussé dans les arbres au
gré du vent. Cette plage est un endroit rêvé pour Koh Lanta. Plus
sauvage, ça peut pas.
![]() |
| Tous à l'abri... dans l'eau! |
Certes le sable y est plus gris clair que
blanc comme neige mais avec la jungle et les montagnes tout autour,
le spectacle est grandiose. Et avec le temps tout couvert ça rend le
site encore plus envoûtant. Par contre, dès qu'on pose un pied sur
la plage on a compris pourquoi Koh Lanta n’est jamais venu là et
pourquoi il ne viendra jamais. C'est infesté de mouches de sable
affamées. Impossible de s’en défaire. Seule solution : aller
se baigner. N'espérez pas y prendre un bain de soleil ! De
toute façon avec le temps qui se dessine désormais, ça tombe bien.
Le bout de la plage est déjà plongé dans le noir avec un rideau de
pluie qui balaye les collines. Et ça se dirige vers moi. Toutes les
îles au loin sont aussi dans la tourmente. J'ai juste eu le temps de
sortir le poncho que j'avais emporté au cas où (riche idée!), d'y
rouler mon sac dedans et de partir à l'eau. Quand je m'y suis
retrouvé le déluge est arrivé, un truc de fou qui me rappelait la
traversée en bateau aux Îles Fidji.
On ne voyait plus rien autour
de soi, la pluie tombant si drue sur la surface de l'eau qu'elle en
formait des cratères et partait en éclaboussures rendant la surface
de la mer comme un velours gris. J'étais mieux dans l'eau que
dehors. Je sentais la chaleur de la mer qui contrastait avec la
fraîcheur de la pluie qui me tombait sur le crâne. Je m'étais mis
dos au vent sinon je n'aurais pas pu respirer. C’est comme si
j’avais été sous une cascade.
Koh Tarutao est un joyau
sans nom. C'est une île comme je ne pensais pas qu'il en restait.
100% nature, restée comme elle a toujours été, inhabitée sauf par
les vrais habitants des îles, ces créatures qui se cachent pour
vivre heureuses. C'est une destination privilégiée pour
l'écotourisme. Il y a plein de trucs à faire : le vélo déjà
- et je n'ai pas fini d'explorer -, des balades dans la jungle, des
cascades à voir, du kayak, des grottes, des bêtes...
Le Lonely
Planet ne s'y est pas loupé : « Protected partly by its
national-park status, and mostly by its relative inaccessibility, Koh
Tarutao is one of the most exquisite and unspoiled regions in all of
Thailand. This massive park encompasses 51 islands covered with
well-preserved virgin rainforest teeming with fauna, as well as
sparkling coral reefs and radiant beaches. ». Oh, et en
relisant le Lonely Planet il est dit que le Survivor américain y a
été tourné en 2001. Pas étonnant ! A mon avis ils ont dû
trouver une autre plage... En tout cas, ne le répétez à personne,
il faut que cette île reste une destination inconnue aimée que des
connaisseurs.
Juste pendant que j'écris
il y a une française à côté de moi qui discute avec un finlandais
qui vient d'arriver et est un habitué des lieux (il reste camper ici
un mois!) et qui est dégoûtée de partir au bout de deux jours.
Elle a le sentiment d'avoir loupé quelque chose. Elle demande à
tout le monde comment est Koh Lipe. Je ne réponds pas, affairé avec
l'ordinateur, je ne veux pas l'influencer. Le finlandais est venu me
parler aussi juste avant, se demandant ce que je traficotais sur
l'ordinateur, je lui ai parlé du blog. Il m'a conseillé d'en faire
un livre car apparemment j’avais l'air d'aimer ce que je faisais à
la lueur qu'il pouvait lire dans mon regard. Mais je n'écris pas que
des choses transcendantes, je livre aussi des points de vue qui ne
sont que les miens et un peu particuliers, pour ne pas dire décalés
parfois. Quand ce n'est pas des coups de gueule. Ou des jérémiades,
j'ai un ami qui dit que je ne fais que me plaindre. Il ne me semble
pas mais quand je n'aime pas quelque chose je le dis, peut être
trop...
