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vendredi 27 février 2015

lundi 23 avril 2012

Départ de Koh Tarutao pour Langkawi


Koh Khai
Je suis triste de partir ce matin. C'est plein de vie ici, j'ai l'impression de laisser une part de rêve et d'innocence. Une partie aussi de sensations que je ne retrouverai sans doute pas avant très longtemps. Elles seront différentes. Et le jour où je reviendrai le chaton sera devenu un chat, plus sage et plus tranquille. Le ranger qui me servait au restaurant m'a demandé de revenir l'année prochaine et m'a dit qu'il était content de m'avoir connu. Je pense que c'est sincère car les gardes sont ici sous leurs gardes si j'ose dire. On les sent en retrait. Il est vrai qu'ils voient défiler des gens qui viennent un jour ou deux et s'en vont, sans prendre le temps de leur parler. Certes, tous ne parlent pas anglais mais ce n'est pas une raison. Du coup ça ne les pousse pas à être avenants. J'ai toujours un sourire pour eux, un hello, un signe de la main ou de la tête quand je les croise. Le langage du corps est parfois plus important que le reste. C'est ainsi qu'on apprivoise les gens au fur et à mesure, ils se rendent compte qu'on n'est pas méchant et qu'on les respecte. Il n'y en avait qu'un réfractaire à cette méthode c’est le rasta du Bila Beach. Pourtant il terminait ses mails lors de la réservation pas des « love ». Aussi je suis tombé de haut quand je l'ai vu.
Ça c'est du ciel noir!
Au moment de payer la note il y avait aussi Anne-Laure qui réglait la sienne pendant que je rangeais mes affaires dans le sac que j'avais laissé dans la loge de la réception. Anne-Laure est très avenante, souriante et rigolote et on a parlé avec le réceptionniste qui est aussi un garde. En fait ils sont tous gardes ici, ils sont là à demeure, même quand plus personne ne vient. En effet, de mai à octobre c'est la mousson et les liaisons maritimes sont coupées. Mais ils restent là pour s'occuper de l'île, des animaux, des infrastructures. Sacrée vie ! Même si c'est chouette, je ne me vois pas vivre ici indéfiniment. A moins d’être un vrai homme des bois. Il y a de moins en moins de monde au camp. On est en fin de saison, Les gens ne vont plus venir, c'est bientôt le mois de mail, il ne fait plus bien froid dans l'hémisphère nord et avec la mousson qui pointe son nez, ça n'incite pas à venir. C'est donc ça, ces orages quotidiens. Ce sont les prémices de la mousson. Car je me souviens quand j’étais venu il y a deux ans en janvier, j’avais eu un temps radieux, soleil tous les jours pendant 15 jours. Il ne va donc plus rester que le russe et Gimmo. Si ça se trouve, ils vont finir par être oubliés là bas. Il sont autonomes, ils ne viennent jamais manger quoi que ce soit au restaurant. Certes, c'est à 4 kilomètres mais par la plage ça se fait vite. Mais ils sont mieux ainsi et je les comprends. Ils veulent aller au bout de leur communion avec la nature et avec Koh Tarutao.

Koh Tarutao s'éloigne...

Koh Khai
Pour la note, j'ai eu la surprise du siècle. Je n'ai pas du tout payer 300 baths comme ce qu'ils m'avaient annoncé en arrivant. Ça me semblait aussi beaucoup, deux fois moins seulement qu'un bungalow alors que j'ai tout mon matériel. Pour Anne-Laure ils lui avaient demandé 225 baths alors que la tente est fournie et déjà dressée. J’avais donc une base de négociation. Mais je n'ai pas eu à négocier quoi que ce soit, le garde m'a demandé d'emblée 150 baths. Sauf que c'était le prix total. Comme je n'en revenais pas, il m'a montré sa calculette. La nuit était donc au prix défiant toute concurrence de 30 baths la nuit soit 80 centimes d'euro ! A ce tarif, vous pouvez venir sur une île déserte, camper sur une plage merveilleuse et jouer aux Robinson pour 25 euros le mois. Vous n'aurez plus qu'à rajouter le prix de l'avion et compter 800 baths par jour pour la nourriture (20 euros les 3 repas). Il n'y a plus besoin de voyager ailleurs. Je ne devrais pas dire cela, ça va attirer des hordes de backpackers. Et j'aimerais tant que cette île reste comme elle est. Mais je crois que peu de personnes sont prêtes à vivre sur une île déserte coupée de tout avec rien à faire hormis ce que la nature apporte. Les gens préféreront donc toujours poursuivre sur Koh lipe et c'est tant mieux !
Koh Khai
Quand Anne-Laure est partie, le réceptionniste m'a dit « you're alone, she's alone, then... » avec un grand sourire d'un air entendu. Ils ne pensent qu'à ça ici. D'une façon générale les asiatiques ont du mal à concevoir que des gens voyagent seuls, ils sont toujours surpris. Et puis surtout ils imaginent que les filles seules sont forcément des filles en manque de sexe, donc des filles faciles. Anne-Laure n'a pas arrêté d’être emmerdée. Il faut dire elle est toute fraîche et n'a que 20 ans. Elle a une innocence que d'autres voudraient bien pervertir. Je suis étonné de voir tous ces jeunes qui voyagent et que j'ai vus dans ce tour du monde. Souvent je suis le plus vieux où que j'aille, faisant me sentir comme un vieux croûton. Je pense que c'est générationnel. Personne de 20 ans dans les années 90 ne voyageait. Il faut dire internet n'existait pas, c'était un peu plus compliqué de voyager, peut être plus l'aventure aussi. Et puis les prix des billets d'avion étaient plus élevés. Mais surtout je pense que les mentalités ont évolué. Avant il fallait surtout ne pas avoir de trou dans son CV, encore moins avant de commencer à travailler. Cette idée a l'air d'être passée de mode car beaucoup de ceux qui voyagent viennent de terminer leurs études et ne sont pas effrayés par un trou et une recherche d'emploi à leur retour. Pour ma part je préfère quand même quoi que j'en dise avoir un travail qui m'attend. Si je devais passer des entretiens d'embauche à mon retour, écrire des lettres de motivation et toute cette foire aux guignols, après un tour du monde je ne suis pas sûr que je serais bien performant ! Reste un mystère pour moi : où puisent ils l'argent pour partir ? Car routard ou pas, ça reste un sacré budget. En tout cas c'est une bonne chose, ça leur ouvre les yeux plus tôt, je suis sur qu'ils auront une autre vision sur la société et le monde du travail suite à ça.
Koh Khai
Sur le bateau pour Koh lipe il y avait un américain du Tennessee, fort étonné que je parle si bien anglais (il ne fait pas exagérer non plus). En effet il était venu en février à Paris et personne n'arrivait à communiquer avec lui. Il m'a demandé pourquoi j'étais différent des autres. Je lui ai répondu que c'était peut être avec les voyages... En même temps j’étais étonné moi même d'avoir une conversation avec un américain, d'ordinaire je ne les comprends pas. Peut être ai-je fait des progrès. Il faut dire que sur 7 mois j'ai dû parler anglais 6 mois, alors ça doit bien aider un peu... L'américain me racontait qu'aux États-Unis ils n'avaient que deux semaines de congés. Je le savais déjà, c'est souvent montré comme modèle par ces français qui pensent qu'on a trop de vacances et qu'on ferait mieux de les imiter. Sauf que lui ne partage pas cet avis du tout. Il me disait qu'avec deux semaines les gens deviennent fous là bas, ils ne décompressent jamais. Lui il a tout quitté, il ne sait même pas s'il reviendra un jour aux États-Unis. En attendant il vit de petits boulots à droite à gauche. Un alternatif. Chapeau pour un américain ! Car pour sortir du système en étant dans un pays encore plus conditionné sur la réussite et la matérialisme que le nôtre, c'est un exploit ! L' « american dream » en prend du plomb dans l'aile.
Langkawi
Quand on a quitté Koh Tarutao, je me suis tourné face à l'île que personne ne regardait. Et je souriais en contemplant ses côtes qui me sont désormais familières. Quand on est passé devant la plage d'Ao Molae, j'ai eu envie de faire un au revoir de la main, comme à un ami cher qu'on quitte. Avec un bateau plein à ras-bord et des gens autour de moi, je me suis abstenu. J'aurais dû laisser parler mon cœur... En chemin on s’est arrêté à Koh Khai, un petit îlot contenu dans le parc de Tarutao, cerné d'une plage de sable blanc avec un rocher qui forme une arche dans un coin. On a été autorisé à poser un pied pour faire des photos de plus près. J'ai préféré aller piquer une tète, la chaleur sur le bateau en plein soleil étant écrasante. Au final on aura mis deux heures pour rejoindre Koh Lipe. Il ne me restait plus que deux heures avant le bateau que je dois prendre pour Langkawi, celui là même où ils demandent d’être là deux heures et demie avant.
Langkawi
En plus, je ne sais pas pourquoi mais le bateau s’est arrêté à Sunrise Beach et non Pattaya comme à l'aller. Il a donc fallu prendre un long tail boat, ce qui a fait perdre un peu plus de temps, surtout que le mien servait de passage aux autres passagers pour aller dans d'autres bateaux. Le temps que tous les autres aient embarqué, on s’est retrouvé charger de sacs de riz qu'ils sont allés déposer à Sunrise Beach. C'était le beau bordel et les pauvres russes qui ont quitté Tarutao avec moi doivent se demander ce qu'ils font là. A moins qu'ils aiment ! Pour ma part j'ai attendu avec impatience que l'on parte pour Langkawi. J'ai fait un rejet encore plus fort que la première fois, allant à me demander comment j’avais pu rester 5 jours à Koh Lipe. Pourtant j'avoue que les plages sont très belles. Mais avec ce monde et ce bruit, c'est un enfer, un paradis à clebs qui adorent quand c'est le bordel. J'ai essayé d'imaginer cette île sans rien, avant que les gîtes et le gens ne viennent. Ce devait être très beau. Comment ont ils pu abîmer une si jolie île ? Mais il y a des gens qui adorent Koh Lipe et qui y ont trouvé le paradis qu'ils cherchaient, s'installant et montant des gîtes, comme ce restaurant tenu par une anglaise. Preuve qu'il en faut pour tous les goûts... Ceci dit, il y a pire ! Il y fait chaud toute l'année au moins ici. Et pour quelqu'un exilé ça doit être plus agréable que sur Tarutao. Il y a de l'animation, des gens...

