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mercredi 23 novembre 2011

La forêt de Whakarewarewa


Chantal avait raison, la forêt de Whakarewarewa, aussi surnommée Redwood est magnifique. Dire que j'ai failli rater ça ! Ce n'était en effet pas sur mon programme du jour, j'avais plutôt prévu de visiter ce matin Hell's Gate, un endroit de geysers et de piscines de boue dans lesquelles on peut se « baigner », et la ferme des kiwis. Pas le fruit mais l'oiseau ! C'est aussi l'emblème du pays qui donne à ses habitants leur surnom. C'est un oiseau dodu qui a l'air d'un jouet et qui pond de gros œufs presque aussi gros que lui. Il est en voie de disparition et ne sort que la nuit. Je ne risque donc guère de le croiser, vu que je me couche comme les poules ! Par contre il existe de nombreuses fermes dans le pays qui élèvent les kiwis, du stade d'incubation jusqu'au stade poussin. 
Une fois qu'ils ont atteint la taille adulte ils les relâchent dans la nature. Ceci afin de leur donner plus de chance, les œufs étant un met de choix pour de nombreux prédateurs tels que l’opossum avant qu'il ne finisse écrasé sur les routes. J'espère avoir l'occasion de rencontrer des kiwis durant mon aventure en Nouvelle Zélande, même si ce n'est pas tout à fait dans leur milieu naturel. Ne pas voir de kiwi c'est un peu comme ne pas voir de kangourou en Australie !
Quand je me suis levé, après être descendu de mon lac, je suis directement allé à Redwood, vu que le soleil commençait à sortir et allait permettre de faire de superbes photos dans la forêt, avec les rayons du soleil s'infiltrant dans le sous bois à travers la canopée. 
J'ai pris la direction du Blue et Green Lake, deux lacs adjacents aux couleurs adjacentes ! Sur la carte ils étaient indiqués comme étant dans la forêt de Whakarewarewa et je pensais donc que c'était le point de départ pour visiter cette forêt. En fait, j'ai failli rater le bois : juste après la sortie de Rotorua, j'ai vu fléché le centre d'information de Redwood. Le temps que je réalise, j'avais déjà dépassé l'embranchement. J'ai alors rebroussé chemin espérant obtenir un plan d'accès à la forêt. Finalement, il s'est avéré que le centre d'information est le point de départ de Redwood. C'est même le centre névralgique, les pins étant tout autour, comme seule essence d'arbre. En dessous rien ne pousse, ce ne sont que des aiguilles de pins. Les troncs sont comme promis sur la publicité : rouges ! Le centre des visiteurs propose plein de panneaux avec le détail des sentiers de randonnée possibles, allant de 30 minutes à plusieurs heures, voire toute la journée. Comme ils n’avaient pas de dépliants et que de toute façon je ne voulant pas m’enquiquiner avec un plan, j'ai pris le premier sentier venu. J'ai continué en allant au petit bonheur la chance, là où le cœur me poussait. J'ai pris des chemins destinés pour les chevaux, d'autres pour la randonnée, tout était bon !
La forêt s’appelle Redwood en raison de pins rouges de Californie qui ont été apportés de là bas en 1901. Ils mesurent dorénavant plus de 60 mètres de haut. Les troncs sont tout simplement impressionnants, il y en a de tous les diamètres et les plus larges doivent bien faire plusieurs mètres de diamètre. On y trouve aussi la fameuse fougère arborescente à foison, cherchant à rivaliser en hauteur avec les pins, des eucalyptus et des petits étangs aux eaux volcaniques d'un bleu magique. J'ai vu sur un guide au centre des visiteurs que la fougère arborescente porte un nom exotique dans le style maori. Je vais le commander pour expédition en France. Tout comme d'autres livres que je peux voir qui sont tous magnifiques, comme le « National parks of New Zealand ». 
En regardant les photos, il me tarde déjà d'être dans l'île du Sud. Je regrette un peu de n'être dans la région de Qeenstown qu'une petite semaine. Ça a l'air d'être le mieux, avec le Mont Cook, les fjords... Sur la carte que j'avais vue lors de la constitution de mon itinéraire de tour du monde, je pensais pouvoir rayonner facilement. En fait, par exemple Queenstown-Mont Cook est à 264 km et demande 4 heures de route. La nouvelle Zélande n'est pas un petit pays ! C'est bien car sur mon atlas routier, il y a un tableau qui donne les destinations et durées indicatives.
La forêt de Redwood est aussi un petit paradis pour la faune sauvage. Les oiseaux s'en donnent à cœur joie, ce sont des gazouillis ininterrompus, il y en a de toutes les mélodies ! On les sent heureux. 
J'ai croisé les oiseaux à huppe que j'avais vu à Coromandel, ici sans poussin, juste un couple. Quand ils m'ont entendu, le mâle s'est tiré d'un côté, la femelle d'un autre et ils s'appelaient désespérément pour se retrouver. J'empêchais encore les retrouvailles par ma présence. C'est beau de voir un couple d'animaux perdus l'un sans l'autre. D’ordinaire ils copulent puis s'en vont faire leur vie chacun de leur côté.
Le problème est que j'ai croisé à plusieurs reprises de nombreux groupes de japonais bruyants, gueulant plus qu'ils ne parlaient, faisant se taire tous les oiseaux dans un rayon de 100 mètres ! Ils se prenaient en photo autour des troncs, chahutant, n'en ayant rien à faire du calme et de la beauté du site. 
Ça n'en finissait plus, je voulais prendre une vidéo pour illustrer la sérénité du bois, c'était rappé ! Ils auraient été sur une aire d'autoroute ça aurait aussi bien fait l'affaire. J'avais envie de leur dire : « Shut up and listen ! ». Ça promet quand je vais repasser côté hémisphère nord, la Micronésie et les Philippines sont des destinations qu'ils affectionnent car toutes proches du Japon. On a l'impression que l'individu n'existe pas chez eux, que c'est une société de fourmis. C'est un peuple que je ne comprends pas et un pays qui ne m'attire pas du tout. Pourtant certains en tombent amoureux. J'ai certainement des préjugés et peut être devrais je un jour me forger ma propre opinion. Si on me paye le billet d'avion !
Je me suis tellement plu à Redwood que j'y suis resté toute la matinée, passant à la trappe la visite des autres sites prévus. Avec cette nature exubérante, tout m'inspirait, je jouais avec les ombres, les lumières. J'essayais de retranscrire la magie et la pureté de l'endroit que je ressentais. J'espère y être arrivé. Cette forêt est un petit paradis. Avant de prendre la route pour Auckland, je me suis arrêté au Burger King de Rotorua, question d'avaler des protéines. Il faut compter 250 km pour rejoindre Auckland et en nouvelle Zélande ce ne sont pas des autoroutes, que des départementales empruntées par des camions, des tracteurs. Entre ça et les travaux, il ne faut pas espérer dépasser les 70 km/h de moyenne. Et encore, sans compter les bleds à traverser. 
A ce titre la traversée de Hamilton est épouvantable, ça m'a pris 40 minutes. Des feux partout, des ronds points à n'en plus finir, des gens qui se traînent. Je déteste faire de la route, pour moi une voiture c'est pour aller d'un point A à un point B en un minimum de temps. Tout le reste est énervement. Je fais peur d'ailleurs à tout le monde qui monte avec moi, je serre les virages, essaye de doubler, peste et râle. Eh oui, la voiture rend con. Je ne l'aime que pour la liberté qu'elle confère.
Ce soir je me suis garé pas loin de l'aéroport d'Auckland, en bord de mer, dans un chemin en cul de sac mais à 100 mètres de la route. Tout à l'heure je n'entendais rien mais maintenant qu'il fait nuit les bruits sont amplifiés. Je ne sais pas à quoi c'est dû, j'ai toujours remarqué que la nuit avait cet effet. 
Je viens de finir mon dîner avec tristesse, c'était plus un apéro dînatoire, question de finir ce qu'il me restait. Je suis un peu triste de quitter mon van, même si c'est pour en retrouver un autre à Nelson. J'y avais mes habitudes, une poubelle de voiture derrière la glacière dont je ne me suis jamais servie (de toute façon il faut l'éteindre quand le moteur ne tourne pas), mes affaires bien rangées toujours à la même place. J’avais mes repères, tout roulait. Il va falloir tout ranger et recommencer ça ailleurs. C'est le destin du baroudeur, le prix à payer pour découvrir les différentes merveilles du monde.



