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mercredi 4 avril 2012

De Kota Kinabalu à Kota Bahru


Les îles de Tunku Abdul Rahman. Elles y sont toutes!
Aujourd'hui c'est journée voyage. Pour me rendre aux îles Perhentian je dois transiter par Kuala Lumpur. Et comme Air Asia n’arrête pas de changer ses horaires de vol jusqu'au dernier moment j'avais dû négocier avec eux de faire déplacer la section Kuala Lumpur - Kota Bahru plus tard dans l'après midi, après avoir retardé le vol au départ de Bornéo. Ils voulaient me faire payer le changement alors que tout était de leur faute. Avec une correspondance qui me restait de 50 minutes à Kuala Lumpur ce n'était pas suffisant, devant récupérer la tente pour la réenregistrer. Je commence un peu à en avoir marre de me trimbaler la tente qui ne me sert plus et ne me servira plus d'ici mon retour, sauf catastrophe sonique. Si je ne l'avais pas, je monterais et descendrais de l'avion comme dans un bus. Air Asia est une compagnie low-cost et on le sent bien. Peut être élue meilleure compagnie low-cost au monde mais ça ne change rien au fait qu'il faille tout payer. 
Les sièges et même maintenant l'enregistrement. Malheur à vous si vous ne l'avez pas fait sur internet, l'impression de la carte d'embarquement vous sera facturée ! Ils n’arrêtent pas les trouvailles et ça en devient grotesque. J’avais choisi de ne pas choisir de siège, ne voulant pas rentrer dans le système. Il m'en a été affecté une horrible, la pire qui soit, un siège du milieu. Je suis sûr qu'ils font exprès pour que les gens choisissent ensuite une autre place et payent le « service ». Grâce à ma méthode imparable, j'ai feinté. Une fois dans l'avion, j'ai choisi un siège parmi une rangée où il n'y avait personne. Ni vu ni connu, je me suis assis sûr de moi comme si c'était ma place attitrée. Je laisse les autres se presser pour monter dans l'avion les premiers. Ça ne sert à rien !
Bon, après je ne vais pas me plaindre d'Air Asia, ils ont des tarifs imbattables, je paye à chaque fois un trajet entre 30 et 50 euros taxes incluses. 
Tunku Abdul Rahman Islands
C'est un peu normal qu'ils cherchent à trouver des sous par un autre moyen. Pour la nourriture et les boissons c'est pareil, tout se paye. Par contre j'ai lu sur leurs brochures que si on réserve son repas sur leur site avant d'embarquer on ne paye le menu que 10 RM (2,5 euros) et ils proposent un large choix de plats malaisiens, pas des sandwichs. Du coup pour mes prochains voyages qui tomberont à l'heure d'un repas, je vais me laisser tenter.
Je me souvenais de Kuala Lumpur comme d'un aéroport ultra-moderne la fois où j'y étais passé pour aller à Phuket. Eh bien il y a la vitrine et la réalité ! Le terminal domestique n'a rien à voir, c'est un truc sans siège où j'ai été obligé de m'asseoir par terre à côté du dévidoir à chariots à bagages pour avoir une prise électrique. Si on veut pénétrer dans le terminal international on ne peut même pas, il faut présenter le billet adéquat ! Le vol pour Kota Bahru ne dure qu'une heure, j'aurais pensé que c'était plus, on traverse toute la Malaise d'ouest en est. 
Quelque part avant d'atteindre la péninsule. Tioman Island?
Visiblement la péninsule ne doit pas être très large. Comme j'arrive trop tard à Kota Bahru pour espérer prendre le dernier bateau pour les îles - bateau qui se prend à une heure de route de Kota Bahru - j'avais choisi un hôtel dans le secteur qui avait de bonnes critiques sur Tripadvisor, le Tok Aman Bali Beach Resort.
Maintenant que je connais le système malaisien, à peine les bagages récupérés, j'ai foncé direct au stand taxis. Ils vendaient aussi les billets de bateau, j'ai donc fait d'une pierre deux coups. Par contre pour le taxi c'est loin, ils me disent que c’est à une heure de route de l'aéroport. Moi qui avais cherché un truc dans le secteur c'est un peu râpé. J'espère au moins que ça ne m'éloigne pas de la direction du port pour demain sinon je vais me ruiner en taxis. Même si ici ce n'est pas la mort. Pour la course ils me demandent 70 RM (il faut diviser par 4). Il se trouve miraculeusement que l’hôtel est tout près de la jetée, à quelques kilomètres. Sans le savoir je m'étais donc bien rapproché. Je ne pouvais pas mieux tomber.
Quand j'ai vu l’hôtel de loin, je me suis dit que ça ne pouvait pas être ça. Un truc démesuré, style palais des milles et une nuits. Eh bien si, c'est mon hôtel ! Il est tout neuf, en bord de mer et la plage qui est devant est encore pleine d'ornières des engins de chantier. Je n'ai jamais eu une chambre comme ça. C'est grand luxe et je regrette de n'y être que pour 6 heures. La chambre est plus grande que mon appartement à Paris, elle est ultramoderne avec une grande terrasse qui surplombe un lac où on peut faire du pédalo. Le lit logerait 4 personnes et la salle de bain donne le choix entre une douche à l'italienne ou une baignoire, le tout avec la lumière qui provient de la chambre par une grande baie vitrée. Tous les aménagements que j'aime bien. Il ne manque plus qu'un coin cuisine américaine pour en faire un vrai appartement que j'achèterais tout de suite si je le voyais ! Tout ça pour 60 euros la nuit. A ce tarif à Paris vous avez le Formule 1 avec vue imprenable sur le périphérique !
La plage devant l’hôtel. Même pas eu le temps de m'y baigner!
Pour le dîner, où j'étais curieusement le seul convive, j'ai demandé une bière et le serveur, gêné, m'a dit que tout était sur la carte. Merci, j'avais vu, ce n'est pas marqué. Généralement ils ne mettent jamais les bières sur les menus. Sauf que là j'ai compris ce qu'il voulait dire. J'ai enfin réalisé que toutes les femmes que j'avais croisées depuis l'aéroport portent le voile. Je suis dans une région de Malaisie musulmane à 100%, contrairement à Sabah où l'on trouve de tout. Ayant compris très vite, je lui ai dit que ça me convenait comme ça et que j'allais prendre un jus d'orange ! C'est un peu curieux qu'ils poussent le respect du culte jusque dans un tel restaurant où ne descendent vraisemblablement que des étrangers. En entrée j'ai commandé une salade Thaï qui semblait très appétissante à la lecture de la composition, avec ses herbes locales. Ne prenez jamais ça, ça arrache du feu de Dieu ! J'ai d'abord éliminé les rondelles de machins rouges avec des graines au milieu, des piments mais c'était pas encore ça. J'ai dû redemander une boisson pour ne pas m'asphyxier. J'ai vu aussi qu'il y avait la même chose mais en vert ! Au bout de dix minutes de tri, j'ai fait une nouvelle tentative, c'était encore immangeable. Cette fois c'était le gingembre qui avait été écrasé en pulpe comme de l'ail. Tout avait très bon goût mais j'ai été obligé de laisser. Je me suis excusé en disant que c'était très bon mais impossible à manger pour moi ! C'est peut être pour ça qu'il n'y avait personne au restaurant... Le problème avec les hôtels trop modernes c'est qu'on ne sait plus maîtriser la technique. Pour la climatisation soit c'était trop fort et trop froid, soit quand je l'éteignais il faisait trop chaud. J'ai passé la nuit ainsi, tantôt en sueur et devant rallumer la climatisation, tantôt gelé. C'est bien dommage dans un si grand lit et une si belle chambre !