dimanche 22 avril 2012

Une île qui vous veut du bien


Ao Jak
Qu'on se le dise, Tarutao m'a conquis. Je revis ici. Je pourrais y rester des semaines comme les Robinson d'Ao Molae. Cette île a quelque chose d’envoûtant où l'on se sent bien, en paix, comme protégé. Presque comme si l'on se trouvait aux portes d'un monde inconnu, là où tout a commencé et où tout finira. C'est comme avoir trouvé l'essence de la vie. J'en parle très mal mais on est beaucoup à en dire la même chose. Je ne sais pas à quoi ça tient. Sans doute le mélange de plages accueillantes et interminables qui contrastent avec une jungle impénétrable et pleine de bruits. Ou serait-ce cette brise qui souffle ? Ou encore les macaques qui se baladent sur la plage au coucher du soleil? On est comme des naufragés de ce monde échoués dans un jardin d'Eden. On se parle tous, c'est comme si l'on était tous amis. Certes, plus de la moitié des gens sont français, aussi ça simplifie les choses mais il n'y a pas que cela. On a l'impression de se ressembler. 
On se lance des coups d’œil complices, quand on passe il y a des mains qui se tendent par dessus un hamac pour nous saluer. Les rangers aussi me reconnaissent. C'est comme si j'étais gardien de parc national. Je partage leur vie, ils me font coucou quand ils me voient. J'ai l’impression d'avoir droit à d'autres égards car je reste plus longtemps que les autres, gage que j'éprouve quelques chose pour leur île. C'est un petit paradis que je vais avoir beaucoup de mal à quitter. Une chose est sûre, je reviendrai !
La matin, quelle joie de sortir de la tente face à un tel cadre ! Je ne le quitte jamais, dormant avec la porte du double toit ouverte, ayant juste la moustiquaire pour me protéger des insectes. Je suis un peu obligé, les nuits sont écrasantes de moiteur. J'aurais bien besoin d'un petit ventilateur de tente. Je ne sais pas si ça existe, il faudrait que je cherche ça sur internet. Mais bon, un truc à piles, ça risque de ne pas durer bien longtemps. 
Car la chaleur ne descend jamais. En pleine nuit il fait toujours aussi chaud, il m'arrive encore de nager dans mon jus à 4 heures du matin. Ou alors je me gratte frénétiquement là où les mouches de sable m'avaient piqué. Ces espèces de petits moucherons à peine visibles sont terribles. Je me gratte à des endroits où ça ne me prenait pas avant, ça a un effet retardateur. Je ne sais pas jusqu'à quand ça va durer, c'est pire que les moustiques. Définitivement, Ao Son, il vaut mieux éviter. Ou alors revêtir une combinaison d'apiculteur avant d'y aller !
Ce matin après le petit déjeuner, j'ai décidé de louer un kayak pour explorer la mangrove et me rendre à Crocodile Cave. Un des rangers m'a demandé si j'avais une torche. Devant ma réponse, il a demandé à l'un de ses collègues de m'en apporter une. Pendant ce temps il m'a invité à regarder sur un plan de l'île au niveau du débarcadère comment aller à la grotte. 
Puis il m'a montré une photo aérienne de la mangrove avec plein de bras, me montrant le chemin à suivre. C'est assez simple, il suffit de toujours aller à droite. Un couple qui était là me regardant faire m'a conseillé de prendre en photo la carte du garde car hier ils avaient tenté une sortie canoë sans réussir à trouver ladite grotte. Ensuite, un kayak trois places m'a été avancé, un truc style à fond plat au ras de l'eau. J'ai intérêt à faire attention, avec mon ordinateur et tout le bordel, il ne s'agirait pas de passer par dessus bord. Car le couple infortuné d'hier y est allé aussi avec une autre personne et ils n'ont eu de cesse de se retrouver à la flotte. Un des gardes a aussi sorti un gros morceau de polystyrène vraisemblablement échoué sur la plage qui avait été taillé en son centre pour former un trou où s'asseoir et muni d'une pagaie. Ils m'ont dit que c'était mon kayak. On s’est regardé avec le couple en rigolant et j'ai lâché : « It's a joke ! ». Il ne pouvait pas en être autrement. En effet les gardes se payaient ma tête. L'embarcation a servi à l'un d’eux pour rejoindre un bateau amarré un peu plus loin.
Le kayak que j'ai n'est pas d'une rapidité folle. Ça n'a rien à voir avec celui de Palau. Avec ça je n'aurais jamais pu faire le périple dans les Rock Islands. Mais bon, pour une petite balade dans la mangrove ça convient. Au début du parcours le bras de mer est assez large. Ça devient plus joli une fois qu'on a dépassé le premier virage. Quelques rochers font alors leur apparition, donnant du relief à un paysage autrement plat comme une galette. Ensuite, quand on prend le bras sur la droite à la première bifurcation, c'est là où ça devient vraiment intéressant. On passe alors sous des branches et des lianes, donnant l'impression d'évoluer dans une forêt inondée. Car il n'y a pas de rivage. Les arbres qui bordent le chenal ont tous les pieds dans l'eau, ce sont des palétuviers. Je me suis emmanché sous les arbres et ça continue comme ça sans qu'on puisse en voir le bout. C'est une jungle impossible à parcourir à pied. 
Et pourtant il y a plein de vie. Des chants d'oiseaux mais aussi des grognement et des feuilles qui s'agitent sur mon passage, attestant de la présence des singes. C'est marée montante aussi le courant m’entraîne vers l'intérieur des terres sans que j'ai besoin de pagayer beaucoup. Le retour risque de demander plus d'efforts.
Pour rejoindre la grotte, on doit s'amarrer à un ponton puis prendre un sentier qui amène en quelques instants à la grotte, située juste derrière. A l'entrée figurent des stalactites de toute beauté, formant des orgues d'une couleur incroyable. La grotte est aquatique et un petit pont permet de s'enfoncer un instant vers l'intérieur. Il faut faire très attention car le terrain est très boueux et glissant comme une savonnette. Une fois dans la grotte, le ponton s’arrête rapidement et on est invité à prendre un kayak pour poursuivre l'exploration. 
Car la grotte est longue de deux cents mètres environ qui ne peuvent être parcourus qu'en kayak. D'où la torche qu'ils mont filé. Estimant qu'en kayak je ne verrais pas plus de chose, et même plutôt moins, j'ai préféré rester à l'entrée et attendre que mes yeux s'habituent à l'obscurité pour apprécier le spectacle plutôt que de me ramasser des gouttes d'eau sur la tronche en pagayant sur une eau noire jadis le refuge de crocodiles ! Et puis là où j'étais c'était suffisamment joli, ça formait une grande chambre et on pouvait voir les parois au fond jusqu'à 50 mètres. Le tour en kayak ne m'aurait sûrement rien apporté de plus. Il y a un truc étonnant dans cette grotte c'est que c'est plein de bruits dont certains qui fond comme des conversations de voix dans un hall de gare. On entend aussi de gros ploufs et même un râle à donner la chair de poule. Je me suis également approché d'une paroi où il y avait une trouée devant laquelle j'ai été alerté par un truc blanc qui ressemblait à des restes de mâchoires. 
Je n'ai pas réussi à identifier ce que c'était, malgré ma torche braquée dessus. Et à vrai dire je n'y suis pas resté bien longtemps, pensant à une créature qui sortirait de là en se tortillant pour venir me transformer en squelette comme l'autre. Encore une fois, il est certains films que je devrais arrêter de voir !
J'ai mis trois heures à effectuer la balade, j'étais de retour juste à l'heure pour le déjeuner. Il y a moyen de faire cette balade plus rapidement, j'ai vraiment pris mon temps, m’arrêtant tout le temps pour prendre des photos, reculant même pour retrouver un point de vue joli que j'avais dépassé le temps de me saisir de l'appareil photo. Le garde m'avait dit en partant que c'était 50 baths, le prix avait changé entre temps. 50 c'était pour la torche ! Sinon c'est 100 baths de l’heure. Je me disais aussi une location de kayak à 1,5 euros, ça faisait pas très cher comme excursion. 
