Google Website Translator Gadget

Affichage des articles dont le libellé est Nouvelle Zélande : Ile du Sud. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nouvelle Zélande : Ile du Sud. Afficher tous les articles

jeudi 8 décembre 2011

Mes adieux au Tutoko II


Maria nous avait conseillé hier soir de nous lever de bonne heure, avec le jour, afin de profiter de la beauté et du calme du site le matin avant que le bateau ne mette ses moteurs en route. Elle avait raison. Dès que j'ai vu de la lumière filtrer à travers les rideaux, je me suis levé d'un bloc, armé de mon appareil photo. Dehors j'ai été assailli par les moucherons mais comme j'étais vêtu des pieds à la tête avec la capuche sur le front ils ne pouvaient pas grand chose. La fraîcheur de la nuit avait créé des nuages qui s'accrochaient aux flancs des montagnes. La mer dans le fjord était un miroir noir, brillant comme une mer de pétrole. Un peu plus loin des dauphins jouaient. C'était magnifique et j'ai pu voir tout ça du fait d'avoir passé la nuit dans le fjord. C'est vraiment la formule idéale. D'ailleurs quand Sean avait appris que je rentrais sur Auckland aujourd'hui avant de quitter la Nouvelle-Zélande demain, il m'avait dit que je gardais le meilleur pour la fin. Je ne sais pas si c'est le meilleur, je ne saurais pas classer ce que j'ai préféré, il y a tellement de choses !
Sur ce coup là je suis un peu inconscient. Mon vol cet après midi est à 15:15. L'excursion est censée se terminer à midi. J'ai chronométré en arrivant à Manapouri : il faut compter deux heures en venant de Queenstown. Il faut aussi faire le plein du van et le rendre à l'agence. Bref je n'ai aucune marge de sécurité. Si nous arrivons à 12:30 c'est encore jouable, après c'est trop tard. Et il y a des impondérables : tout dépend à quelle heure nous arrivons à Deep Cove, du temps que mettra le bus à nous mener à la centrale électrique et du bateau à traverser le lac. Il faut absolument que ça marche, je n'ai pas d'autre vol plus tard pour Auckland, c'est le dernier. Un jour j'aurai des problèmes à faire ça. Mais c'était ma seule chance de pouvoir voir Doubtful Sound en y restant la nuit. Ça méritait bien un petit coup de stress. Et puis ce n'est pas comme si j'avais du stress tous les jours !
A 7 heures les moteurs se sont allumés comme promis, réveillant les derniers retardataires qui avaient loupé le lever de soleil. Alors que le bateau avait commencer à glisser dans le fjord, des dauphins sont venus jouer à l'avant du bateau. C'est Sean qui m'a fait signe de venir. Je suis descendu du pont, m'arc-boutant par dessus le bateau pour les regarder. 
Vous noterez le con qui fait coucou!
Ils étaient deux et nageaient de profil, pour nous regarder et nous montrer leur ventre blanc. Ils allaient à la même vitesse que nous. J'étais aux anges. Ils étaient tellement près que je devais faire attention avec mon appareil photo car ils propulsaient de l'eau en l'air chaque fois qu'ils remontaient à la surface prendre de l'air. Puis ils sont partis au bout de cinq minutes, arrêtant la course en plongeant vers le fond.
A l'arrière, dans le seau, les langoustes sont toujours vivantes. Certaines ne bougent plus, mais il y en encore 2 assez alertes, qui essayent péniblement de se redresser, en piteux état, des antennes et des pattes en moins. Une nuit d'agonie pour elles. J'aurai préféré qu'elles meurent plus vite, comment peuvent elles encore être vivantes 12 heures après être sorties de l'eau ? Je pensais que ça avait des branchies, comment font elles pour respirer ?
Au menu de ce petit déjeuner, Maria nous a préparé des œufs brouillés dan une grande marmite, du bacon grillé, des saucisses, des tomates, une fricassée de champignons de Paris avec des toasts, une boisson chaude et du jus de fruit. Sur la table il y a un livre d'or où chacun est invité à y écrire un petit mot. J'y ai laissé le mien, faisant de la pub pour mon blog au passage mais remerciant surtout l'équipage. Ce sont des amours de gentillesse et de simplicité.
Il est prévu que nous regagnons Deep Cove vers 9:30. Je pensais qu'on allait filer direct vers là, mais non, la visite continue. Sans doute avons nous gardé le meilleur pour la fin, l'entrée dans un des bras - je ne sais plus si c'était Crooked Arm ou Hall Arm - est spectaculaire. Le passage y est plus étroit et les montagnes de chaque côté ont l'air plus hautes. 
Mais surtout au fond se dressent des sommets enneigés. L'équipage nous a dit que l'automne dans la région était à couper le souffle. Je veux bien les croire, avec plus de neige et des feuilles qui se parent de rouges et de jaunes, ça doit être quelque chose !
Alors que nous regagnions Deep Cove je regardais le fjord se refermer derrière nous. Je n'aime pas les trajets de retour, ça me rend triste, ça marque toujours la fin de quelque chose. C'est à chaque fois comme une petit mort. Mais comme si l'équipage avait senti mon chagrin, Maria est montée sur le pont avec son sourire adorable qu'elle n'abandonne jamais pour nous donner une petite carte avec une photo du groupe qu'ils avaient prise la veille lors de la pêche à la langouste. Je ne sais pas comment ils ont fait pour imprimer la photo, ça semble un miracle qu'ils aient une imprimante photo sur le bateau.
L'intention m'est allée droit au cœur. C'est vraiment une excursion fabuleuse et très chaleureuse qu'il ne faut pas manquer. J'aurais aimé y rester encore un peu plus de temps. Sean et Maria ont de la chance, eux ils y restent. Et ils sont très affairés lorsque nous arrivons à Deep Cove. Le bus est arrivé en même temps que nous, l'équipage doit le charger avec nos déchets et les caisses de langoustes restantes (sans doute doivent elle partir sur les marchés locaux). Ils doivent aussi faire le plein d'eau.
Nous, nous attendons sur le quai qu'un autre bateau arrive, celui de Real Journeys, qui a passé aussi la nuit dans le fjord, mais pas au même endroit que nous. 
D'ailleurs nous ne l'avons croisé qu'une seule fois au cours du séjour. Et le bateau, un grand voilier, est en retard. Une usine à touristes qui me fait penser que j'ai vraiment choisi la meilleure formule. Un autre bus est alors arrivé pour emmener tout ça, le notre c'est pour contenir le surplus. Le temps que tout ce petit monde débarque, pas pressé, l'heure tournait et l'inquiétude montait. Heureusement le bus filait vite à travers les montagnes et nous ne nous somme pas arrêtés au col pour prendre des photos. Finalement nous étions à la centrale à 10:30, dans les temps. La pression est alors redescendue un peu. Mais le dernier bateau n'était pas encore complètement arrivé et il fallait qu'il décharge touristes et denrées et fasse la chargement de ce que les bus avaient laissé. Car tout se fait en même temps que les bateaux des touristes arrivent et partent. C'est le seul moyen qu'ils ont pour assurer la logistique des excursions. On voit qu'ils ont l'habitude, ça va très vite, tout le monde s’affaire, c'est un peu l’effervescence, on a l'impression de voir une usine de montage à la chaîne, chacun a sa tâche et l'ensemble tourne comme un mécanisme d'horlogerie.