mardi 3 avril 2012

Rainforest Discovery Center


Hier après les orangs-outans, je me suis enfermé dans mon bungalow en teck pour réécrire ce que j'ai perdu l'autre jour. Je n'en suis ressorti que pour le dîner, oubliant au passage le coucher de soleil sur la jungle qui avait dû être magnifique. Car depuis la terrasse du restaurant il restait encore quelques traces roses dans le ciel. Tant pis pour moi. C'était la dernière occasion, m'envolant aujourd'hui pour Kota Kinabalu. Je vais juste y faire une escale pour prendre un vol demain pour Kuala Lumpur. Je quitte les singes pour la plage, les îles Perhentian plus précisément, situées au nord-est de la Malaisie, à deux pas de la frontière avec la Thaïlande. Mais ça, ce sera pour demain. Aujourd'hui il me reste la matinée à Sandakan avant le vol. Je comptais à la base l'utiliser pour retourner voir les orangs-outans mais vu le monde qu'il y a, je préfère aller à côté, au Rainforest Discovery Center, qui propose des sentiers dans la jungle et des jardins fleuris, ornementaux, maraîchers et médicinaux. 
Ce n'est pas que je n'ai pas aimé les orangs-outans - au contraire ils sont adorables et je songe sérieusement en adopter un - mais dans ces conditions, ça gâche la visite. Dommage, ils sont victimes de leur succès. Ils devraient restreindre l'accès à un certain nombre de personnes mais ils ne le feront jamais, l'argent des billets servant à entretenir les orangs-outans. Et comme j'expliquais hier ils ont bien besoin de sous. D'ailleurs le site que j'ai mis en lien sur le message d'hier est la seule ONG acceptée en Malaisie. Elle est le fruit d'une anglaise qui s'est rendue ici même il y a plus de dix ans et qui est tombée amoureuse des orangs-outans et a décidé de fonder cette ONG pour leur venir en aide. J'aime bien ces gens qui ont des idées un peu folles et qui vont au bout de leur passion.
Je suis devenu un pro du pliage de bagages. Au début ça m'emmerdait de toujours défaire et refaire les bagages, maintenant c'est devenu une seconde nature et je n'y prends plus gare. 
J'oublie toujours des choses au passage, comme mon T-shirt de nuit récemment, ou ma lampe torche chez l'oncle Tan, mais le principal suit ! En dix minutes je te torche le truc. Les autres, les voisins, je les regarde et je les entends, ça prend bien une bonne heure en allées et venues d'un côté à l'autre de la pièce. A 9 heures j'embarquais dans le fourgon pour retourner chez les fous. Ils m'ont laissé avant, avec un jeune couple dont la fille avait oublié la veille de visiter le jardin des orchidées. Elle était donc revenue pendant que son homme restait devant la billetterie, le cul posé sur un divan occupé avec son Ipad, pas intéressé par la balade dans le jardin. Il a eu tort. J'y ai passé deux heures, ça grouillait de plantes différentes, on était obligé de s’arrêter à chaque pas. Ils avaient eu la bonne idée de mélanger les plantes en les étageant. En retournant une feuille on pouvait donc en découvrir de nouvelles, c'était comme avec les poupées russes, ça semblait sans fin ! 
Au rayon belles plantes aquatiques en général on me trouve!
Il y avait aussi des espaces dédiés, un pour les plantes aquatiques, un autre pour les cactus, un pour les plantes grasses américaines ou encore un autre pour les plantes carnivores. Ça doit bien marcher pour elles car elles donnaient plein de ces besaces avec un chapeau dessus pour cacher un liquide mortel pour qui tombe dedans. Il faut dire qu'avec ce qu'il y a comme bestioles rampantes et volantes, elles ont de quoi être heureuses. Mais le clou c'est bien le jardin des orchidées, avec des locales mais aussi d'autres de tous les pays. Je pensais y trouver la jolie tigrée endémique de Bornéo mais j'ai dû me contenter d'une photo sur la fiche descriptive, la plante étant sans fleur, comme la majorité du reste. Mais il y en a tellement qu'on finit par en trouver des fleuries.
Le parc n'est pas vraiment un parc, c'est plus une forêt aménagée pour en faire un parcours éducatif avec des panneaux expliquant la moindre chose. 
Pour ceux qui ne veulent pas s'emmerder à faire un trek dans la jungle il n'y a pas loin où aller, une visite de ce centre suffit pour avoir un bel aperçu. Le site est magnifique, plein d'arbres centenaires, très hauts, de lianes, fougères, mousses et autres plantes de sous bois aux grosses feuilles vert fluorescent quand on les regarde avec le soleil à travers. Il y a des ponts suspendus et même un « canopy walkway » à 17 mètres du sol qui permet d'avoir une vue de singe. A tel endroit on est invité à ouvrir l’œil, pour essayer d'apercevoir tel oiseau ou même des orangs-outans qui s'amusent de temps en temps à emprunter le passage pour faire raccourci. On trouve également un jardin avec des gingembres. Je ne savais pas à quoi ça ressemblait à part cette racine tarabiscotée qu'on trouve sous sachet. C'est en fait une plante fleurie qui fait de jolies fleurs dont certaines sont retrouvées dans les bouquets de fleuristes. 
Le gingembre comprend en fait une multitude d'espèces et on en dénombre 125 rien qu'à Bornéo dont certaines restent encore à découvrir. Un autre truc qui m'aurait bien plus aussi quand j'étais à la fac, c'était botaniste. Parcourir les 4 coins du globe pour tenter de trouver des espèces non répertoriées ou mieux étudier des espèces méconnues. Seulement le créneau est un peu bouché et pas très porteur, ni rémunérateur, comme tous les métiers scientifiques, c'est pour ça que j'ai fait autre chose. Dommage... Pour en revenir au gingembre il y avait un dessin avec les espèces les plus connues et j'ai cru reconnaître l'arbre du voyageur, célèbre dans tout pays tropical. Si c'est bien lui eh bien c'est un gingembre ! Il faudra que je me renseigne à mon retour pour vérifier que je ne me trompe pas.