mardi 22 novembre 2011

White Island




Comme vous pouvez le voir dans le titre, l'excursion a bien eu lieue ! N'ayant eu aucune confirmation par téléphone, même quand j'ai retrouvé du réseau, je me suis pointé à Whakatane au cas où. Quand j'ai quitté le coin où j'ai dormi la nuit dernière, il était 7 heures du matin et il a fait très froid toute la nuit, la nuit la plus froide depuis que je suis en Nouvelle Zélande, peut être parce que j'étais dans une forêt en altitude et près d'un lac. Ça n'aide pas ! La route pour Whakatane a des travaux, pour ne pas changer, et ceux ci rendent la chaussée en une piste de gros cailloux pointus sur 500 mètres. C'est scandaleux de laisser les gens passer sur une route comme ça, ils devraient au moins laisser une voie bitumée. J'avais peur à chaque instant de crever. Je ne sais pas ce qu'ils font, les ponts et chaussées, mais c'est très étrange. Par exemple tous les ponts sont à une seule file, et bien souvent indiqués au dernier moment. Pour les prendre c'est un jeu d'adresse, avec le van ça passe ou ça casse !
A Whakatane, j'ai trouvé un spot WIFI et en fait j'avais un mail qui confirmait bien ma participation à l'excursion, mail reçu la veille à midi. Je ne sais pas quelle était l'autre tarée que j'avais eu au téléphone, elle aurait pu me dire hier après midi que tout était bon ! Sans doute qu'elle n'a rien compris à ce que j'ai raconté, ou alors c'est l'inverse. J'avais tort de m'en faire sur la sortie ou non (c'était le seul jour où je pouvais, demain étant mon dernier jour plein dans l'île du Nord et qui sera dévolu au retour sur Auckland pour prendre l'avion le 24 au matin). Il y avait en effet 50 personnes de la partie.
Le départ était prévu à 9:15, on est resté à quai jusqu'à 10:00, attendant des personnes qui étaient en retard, bloquées sur la route. Quand enfin elles ont fait leur apparition, elle se sont confondues en excuses en montant à tous les étages pour dire « Sorry » (pour info, je ne crois pas qu'un français aurait pris cette peine, mais il faut dire que personne n'aurait attendu...). Quelqu'un a quand même répondu « We're sorry too ». Car la sortie coûte cher, ne dure que 6 heures et il faut pas moins de 3 heures aller et retour en bateau pour y aller. J'avais donc peur que cette attente ne soit prise sur le temps de visite une fois sur l'île.