Des bateaux étaient amarrés au débarcadère du même style que celui qui m'avait amené ici. Les gilets rouges sont de retour ! Je croyais en être débarrassé et définitivement épargné ici. Ils ont été déversés par l'un des ces bateaux venu faire escale à Koh Tarutao, distillant de la musique à fond pendant que tout ce petit monde groupé en tas était mené par un ranger armé d'un porte-voix et transformé en chien de troupeau. Tirez-vous de mon île ! J'ai tellement l'habitude de n'y croiser personne que j'ai l'impression que c’est mon île privée à moi. Heureusement le ranger les a enfourné rapidement dans le bateau qui est reparti et sa musique avec.
C'en n'était pas fini pour autant. Le restaurant était plein d'un autre groupe occupé à manger des nouilles. Des chinois. Je les ai bien reconnus cette fois, ils ont la même tête qu'à Paris dans les restaurants chinois. Et ceux là ne sont pas venus à pied de la Chine ! 
Petit passage dans les rochers pour rejoindre Ao Jak
Du coup comme il n'avaient envahi qu'un côté de la terrasse je me suis mis de l'autre côté pour être plus tranquille le temps qu'ils déguerpissent à Koh Lipe. Perdu dans mes pensées, tentant de faire abstraction, je n'ai pas senti quelqu'un venir et me faire coucou. Quelle surprise ! C'était Anne-Laure, l'autre française du bain aux étoiles qui n'était restée qu'un jour sur Tarutao. Elle est revenue. Elle a craqué après seulement deux jours à Koh Lipe. Trop de monde et trop de bruit. Il faut dire qu'elle avait choisi un truc sur Pattaya, là où c'est le plus bruyant. C'est sûr qu'à côté de Tarutao ça n'a rien à voir. Les îles sont pourtant très proches l'une de l'autre mais c’est le jour et la nuit. Koh Tarutao ne possède peut être pas les plages de sable blanc de Koh Lipe mais elle a pour elle la tranquillité, une ambiance particulière qu'on ne ressent nulle part ailleurs, et tellement plus encore. D'ailleurs Anne-Laure m'a demandé si le retour n'allait pas être trop rude après 7 mois. Je lui ai raconté ma déprime éclair à Koh Lipe qui avait disparu sitôt arrivé à Koh Tarutao. Pour elle c'est pareil, elle pensait à son retour sur Koh lipe et plus du tout ici. Cette île délivre chacun de ses maux, c'est Gimmo qui avait raison. J'ai peur du coup que ça revienne une fois que je serai à Langkawi, privé de ces bonnes vibrations...
Ao Jak
Anne-Laure a choisi une tente pour cette fois, elle est tombée sous le charme de dormir en bordure de plage près des vagues. Car les bungalows n'ont pas vraiment de fenêtres, c'est des espèces de persiennes en vitre opaque. Par contre ils ne fournissent ni matelas ni oreiller mais ça ne la gêne pas, elle a déjà dormi pas terre et elle y dort très bien. Je lui ai confié mon intention de retourner une dernière fois cet après midi à Ao Molae, en passant par la plage. En longeant le bord ce n'est pas très loin mais il faut attendre que la marée soit basse, sinon on est bloqué par des rochers qui séparent la plage où l'on campe de celle d'Ao Jak. En attendant le moment opportun, je suis donc allé me baigner dans ce qui reste des vagues d'hier (pas grand chose mais c’est mieux qu'une mer d'huile) pendant qu'Anne-Laure est allée prendre un kayak pour aller faire un tour dans la mangrove. Oh pas longtemps, une demie heure après elle était de retour ! C'est la première fois qu'elle faisait du kayak et elle trouvait que ça n'avançait pas. C'est sûr qu'avec le modèle qu'ils ont, déjà prévu à l'origine pour plusieurs personnes, il y a de quoi dégoûter du kayak. 
Ao Molae
Pour la peine, on a décidé de partir à Ao Molae sans plus attendre, malgré le fait que la mer était encore haute et barrait le passage plus loin. Mais on trouverait bien un moyen de passer par dessus les rochers... Et puis elle tenait absolument à revoir Gimmo qui lui avait fait des avances la nuit où l'on s'était baigné. Elle voulait voir ce qu'il devenait et comment il s'en sortait avec ses noix de coco. Pour ma part je suis sûr qu'il a dû se lier d'amitié avec le petit vieux qui vit là bas. Qui se ressemble s'assemble. Anne-Laure part demain, elle est juste revenue pour une nuit. Elle m'a aussi fait le coup du « je pars demain et je n'arrive à Bangkok que mardi midi. Tu te rends compte ? ». Ben, pas vraiment, mais j'ai fait oui de la tête !
Le passage par dessus les rochers se fait bien, il suffit juste de bien regarder par où passer. J’étais parti en éclaireur et parfois je me demandais si l'on n'allait pas devoir faire demi tour, mais je parvenais toujours à trouver un passage pour aller encore un peu plus loin. 
Gimmo, Anne-Laure et le russe
Certes, avec des chaussures cela aurait été mieux mais on avait décidé avec Anne-Laure d'y aller pieds nus comme des sauvages. Remettre des chaussures quand on sera de retour va être quelque chose de dur pour nous. Tandis qu'on marchait sur la plage d'Ao Jak en bavassant je me sentais l'âme d'un explorateur, transporté, exalté, pensant à ce que les explorateurs avaient pu éprouvé dans le passé en découvrant des terres vierges. Mettre le pied à terre sur une grande plage à marée basse où le sable est si dur qu'on dirait qu'un rouleau compresseur est passé par là, humide et luisant comme un miroir, avec les nuages et la jungle qui se reflètent dedans, on se sent vraiment béni. C'est extraordinaire ! Au bout de 5 jours je n'en reviens toujours pas de cette île. Et ce n'est pas en arrivant à Ao Molae que l'impression change, au contraire. C'est mon coin préféré de Tarutao. Avec Anne-Laure, on n’arrêtait pas de dire « qu'est ce que c'est beau !». On s'est baigné ainsi très longtemps, tourné vers le rivage car quand on se baigne dans cette anse c'est plus joli encore de la mer, car on a une profondeur de champ qui permet d'admirer les collines couvertes de jungle où que l'on regarde autour de soi.
Ao Jak
Nous avons retrouvé Gimmo, toujours aussi jovial, occupé autour de sa tente qu'il avait installée juste en face des bungalows. Comme il est là pour un mois, les rangers sont venus lui apporter une bâche afin qu'il soit plus à l'abri. En effet on est à cheval avec la saison des pluies qui commence début mai aussi il en aura fort besoin. Il y avait aussi le petit vieux qui était là et qui l'aidait. C'est en fait un russe de 67 ans qui campe ici depuis 4 mois avec sa fille. Apparemment il sait tout faire, bricole et fixe n'importe quoi en un tour de main et son feu ne s'éteint jamais même sous le pire orage. Gimmo l'appelle Robinson et sa fille Vendredi ! Le russe était occupé à tailler des branches en fourche pour faire un mât tandis qu'on parlait. Il est ainsi parvenu à construire une tente par dessus la tente, en fixant la bâche au nouveau support à l'aide de cordes. Évidemment, les macaques qui ici pullulent ont pris ça pour un jeu et sont venus ensuite faire du trampoline sur leur nouveau terrain de jeu ! Le ruse rentre dans deux semaines à Moscou. Ça va lui faire un choc. Déjà que moi ça ne me dit rien de rentrer à Paris, alors si comme lui j'avais vécu de longs mois coupé de tout sur une île sauvage et que je devais rentrer dans un pays austère et froid, je n'ose imaginer...
Sur les coups de 17h30, Gimmo et son nouvel ami sont partis à l'endroit où le russe campe pour manger un bout. Ils nous ont invité à venir y prendre le thé juste après. Mais comme dans une heure il allait faire nuit, nous devions rentrer. Nous avons donc laissé Gimmo en en lui souhaitant une belle vie. Il a répondu que quand il retournerait à la civilisation il aurait le choix du bien et du mal mais que pour l'heure il n'y avait que du bien et pas de choix. Alors ça ne peut pas aller mieux dans son petit paradis. Tout est dit ! Un grand philosophe que ce Gimmo. De toute façon ce genre de doux dingues a souvent la conscience plus éveillée que la plupart des gens et c'est pour ça qu'ils sont ainsi. C'est comme il y a un jeune allemand qui campait sur la plage et qui est parti ce soir avec son attirail pour camper dans la jungle, à 8 kilomètres de là. C'est ce que m'a raconté Anne-Laure. Je ne suis pas très étonné, cette île appelle à venir en son cœur. On a envie d'y tenter toutes sortes d'expériences d'immersion extrême. C'est l'endroit rêvé pour ça. Une île bien particulière, ensorcelante !