La forêt du parc n'est pas quelque chose de plat et rectiligne, elle offre des vallons avec des cours d'eau qui serpentent. On entend plein de bruits différents et là aussi des panneaux indiquent qu'on risque de croiser tel ou tel animal. J'en suis rendu à 6 espèces de singes, les autres sont : le tarsier, ce fameux singe aux yeux aussi gros que son cerveau dont j’avais oublié le nom et deux espèces de singes mous au sens qu'il se déplacent lentement. 
Ils sont nocturnes, j'ai oublié leur nom mais l'un d'eux est un singe toxique ! Il crée des chocs anaphylactiques à qui le touche ! Il possède en fait des glandes dans la bouche qui secrètent des toxines dans sa salive. En se léchant le pelage, il s'en enduit ainsi des pieds à la tête. Même pour l'homme il peut être mortel ! Plus que comme moyen de se défendre, c'est surtout son moyen pour se nourrir, étant trop lent pour chasser. Il reste donc suspendu aux branches et dès qu'il voit une proie il se laisse tomber dessus, se mettant en boule et attendant qu'on le morde. La malheureuse bestiole qui n'a rien compris passe ensuite de vie à trépas et le singe n'a plus qu'à se servir. Les trouvailles de la nature sont inépuisables. Son génie est sans limite. C'est ce que je me disais aussi devant un panneau invitant à regarder très haut vers la cime des arbres pour tenter d'apercevoir un écureuil volant. 
Il y avait une photo illustrative. La bestiole qui n'a rien d'un oiseau possède une excroissance de peau sous ses pattes qu'elle déploie comme une cape pour planer. La photo parle d'elle même, on dirait une chauve souris avec une tête d'écureuil ! Pourquoi être allé inventer un écureuil volant me direz vous ? Eh bien c'est parce que les arbres sont si hauts que cette pauvre créature si elle ne volait pas serait obligée de faire des allers retours de bas en haut d'un arbre qui auraient tôt fait de la fatiguer. Avec ce stratagème, elle économise un trajet, celui pour descendre !
Dans le bois on rencontre également un arbre géant que je n'ai pas eu l'occasion d'approcher, ayant pris trop de retard à me pavaner pour pouvoir m'y rendre avant de prendre l'avion. Mais je me suis consolé avec une réplique, plus petite mais fort impressionnante, un belian. C'est comme ça qu'ils l'appellent ici. 
Sinon les anglais lui donnent le nom de Borneo Ironwood. Le spécimen que je contemplais avait 1020 ans. Ils l'on daté au carbone 14. Son diamètre fait 1m20. Il ne se rencontre qu'à Bornéo, à Sumatra, aux Philippines ou encore Java. Il reste donc dans le secteur. Son bois en fait le 7e plus dur au monde. Malheureusement il est voie d'extinction, lui aussi victime de la déforestation. Il est très dur à replanter car il produit quasiment pas de graines et pousse très lentement. La seule chose que les autorités ont décidé est de limiter l'abattage et l'exportation du bois. Avec ça... Encore une fois, au risque de me répéter, comment peut on réduire à néant en quelques minutes un arbre qui a poussé si haut de toutes ses forces pendant tout ce temps, traversant guerres et générations pour se retrouver sacrifié sur l'autel du profit et d'une demande exponentielle, étant de plus en plus nombreux sur cette Terre ? 
Personne n'ose dire qu'on est trop nombreux, allant faire des projections de population sur les décennies à venir à moitié en s'en félicitant. Eh bien moi je le dis et je m'en inquiète ! Le monde court à sa ruine. Ça fait très vieux con à dire mais c'est hélas la vérité. Il reste encore l'Australie d'épargnée en raison de son existence toute récente. Sur la carte du monde que j'ai dans ma cuisine à la maison, j'ai une mini-carte avec la répartition de la démographie dans le monde selon un code couleur. Seule l'Australie est à l'échelle la plus basse. Couleur blanche ! Si on omet les pôles... Mais qui a envie d'y vivre ?
Je suis descendu à Kota Kinabalu au même hôtel que les autres fois. Ils sont sympathiques et les chambres modernes. En plus la semaine dernière alors que je voulais payer, ils m'ont dit que je réglerais la globalité à mon retour de Sandakan. Rien n'indiquait que je reviendrais hormis le fait que j'avais réservé de vive voix sans laisser d'arrhes. 
J'aurais tout aussi bien pu disparaître dans la nature en laissant mon ardoise. J'aime quand les gens ont une telle confiance, on doit les respecter encore plus. Chee Ling Ling était toujours là et m'a demandé tout de suite de lui confirmer des mots français que je lui avais appris la dernière fois pour voir si elle les avait bien retenus. Elle a beaucoup de mal avec « au revoir ». Il semble que notre « r » soit imprononçable pour beaucoup. Quand elle essayait avec sa collègue ça les faisait beaucoup rire et ça se terminait par la conclusion que notre « r » était horrible. J'ai essayé de leur trouver une de ces histoires du genre « les chaussettes de l'archi-duchesse » avec des « r » mais je n'ai pas trouvé. Je leur ai donc dit qu'avec l'espagnol c'était bien pire. Eux ont vraiment un son imprononçable la fameuse « rota », le « j ». Je n'ai jamais pu le prononcer. Chaque fois qu'on me reprend je sors le son d'un « r » normal. C’est pas humain. 
La jungle vue du ciel, avec mes singes dedans que je laisse...
Comme depuis tout à l'heure la collègue pianotait sur son ordinateur à mesure que je sortais des mots français pour avoir la prononciation (j'ai découvert qu'avec Google Translate, si on met le haut parleur on entend quelqu'un qui prononce le mot désiré dans la langue qu'on veut), je leur ai demandé d'essayer le mot « orange » en espagnol. Elles se le sont fait passer et repasser en boucle prises d'un fou rire. Essayez vous aussi à la maison, vous verrez pourquoi ! Je tenais la démonstration que le « r » français n'est pas si affreux que ça ! En retour elles m'ont appris deux mots chinois : « tsaï tsienne » qui veut dire « au revoir » et « ni how ma » qui veut dire « comment allez vous ». Ne me demandez pas de l'écrire en chinois ! Je ne sais pas trop à quoi ça va bien me servir... Peut être qu'un jour j'arriverai à pied de la Chine !