La sortie du « port » - en fait le port est sur une rivière qui débouche sur l'océan - est gardée par une statue d'une femme debout, sur la tête de laquelle une mouette fait le guet et lui chie dans les yeux ! Au retour elle était toujours là. Pratique comme perchoir ! Plus loin, une première île qui n'a rien d'extraordinaire fait l'objet de moult sorties d'appareils photo, japonais en tête. Un groupe a pris place et ne déroge pas au stéréotype du touriste japonais qui photographie tout et n'importe quoi. Je ne sais pas ce qu'ils en font de leurs photos. Et ceux là ont un sacré matos. Une nénette pimbêche se donnant des grands airs façon Paris Hilton, à peine 20 ans, a un Nikon doté d'un caillou de professionnel, un de ces zooms de reportage animalier qui pèsent 5 kilos ! Ça ne s’arrête pas là, elle a aussi un gros flash façon ceux qui arpentent les rues les soirs d'été pour vous tirer le portrait. 
Bref, il y en a pour une fortune et tous les autres ont le même méga-zoom qui les fait vaciller en avant. Si ça leur plaît leurs joujoux... Ce qui est gros n'est pas toujours gage de qualité. Ça me rappelle le père de famille qui aux Tuamotu avait un caisson étanche pour son reflex, un truc qui coûte le prix du reflex, encombrant, lourd et donc affublé d'une grosse poignée. Eh bien, il se faisait chier pour pas grand chose, il était déçu de la qualité de ses photos. Je suis sûr que mon compact étanche fait aussi bien ! Le matériel ne fait pas un bon photographe, il y en a beaucoup qui l'oublient. En tout cas ils me faisaient bien rire à aller et venir, à prendre les vagues en photo ou l'horizon, se tenant comme ils pouvaient et avançant les jambes en X. Avec ou sans zoom, une ligne d'horizon est toujours aussi désespérément plate ! 


 L'arrivée à White Island est spectaculaire, une île désertique et accidentée se dessine avec en son centre un épais panache de fumée. En plus j'ai de la chance, aujourd'hui le temps est fantastique, quasi pas de nuage, aussi la fumée se détache bien sur le ciel bleu. Cette île est en réalité un volcan a elle toute seule, volcan marin émergé, c'est ce qui fait tout l'intérêt du site. Il n'y a aucune végétation sur l'île, ce n'est qu'un enfer de fumées, de chaleur et de gargouillis. Quand on met le pied à terre, eh bien on n'est plus sur terre, on débarque sur une autre planète. Par mesure de sécurité ils nous ont affublé d'un casque de mineur et d'un masque pour respirer en raison des vapeurs dans lesquelles on peut être pris subitement à la faveur d'un vent tournant. On a été un peu briefé, comme d'habitude je n'ai rien compris. Pour être sûr que ce n'est pas que moi, j'ai filmé la scène. Montez le son et dites moi si vous y comprenez quelque chose ! On dirait presque que ce n'est plus de l'anglais. Ils viennent d'où à la base, du fond d'une campagne d’Écosse ? Ils parlent tous comme ça. Je crois que je comprendrais encore mieux un fermier du Texas, quoique...
Ils nous ont séparé en 3 groupes, chaque groupe ayant plusieurs guides et quelqu'un qui ferme la marche. Et prenez garde si vous ne suivez pas le mouvement. Je l'ai compris dès le début, quand je me suis un peu écarté pour prendre une photo et que la guide m'a demandé de revenir sur le chemin. Quel chemin ? C’est des cailloux partout ! En fait l'île est privée. On se demande bien qui ça intéresse de posséder une île volcan si loin des côtes, où rien ne pousse et où l'air est irrespirable. Dans le passé il y avait une usine de fabrique de soufre mais ça a rapidement périclité. Tu m'en diras tant : les ouvriers devaient tous se casser au bout de quelques jours dans cet enfer. C'est très beau, mais de là à y vivre ! Ce n'est pas une terre pour nous, il faut la laisser à la nature, qui y fait ce que bon lui semble. C'est un champ d'expériences. La dernière en date est une éruption en l'an 2000 qui a valu la création d'un lac à la couleur changeante. Aujourd'hui il était vert. Mais selon son humeur, il est aussi parfois bleu ou jaune !


De nombreuses grosses cheminées se trouvent vers le fond du cratère d'où s'échappent toutes ces volutes, dans un paysage apocalyptique de cristaux jaunes. Quand on s'en approche le masque devient obligatoire. J'avais oublié le mien, pris dans l’émerveillement à regarder à droite à gauche, en bas, en haut ; jusqu'à ce que je me me retrouve dans une nuée qui me fasse tousser à en cracher un poumon. Le sol est chaud partout, les autres avec leurs gros godillots n'ont pas dû s'en rendre compte, moi mes Crocs s'en souviennent encore et j'ai bien crû qu'elles allaient fondre comme un vieux camembert trop fait. C'est la première fois que je voyage au cœur d'un cratère, c'est vraiment quelque chose d'unique. Je comprends les personnes qui y dévouent leur vie à les étudier. D'ailleurs il y avait un groupe de scientifiques qui étaient là avec tout un tas de consoles, de compas et de bloc notes.
J'avais envie de leur demander « Alors c'est pour quand, l'éruption ? ». Ils ont bien de la chance, ils ont pu y rester tant qu'ils voulaient. Pas comme nous, c'était un peu trop au pas de course. Souvent je fermais la marche pour prendre des photos par derrière, sans personne pour gâcher la vue. La voiture balais m'attendait, il fallait toujours qu'elle soit la dernière, comme un chien de berger. De temps en temps j'avais droit à des « Come on ! » qui me faisaient déguerpir en sautillant comme un cabri vers le reste du troupeau.
La balade dans le cratère est trop courte, j'aurais bien enchaîné sur un second tour. J'étais dans mon élément, saisissant l'instant, conscient que je ne vivrai peut être plus jamais quelque chose de similaire. La visite d'un volcan est à faire une fois dans sa vie. Je reprendrai la phrase de Sarkozy à ma sauce : si à 50 ans on n'a jamais vu un volcan, on a raté sa vie ! 