Après la pluie... ne
vient pas le beau temps ! Mais ça permet de sortir de la mer la
peau toute ridée. Il était temps. Par bonheur il y a un restaurant
de l'autre côté du pont en polystyrène. Inutile de dire que
j'étais le seul à m'y rendre. Les employés étaient occupés à
déjeuner, sans doute étonnés d'avoir un client. J'ai quand même
réussi à avoir des fruits, ananas et pastèque, le duo inséparable
en Thaïlande. La cuisinière m'a demandé si j'allais visiter les
cascades. Minute papillon, c’est prévu ! Comme ce n'est
manifestement pas une journée plage, c'est l'occasion rêvée pour
visiter la jungle. La maître nageur d'hier m'avait dit que le balade
était très sympa, plus que le destination en elle même qui est une
cascade de 50 centimètres de haut. Il faut tout de même une heure
pour y parvenir. Et avec ce qu'il a plu, ce n’est pas évident à
rejoindre. C'est balisé, mais jamais de la même couleur, tantôt
jaune, après vert, soudain rouge pour finir bleu.
![]() |
| Ao Jak |
On se demande
toujours si on est sur le bon chemin. Si on peut parler de chemin car
avec ce qu'il a plu, il y a des passages qui sont directement dans un
cours d'eau avec de l'eau arrivant au genou. Sans compter qu'il faut
constamment passer d'un côté à l'autre de la rivière, en passant
sur des rochers moussus dont la plupart sont sous l'eau. Tout cela
est terriblement glissant, je n’arrêtais pas d'avoir un pied qui
partait de travers pour danser la java. J'ai pensé : « si
je ne meurs pas aujourd'hui, c’est que ce n'est pas encore mon
jour ! ». Vers la fin, ça part carrément en couille, les
repères continuent en grimpant sur de la roche comme un truc de
chèvre sauvage, où l'on s'agrippe aux branches pour garder un
équilibre précaire. Tout ça pour arriver à un endroit cul de sac,
où la rivière forme des niveaux et des bassins mais pas vraiment de
cascade. J’étais prévenu. C'est aussi plus étroit et donc plus
profond. De l'autre côté il semble qu'un chemin continue mais je
n'arrive plus à voir de balise et cette fois il faut traverser sans
gué au milieu d'un passage qui semble profond. On dira donc que je
suis arrivé à la cascade. Je tiens à rentrer vivant, d'autant plus
que personne ne sait que je suis là si ce n'est le restaurant de
midi, qui a dû fermer depuis belle lurette.
16 heures, c'est la bonne
heure pour rentrer. Sur le chemin j'ai à nouveau croisé tout un tas
de bruits bizarres, comme celui d'une planche qu'on scierait à la
scie électrique jusqu'au bout. Je ne l'avais pas mentionné plus tôt
ce son ! J'ai pris un bain sur le camp, devant la tente. Le
soir, les hornbills arrivent en bande une heure avant le coucher du
soleil pour venir manger les graines de ces liserons de sable qui
lèchent la plage. C'est l'occasion pour les approcher de près. Ce
sont les mêmes que ceux que l'on traquait péniblement sur la
rivière Kinabatangan à Bornéo. Il y avait aussi des macaques
occupés à déguster ce fruit particulier, dur comme du bois qui
ressemble à un ananas et pend de ces espèces de yucas. Apparemment
ils adorent. Ils doivent se faire les dents avec car j'ai pu voir, à
la faveur d'un bâillement, qu'ils ont des dents très longues. Mais
pas les incisives, ce sont les dents de derrière, les dernières. Si
c'est leurs dents de sagesse, on peut dire qu'ils sont très sages.
Pourtant ce sont des pestes ! Demain j'espère que le soleil
sera de retour, j'aimerais bien poursuivre l'exploration en vélo de
l'autre côté. 48 kilomètres aller/retour, espérons qu'il n'y aura
pas trop de montées !
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