lundi 2 avril 2012

Les orangs-outans de Sépilok


La nuit dernière je n'ai quasiment pas dormi. Hier soir, alors que j'étais content d'avoir enfin terminé de raconter 4 jours d’expéditions et d'observations, au moment où j'ai appuyé sur « Enregistrer », 15 secondes plus tard l'ordinateur redémarrait sans que je lui demande rien. Et impossible d'ouvrir le document. Il ne fait plus que 750 ko alors qu'il comprenait 460 pages. Je ne sais pas quelle était sa taille mais 750 octets ça me semble vraiment dérisoire. Le format n'est plus reconnu, en ouvrant avec le bloc notes j'ai des dièses sur 128 pages. En fait je pense que l'enregistrement devait être en train de se faire quand le système est tombé en rade. Et du coup la sauvegarde n'a pas pu être faite jusqu'au bout, donnant un document corrompu. J'ai perdu tous mes récits du voyage. Heureusement qu'il me reste le blog et que je sais que je dispose d'une fonction capable de sauvegarder son contenu quelque part. Car maintenant que toute ma mémoire est sur le blog, s'il survenait un crash de serveur ou un piratage de mon site, malheur. Aussi, dès que j'aurai une connexion internet, c'est la première chose que je vais faire. Par contre pour les 4 derniers jours, ils sont perdus à jamais et avec eux les anecdotes que je racontais et plein de moments merveilleux que j'avais passés. Je ne me sentais pas d'humeur à tout réécrire, il y en avait pour 10 heures de boulot, j’avais noirci 12 pages. Tant d'efforts réduits à néant, j'étais effondré !
Me souvenant encore des titres que j'avais donnés à chaque message, j'ai ouvert un nouveau document en mettant dessous la mention « contenu perdu à jamais », résigné à ne publier que les photos. Ça me faisait trop mal au cœur, tout ce travail pour rien. Ça m'a hanté toute la nuit, m'empêchant de dormir. Pour écrire j'utilise l'éditeur de texte gratuit OpenOffice, alternative à Word. Je ne sais pas ce qui s'est passé, sans doute que mon document approchant les 500 pages était devenu trop gros à enregistrer. Je m'étais posé la question il y a quelques temps, en pensant le scinder en deux par sécurité. Évidemment je ne l'avais pas fait, pas plus qu'une sauvegarde sur un autre appareil au cas où. Ça m'apprendra ! Pourtant avec le numérique je devrais le savoir, ce n'est pas la première fois que je perds des données. On ne peut pas faire confiance dans le numérique. C'est juste un fichier fait de 0 et de 1, quasiment virtuel, qui se perd ou se corrompt parfois tout seul. Sans parler des supports qui se détériorent d'eux mêmes. Du temps du papier, ça ne risquait pas d'arriver, sauf inondation ou incendie !
Ce matin, j'ai réalisé que je ne pouvais pas faire ça. Le blog est ma mémoire, je ne peux pas me résoudre à publier des messages vides. 4 jours après tout ce n'est pas beaucoup, ma mémoire est encore fraîche, il faut en profiter, d'autant plus que tout n'est pas perdu, j'ai toujours mon calepin de notes. J'ai donc pris la décision de tout réécrire. Finalement ce n'est pas si dur, quand je commence, ce que j'ai écris me revient, les tournures avec. Plus ou moins. Par contre ça me bouffe un temps monstre, je suis obligé de passer le moindre temps mort à écrire, comme ce que j'avais fait après mon retour de Palau. En tout cas maintenant, après chaque paragraphe que j'écris, je sauvegarde le document sous une copie. Je me suis également empressé de charger les dernières photos que j'avais sur l’ordinateur dans mon disque dur externe. Car les prochaines victimes sur la liste des disparitions pourraient très bien être mes photos. 
Non non ce n'est pas une tirelire à pourboire en plastique!
Et là, une photo perdue, ça ne se récupère pas. [NDLR : la sauvegarde du blog se fait sous forme d'un fichier XML illisible avec des balises partout. Si vous connaissez un moyen de récupérer les messages pour les avoir au format texte ou bien pour transformer un document XML en format texte, je suis preneur...]
Au Nipah Lodge, ils m'avaient commandé un taxi pour 8 heures afin de me rendre à Paganakandii, mon hébergement à Sépilok, situé à 30 minutes de Labuk Bay. Je dois retourner sur mes pas vers Sandakan afin de me rendre aujourd'hui au centre de réhabilitation des orangs-outans à Sépilok, là où Jackie risque fort de finir. Je suis arrivé à 7h00 pour prendre le petit déjeuner mais il n'y avait personne à la réception. Ou plutôt si : deux hornbills étaient là, un sur le comptoir faisant trophée et un autre derrière, par terre qui poussait des cris. 
On dirait qu'ils ont une moumoute!
J'ai cru qu'il était blessé mais il s'est sauvé quand les autres du personnel sont arrivés. Ça leur a fait peur, ils se sont pris un vol de gros hornbill en pleine face comme un airbus qui décolle puis ça les a fait rigoler. Jonathan est aussi arrivé peu après, un matelas sous le bras. Apparemment il dort au Nipah Lodge mais ne doit pas avoir de chambre dédiée, aussi il doit dormir par terre sur un ponton après avoir mis un matelas. Avant de partir, au moment où il me serrait la main je lui ai laissé un pourboire. Il a retiré sa main aussitôt, surpris, puis a fini par le prendre, gêné et regardant autour de lui. Sans doute pour vérifier que personne ne le voyait. C'est vrai que ça la fout un peu mal pour les autres de l’hôtel à qui je n'ai rien laissé. Mais j’avais sympathisé avec lui et il m'a appris plein de choses, prenant aussi de son temps comme hier pour m'amener faire un tour dans la mangrove. Je ne pouvais donc que le remercier. 
Et puis à travers lui, c'est aussi un peu les singes que je vise. Un rangers heureux ce sont des animaux heureux. Évidemment je ne pouvais pas leur laisser de pourboires, pourtant ils m'ont bien amusé ! Et qui sais, peut être que je reviendrai un jour pour travailler avec Jonathan. Ça ne me dérangerait pas...
A Paganakandii - un nom imprononçable et impossible à se souvenir, devant à chaque fois farfouiller dans mon ordinateur à la recherche de la réservation quand on me demande où je vais -, changement d'ambiance. Ça grouille de monde, des occidentaux, ils sont occupés avec le petit déjeuner et le personnel me demande à chaque fois si je veux en prendre un. J'en ai déjà eu un au Nipah Lodge, je préférerais qu'on me dise comment ça fonctionne là dedans, comment faire le check-in et comment me rendre à Sépilok. J'ai fini par obtenir les informations mais il a fallu leur tirer les vers du nez. 
Le domaine des orangs-outans
Ils étaient juste débordés, autrement ils sont très gentils, je ne pouvais pas leur en vouloir. Il y a une navette gratuite qui amène les clients à Sépilok à 9 heures pour le feeding de 10 heures. Il y en a deux : un à 10 heures et l'autre à 15 heures. Il ne faut donc pas les rater. Nous étions une petite dizaine entassée dans un minivan, venant gonfler le gros des troupes à Sépilok. Quand on a mis le pied à terre, j'ai eu un mauvais pressentiment. Il y avait une dizaine de gros bus garés, on se serait cru sur une tournée de rock star. Sauf que la star ici c’est l'orang-outan. Tout le monde est venu assister à leur show.