Le bateau aussi file vite sur le lac, plus vite qu'à l'aller. Ce matin le temps est encore plus découvert que la veille, de sorte qu'on voit plus de pics enneigés qu'hier, dessinant de nouveaux paysages au point de me faire demander si nous étions passés par là en arrivant. Il était un peu moins de midi quand nous somme arrivés à Manapouri, cette fois je pouvais rentrer sur Queenstown tranquille.
A l'aéroport j'ai demandé à être changé de siège car j'avais réservé par erreur un siège côté fenêtre sur la droite et d'après mes prévisions de direction, l'avion avait des chances de survoler les Alpes mais en ayant celles ci surtout du côté gauche. Et c'est bien ce qui s'est produit. Toute la vue avait lieu de l'autre côté de l'appareil. Tout le monde se penchait les uns par dessus les autres pour admirer les sommets enneigés que je pouvais distinguer à travers leurs hublots. 
3754 mètres enfin dégagés. Sacré Mont Cook!
De mon côté je fulminais, c'était ma dernière chance d'apercevoir le mont Cook, moi qui l'ai raté à deux reprises. J'ai rangé mon appareil en rangeant ma rancœur et en essayant d'oublier ça et de relativiser. Tandis que nous volions, je regardais de temps à autre par le hublot, il n'y avait rien de particulier à voir à part des lacs sans neige. Jusqu'à ce que je reconnaisse de par sa configuration le lac Pukaki, celui qui est en bas du Mont Cook. J'ai alors jeté un coup d’œil plus vers l'avant de l'avion, pour voir ce qui nous attendait. Mais oui, c'est bien le Mont Cook qui arrive ! J'ai sauté de joie sur mon siège ! Finalement j'étais du bon côté de l'avion, celui a côté de moi trépignait, essayant de regarder par dessus mon épaule. Moi je n'en avais que faire, je gâchais toute la vue, collé au hublot avec mon appareil photo.
Je l'ai bien mérité ce Mont Cook, que personne ne m'empêche de le voir. Je n'ai pas pu le voir d'en bas, mais maintenant je le vois d'en haut ! Et certains payent des vols d'hélicoptère à des prix délirants pour voir ça. Pour moi c'est bonus !
Demain matin je pars pour les Îles Fidji retrouver mes paradis tropicaux où il fait chaud et où l'on peut se baigner. Et dans l'archipel des Yasawa je n'aurai vraisemblablement pas internet vu qu'ils n'ont de l'électricité que 4 heures par jour. C'est un archipel à plusieurs heures de bateau de l'île principale. Aussi je risque fort de ne pas laisser de nouveau message pendant les deux semaines où je serai là bas. C'est encore avec tristesse que je vais quitter la Nouvelle-Zélande. J'y ai passé un séjour fantastique en vivant à cent à l'heure.
En regardant dans le rétroviseur, la Nouvelle Zélande, c'était : 25 nuits, 24 jours, 21 nuits dans 3 vans différents, 4 vols intérieurs, 3 îles (à vous de trouver la troisième), 19 pleins d'essence, 6000 kilomètres de parcourus, 2066 photos, 7 livres achetés, des centaines de souvenirs inoubliables plein la tête et une formidable aventure. Comme j'avais lu sur un écriteau : « Leave nothing but footsteps, take nothing but memories ». C'est ce que je pense avoir fait sur ce beau pays qui m'a accueilli les bras ouverts.