samedi 21 avril 2012

Une journée dans les vagues


J'ai bien cru la nuit dernière que la tente allait s'envoler avec moi dedans. Un vent de folie s'est levé dès l'instant où je me suis couché. La toile claquait prête à se rompre et la pluie n'a pas mis bien longtemps à arriver. Un nouveau déluge mais cette fois pire que tout ce que j'ai connu jusqu'ici. Ça a duré jusqu'à trois heures du matin. Le joli plancton phosphorescent devait en être tout retourné ! Ce matin tout était inondé, le camp semblait avoir été pris dans un tsunami. Par chance ma tente est sur un endroit plus haut que le reste. Un hasard qui fait bien les choses sinon j'aurais fait piscine comme aux Fidji. Des campeurs se sont réfugiés autour du bâtiment des sanitaires, l'air dépités, se tenant la tête dans les mains avec des sacs de couchage qui pendouillent le temps que ça sèche. Ma tente résiste bien, les Décathlon de ce côté là sont irréprochables. Et pourtant je ne leur fait pas de la pub. Le beau temps est par contre de retour et le vent est tombé, comme si rien ne s'était passé. Ou presque ! 
Car la mer est démontée, d'énormes rouleaux sont là et n'attendent que moi. En plus c'est marée montante. En revanche, la mer a charrié tout un tas de détritus et la plage est un vrai dépotoir. On y trouve de tout et je suis toujours effaré de voir de telles choses dans la mer : des tongs, des corbeilles à linge, des cordes, des pinceaux, des brosses à dents...
Je me suis dépêché d'aller prendre un petit déjeuner avant d'aller piquer une tête. J'y ai retrouvé Axelle et Samuel, deux des français du bain aux étoiles. Gimmo est parti pour l'autre plage depuis hier, on ne le voit plus. Ils n'ont rien entendu la nuit dernière et c'est à peine s'ils me croyaient quand je leur ai dépeint la tempête. Parfois je me dis que je ferais mieux de prendre un bungalow. Pour seulement le double du camping... Mais j'aime bien la tente et c'est la dernière fois que je peux en faire du voyage. 
On dirait le lapin de la pub Duracell!
En plus les bungalows du quartier général sont par groupe de quatre jumelés. Aussi je crains un peu côté bruits de voisinage. Les français partent ce matin, direction Bangkok après 16 heures de bus. Un truc de fou ! Samuel s'apprête aussi à faire un tour du monde pour ses 30 ans qui tombent cette année. Il compte prendre 11 mois mais son parcours est très ambitieux : Europe, Inde, Asie, Australie, Amérique du Sud, Canada... Ici je n'étonne plus personne avec mon tour du monde, tous les routards finissent pas se retrouver en Thaïlande. Et il doit y avoir un vent particulier qui suscite des vocations car c'est ici en Thaïlande que j'avais pris la décision d'un tour du monde en janvier 2010. On s'est quitté comme ça, avec un « à peut être à Paris dans le métro ». Ah non, quelle horreur ! Faites moi dynamiter ça avant que je rentre !
Quand je demande à quelqu'un : «vous restez combien de temps ? » et qu'on me répond « jusqu'à lundi », ça ne m'aide pas beaucoup ! 
Aussi je réponds à chaque fois que je ne sais pas quel jour de la semaine on est, et ce depuis des mois. Généralement je passe pour un extraterrestre alors j'explique que c'est la première chose qu'on oublie quand on a le temps avec soi. C'est le doux privilège de faire un tour du monde. Il y a certaines dates dont j'ai eu vent du jour mais j'oublie aussitôt. Je ne sais même pas quel jour est tombé mon anniversaire cette année. Qu'est ce que cela peut bien faire ? Je me rends compte vraiment que le concept des jours de la semaine est une invention qui n'a son utilité que dans le monde du travail, pour faire la distinction entre les jours travaillés et le week-end. A part pour ça, je ne vois pas quel est l’intérêt. Pour mon voyage, c'est tous les jours le jour du Seigneur qui m'offre de belles journées et que je remercie quand j'y pense. Comme aujourd'hui. Car c'est un bonheur ineffable que de nager dans une mer déchaînée. 
Nager, enfin si on peut dire ! J’étais le plus clair du temps sous l'eau, les vagues étant très rapprochées les unes des autres, on avait juste le temps de prendre sa respiration qu'une autre arrivait. Je n’avais même pas le temps de m’essuyer les yeux, je finissais par voir tout trouble et les oreilles complètement bouchées.
C'est étonnant que la mer continue à être agitée une journée entière une fois le vent retombé. Je peux comprendre quelle se soulève sous l'effet du vent, mais pourquoi continue-t-elle sur sa lancée ? Il doit y avoir une explication scientifique là dessous ! A propos de science, j'ai encore refait ce rêve débile que je fais depuis des années, où je reprends mes études de biologie pour faire un boulot que j'ignore mais que je sais payé des clopinettes, juste dans le but de suivre des études et d'avoir la paix par rapport au monde du travail. 
Mais dans le rêve je suis aussi angoissé car incapable de me focaliser sur les études et d’appendre les cours. J'ai un autre rêve qui tourne aussi en boucle dans mes nuits de sommeil : je repasse le bac tout en sachant que je l'ai déjà, simplement pour avoir de meilleures notes et un meilleur dossier. Il y en avait une au lycée, en terminale qui avait fait ça, pour postuler en prépa. Et dans le rêve, je suis plus nul que la première fois, recalé au bac après l'avoir eu ! Docteur Freud, y a-t-il un message caché derrière ces rêves ? Et pourquoi je n’arrête pas de les faire ? Ça en devient pénible !
Pour en revenir à la baignade, elle est très dangereuse. Je n'y ai vu qu'un couple ce matin qui n'a pas renouvelé l'expérience, ils étaient pourtant restés au bord. Il faut dire qu'il y a un méchant courant qui emporte le long de la plage. 
En trois quart d'heure de baignade j’ai fait 500 mètres. Oui je me baigne trois quarts d’heure, pourquoi, c'est indécent ? Mais il y a pire : à certains endroits, tandis qu'on plonge pour éviter l'affrontement, on ne réalise pas tout de suite que les vagues ne nous ramènent pas vers le bord mais qu'au contraire chaque nouvelle vague avant de déferler attire vers le large un peu plus. Il y a eu ainsi plusieurs reprises où j'ai dû nager vaillamment pour retrouver pied. Pourtant j'ai l'habitude dans le sud-ouest. Ici c’est pire. Alors que c'était calme à en mourir les jours derniers. Pour le maillot de bain, il n'y a pas résisté. Il a fini en boule autour du poignet, prenant soin d'avoir toujours la ligne de l'eau cachant ce qui doit être caché. Pas évident dans une mer en furie...
En sortant de l’eau je titubais. C'est le signe que je me suis bien amusé. J'en ai profité un maximum, ne cessant d’être dans l'eau toute la journée. Malheureusement avec la marée descendante les vagues sont devenues moins belles. Un coup classique. 
Celui là on dirait vraiment un gag!
Aujourd'hui je n'ai pas fait grand chose, je suis resté devant la tente, ne la quittant que pour le déjeuner. Entre deux bains, je rêvassais sous les filaos, ou bien je marchais sur la plage, attiré par des macaques ou un couple d'aigle blanc aux ailes orangées qui planait en cercles juste autour de moi. J'ai aussi fait des plantations. Le bord de la plage est couvert de pousses de palétuviers amenées par la marée et qui ont déjà un faisceau de racines à la base. Aussi j'ai eu pitié, je les ai enterrées dans le sable. Pas sûr qu'elles résistent à la prochaine tempête mais en attendant je vais pouvoir surveiller leur croissance d'ici que je parte. Du moins je l'espère. J'ai choisi des emplacements où des ruisseaux de fortune issus des inondations viennent couler sur la plage.
Il me reste une chose que je n'ai pas encore faite sur Tarutao, c’est le petit tour en canoë sur une rivière ou un bras de mer couvert de mangrove qui rejoint une grotte, Crocodile Cave. Il y en avait dans le temps, il paraît qu'ils ont disparu depuis. Ils pourraient bien revenir le jour où j'y vais, c'est à dire demain ! 
Il est dit aussi qu'il ne faut pas toucher les parois de la grotte, sans doute un truc sacré ou maléfique. Même si je ne crois pas trop à ces choses là, par superstition j’éviterai d'attirer le mauvais œil. J'ai l'impression que ce soir on est moins nombreux. On était à peine une dizaine au restaurant. Les gens vont et viennent ici, ils restent en moyenne deux nuits, Tarutao n'étant qu'un stop pour eux. Je peux aussi dire que les gilets rouges n'aiment pas cette île. Sans doute pas assez de curiosités pour se prendre en photo devant. A mon avis c'est trop roots pour eux, ils préfèrent quand ça grouille, ça leur rappelle la maison. Du coup il n'y a que des occidentaux qui viennent là.
Au restaurant il y a un chaton blanc qui mange à tous les râteliers. Je n'ai jamais vu ça, il miaule non stop pour quémander, c’est une machine à miauler ! Il est adorable avec ses grands yeux luisants comme deux billes mais on a envie de l’écraser sous sa chaussure pour ne plus l'entendre. Alors on finit par craquer et par lui donner un petit quelque chose. Et dès qu'il a fini, il recommence. Il n'en a jamais assez. Je ne sais pas où tout ça passe, sans doute qu'il finit par s'épuiser à miauler. Je l'ai pris sur les genoux pour le caresser, on sent tous ses os. Il a quand même fini par ronronner, comme quoi c'est un chat normal qui sait faire autre chose que miauler ! Je suis sûr que c'est son truc à lui pour attirer l'attention. Quand il miaule, il prend un pauvre air en fermant les yeux avec la tête qui part de travers comme s'il allait s'évanouir. Ah ces chats, ce sont de grands comédiens !