 Avant les Canaries je n'étais pas particulièrement attiré par les volcans ; depuis, dès qu'il y a un volcan quelque part il faut que j'aille lui rendre visite. C'est tellement à part. En parlant de Sarkozy, vous savez comment l'ont surnommé les allemands ? Sarkotzy. Ne me demandez pas comment ça s'écrit mais kotz veut dire « vomi ». Ils ont l'air de l'apprécier autant que nous !
Nous avons eu droit à un déjeuner succinct à bord puis il était l'heure de rentrer. Auparavant, en bonus, on a eu droit à une balade le long des côtes, découvrant des angles qu'on n’avait encore pas vus. En plus, comme l'heure avait tourné, l'inclinaison du soleil était plus favorable par rapport au matin. Le paysage, les couleurs et l'ambiance avaient complètement changé. 
Plus tard, alors que j'étais occupé sur l'ordinateur (eh oui j'avais prévu le coup, j'avais tout emmené avec le chargeur, pressentant qu'il y aurait des prises à bord. Bingo!), j'ai levé le nez vers White Island et j'ai aperçu dans le sillage du bateau quelques dauphins, sur le côté gauche. Une dame incrédule m'a fait répété, je n'arrêtais pas de dire : « there, there », pointant du doigt le sillage. Que veux tu que je donne d'autre comme indications ? Question repère au milieu de l'océan il n'y a pas grand chose. Elle ne voulait pas les coordonnées GPS aussi ? La nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre, les japs endormis jusque là ont sauté sur leurs engins, débrayant le zoom, chaussant le pare soleil... Moi j'étais déjà à l’œuvre ! Toute cette agitation est parvenue jusqu'au capitaine qui a changé de cap. 


Une folle qui croyait savoir murmurer à l'oreille des dauphins, n'arrêtait pas de gueuler les mêmes mots en boucle dans une langue inconnue, censés les faire rappliquer en nombre. Tout le monde la regardait, ahuri ! On aurait dit un rituel vaudou. Ça ne la dérangeait pas, elle était en transe, à quatre pattes, la tête sous la balustrade, dans le vide, comme si elle avait le mal de mer. L'hystérique que vous entendez sur la vidéo, c'est elle ! Le pire est que ça a marché. On a bien dû avoir une dizaine de dauphins qui nageaient à la proue du navire, jouant à ses côtés. Qu'est ce qui les pousse à suivre un bateau ? Ils pourraient tout aussi bien rester tranquilles dans leur Pacifique.
Étant rentrés au port vers 16:30, j'ai décidé de retourner vers Rotorua pour continuer les visites qui me restent à faire : Hell's gate et la forêt de Whakarewarewa (ouf, j'ai dû lire 3 fois le nom sur la carte avant d'y arriver). Seulement en chemin, au fur et à mesure que j'allais dans les hauteurs, le temps devenait de moins en moins beau et non loin de Rotorua il est devenu tout couvert comme hier. J'ai donc bifurqué vers la même route que hier soir. Je vais dormir au même endroit, c'était très bien même si je me suis levé gelé. Par contre cette fois, en entrant dans la vallée j'ai vu un panneau où on voyait bien un campervan barré et c'est un panneau à l'entrée de la réserve qui vaut donc pour toute la réserve. Tant pis, hier je ne savais pas, il ne m'est rien arrivé. Pourquoi aujourd'hui le fait de le savoir changerait il quelque chose ? Le coin est tellement bien et si reposant ! Ce soir pendant que je dînais un oiseau est venu me tenir compagnie. Il me regardait de ses petits yeux noirs brillants comme une perle, perché sur le rétroviseur. Qu'est ce qui peut remplacer ces petits bonheurs si simples ?

 


lundi 21 novembre 2011

La vallée volcanique de Waimangu


A 5:30 ce matin, je n'avais plus sommeil, pour la première fois je me suis réveillé aux toutes premières lueurs du jour, je ne sais pas qui s'est levé avant l'autre ! Désespoir : on ne voyait pas la surface du lac ni l'autre rive, tout était plongé dans une épaisse brume. Lorsqu'elle s'est levée ça n'a été que pour montrer un ciel complètement plombé. Décidément ici le temps change vite, hier l'après midi était couvert, la nuit sans nuage (je sais, du van j'ai jeté un œil et j'ai vu plein d'étoiles) puis ce matin chagrin. Qu'à cela ne tienne, j'avais prévu de retourner près de Rotorua finir ce que je n'avais pas eu le temps de finir, ça n'allait pas changer mes plans. Tout juste envisageais-je d'aller à la laverie ce matin à Taupo.
Cathedral Rocks
Mais curieusement à peine j'étais arrivé à Taupo pour me rendre au I-Site pour avoir les coordonnées du tour opérateur pour la sortie de demain que le ciel s'est dégagé et que le soleil s'est mis à briller. Plus loin, le temps était de plus en plus clément, les éclaircies de plus en plus larges. Tant pis pour la lessive, ça attendra, j'ai repris le van sans plus tarder ! But du jour : la vallée de Waimangu dont une superbe photo de Cathedral Rocks illustre mon guide.
La vallée de Waimangu débouche sur le lac Rotomahana avec au fond le Mont Tarawera, un tranquille volcan éteint qui est entré seulement 5 fois en éruption en 18.000 ans. La vallée est quant à elle née d'une violente éruption, en 1886, la plus forte jamais enregistrée au monde. Des photos de l'époque à l'entrée du parc attestent du massacre. Seulement un peu plus d'un siècle plus tard il ne subsiste plus que quelques traces, les cratères se sont remplis d'eau et forment des lacs alimentés par les seules eaux des pluies, et les flancs des cratères sont recouverts d'une épaisse végétation. 
Seul témoin de l'activité qui a régné : des sources d'eaux chaudes partout, des fumerolles, une montagne fumante (Cathedral Rocks), des mini geysers, une drôle de végétation exubérante, quasi tropicale, des dépôts de minéraux dans les cours d'eaux formant des palettes de couleur incroyables et des algues spéciales colonisant les cours d'eaux balayés par des volutes de fumée. Encore un tableau incroyable et différent de ce que j'ai pu voir à Waiotapu ! Pourtant les 2 sites ne sont distants que d'une dizaine de kilomètres.
La balade de plusieurs kilomètres s'effectue en aller simple, un bus passe toutes les heures pour remonter les visiteurs à l'entrée. Le sentier descend vers le lac et serpente au milieu de diverses curiosités. Il y a tout d'abord le cratère du sud avec sa piscine émeraude au fond. A sa surface une grande quantité d'algues, de mousses et de fougères flottantes occupent la moitié du lac, lui donnant une couleur rouge. 