mercredi 7 décembre 2011

Doubtful Sound

Lac Manapouri

J'étais sur le pied de guerre ce matin, attendant avec impatience l'excursion à Doubtful Sound. La compagnie que j'ai choisie est Fiordland Expeditions. Il y en a 3 qui proposent des croisières avec nuit à bord et après un petit tour sur le net, c’est celui ci qui était le moins cher compte tenu qu'il dispose de cabines qui peuvent être partagées. Et surtout c'est un petit bateau qui ne peut emporter que 14 personnes. Nous sommes 8 de la partie : un couple australien, un couple canadien, un couple anglo-hollandais, un allemand et moi. Le monde entier se presse en Nouvelle-Zélande pour découvrir ses merveilles !
Doubtful Sound est un fjord plus difficile d'accès que Milford Sound.
Il faut d'abord traverser le lac Manapouri, puis prendre un bus qui attend de l'autre côté (au milieu de nul part car il n'y a aucun village alentour) afin de passer par dessus une montagne avant d'arriver au fjord. Bref, il se mérite. Il est aussi plus sauvage et moins exploité que Milford. Il est sur le Top 2 des sites à voir en Nouvelle-Zélande, tout juste derrière Milford Sound. Je ne pense donc pas être déçu. D'autant plus que le soleil perce entre quelques nuages ce matin et que le bulletin météo affiché sur le quai du lac annonce un soleil radieux pour les prochains jours. Chic ! J'aurai comme ça eu les deux : un fjord dans la brume, un autre en plein soleil.
Pour la première partie, on partage le bateau avec des gens de Real Journeys, un autre excursionniste qui a de beaucoup plus gros moyens et qui draine plus de monde, en raison des ses publicités omniprésentes en gros dans toutes les brochures d'information. Pour trouver Fiordland Expeditions, ça a été un pur hasard : le jour où j'ai réservé à l'I-Site de Twizel la sortie sur le lac Tasman, j'avais aussi vu cette affiche et l'avait emportée pour une lecture ultérieure. Je savais déjà que je voulais faire les Doubtful et de préférence sur 2 jours pour goûter au calme et à la sérénité ambiante en étant perdu dans la nature au fond d'un fjord sauvage et mystérieux à l'heure où le soleil se couche et qu'on n'entend plus que de drôles de bruits. J'avais deux adresses de sites qui faisaient ça, celui là était la troisième. Je n'ai jamais vu de pub pour Fiordland Expeditions ailleurs.
Doubtful Sound, depuis Wimot Pass
La traversée du lac s'accompagne de boissons chaudes en libre service et c'est sur le pont supérieur du bateau que j'ai pris place ma tasse de thé à la main. Nous avons levé l'ancre vers 9h30. L'aventure commence déjà, le lac est somptueux avec ses montagnes enneigées derrière. On dirait déjà qu'on est dans un fjord. Le lac Manapouri est considéré comme le lac le plus beau et le plus charmant de Nouvelle-Zélande. Il ne failli pas à sa réputation ! Déjà j'étais tombé sous son charme sur une carte postale que j'avais vue il y a de nombreux jours, j'ai retrouvé son nom inscrit sur mon calepin. Le lac possède plein d'îles désertes mais boisées (normal il est dans le parc national du Fiordland), 34 pour être précis, de plages et de bras de mer. C'est un ancien lac glaciaire, le cinquième plus grand de Nouvelle-Zélande et il est très profond (444 mètres), le second de par sa profondeur.
Notre bateau à Deep Cove
Au bout du lac se trouve une centrale électrique dont on ne voit que les câbles à haute tension en partir. Elle ne repose pas sur un barrage, du coup je me demandais bien comment elle fonctionnait. Capte-t-elle l'eau d'une cascade ? La solution s'est fait connaître par la lecture de panneaux d'information qui expliquent l'origine et le fonctionnement de la centrale. Je ne pensais pas qu'un tel système existait de par le monde mais il est ingénieux : l'électricité est en fait produite à 176 mètres sous le niveau du lac dans une centrale souterraine creusée dans le granite. La puissance est émise par des canaux qui ont été creusés dans la roche et qui siphonnent le lac vers la mer dont le niveau est plus bas. Ça forme donc un gigantesque réseau de conduites d'eaux souterraines avec des turbines au bout. C’est un truc de fou ! D'ailleurs la centrale se visite, on peut descendre sous terre jusqu'à la salle des machines, mais c'est aune autre expédition et je suis plus intéressé par le le fjord que par les prouesses technologiques.
Maria nous souhaite la bienvenue