vendredi 20 avril 2012

Le bain aux étoiles


Ao Molae
Hier soir après le blog la soirée n'était pas terminée pour autant. J'ai rejoint la table derrière moi avec les trois français que le finlandais avait réquisitionnés. Des français qui parlent anglais, ça va, on peut dire que je ne suis pas encore rentré ! Ceci dit, je suis étonné par la proportion de français qui viennent à Tarutao. J'ignore à quoi c'est dû. Il y a des allemand aussi, des espagnols et des européens du nord. Pas d'anglais, ce genre d'endroit ne doit pas leur convenir. On a beaucoup discuté avec mes nouveaux compagnons de voyage. Les liens se créent vite lorsque l'on voyage et personne ne juge personne. On a tellement les sens en éveil que l'on est ouvert à tout. Il y a une jeune française qui rentre à Paris dans 4 jours pour retrouver son boulot dans le marketing et elle a tiré la grimace quand on lui a demandé ce qu'elle faisait. C'est une autre particularité des gens qui voyagent : ils ont un boulot plus par obligation que par passion. 
Pourtant dans le monde du travail quand on a affaire à des chefs ou un client, on a toujours l’impression que tout est hyper important, que c'est une question de vie ou de mort et qu'il faut être investi dans son travail autant que les autres le sont, sévères et intransigeants. Je suppose que ceux là ne voyagent jamais...
Quand on vient à Tarutao ce n'est pas un hasard. On a tous un point en commun, venant chercher quelque chose de l'ordre de la quête initiatique. Le finlandais, Gimmo, est tombé amoureux de Tarutao et il y a eu une révélation. C'est un endroit dont il ressent les énergies autour de lui et qui le font vibrer. Ça a l'air ésotérique raconté comme ça mais je comprends très bien ce qu'il veut dire. Il a l'impression d'avoir trouvé son chez lui. Son expérience est extrême, il est venu avec sa tente, quasiment sans sou, et il va rester un mois à Ao Molae (le site magnifique dont les bungalows ont fermé hier), vivant de la collecte de noix de cocos et de la pêche. Un vrai Robinson Crusoé qui a échoué là après un licenciement en Finlande. Il vivait jusqu'à alors dans la forêt, sans électricité et se nourrissant de ce que la forêt lui apportait. Aussi, il est habitué à vivre ainsi. Il a eu un déclic, quelque chose qui le poussait à partir, ayant le sentiment que de mauvaises chose l'attendaient s'il restait. Il a vendu du bois qu'il avait dans sa forêt et s'est acheté un billet d'avion avec. 
Ao Talo Wow
Là où pour les autres ce sont des vacances, pour lui c'est la vraie vie, la réalité, une vérité trouvée. C'est ce qu'il racontait aux autres pendant que j'écrivais en ayant les oreilles qui traînaient. C’est pour cela que je me suis joint à la table, pour en savoir plus. Un original comme ça, je n'allais pas le laisser filer sans lui parler. Ce qui n’est pas tout à fait exact car on s'était parlé en fin d'après midi quand je l'avais vu roder autour des tentes, un peu soucieux car il ne retrouvait pas sa tente qu'il avait laissée là la semaine dernière, le temps d'aller faire un tour sur Koh Lipe pour prendre quelques bouquins. On est tous unanimes pour dire que Koh Lipe est bien pour un ou deux jours mais pas plus. Il est vrai que c'est à l'opposé de ce que Koh Tarutao a à offrir.
Nous avons discuté ainsi jusque tard dans la nuit, dans l'obscurité à partir de 23 heures, heure à laquelle ils arrêtent le générateur. 
Ao Talo Wow
On a continué à la torche, pas pour très longtemps car tout ce que la jungle comptait comme bestioles qui volent venaient nous rendre visite, s'infiltrant partout, sur les mains, dans le nez, les oreilles, les cheveux. Et avec deux filles qui n'aiment pas trop les petites bestioles, on a vite tout éteint, continuant à se parler dans l'obscurité. Gimmo voulait tenter une expérience avec nous : se laisser flotter au gré du courant et perdre tout contrôle de l'espace et du temps. J'ai déjà connu ça, à Koh Lipe il y a quelques jours, alors que je faisais la planche sur le dos. Je sais très bien faire ça et je peux tenir des heures sans jamais me fatiguer. Je dormais à moitié ainsi, ne sachant plus où était le nord du sud, la côte du large et j'ai sursauté à la fin quand j'ai senti quelque chose sur mon dos : le sable du rivage. C'est une sensation délicieuse de lâché prise. Je comprends que Gimmo veuille faire partager ça avec ceux qui ne l'ont encore jamais fait. On était tous partants pour un bain de minuit. Sauf qu'il était un peu plus tard que cela. 
Ao Molae
Je n'avais pas de maillot de bain sur moi, seulement mon seul et unique caleçon de nuit. Pas question que je le mouille. Je suis donc allé me baigner à poil. Avec la nuit de toute façon personne ne pouvait voir quoi que ce soit. Dès que je suis rentré das l'eau, j'ai été stupéfait : elle s'éclairait là où j'avançais, comme une piste d’atterrissage. Ce n'est pas les verres de whisky que j'ai bus dans la soirée qui m'ont fait voir des étoiles. C'était bien réel, et irréel. Je me baignais dans une mer d'étoiles qui scintillaient par milliers chaque fois que je faisais une brasse. Je n'ai pas cessé de brasser l'eau autour de moi de mes mains pour contempler ce spectacle féerique. On pouvait presque voir autour de soi. Ce phénomène est lié à du plancton phosphorescent. J'ignore par contre pourquoi il s'active quand on passe à côté. Peut être pour nous dire « oula, je suis là ! ». Je regardais les autres, on était tous émerveillés, rigolant de bonheur. Certain gardaient encore comme des paillettes luminescentes sur la peau entre deux vaguelettes. 
Ao Molae
Je ne pensais pas qu'une telle merveille existait. Sans l'idée de Gimmo je n'aurais jamais su. En fait son idée de la planche était un stratagème. C'était pour nous montrer ce phénomène tout en nous en laissant la surprise. Si vous passez à Koh Tarutao, baignez vous donc de nuit, vous vivrez une expérience fabuleuse et inoubliable qui n’est contée dans aucun guide touristique. C’est le petit trésor caché de Tarutao. Pas le seul, le filon semble inépuisable. Je comprends que certains sentent quelque chose se passer en eux en étant au contact de cette nature complètement vierge et fantastique. Pour ma part ça a guéri ma petite déprime éclair. Je ne pense plus du tout au retour, c'est comme si j'avais encore de longs mois devant moi.
J'ai rejoint la tente à 2h30, la tête et le cœur plein d'étoiles. Je me serais bien baigné plus longtemps mais vu que le lendemain je comptais bien profiter de la journée et continuer l'exploration à vélo, pas question d'une quelconque grasse matinée, aussi 5 heures de sommeil ce n'est pas du luxe. 
Ao Molae
Aujourd'hui comme prévu j'ai pris le vélo, le soleil étant de retour. Dépassé la bifurcation d'hier, le chemin ne fait que grimper en se demandant jusqu'où on va monter comme ça. Si les 12 kilomètres qui permettent de rejoindre l'autre côté sont tous comme ça, ça ne va pas le faire. Étant dans l'intérieur et sur les hauteurs, je me suis aussi pris un déluge sur la figure, m'obligeant à pédaler avec le poncho en transpirant dessous, le plastique collé à la peau. Je me demandais ce que je faisais là, à deux doigts d'abandonner. Mais mon envie d'exploration a été la plus forte. Étant déjà arrivé à mi chemin, rebrousser n'avait aucun sens et puis si ça monte, ça descend forcément à un moment. Quoi qu'il en soit, le chemin est très beau, long mai beau ! La balade me rappelle celle que je faisais en scooter à Huahine. J'ai cru que le temps s'était dégradé comme hier, que c'en était fini du soleil et que j'allais continuer avec ce poncho débile toute la journée. Et finalement, le chemin a fini par redescendre, avec quelques rayons de soleil qui réapparaissaient. C'était sûrement le signe que j'arrivais près de la côté Est. 