Le Frying Pan, plus grand lac d'eau chaude au monde!

Un peu plus loin, en contrebas, on aperçoit le lac Frying Pan surplombé de cheminées fumantes, des pinacles. C'est le site des Cathedral Rocks, le clou de la visite. Ces cheminées sont en fait les restes du cratère Echo qui est entré en éruption en 1971, en même temps que je naissais. Quand on se rencontre... De cette éruption qui a coûté la vie à 2 personnes est né le lac le Frying Pan, plus grand lac d'eau chaude du monde. Je tiens là ma revanche ! En Dominique, j'avais tenté l'hiver dernier l'ascension d'un volcan et de son Boiling Lake, second plus grand lac bouillonnant au monde. Seulement devant les conditions climatiques épouvantable j'avais été contraint de renoncer après 2/3 du chemin (il faut compter 5 heures pour y parvenir). Comme sur le guide il y avait marqué que le plus grand se trouvait en Nouvelle Zélande, je m'étais juré de visiter son grand frère. Voyez, en décembre dernier je songeais déjà nettement à mon tour du monde. 
Le Frying Pan (la poêle à frire) a une surface de 38.000 mètres carrés et une température de 55 degrés. Il fume donc en permanence et comme il y avait un vent terrible aujourd'hui, les rafales de vent dessinaient des cercles concentriques à la surface de l'eau, chassant les fumerolles tout autour du cercle. Et tout ça se déplaçait, glissant à la surface comme un patineur artistique sur la glace.
Le lac déborde ensuite par un petit ruisseau laissant le long de ses berges des dépôts d'antimoine, de molybdène, d'arsenic et de tungstène. Ces minéraux et les algues bleues verdâtres qui colonisent le ruisseau (qui est à 50 degrés!) donnent cette spectaculaire palette d'oranges, de marrons, de verts et de jaunes.
Plus bas, tout au long de ce ruisseau, des mini cratères crachent de l'eau en ébullition et des vapeurs de gaz carbonique et d'hydrogène sulfuré. A un moment, à une intersection en Y entre deux cours d'eau qui se rejoignent, on trouve même un mini geyser perché sur une sorte d’îlot orange dont les eaux qui s'en échappent coulent le long d'une terrasse pour rejoindre le ruisseau. On croirait un truc artificiel, du style de ces fontaines d'ornements pour la maison qu'on trouve dans les boutiques de décoration. L'eau qui coule du geyser forme des méandres très photogéniques, bordées de ces algues à la limite du fluo. La photo que vous voyez donne l'impression d'être une photo aérienne de l'Amazonie, façon Yann Anus Bertrand (c'est comme ça que je l'appelle, je ne me souviens jamais de son nom, c'est trop long et trop compliqué !).
C'est pas l'Amazonie!
En remontant l'autre branche du Y on arrive aussi à un site irréel mais bien réel : le lac du Cratère Inferno. Les couleurs de ce lac sont d'un bleu clair éclatant. Il s'agit en fait du plus grand geyser au monde. Décidément la Nouvelle Zélande concentre les records ! Mais le geyser est invisible, il est à l'intérieur du lac. Pour cette raison le niveau du lac n'est jamais le même, ce qui fait que des dépôts de silice blancs ornent les parois du cratère. Le niveau suit des cycles de débordements/récessions, rythmés par le bon vouloir du geyser subaquatique. En général il déborde pendant 2 ou 3 jours, descend ensuite d'un niveau de 8 mètres pendant deux semaines puis se remplit à nouveau pendant 3 à 4 semaines avant de déborder à nouveau. Quel travail ! Il mérite bien son nom.
Cratère Inferno. La couleur n'est pas trafiquée!
Du Cratère Inferno, j'ai choisi une variante du sentier qui grimpe dur au sommet du cratère puis évolue sur sa crête, allant de volcans en volcans. Le truc c'est qu'on ne sait pas qu'on est sur des volcans, la végétation ayant tout envahi et cachant les abîmes. Des inscriptions sont là pour le rappeler : « Ne quittez le chemin balisé sous aucun prétexte !». Un moment j'ai essayé de m'écarter un peu en me tenant à un arbuste pour voir ce qu'il y avait en contrebas - comme on n'a aucune vue à cause de la végétation - et j'ai entendu une pierre dévaler un truc à fond la caisse. Je suis bien vite retourné sur le sentier avant que ce ne soit mon tour. Tout tient de peur sur ce sentier, maintenant je le sais ! Le chemin donne de temps en temps, au niveau de belvédères aménagés en petites terrasses, de superbes panoramas sur la vallée et sur le lac Rotomahana.
Le lac Rotomahana et le Mont Tarawera
En descendant vers celui ci, j'ai croisé un couple qui a cherché à m'éviter par la droite, tout comme moi car je ne voulais pas me déporter à gauche comme si j'étais sur la route en voiture. Avez vous remarqués comme les gens sont psychorigides ? Ils reproduisent en marchant le code de la route. C'est insensé ! Vous n'avez qu'à vous balader dans une galerie commerciale ou dans un couloir de métro, vous verrez que le sens de circulation des gens est toujours du côté droit. Ici c'est à gauche. Comme je suis contre tous les conditionnements mentaux, encore plus lorsqu'ils sont inconscients, je me bats toujours pour marcher du côté gauche, me prenant de plein fouet évidemment ceux qui arrivent en face. Je ne suis pas un mouton. Y a t il un panneau disant de marcher à droite ? En parlant de sens de circulation, je me suis bien adapté à la conduite à gauche, moins par contre au van. Quand je remonte dedans, une fois sur deux je suis du mauvais côté et chaque fois je peste de devoir faire le tour !