Pour la deuxième partie de la balade, un bus nous attendait qui est parti à l'assaut de la montagne par Wimot Pass. Le paysage est à tomber, le chemin caillouteux coupe une forêt épaisse dont on ne peut même pas voir l'intérieur tellement c'est bourré de végétation. Le chauffeur nous a même dit que si on essayait de rentrer dedans, au bout de 20 mètres par rapport au chemin, on peut être sûr d'être perdu, aucun repère n'étant possible. C'est le royaume du kiwi. Il paraît qu'il y en a plein par là. Enfin, plein, au sens où on le rencontre plus là qu'ailleurs. Et le chauffeur de demander s'il y a des australiens dans le bus. Le pauvre couple australien valeureux lève alors la main timidement et le chauffeur leur lance : « Thanks for the possums, we did really need them ! ». Ce qui est étonnant c'est qu'ils soient protégés en Australie alors qu'ici ils sont classés fléau national derrière les furets (« stoats », je ne sais pas si la traduction est correcte). 
Mon lit c'est celui à gauche en haut. Alors, la vue?
Chaque fois que je fais une excursion quelque part orientée nature j'ai toujours droit au commentaire sur les pestes de Nouvelle-Zélande. C'est comme ça qu'ils appellent les opposums et les furets. On sent leur désarroi et leur impuissance et on comprend qu'ils en veuillent aux conneries faites par leurs ancêtres lorsqu'ils ont emmené avec eux les furets et les rats. Ces bestioles sont en train de détruire ce que la nature a mis des millions d'années à créer sur une île qui était jusque là préservée, sans prédateur pour les oiseaux, à tel point qu'ils se sont mis à nidifier sur le sol et à perdre leurs ailes à l'instar du kiwi. Et en l'espace de quelques siècles c'est l'hécatombe. Quel désastre !
Après être passé par dessus la montagne, au niveau du col de Wimot Pass, une vue à couper le souffle fait sortir des « wouah » et des cris de bonheur de tout le monde. Le bus s'arrête là et c'est la bousculade pour sortir prendre une photo. Moi je suis comme la vénus de Milo : les bras m'en tombent ! 
Moment de bonheur dans le fjord...
Le fjord s'ouvre à nous en contrebas, enchâssé entre de hautes montagnes dont les sommets sont encore enneigés pour quelques unes. Nous sommes dans la carte postale de Doubtful Sound qu'on peut voir partout pour attirer le chaland. C'est le bonheur total. Après avoir vu ça, je peux mourir ! Le bus continue ensuite sa route jusqu'à Deep Cove, le début du fjord. Le fjord de Doubtful Sound est le second plus grand de Nouvelle-Zélande. Pour se faire une idée, Deep Cove se trouve à 40 kilomètres de la mer. Le fjord est 3 fois plus grand que celui de Milford Sound et sa surface est aussi 10 fois plus grande, grâce à de nombreux bras qui en partent et qui forment aussi de nouveaux fjords.
A Deep Cove nous attendent deux jeunes kiwis, Sean et Maria sur le bateau Tutoko II. C'est un petit bateau qui fait penser à un bateau de pèche. 
On est bien en mer!
Les couples prennent place dans leur cabines tandis que l'allemand et moi nous nous retrouvons à l'étage, dans la continuité du pont supérieur, juste au dessus du poste de pilotage où l'on trouve une cabine avec 6 lits. Ça va, partager une cabine à 2 quand c'est prévu pour 6, on ne risque pas de se battre pour avoir une place qui nous convienne ! L'avent de la cabine s'ouvre en baie arrondie sur la proue du navire et sur le fjord. La vue est magnifique et on est mieux là que dans les cabines pour les couples, bien plus chères et qui ne disposent que de hublot. Ils ont bien la douche dans la cabine alors que la nôtre est en bas à l'arrière mais qu'est ce qu'on en a à faire ?
Tandis que le bateau lâche ses amarres et la civilisation pour 12 heures, le déjeuner est déjà prêt. Car oui, il est déjà plus de midi. Au menu : des pâtes à la crème gratinées au poisson. C'était très bon, j'en ai redemandé une deuxième ration. Maria nous a demandé si certains suivaient des régimes ou avaient des allergies. Elle a mentionné des repas à base de poisson et de langouste que l'on pêcherait en route. Je suis allé la voir après le repas, je ne voulais me faire remarquer devant tout le monde à peine arrivé, pour lui signifier de m'oublier pour le coup de la langouste. Je luis ai dit que je n'aimais pas ça. Peut être est ce un crime que de ne pas y goûter mais je laisse ma part à quelqu'un d'autre qui appréciera sûrement mieux que moi !