Ao Talo Wow

Ao Molae
Quand j'ai aperçu le rivage, je n'ai pas regretté tous ces efforts. C'est comme si on changeait d'île. On retrouve les paysages typiques de la Thaïlande du Sud, avec ces rochers qui plongent dans la mer comme des dents, à la manière de ceux de Palawan. Ce genre de paysage produit toujours son effet spectaculaire et même si j'ai déjà vu ça ailleurs, j'étais heureux de revoir une dernière fois ces pitons. Celui qui donne sur Ao Talo Wow est relié au rivage par un long ponton qui sert de débarcadère aux bateaux. Il y avait un camion du parc qui était allé occupé à charger/décharger et s’en est retourné au QG emportant au passage les rangers. J’étais à deux doigts de leur demander s'ils pouvaient me ramener, ne me voyant pas refaire ces 12 kilomètres de côte raide. Car après Ao Talo Wow, il n'y a plus rien à voir. La route s’arrête là. C'est un chemin qui prend le relais pour rejoindre à pied une plage de sable blanc tout au sud de Tarutao. Mais il faut compter à nouveau 12 kilomètres, soit 24 aller retour. 
Ao Molae
Je me demande si l'autre du bateau ne m'a pas pipoté. Le trajet est vraiment long, je n'aurais jamais pu faire ces 48 kilomètres dans la jungle dans la journée. Ao Talo Wow était dans le passé une prison pour des criminels. Il n'en subsiste plus rien. Il est écrit qu'il existe un sentier qui permet d'en apercevoir des vestiges mais ils sont à présent envahis par la jungle. Je n'ai donc même pas cherché à trouver le chemin. Pour voir des tas de pierres marrons avec des lianes et des plantes grimpantes, je ne vois pas l’intérêt.
Le trajet dans l'autre sens se fait curieusement les doigts dans le nez. Ça grimpe au début mais ensuite c'est toujours en descente pendant des kilomètres jusqu'à la bifurcation pour la côte ouest. Étrange car les deux endroits étant au niveau de la mer, le dénivelé est le même dans un sens que dans l'autre. A moins que ce soit parce que je n'ai pas eu la pluie. Il faisait à présent grand beau et je suis retourné à la plage aux bungalows fermés pour tenter de la voir d'un nouvel œil, sous le soleil. 
Ao Molae
Je n'avais pas mangé, ayant juste une bouteille d'eau. J'espérais que la petite gargote serait restée ouverte mais elle a fermé avec les bungalows. Il fallait que je fasse 4 kilomètres de plus pour rejoindre l'endroit d'hier avec les mouches de sable. En parlant d'elles c'est une vraie horreur, depuis ce matin je n’arrête pas de me gratter partout. Il paraît que ça va crescendo et que ça dure une éternité. Gimmo m'avait montré hier soir ses chevilles couvertes de pustules qui remontaient à des piqûres d'il y a 4 semaines. J'espère que j'en serai guéri avant de rentrer, c'est un souvenir dont je me passerais bien.
J'ai préféré rester sur la plage à me baigner. Je ne vais pas mourir si je saute un repas. Si je bois suffisamment ça devrait suffire. D'ailleurs rapidement la faim s'est tue. Sur la plage il y a un cousin de Gimmo, le petit vieux que j'avais aperçu en train de ramasser des trucs sur la plage hier. En fait il n’est pas du tout dans les bungalows (autrement il ne serait plus là) mais à une tente disposée sous les arbres, couverte d'une bâche avec un truc qui fume tout le temps à la manière d'un camp de gitans. Je l'ai vu faire, armé de sa cane à pêche. Encore un Robinson. A croire que cette île en est le repère et qu'elle attire les doux dingues. Signe que personne ne vient là par hasard... En tout cas ça prouve qu'à plus de 60 ans on peut encore vivre comme ça au contact de la nature, coupé de tout et se débrouiller. C'est réconfortant, ça me laisse encore de belles années de voyages devant moi. En tout cas celui là n'a pas l'air mûr pour la maison de retraite !