Avant de rentrer, il faut laisser son sac à dos dans un casier. J'ai pensé que c'était optionnel mais pas du tout, c'est obligatoire. Par sécurité. Il y a un panneau rigolo qui dit : «Please leave your bag/handbag at the locker provided. (Otherwise the Orangutan will keep it for you) ». 
Ensuite, quand je suis arrivé au site d'observation c'était pour constater l'horreur. C'était comme au concert, les gens debout devant la scène, consituée d'une plateforme autour d'un arbre, avec des câbles qui partaient vers d'autres arbres afin de permettre aux orangs-outans de venir. Il n'y avait encore personne, l'artiste n'était toujours pas monté sur scène. Il y avait plein de groupes, ceux des bus, chaque personne étant affublée d'un numéro représentant leur bus, question qu'on les repère. Leur guide avait un panneau qu'il brandissait bien haut avec le numéro adéquat, comme ces signaux de chantier pour indiquer de s’arrêter. Quelques macaques ont fait leur apparition, déclenchant des « oh » qui partaient en chœur comme dans un stade de foot. Les gens se retournaient, m'envoyant un coude dans l’œil, tendant leur appareil bien haut que je me prenais aussi dans l’œil en me retournant.
On me marchait sur les pieds, ça trépignait, c'était la foire d'empoigne de personnes qui poussaient pour se rapprocher et être au premier rang. Il devait bien y avoir au moins 20 rangs de constitués. Et ça parlait, ça commentait, sans parler des odeurs et des haleines fétides. Je n’avais qu'une hâte, que ça se termine. Je m'y attendais un peu, ayant lu des critiques de gens qui n'y étaient même pas restés 5 minutes, décrivant une grande foire de n'importe quoi. Mais ce que j'ignorais c'est que ces bus viennent de bateaux de croisières, ces fameux paquebots plein de vieux en goguette. Je ne sais pas où il a accosté mais ils ont tous décidé de venir là ce matin. Peut être aurai je plus de chance cet après midi, la visite de Sépilok étant généralement incluse dans des tours où les gens vont voir autre chose. Rare sont ceux qui y passent la journée. On comprend pourquoi !
Finalement une femelle a fini par arriver avec son petit, pour manger les mêmes haricots que les petits gris. Elle est arrivée en se suspendant aux câbles, se balançant de droite à gauche. Avant d'atteindre la plateforme elle a donné de grands moulinets sur les câbles pour dégommer les macaques qui avaient commencé à se servir les premiers. Elle n'a pas aimé ça et les macaques volaient dans les airs comme l'herbe sous une tondeuse !
Il ne fait pas bon se prendre une raclée par un orang-outan. Ce sont les rois de la forêt et ils le savent ! Les macaques qui n'avaient pas été éjectés descendaient de l'arbre pris de panique, reprenant leur rejeton dans les bras. Sur ce coup là on n'a pas eu trop de chance car les autres orangs-outans ne sont pas venus, sans doute intimidés par toute cette agitation. La mère devait avoir l'habitude car une fois le repas terminé elle a joué avec son bébé. Ils se donnaient la main, on aurait dit qu'ils dansaient. La mère se mettait sur le dos, tenant le bébé en l'air. A d'autres moments le bébé roulait sur le dos pendant qu'elle lui faisait des guili-guili. C'était très attendrissant. Une fois qu'ils ont déguerpi en reprenant la voie des airs, les macaques ont rappliqué dare-dare pour finir les restes puis les macaques partis, c'était aux tour des écureuils qui arrivaient en descendant des câbles, comme des rats. Il y a un ordre d'apparition tacite pour le repas, d'abord les plus grands, ensuite les plus petits. Malheur à qui enfreint la hiérarchie, c’est très mal perçu et ça se termine en bagarres !
On voit bien que ce ne sont pas les mêmes!
Je suis resté un peu pour regarder les macaques, une fois le gros du troupeau parti (je parle des touristes!). En effet on a une expérience plus proche des animaux, certes pas avec l'orang-outan qui a déguerpi bien loin et qu'on ne reverra pas, mais avec les macaques. Je me suis aperçu qu'il y en avait deux espèces : le macaque à longue queue, vu et revu, mais aussi le macaque à queue en tire bouchon (pig tailed macaque). Ils s'entendent bien entre eux et vont même à s'épouiller sans faitre gaffe à quelle race l'autre appartient. Au début on ne repère la différence que d'après la queue mais quand on les a côte à côte on voit bien qu'ils sont différents. Ils n'ont pas la même couleur ni le même pelage. Le visage aussi est différent. Ils jouaient sur le ponton qui menait à la sortie, empêchant de passer les retardataires. Il y a une fillette qui a voulu me doubler, elle a été coursée par un macaque qui devait trouver rigolo d'avoir un truc à sa taille.
La fille est allée pleurer dans les jupes de sa mère, en pleine crise de nerfs, elle ne voulait plus avancer, ayant trop peur. Le père a été obligé de la prendre sur ses épaules. Il faut faire attention car bien qu'ils soient proches ils n'aiment pas les intrus. Aussi il peut leur prendre d'attaquer, dents devant, alors qu'ils étaient bien gentils et calmes deux secondes plus tôt. Je n'y ai pas échappé non plus, j'ai eu droit à une tape dans le dos d'un macaque qui me suivait en courant sur la rambarde et me tapant au passage ! Un macaque c'est caractériel !
En sortant j'ai appris plein de choses sur les orangs-outans et j'ai même hésité à en adopter un. On peut le faire de chez soi, j'y réfléchirai à mon retour. En fait le principe est qu'ils ont une liste de bébés tous plus mignons les uns que les autres qu'on peut adopter. L'adoption ne consiste pas à l'avoir à la maison mais à apporter son soutien au centre de réhabilitation, obtenant en échange des nouvelles du bébé choisi et des photos.
C'est un excellent moyen de garder un contact avec les animaux que j'ai vu et en plus c'est utile. Car un orang-outan dans le centre coûte 2000 euros par an en soins et nourriture. Ils ont donc besoin de dons. L'orang-outan fait partie des Grands Singes qui comprennent aussi les gorilles, les chimpanzés, les bonobos...et nous ! On ne le rencontre qu'à Bornéo et Sumatra. Un adulte fait entre 100 et 130 kilos, le mâle mesurant environ 1m40 et la femelle 1m15. La longueur des bras d'un mâle peut aller jusqu'à 2m40 ! C'est dire comme ils sont étudiés pour se balancer ! Contrairement aux autres singes que j'ai vus jusqu'à présent, ils sont solitaires. On peut parfois les rencontrer à plusieurs sur un arbre à fruits, c'est leur endroit de socialisation. Ils vivent exclusivement dans les arbres, y faisant tout, même donner la vie. Une femelle ne devient fécondable que vers l'âge de 15 à 17 ans, et ne se laisse faire que quelques fois dans sa vie. Elle n’est pas portée sur la chose, ce qui est un facteur aggravant qui place les orangs-outans en espèces menacées de disparition. Les jeunes restent avec leur mère jusqu'à l'âge de 7 à 10 ans.