Une digitale qui n'en finit plus!
Une fois regagné le chemin principal il reste 15 minutes de marche sur un chemin plat sans autre curiosité pour rejoindre le lac. Une extension de la balade est possible et consiste en une croisière sur le lac qui fume à certains endroits. Je ne l'ai pas choisie pour ne pas m'éterniser trop longtemps ici, étant donné que je voulais voir d'autres sites. D'ailleurs j'ai réalisé que le navette allait arriver d'un moment à l'autre. Aussi pour ne pas rester près d'une heure à attendre le prochain bus au niveau du lac, j'ai rebroussé chemin pour rejoindre un autre arrêt de bus un peu plus haut, bus que j'entendais s'approcher. J'ai couru pour l'avoir !
Il était l'heure du déjeuner, j'ai donc opté pour une pause sandwich au snack de l'entrée de la vallée.
Lorsque j'en suis parti, le temps s'est mis à se couvrir, de l'ouest arrivait une grosse dépression. C'est à vitesse réduite que j'ai rejoint Rotorua. Je ne savais plus quoi faire, il était à peine 3 heures et le reste de la journée semblait compromis. Dans la matinée j'avais réservé par internet une excursion à White Island pour demain, mais je n'avais pas reçu de confirmation depuis. J'ai essayé de les joindre, impossible, j'avais un message comme quoi le numéro n'existait pas. Il m'a alors traversé l'esprit de me rendre au I-Site afin de leur demander de voir avec eux. Il y avait une brochure les concernant, avec un numéro différent au format international. J'ai pu les joindre, ils m'ont dit qu'ils me confirmeraient cela vers 7 heures, attendant de voir le nombre de participants. J'espère qu'il y en aura suffisamment, White Island est une île volcanique à 50 km des côtes dans le Pacifique. 
En attendant, il s'était mis à pleuvoir dehors, je suis donc resté là, j'ai commandé un cappuccino à la cannelle (on a le choix partout entre chocolat et cannelle, c'est bien meilleur à la cannelle) en triant mes photos. Ensuite je me suis mis en quête d'une laverie, que je n'ai pas tardé à trouver. Mais impossible de se garer. Toutes les rues à Rotorua ont des stationnements payants, c'est bien la première fois que je vois ça en Nouvelle Zélande. La lessive attendra encore un autre jour ! A la place je me suis enfermé dans un hypermarché, Pak and Save, en traînant la savate. Les supermarchés sont très bien achalandés, il y a un énorme choix et les produits sont de qualité. Chaque fois que je regarde la liste des ingrédients sur un produit je ne vois jamais de saloperies comme dans les produits américains ou anglais. Il y en a même moins qu'en France. Apparemment ils ne connaissent pas l'huile de palme ici, ou bien ils l'ont banni. Tant mieux.
J'ai dormi dans cette forêt épaisse!
Pour cette nuit j'ai prévu de dormir près du lac d'Okataima. Il y a une route de 6 km qui se prend de celle qui va à Whakatane. Elle finit en cul de sac, parfait pour la nuit ! J'aime les culs de sac, je ne risque pas d'être emmerdé par des gens ou du trafic automobile. Pour y arriver la route est très étroite et coupe à travers une forêt épaisse de fougères et d'autres essences à couper à la machette. La luminosité est quasi nulle, d'autant plus qu'il pleuvait à grosses gouttes. C'est mystérieux, on verrait presque un indigène sortir de là en petite tenue comme du temps où il n'y avait que les maoris. Au bout il y a une aire de stationnement et de pique nique aménagée par le DOC. Seulement on est dans une réserve naturelle et il y a plein de panneaux avec un campervan barré et autres « no overnight camping ». Ne voulant pas risquer une prune au cas où le DOC passerait dans la nuit (ils ne rigolent pas avec ça, on risque 200 dollars d'amende), j'ai rebroussé chemin. J'avais remarqué quelque kilomètres avant une piste qui partait sur la droite, sur laquelle je me suis engagé. Quelque centaines de mètres plus loin, j'ai trouvé le coin parfait, sur une pelouse, devant le point de départ d'un sentier du DOC, Tarawhai track. Il y a plein de panneaux d'interdiction mais aucun sur le camping. Et puis quand bien même j'étais bien en retrait et caché par les fougères.
L'excursion à White Island ne m'a pas rappelé mais c'est normal : là où je suis je n'ai pas de réseau. A chercher les endroits sauvages... Demain je me rendrai quand même à Whakatane, je verrai bien sur place s'ils partent à 9:15 comme prévu ou non. Et si ça ne se fait pas, c'est dommage, mais je pourrai me consoler aussi avec plein de choses à voir autour. Whakatane est dans la Bay of Plenty et c'est une région de très belles plages où le camping est roi, dixit la brochure !