jeudi 19 avril 2012

Un tour en bicyclette


Ao Son
La tente au bord de la plage c'est bien mais on entend plein de bestioles qui fouinent en retournant des feuilles mortes, dont une qui devait être sous la tente. Un crabe. C'en est plein, des touts petits qui font des boulettes de sable, formant de jolis motifs sur le sable et d'autres plus gros si j'en juge le diamètre des trous mais que je ne vois pas car ils doivent sortir la nuit. D'ailleurs quand j'avais posé la tente, comme c'est truffé de ces trous, j'avais bien tassé avec le pied pour qu'ils ne puissent pas sortir. Les crabes ont leur utilité. Non seulement ils nettoient la plage mas en plus ils font la joie des macaques qui arrivent tous les soirs en famille non pas pour se promener sur la plage mais pour faire leurs emplettes. Je les vois, craintifs, regardant partout autour d'eux comme ils sont exposés, pendant que les autres ramassent des trucs sur le sable qu'il portent à leur bouche. On dirait qu'ils ramassent des coquillages. 
Dans la nuit il y a eu un terrible orage, c'était Las Vegas à l'intérieur de la tente, pour un peu il m'aurait fallu un masque de sommeil ! J'étais moins inquiet de recevoir la foudre, avec les tentes autour, il y a du choix, pourquoi la mienne en particulier ? Un raisonnement un peu à la con je l'avoue.
Ce matin, malgré un ciel couvert que quelques rayons de soleil transperçaient de temps en temps, je suis allé louer un vélo au bureau du parc, pour toute la journée. Je peux même le garder ce soir, les locations courant pendant 24 heures. Ce sera pratique, ça m'évitera la trotte pour aller à la douche. Ils m'ont demandé de choisir mon vélo. Dehors il y en avait une dizaine, en assez bon état mais je me suis surtout focalisé sur les pneus. Pas question de crever en pleine jungle à des kilomètres du camp. L'état des pneus n'est pas fameux, ils ont bien vécu et sont tous plus ou moins lisses. 
Ao Molae
Pour des mountain bike, c'est dire s'ils ont servi. J'en ai pris un qui a une bonne roue arrière. D'expérience je sais que je crève surtout de la roue arrière, la faute sans doute au poids plus important sur cette partie. Par contre la roue avant est bien lisse, mais bon ça fera l'affaire.
Je suis parti au petit bonheur la chance, de toute façon il n'y a qu'une route. Je suis d'ailleurs étonné de trouver un truc bitumé sur une île inhabitée ! Mais tant mieux, c'est moins pénible que sur une piste de caillasse. Le début de la route se fait les doigts dans le nez et on en oublierait qu'on est sur une île montagneuse. Rapidement la première côte est apparue, un truc insensé qui n'en finissait plus de monter. Au début j'ai joué le jeu, en me mettant en vitesse la plus petite possible (j'ai 5 vitesses et 3 plateaux) puis j'ai continué en danseuse avant de finir comme mémé, à pied, en poussant l'engin le cul en arrière ! Pourquoi aller à l'encontre d'une machine conçue pour fonctionner dans le sens de la gravité ? 
L'avantage des montées, c'est qu'après il y a des descentes. Et là le vélo prend tout son intérêt ! Pas besoin de pédaler, juste à freiner pour ne pas quitter la route. Et puis je n'ai pas trop confiance dans ces vélos maintenus je ne sais comment – à supposer qu'ils le soient ! – et je n’avais pas envie de passer par dessus le guidon suite à une roue qui fout le camp pour aller m'écraser sur la route dans une chute mortelle. Je préfère faire attention. D'autant plus que je me trimbale le bordel habituel des destinations camping, à savoir l'ordinateur que je ne peux décemment pas laisser dans la tente. J'ai trouvé un endroit où coincer le sac, sur la fourche derrière le guidon. En réglant les bretelles ça le maintient comme ça peut. Et ça me soulage d'autant.
A un moment il y a une bifurcation pour aller à droite rejoindre la côte ouest, ou bien on peut continuer pendant 12 ou 24 kilomètres de manière à rejoindre plusieurs sites sur la côte est. 
Ao Molae
Comme le temps hésitait toujours sur la tournure à prendre, j'ai filé au plus court, question d'arriver à voir quelques trucs si jamais ça devait se gâter. En un peu plus d'un kilomètre à partir de cette bifurcation, on arrive à Ao Molac, là où la fille du bateau hier avait résidé. L'endroit est magnifique, en bordure d'une baie très sauvage avec des collines de jungle qui viennent se jeter dans la mer quelque soit l'endroit où l'on regarde. J'ai croisé un vieux qui marchait sur la plage et cherchait des coquillages, une fille dans son bungalow et deux types qui en partaient et que j'avais croisés sur la route dans un pick-up qui les conduisait à la jetée. Les bungalows forment deux appartements jumelés mais j'ai regardé malgré tout à l'intérieur de l'un d'eux. C'est très cosy, un grand lit avec une moustiquaire. Les bungalows sont en durs et j'ai pensé que je serais mieux là que dans la tente. La fille d'hier m'avait dit qu'elle avait payé 600 baths la nuit (15 euros) mais j'ai du mal à le croire, ils sont si bien tenus et charmants que ça pourrait être un truc de luxe à 100 euros dans les Caraïbes. Il y a en tout une vingtaine de logements.
Ao Son
Je me suis allongé dans un hamac pour goûter au charme et à la tranquillité du lieu. Les macaques passaient dans le jardin comme s'ils étaient chez eux. Ce qui est d'ailleurs le cas . C'est incroyable qu'un endroit comme ça soit dans un parc national. Ça n'a rien à voir avec là où je suis à l'entrée du parc. C'est plus joli, plus vert, une vraie carte postale. Avec deux personnes qui restent là, même si les appartement sont jumelés, il y a moyen d'en prendre un sans personne à côté. Je me voyais déjà regarder un Colombo le soir confortablement installé dans le grand lit aux draps blancs. C'était décidé, j'ai repéré le numéro 16 et je suis allé demander au petit restaurant qui servait le petit déjeuner aux pensionnaires quel était le tarif et si je devais retourner à l'entrée du parc pour aller chercher la clef. La pauvre fille ne parlait quasiment pas anglais. Elle est juste arrivée à me donner le prix (c’est bien 600 baths, incroyable!). Pour l'histoire de la clef elle a en revanche rien compris. 
Elle m'a répondu « closed » en me montrant l'heure à la pendule. Le restaurant fermant à 10 heures, c'était sans doute pour me signifier de me dépêcher de revenir, le personnel devant foutre le camp à cette heure là. Tous les gens du parc dorment au quartier général où je suis, ils ont leurs piaules, des espèces de dortoirs. En chemin, je suis allé tournicoter autour d'un bungalow de la dame qui était là, question de glaner des informations. Elle m'a dit qu'ils n'étaient que trois, que c'était un vrai paradis mais qu'ils devaient déménager ailleurs, le parc ayant décidé de fermer cet emplacement faute de monde. Elle était justement en train de faire ses bagages. C’est vraiment trop bête, c'est si joli, ça aurait été mon plus beau séjour du tour du monde. Dans un établissement j'entends. Fermé faute de monde... C'est pas de chance, pour moi c'est un argument vendeur ! Tant pis, je resterai dans la tente. Je n'y suis pas mal, alors...
J'ai repris mon vélo, un peu dégoûté, pour me rendre à Ao Son qui jouit d'une plage de 3 kilomètres selon le papier qu'ils m'ont remis dans les mains quand je suis arrivé hier. Avant d'y arriver, la route oscille entre passages avec gros cailloux et des endroits avec du bitume. La jungle devient encore plus sauvage avec plein de bruits bizarres. Ça bruisse de tous côtés, et fort ! Il y a des bestioles qui font un bruit de générateur de courant, apparemment des grillons, sauf que ça ne s’arrête jamais. Il y en d'autres qui font un bruit d'alarme comme un réveil électronique qui fait « Ti-ti-ti-ti-ti-ti ». De temps en temps aussi ça grogne de derrière les fourrés quand on passe en vélo sans qu'on arrive à cerner de quoi il s'agit. J'ai entendu ainsi un grand grognement rauque qui m'a fait m’arrêter. Sans doute un sanglier, il paraît que c'en est plein. Je n'ai rien vu. Plus loin, c'était des bêtes qui font un bruit de tracteur qui démarre. 
Vous êtes sûr que c'est le chemin?