Pour le feeding de l'après midi de 15 heures, ça a été le même cirque, avec encore plus de monde. Ils avaient lâché les maisons de retraites et les petits vieux voulaient tous voir les orangs-outans avant de clamser. Ils avaient des appareils photos mais je ne suis pas sûr qu'ils aient réussi à faire de bons clichés. C'était un festival d'appareils qui s'agitaient devant moi, les vieux sucrant les fraises et l'appareil avec ! Ils ont dégagé rapidement, les orangs-outans ayant tardé à se montrer. La nourriture avait été disposée depuis un bon moment mais personne ne voulait y toucher, pas même les macaques. Ils attendaient leur tour eux aussi. Pendant ce temps là on se regardait avec des yeux de poisson dans un bocal, se demandant s'il y aurait un orang-outan d'humeur à monter sur scène. Pour l'heure il était en coulisses, derrière l'épais rideau de jungle. Puis, le premier est arrivé par le sol et deux autres ont fini par lui emboîter le pas en choisissant les câbles. Après, les vieux ont dû y aller, râlant car le spectacle venait juste de commencer. Ça nous a permis d'avoir champs libre pour contempler les orangs-outans de plus près, qui ont fait un ultime come-back en restant un instant dans les fourches des arbres pour être salués.
Quand on regarde les rangers qui nous surveillent on est surpris par le nombre de blancs, surtout des filles, des jeunes.
J'ai appris que beaucoup venaient en tant que volontaires pour aider pendant un mois ou deux. Ils ont leurs propres quartiers de résidence, à l'entrée du centre et sont une douzaine. J'ai parlé avec une fille, une anglaise, elle me racontait qu'elle était venue ici en tant que touriste il y a deux ans et demi et avait décidé de revenir en se rendant utile à la fin de ses études, avant d'attaquer la vie professionnelle. En plus ça fait une expérience sur un CV qui peut être utile selon les secteurs qu'on vise. Du coup je me demande : et si je faisais pareil avec les singes proboscis ? Je repense au fait qu'il y a plein d'agences spécialisées dans les tours du monde utiles, qui proposent d'aider des rangers dans des parcs nationaux pendant un mois et d’enchaîner avec une semaine ou deux libres pour permettre de visiter en touriste. Il faudra que j'y songe pour un prochain tour du monde.
Paganakandii
En Australie dans l'Outback, j'avais aussi vu des panneaux « wanted » fleurir dans les parcs nationaux. Pour qui est de bonne volonté il y a de quoi faire. Seul hic, on n'est pas rémunéré, volontariat oblige, seulement logé, ce qui n'est pas si mal. Alors pourquoi ne pas sauter le pas ?
Au gîte j'écoutais les gens discuter. Il y a quelques français mais surtout des anglais, des allemands et des suédois. Ils échangent entre eux les tuyaux de ce qui est bien de ce qui l'est moins. Le gîte propose ainsi une sortie à Labuk Bay et en général tout le monde y va au moins une fois dans son séjour. Du coup ils sont tous à comparer les deux centres. Je n'ai dit aucun mot, ne voulant surtout pas faire de pub pour Labuk Bay. Il faut que ça reste « the best kept secret of Borneo « . Labuk Bay remporte tous les suffrages parmi les pensionnaires, ils trouvent le site plus marrant, les singes plus vifs et plus près, offrant un meilleur contact avec eux, le tout avec moins de monde. Ça ne les empêche pas de rester entassés à Sépilok et c'est tant mieux. Je regrette un peu ma retraite là bas et mon statut d'invité unique !