dimanche 20 novembre 2011

Entre feu et glace

Le lac est tellement chaud qu'il fume le matin!

Aujourd'hui c'est dimanche et c'est jour de chasse, qu'on se le dise ! Alors que j'avais ouvert la boutique à 6 heures ce matin, peu de temps après des chasseurs sont passés, l’œil circonspect. Ça n’arrêtait pas, c'était un défilé et des clebs par dizaines qui venaient pisser contre mes roues ! Tant qu'on ne me tire pas dessus, avec mon van appelé Bunny... Un nom prédestiné !
Alors que j'étais plongé dans mes guides pour déterminer le circuit de la journée, j'ai été interpellé par une photo d'un trek sur les pentes d'un volcan aux sables rouges. La légende affichait Tongariro. C'est où ça ? Après de longues recherches il s'avère que c'est près de Taupo, dans le centre de l'île du Nord et ce n'est qu'à une cinquantaine de kilomètres d'où je suis ! Je me suis empressé d'ouvrir le Lonely Planet et ce qui est écrit m'a emballé : c'est un parc national, le plus vieux de Nouvelle Zélande et le premier site inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. 
Huka Falls
C'est un ensemble de volcans encore en activité qui culminent à plus de 2000 mètres d'altitude et où les kiwis viennent skier l'hiver, c'est à dire en Juillet-Août. Comment se fait il que je n'avais pas prévu de visiter ce site ? J'ai démarré comme une flèche, excité comme jamais. Il y a encore plein de choses à voir autour de Rotorua, ce n'est pas grave, je les verrai en revenant, j'ai encore quelques jours devant moi. J'ai trouvé ma région, enfin ! Du coup j'y reste, je ne veux plus bouger ailleurs. Toutes les merveilles sont concentrées ici.
Avant d'arriver sur Taupo, il y a une cascade qui vaut le détour : Huka Falls. En fait ce n'est pas une cascade spectaculaire au sens de la hauteur de la chute d'eau, l'intérêt tient à son débit monstrueux. La rivière avant la cascade se rétrécit entre des parois rocheuses qui forment comme un canyon et l'eau s'engouffre là dedans dans des tourbillons et avec une puissance incroyable ! 
Elle ressort au niveau de la cascade. Les remous continuent encore sur des centaines de mètres après, c'est pour dire ! Le secteur est aussi rempli de sources d'aux chaudes qui sont ici exploitées, soit sous forme de centrales géothermiques, soit en parcs d'attractions clos et payants.
Taupo est sur les bords du plus grand lac de Nouvelle Zélande. Il est plus grand que le lac Léman. De par sa forme ronde, je ne serai pas étonné que ce soit un ancien cratère. Dès qu'on arrive, ce qui saisit plus que le lac, ce sont les volcans au fond dont les nez sont encore emmitouflés sous la neige. C'est un spectacle magique. Il faut encore continuer une quarantaine de kilomètres avant de pénétrer dans le parc de Tongariro. 