Quant aux macaques qui détalent dans les arbres quand on passe, ils font « Rrrr », comme nous quand on est importuné ! A un moment j'ai entendu aussi un un truc comme un râle ou une conversation caverneuse qui sortirait des entrailles de la jungle. Un truc à foutre la frousse et qui m'a fait sursauter !
Quand je suis arrivé à la plage de Ao Son, il faut commencer par la chercher un peu car le chemin amène au bord de la mer où il y a des rochers et une petite baie et un restaurant de l'autre côté qu'on rejoint en passant sur un pont de fortune formé de tronçons de polystyrène reliés par des cordelettes. Avec le plan en main, j'ai continué sur la gauche en suivant la côte. Il y a un petit chemin de tracé. La plage que l'on découvre est absolument incroyable, une étendue si sauvage qu'elle n'est pas vierge. Il y a plein de débris de bois, des algues mais aussi du plastique un peu partout, poussé dans les arbres au gré du vent. Cette plage est un endroit rêvé pour Koh Lanta. Plus sauvage, ça peut pas. 
Tous à l'abri... dans l'eau!
Certes le sable y est plus gris clair que blanc comme neige mais avec la jungle et les montagnes tout autour, le spectacle est grandiose. Et avec le temps tout couvert ça rend le site encore plus envoûtant. Par contre, dès qu'on pose un pied sur la plage on a compris pourquoi Koh Lanta n’est jamais venu là et pourquoi il ne viendra jamais. C'est infesté de mouches de sable affamées. Impossible de s’en défaire. Seule solution : aller se baigner. N'espérez pas y prendre un bain de soleil ! De toute façon avec le temps qui se dessine désormais, ça tombe bien. Le bout de la plage est déjà plongé dans le noir avec un rideau de pluie qui balaye les collines. Et ça se dirige vers moi. Toutes les îles au loin sont aussi dans la tourmente. J'ai juste eu le temps de sortir le poncho que j'avais emporté au cas où (riche idée!), d'y rouler mon sac dedans et de partir à l'eau. Quand je m'y suis retrouvé le déluge est arrivé, un truc de fou qui me rappelait la traversée en bateau aux Îles Fidji. 
On ne voyait plus rien autour de soi, la pluie tombant si drue sur la surface de l'eau qu'elle en formait des cratères et partait en éclaboussures rendant la surface de la mer comme un velours gris. J'étais mieux dans l'eau que dehors. Je sentais la chaleur de la mer qui contrastait avec la fraîcheur de la pluie qui me tombait sur le crâne. Je m'étais mis dos au vent sinon je n'aurais pas pu respirer. C’est comme si j’avais été sous une cascade.
Koh Tarutao est un joyau sans nom. C'est une île comme je ne pensais pas qu'il en restait. 100% nature, restée comme elle a toujours été, inhabitée sauf par les vrais habitants des îles, ces créatures qui se cachent pour vivre heureuses. C'est une destination privilégiée pour l'écotourisme. Il y a plein de trucs à faire : le vélo déjà - et je n'ai pas fini d'explorer -, des balades dans la jungle, des cascades à voir, du kayak, des grottes, des bêtes... 
Le Lonely Planet ne s'y est pas loupé : « Protected partly by its national-park status, and mostly by its relative inaccessibility, Koh Tarutao is one of the most exquisite and unspoiled regions in all of Thailand. This massive park encompasses 51 islands covered with well-preserved virgin rainforest teeming with fauna, as well as sparkling coral reefs and radiant beaches. ». Oh, et en relisant le Lonely Planet il est dit que le Survivor américain y a été tourné en 2001. Pas étonnant ! A mon avis ils ont dû trouver une autre plage... En tout cas, ne le répétez à personne, il faut que cette île reste une destination inconnue aimée que des connaisseurs.
Juste pendant que j'écris il y a une française à côté de moi qui discute avec un finlandais qui vient d'arriver et est un habitué des lieux (il reste camper ici un mois!) et qui est dégoûtée de partir au bout de deux jours. Elle a le sentiment d'avoir loupé quelque chose. Elle demande à tout le monde comment est Koh Lipe. Je ne réponds pas, affairé avec l'ordinateur, je ne veux pas l'influencer. Le finlandais est venu me parler aussi juste avant, se demandant ce que je traficotais sur l'ordinateur, je lui ai parlé du blog. Il m'a conseillé d'en faire un livre car apparemment j’avais l'air d'aimer ce que je faisais à la lueur qu'il pouvait lire dans mon regard. Mais je n'écris pas que des choses transcendantes, je livre aussi des points de vue qui ne sont que les miens et un peu particuliers, pour ne pas dire décalés parfois. Quand ce n'est pas des coups de gueule. Ou des jérémiades, j'ai un ami qui dit que je ne fais que me plaindre. Il ne me semble pas mais quand je n'aime pas quelque chose je le dis, peut être trop...
Après la pluie... ne vient pas le beau temps ! Mais ça permet de sortir de la mer la peau toute ridée. Il était temps. Par bonheur il y a un restaurant de l'autre côté du pont en polystyrène. Inutile de dire que j'étais le seul à m'y rendre. Les employés étaient occupés à déjeuner, sans doute étonnés d'avoir un client. J'ai quand même réussi à avoir des fruits, ananas et pastèque, le duo inséparable en Thaïlande. La cuisinière m'a demandé si j'allais visiter les cascades. Minute papillon, c’est prévu ! Comme ce n'est manifestement pas une journée plage, c'est l'occasion rêvée pour visiter la jungle. La maître nageur d'hier m'avait dit que le balade était très sympa, plus que le destination en elle même qui est une cascade de 50 centimètres de haut. Il faut tout de même une heure pour y parvenir. Et avec ce qu'il a plu, ce n’est pas évident à rejoindre. C'est balisé, mais jamais de la même couleur, tantôt jaune, après vert, soudain rouge pour finir bleu. 
Ao Jak
On se demande toujours si on est sur le bon chemin. Si on peut parler de chemin car avec ce qu'il a plu, il y a des passages qui sont directement dans un cours d'eau avec de l'eau arrivant au genou. Sans compter qu'il faut constamment passer d'un côté à l'autre de la rivière, en passant sur des rochers moussus dont la plupart sont sous l'eau. Tout cela est terriblement glissant, je n’arrêtais pas d'avoir un pied qui partait de travers pour danser la java. J'ai pensé : « si je ne meurs pas aujourd'hui, c’est que ce n'est pas encore mon jour ! ». Vers la fin, ça part carrément en couille, les repères continuent en grimpant sur de la roche comme un truc de chèvre sauvage, où l'on s'agrippe aux branches pour garder un équilibre précaire. Tout ça pour arriver à un endroit cul de sac, où la rivière forme des niveaux et des bassins mais pas vraiment de cascade. J’étais prévenu. C'est aussi plus étroit et donc plus profond. De l'autre côté il semble qu'un chemin continue mais je n'arrive plus à voir de balise et cette fois il faut traverser sans gué au milieu d'un passage qui semble profond. On dira donc que je suis arrivé à la cascade. Je tiens à rentrer vivant, d'autant plus que personne ne sait que je suis là si ce n'est le restaurant de midi, qui a dû fermer depuis belle lurette.
16 heures, c'est la bonne heure pour rentrer. Sur le chemin j'ai à nouveau croisé tout un tas de bruits bizarres, comme celui d'une planche qu'on scierait à la scie électrique jusqu'au bout. Je ne l'avais pas mentionné plus tôt ce son ! J'ai pris un bain sur le camp, devant la tente. Le soir, les hornbills arrivent en bande une heure avant le coucher du soleil pour venir manger les graines de ces liserons de sable qui lèchent la plage. C'est l'occasion pour les approcher de près. Ce sont les mêmes que ceux que l'on traquait péniblement sur la rivière Kinabatangan à Bornéo. Il y avait aussi des macaques occupés à déguster ce fruit particulier, dur comme du bois qui ressemble à un ananas et pend de ces espèces de yucas. Apparemment ils adorent. Ils doivent se faire les dents avec car j'ai pu voir, à la faveur d'un bâillement, qu'ils ont des dents très longues. Mais pas les incisives, ce sont les dents de derrière, les dernières. Si c'est leurs dents de sagesse, on peut dire qu'ils sont très sages. Pourtant ce sont des pestes ! Demain j'espère que le soleil sera de retour, j'aimerais bien poursuivre l'exploration en vélo de l'autre côté. 48 kilomètres aller/retour, espérons qu'il n'y aura pas trop de montées !
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