dimanche 1 avril 2012

Concombres et pancakes

Aujourd'hui c'est le premier avril, cela fait 6 mois jour pour jour que je suis parti et c'est le mois qui verra mon retour en France. La récréation est bientôt terminée, le compte à rebours enclenché. Je préférerais que ce soit un poisson d'avril mais ça n'en est pas un. Il faut que j'évite de penser à ça, après tout un mois c'est long et je compte bien l'utiliser en riches découvertes et le vivre à fond. Aujourd'hui j'ai eu une révélation. Je suis devenu partie prenante de la vie des rangers. Je monte dans leur van avec les sacs contenant la nourriture des singes, un sac rouge et un bleu, et je les suis partout dans leurs tribulations, comme un chien, en passant d'une plateforme à l'autre. Il y a des pancakes et des concombres et le groupe qui reçoit les pancakes du matin a droit aux concombres l'après midi et vice versa. Jonathan est intarissable sur les us et coutumes des singes. Il les connaît par cœur et leur a même attribué un nom à chacun. Il sait exactement combien ils sont. Je ne sais pas comment il fait car pour moi, passé le stade de la distinction mâle/femelle, ils sont tous pareils. Ainsi le bébé orange des petits gris s'appelle Valentino. Il est né le 16 février 2012. Cette petite merveille a poussé son premier cri alors que j’étais à Guam et j'ai l'impression que c'était hier. Je lui souhaite tout le bonheur du monde et une vie paisible dans sa jungle.
Je regardais Jonathan ouvrir le portillon d'accès à la première plateforme. Il a un boulot en or. En culotte courte toute l'année, il n'a pas l'air malheureux et passe son temps à imiter les cris des proboscis pour les attirer. Et ça marche. Quand ils l'entendent, la jungle s'anime en un bruissement de feuilles avec des trucs lourds qu'on entend passer d'un arbre à l'autre. Tout ce qu'il a à faire c'est de s'assurer du bien être de ses invités et de nettoyer les plateformes d'observation. Il est aidé dans cette tâche par d'autres rangers qui ne font que ça. Des dames pipi de singes. Il faudrait qu'ils pensent à leur réclamer une petite pièce pour le service rendu ! Car en plus ils chient et pissent partout. Quand ils font pipi ça fait comme pour nous, ça part en arc de cercle ! Je me vois bien en gardien de parc national. Moi qui me sens si bien dans les parcs nationaux. En plus ils sont à chaque fois dans les coins les plus beaux et les plus reculés de la civilisation et de ses emmerdes. Avec moi les animaux seraient bien traités. 
Tout ce que je demande c'est une petite cahute au fond des bois. Qu'est ce qu'il faut comme formation que je m'inscrive ? Pourquoi personne ne m'a rien dit sur cette voie lorsque j'étudiais la biologie à la fac ? Mais redescendons sur terre, les parcs nationaux, il n'en pousse pas tous les quatre matins et ceux qui existent sont déjà pourvus. Et puis je suis sûr qu'on n'a pas le choix dans l'affectation du parc. N'y aurait il pas quelques parcs nationaux en Bretagne par exemple ?
Maintenant que j'y suis, je peux le dire, je suis venu à Bornéo pour les singes ! Et de ce côté là je ne regrette pas. Les gros bides sont arrivés comme les autres jours, à l’appel de Jonathan. Il me tardait de les revoir. J'ai comme noué un contact avec eux, surtout les petits gris. Ceux qui viennent pour assister à un feeding unique n'auront jamais l'occasion de vivre l'expérience que j'ai eue. 
J'aimerais me lever tous les matins pour aller leur dire bonjour. Aujourd'hui ils étaient dans des positons les plus insensées, s'étirant, se laissant suspendre par un bras ou faisant la balançoire avec, prenant leur élan. De temps en temps ils se mettent également debout et sont capables de marcher comme cela. Ils font ça lors des feedings, pour s'éclipser les bras chargés de provisions qu'ils vont déguster tranquillement dans leur coin avant que d'autres ne leur piquent. Car ils en ont jamais assez et même si un individu est déjà occupé à manger, il va chercher à piquer dans l'assiette du voisin. Ils ne le font pas tous mais quand ça arrive ça provoque des scandales où ils deviennent hystériques, se calmant en se faisant séparer par d'autres.
Rémy de l'oncle Tan nous disait que les sanctuaires ne traitent pas les animaux comme il faut, leur donnant des trucs sucrés à manger. Car il paraît que les singes ont deux estomacs, le premier rempli de bactéries afin de pré-digérer les végétaux qu'ils avalent. Et si on leur donne du sucre, ça fermente et leur donne des gaz, provoquant des gros ventres. C'est vrai que les proboscis ont un gros bide mais je n'ai pas souvenir en avoir vu un seul le ventre plat ! Les macaques eux sont sveltes. Les petits gris aussi. Mais pas les orangs-outans. Ça doit plus être un trait génétique. Et puis s'ils mangeaient si mal que ça, ils ne se reproduiraient pas autant.