Le parc de Tongariro, vu du lac de Taupo

La route est superbe, elle passe à travers des forêts de sapins dont les sous bois sont envahis de genêts en fleurs et de lupins jaunes qui forment des buissons hauts d'1m50. En toile de fond se dresse le cône majestueux du volcan Ngaruhoe, avec ses 2287 mètres. En s'en approchant le paysage change à nouveau et laisse la place à des steppes battues par les vents. Le paysage me rappelle El Teide à Ténérife. Le décor est irréel, mystérieux. Ce n'est pas étonnant que l'endroit ait été choisi pour tourner une partie du film « Le seigneur des anneaux ». Tout le film est du reste tourné en Nouvelle Zélande, c'est même devenu un circuit, ils ont édité un guide avec tous les sites qui apparaissent dans le film. Sur mon atlas il y a marqué que le mont Ngaruhoe s'appelle dans le film le mont Doom. A ceux qui ont le film, sortez le DVD !
A cet endroit part un chemin de randonnée de 19 kilomètres, l'Alpine Crossing, qui passe tantôt à flanc de volcans, tantôt par leurs sommets. C'est un trek à ne pas louper, qui s'effectue en aller simple. De nombreuses excursions déposent les gens le matin à la vallée de Mangatepopo et les récupèrent le soir à Ketetahi. Il faut compter 7 à 8 heures. En ce qui me concerne je ne pouvais pas faire la randonnée, il était déjà 13h et puis je ne suis pas vraiment chaussé comme il faut pour passer sur des passages neigeux, avec mes Crocs ! Par contre j'avais bien envie d'aller jusqu'à un endroit, « Red Crater », 2h30 quand même pour y parvenir.
Mais j'ai dû revoir mes plans à la baisse lorsque je me suis avancé dans la vallée de Mangatepopo sur une piste non goudronnée de 6km de long. 
Un peu plus loin sur la droite je pouvais voir à flanc d'une montagne très enneigée (formée des 3 sommets Te Heuheu, Ruapehu et Tahurangi dont ce dernier culmine à 2797m), quelque chose qui ressemblait à un manoir. Intrigué, j'ai regardé sur la carte, c'est Château Tongario situé à Whakapapa Village. Tous ces noms me font marrer et depuis que je suis à Rotorua, j'ai la chanson de Shakira dans la tête qui tourne en boucle toute la journée, « Waka Waka », un nom de bled étant à l'origine de cette association d'idée malencontreuse. Même la nuit je chante « Waka Waka » ! Bref, pour ce qui est du manoir - donc un château, château de pacotille en fait - c'est juste un hôtel qui vu de près fait très toc, on dirait même que c'est juste une palissade de décor de film ! Par contre, plus intéressant, la route part plus haut vers les cimes enneigées puisque qu'elle se termine à Iwikau Village, point de départ des pistes de Whakapapa Skifield. J'ai donc préféré m'y rendre en premier, le temps commençant à se couvrir là haut.
La station de ski est fermée. Elle n'est pas très grande, il doit y avoir une douzaine de remontées mécaniques mais la neige est encore là, par plaques. Il y en a qui font de la luge. Qui a dit que je serais privé de montagne cette année car absent cet hiver pour cause de tour du monde ? J'ai même la neige avant vous. Plutôt incongru quand il y a moins d'une semaine j'étais encore à me baigner dans les lagons ! Je voulais du changement, je suis servi ! Question tenue, par contre je n'ai pas trop prévu le coup, j'ai ouvert le fourgon en bas des pistes en short de bain et T-Shirt, façon tenue de plage ! J'ai vite rappliqué pour mettre une tenue plus adéquate, enfin juste un sweat-shirt et un cheich en plus, je n'ai rien d'autre. Va falloir que je m'achète un polaire plus tard, quand je vais descendre vers l'île du Sud si je ne veux pas y trouver la mort ! 
Ici sur l'île du Nord, ça va encore il fait presque 20 la journée et le soleil chauffe bien, le T-shirt va bien en plein midi, mais les nuits sont froides : 11 degrés. Par contre dans le sud j'aurai 11 ou 12 la journée et 2 la nuit ! Comme chez vous en ce moment, à ce que j'ai vu sur le journal. C'est bien la peine d'aller si loin pour avoir le même temps ! Oui, mais les paysages sont uniques, je comprends maintenant pourquoi tout le monde est emballé par la Nouvelle Zélande. Elle concentre tous les paysages qu'on peut trouver dans le reste du monde, en y ajoutant une touche d'originalité, avec ses essences végétales spéciales. Il va falloir d'ailleurs que j'achète un livre de la botanique d'ici car il y a plein d'arbres que je n'ai jamais vu avant. Je pensais aussi : pourquoi n'a-t-on pas de fougères arborescentes en Europe ? Vu qu'on a le même climat, ça devrait bien s'adapter, Le jour où j'aurai un jardin j'en planterai, c'est trop beau, ça apporte une touche d'originalité dans le paysage.
A la station de ski j'en ai profité pour me rassasier un peu, comme ça ce soir je ne serai pas dépendant de chercher un restaurant, j'ai ce qu'il faut dans le coffre pour pique niquer. Aux toilettes il y avait une pancarte avec les conseils à suivre en cas d'éruption. La dernière remonte à 1995 et ils ont mis une photo où l'on voit une coulée de boue fumante traverser une piste de ski ! 
Ils sont un peu fou d'avoir fait une station ici. Je n'aurais pas bien confiance, avec toutes ces fumerolles partout, ces bains bouillonnants et maintenant ces volcans, on a vraiment l'impression d'être sur le couvercle troué d'une marmite, prêt à gicler en l'air à la première surpression venue !
En redescendant, je me suis arrêté voir une cascade, Tawhai Falls, mais la photo ne rend rien, le temps étant à présent tout couvert. Je la garde donc pour moi. Je suis retourné sur le chemin du Alpine Crossing, va savoir pourquoi, car arrivé au parking du bout, il n'y avait rien à voir, tout était dans les nuages. Dommage ! Je suis donc allé noyer mon chagrin dans un cappuccino dans un café sur la route de Turangi. J'en ai profité pour recharger l'ordinateur et préparer les photos du jour. Je ne m'embarrasse pas avec les formalités, dès que je vais dans un endroit, café ou restaurant, je renifle autour de la pièce jusqu'à trouver une prise et j'installe mon matos sans rien demander. 
Le début de l'Alpine Crossing
Je ne suis pas le seul apparemment emmerdé avec les appareils électroniques : à l'I-Site de Turangi il y avait une nana en panique totale, à quatre pattes, le fil à la patte et un doigt dans l'oreille, qui passait coup de fil sur coup de fil en précisant que si on la rappelait elle n'avait plus de batterie. Sans doute une fille qui réserve tout au dernier moment, façon Kesrtin. A propos de Kerstin, je suis un peu déçu, je lui ai laissé un SMS il y a quelques jours, quand j'étais à 90 Miles Beach, lui disant que je redescendais sur Auckland et qu'elle pourrait dans le délai regarder pour louer un van afin que l'on sillonne les routes ensemble, en lui laissant l'adresse de Explore More. On en avait parlé à Bora Bora, elle avait un peu peur de louer un campervan en étant toute seule. Mais là je lui offrais ma compagnie. Et comme elle devait arriver à Auckland le 15 novembre... Peut être a-t-elle décidé de rester plus longtemps en Polynésie. C'est pas grave, je m'amuse aussi très bien tout seul et je n'ai pas à expliquer ce qui me traverse la tête quand je tourne à droite ou à gauche !
J'avais dans l'idée de finir la journée dans un bain chaud bouillonnant comme hier, pour me réchauffer. Ça tombe bien, il y en a plusieurs autour de Turangi ! Mais là comme à Taupo, c'est un business. Il faut payer pour se prélasser dans des piscines en dur dans lesquelles ils font couler l'eau avoisinante. Cela n'a rien de naturel et c'est entouré de vestiaires en béton tout moche. Bref, après mon expérience fabuleuse à Kerosene Creek hier, j'ai préféré visiter le site tout autour. Peut être que j'y retournerai demain à Kerosene, c'était tellement bien !
Les routes de Nouvelle Zélande sont un festival de scènes d'horreur. Elles sont jonchées d' opossums écrasés, étripés ou décapités. A certains endroits ce ne sont plus qu'une descente de lit. 
C'est une vrai boucherie. Parfois on voit les boyaux sur plusieurs mètres, la pauvre bête ayant sans doute essayé de continuer son chemin avant de succomber à ses blessures. Il y en a tous les 300 mètres dans le secteur. C'est horrible. En fait j'ai appris que ces bestioles sont un vrai problème ici, elles pullulent. Le dernier recensement de la population donne 40 millions d'individus, soit 4 opposums par habitant ! Et ils sont extrêmement voraces. Un opossum dans un enclos avec un arbre mettra quelques jours à le faire crever après avoir mangé toutes ses feuilles ! Ils menacent aussi la biodiversité du pays car ils mangent les œufs des oiseaux, les insectes, en fait tout ce qui leur passe sous le museau. Mais c'est mignon, ça a la taille d'un chat, une grosse queue touffue, des yeux devant et des oreilles comme un chat mais un museau comme les souris. C'est dodu, un poil ras gris anthracite.


Ce soir je me suis garé au bord du lac, au milieu des genêts et des lupins. Le site est enchanteur, une multitude d'oiseaux gazouillent et j'ai le clapotis des vaguelettes pour compagnie. Assis dans mon fourgon je vois le lac, à 5 mètres. Pendant mon dîner je regardais le ciel se parer de couleurs rosées. Ici tout est étrange, même les nuages sont différents. Ils ont la forme de soucoupes volantes ! C'est vraiment bien ces campervan, beaucoup de touristes ont ça ou bien des voitures style break, hors d'âge, dans lesquelles on voit des sacs de couchage, des bidons d'eau et un vrai bordel plein d'affaires. Le seul truc c'est que l'hygiène est approximative voire inexistante ; ce soir j'ai fait un lavage de tête avec une casserole d'eau ! Mais les sources de soufre font le reste, elles décapent bien la crasse ! 

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