A l'issue du premier feeding, Jonathan m'a amené faire un tour de mangrove. Ils sont en train de construire une troisième plateforme qui mène jusqu'à la mer. Ils ont déjà fait des repérages et commencent à nourrir les singes. J'ai saisi une autre vocation des feedings. Ce n'est pas tant pour amuser les touristes mais plus un moyen de garder les singes à proximité et d'éviter qu'ils n'aillent ailleurs où leur habitat est menacé. Car ici, c'est une réserve et ils seront toujours tranquilles. Les rangers sont aussi occupés à planter des palétuviers pour agrandir la mangrove sur la mer, afin d’accroître le territoire des proboscis. Il fallait y penser, puisque ça se rétrécit derrière, le seul moyen c'est d'agrandir devant. Je suis content de voir qu'il y a des personnes qui ont compris que le principal ce n'est pas le profit, qui préfèrent préserver un héritage et le garder pour les générations futures, prenant des initiatives qui rachètent le reste de l'humanité. 
Ça fait chaud au cœur. Le ponton qui mène à la mer passe à travers un sous bois dense et très sauvage de palétuviers très hauts. Je n'en ai jamais vus de si grands, ils font des arbres qui forment une canopée. D'habitude les palétuviers sont plutôt arbustifs. Sans doute une espèce spéciale. Mais c'est bien des palétuviers, j'ai vu leur graine, si reconnaissable, qui est en fait un arbre en miniature qui ressemble à un haricot prêt à s'ancrer.
Nous nous sommes rendus ensuite à la plateforme B où les petits gris étaient absents. Ils avaient disparu dans la jungle, preuve qu'ils ne sont pas apprivoisés et qu'ils ne viennent que s'ils le veulent. Comme ils se déplacent en bande, soit ils viennent tous, soit ils ne viennent pas. A la place on a eu la visite d'un hornbill qui est passé en rase motte pour se poser en face de la maison. Jonathan a tôt fait de le faire venir. 
Il sait aussi imiter son cri et l’appâter avec ce qu'il faut. Il suffit de disposer des morceaux de cake sur la balustrade pour qu'il fonce d'un trait tout droit dessus. Ça n'a pas ses yeux dans la poche. Seulement il met un peu de temps à se décider, temps que les écureuils mettent à profit pour leur compte, passant en un éclair pour remporter la mise. Le hornbill tout penaud s'est demandé ce qui se passait. Pour le consoler, un ranger lui a jeté la nourriture qu'il s'est empressé de gober au vol, comme font les pélicans quand on leur jette un poisson. Ça valait bien la peine de faire une excursion sur la rivière Kinabatangan si on en voit autant ici et de bien plus près ! Je ne regrette pas pour autant, c'était une expérience différente.
Dans l'après midi j'ai revu les petits gris qui sont descendus des arbres, venant de plus loin dans la mangrove. 
Pour rejoindre la plateforme ils devaient traverser le territoire des proboscis qui n'aiment pas qu'on les dérange. Aussi les petits gris fonçaient ventre à terre en grognant pour se frayer un chemin pendant que les proboscis leur courrait après pour leur donner un gnon. C'est sûr qu'à côté un petit gris ne fait pas le poids. Toute la tribu est arrivée, la femelle avec Valentino aussi. Par contre ils ont la mémoire courte, ils ne m'ont pas reconnu. Peut être parce que j'avais un T-shirt. Ou alors parce qu’il y avait plus de monde autour d'eux qui voulaient tous s'approcher plus près pour voir Valentino. Quand les autres touristes s'en sont allés, j'ai essayé une approche, après m'avoir mis la mère dans la poche. Mais pas un mâle qui veillait sur elle et le petit, un teigneux qui grognait quand je dépassais la limite de sécurité dont lui seul savait où elle se situait. Du coup quand il grondait je m’arrêtais, pour recommencer un peu plus tard, au cas où il m'aurait davantage accepté dans son cercle. Il n'y avait pas moyen de l’amadouer. La comédie avait assez duré pour lui, il a donné une tape sur la cuisse de la femelle en guise de signal pour qu'elle s'éclipse avec le petit pendant qu'il avançait vers moi en grognant. J'ai compris qu'il valait mieux que je déguerpisse.
J'ai eu plus de chance avec un proboscis qui a pris la place libre sur la rambarde. 
C'est la première fois que j'en voyais un de si près. J'ai pu le toucher sans qu'il se recule. Je lui ai caressé les doigts de la main et ça a dû lui plaire car il ne bougeait plus. Un moment sa tête s'est affaissée. Comme ils sont toujours à regarder partout, j'ai cru qu'il avait vu quelques chose. Au bout d'un moment j'ai regardé dans la direction qu'il scrutait mais il n'y avait rien. En fait il s'était endormi assis, sa main dans la mienne ! J'ai pris une photo par dessous pour bien m'en assurer et il avait bien les yeux fermés. Encore une photo comique ! A ce sujet pour aujourd'hui j'ai 40 photos incontournables, bien trop pour ce post. Normalement selon la taille du message que j'écris, je peux en mettre autour de 15. Il faut donc que je me résigne à ne pas en publier certaines. Mais c'est chose impossible, elles reflètent toutes une émotion que j'ai ressentie lors de la prise de vue et que je voudrais faire partager. Cela fait deux jours que je bute. C'est dur !
Oui il dort!
Sinon, c'est décidé, les années de la quarantaine seront les années grands voyages. Peut être pas des tours du monde car je me rends compte que 7 mois c'est beaucoup et parfois j'ai l'impression de moins profiter, comme embarqué dans une routine, recherchant l'aventure pour l'aventure. Mais c'est juste une impression, je m'amuse toujours autant et ça ne me dit toujours rien de rentrer. Je ferai donc des voyages de l'ordre de 5 mois, ce qui m'évitera de poser un congé sabbatique. Un voyage tous les 3 ans. Voilà mon projet pour les dix prochaines années. Un truc à ne pas annoncer en entretien d'embauche à la fameuse question « comment vous voyez vous dans 10 ans ». Une question débile qu'on ne m'a jamais posée et à laquelle je ne saurais pas répondre. Je n'ai pas d'ambition particulière dans le travail, sinon celle d'avoir une occupation dans laquelle je ne m'ennuie pas et qui ma rapporte suffisamment pour voyager à ma guise, ou du moins essayer. 
On n'a jamais trop de sous. Mais dans mon cas ce n’est pas pour amasser des biens comme ce que tout le monde fait. Je ne cours pas après la promotion, synonyme de plus de responsabilités, plus de pression et de stress. Pourquoi devrait on toujours évoluer ? Les gens qui restent au même poste en France sont perçus comme des ratés. Mais si on est bien quelque part, pourquoi aller voir ailleurs et faire autre chose ?
J'ai un collègue qui avait réussi à pirater l'ordinateur des grands chefs il y a quelques années. Il avait mis le nez sur un fichier d'appréciations des collaborateurs, une ligne devant chaque nom avec des commentaires plus ou moins assassins. Je me souviens de ce qui était dit à mon égard mot pour mot : « N'a plus un haut potentiel. Prend des congés sans solde avec notre accord. Ses intérêts sont ailleurs». N'a plus un haut potentiel... 
J'ai les doigts qui puent!
Comme si j’étais un truc qu'on peut régler à l'aide d'un curseur qu'on mettrait sur la position « max » ! Et pour ce qui est d’intérêts ailleurs, j'ai en fait d'autres centres d’intérêts dans la vie que le boulot, et alors ? Ça ne m’empêche pas quand je suis au boulot d’être intéressé par ce que je fais, de travailler sérieusement et de chercher à être performant le plus possible. Ce n'est pas incompatible. Pourquoi n'avoir qu'un seul intérêt dans la vie ? J’ai juste choisi d'avoir une vie privée à coté que je compte bien remplir. Après tout dans une entreprise on n'est qu'un numéro interchangeable, utilisé tant qu'on en a besoin et remercié dès que ce ne sera plus le cas sans autre égard. Dans ces circonstances, autant chercher un équilibre ailleurs. Je ne ferai jamais parti de ces gens qui se suicident parce qu’ils ont des problèmes au travail ou se sont faits licenciés. La vie vaut tout de même mieux que cela ! 
Je veux que le jour où je serai sur un lit d’hôpital n'avoir aucun regret et penser en souriant à tout ce que j'ai fait, tout ce que j'ai vécu et aux émotions que j'ai éprouvées. Et encore une fois je ne ferai pas partie de ces gens qui se désespèrent et se rendent compte trop tard lors d'une grave maladie qu'ils sont passés à coté des choses essentielles de la vie. On devrait tous penser à cela, ça aide à relativiser et à remettre les choses à leur place, à déterminer ce qui est important pour nous et pour ceux qu'on aime. La vie est trop courte pour perdre son temps en futilités. Alors je préfère avoir un commentaire laconique et incompris en face de mon nom que de rentrer dans un moule. De toute façon ils n'ont pas ma taille !
Ce soir je n'arrivais pas à me déscotcher des mes nouveaux amis. Jonathan m'avait dit au revoir déjà depuis un moment. D'ordinaire il rentre au resort en même temps que moi mais cette fois il est parti de son côté, me laissant tout seul. 
Je suis resté faisant des au revoir idiots de la main aux singes, m'éloignant d'un pas et ayant le malheur de me retourner. Je regardais leurs petites têtes qui me fixaient. Des petites boules duveteuses qu'on voudrait protéger. Je sais que je ne les reverrai pas. J'en avais les larmes aux yeux. J'avais été oublié par les rangers, rangé avec les singes à force d’être avec ! Quand ils ont fait un dernier tour avant de fermer les portes, ils ont été surpris de me trouver encore là. C'était normalement fermé depuis 20 minutes. Comme on ne m'avait rien dit, je ne suis pas censé avoir un œil rivé à une montre. Avec les singes, on se comprend et on n'a pas d'heure ! Demain j'irai voir d'autres singes, des orangs-outans mais ce n'est pas la même chose. Labuk Bay restera une étape importante pour moi à Bornéo, mon meilleur souvenir.

Un cousin pas si éloigné...

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