A sa place j'aurais déjà un torticolis!
Après le déjeuner nous sommes partis à l'embouchure de Doubtful Sound, où nous avons tenté de voir des pingouins en scrutant des rochers. Alors qu'on avait abandonné la partie, on en a vu un qui faisait sa toilette debout sur un rocher. Plus loin ce sont des dauphins qui jouaient entre eux mais qui n'ont pas voulu nous rejoindre pour patrouiller autour du bateau comme ceux de White Island. Dommage. Le bateau s'arrêtait un peu partout, récupérer des casiers qu'il avait semé la veille avec du poisson à l'intérieur. Et les casiers contenaient des langoustes qui étaient venues se piéger là dedans. Dans le premier casier il y avait même un requin qu'on a relâché. Sinon on doit mesurer les langoustes, si elles sont trop petites elles doivent être relâchées par dessus bord sinon elles finissent dans le seau. 
Sean et un requin
Celles qu'on libérait, après un moment de flottement le temps qu'elles réalisent qu'elles avaient retrouvé leur liberté, filaient comme une fusée d'un coup de queue énergique vers les profondeurs insondables du fjord. Les plus grosses se débattaient quant à elles dans le seau, entassées les unes sur les autres, et donnant des coups de queue pour essayer de s'extirper de là. Je voyais leurs yeux bouger et me regarder, j'avais envie d'en prendre une quand les autres avaient le dos tourner et de la relâcher.
A l'embouchure du fjord on s'est arrêté pour l'activité pêche. Il y avait une canne pour chaque personne et Maria m'en a tendu une que j'ai saisie. Tout le monde s'amusait avec sa canne, moi j'avais l'impression d'être à la foire à essayer de pêcher un canard en plastique. L'équipage nous a mis un bout de salami en guise d'hameçon, il paraît que les poissons adorent ça. Et on a eu un cours de pêche, comment dévider la bobine, mouliner et maximiser les chances de prise. 
C'était intéressant. Jusqu'à ce que je vois Sean qui faisait prises sur prises. Je crois que la pêche ce n'est pas mon truc. Pour tuer les poissons, il leur enfonçait les doigts dans les ouïes pour leur en extraire les branchies. La pauvre bête agonisait ensuite dans un saut dans un filet de sang pendant 15 minutes. On l'entendait se débattre. Les autres aussi n'ont pas tardé à chopper des poissons. Statistiquement ça allait bientôt être mon tour. Pendant ce temps je priais pour que les poissons évitent ma ligne, ne voulant pas participer à ce carnage. Je crois que je vais virer végétarien, déjà que je le suis à moitié. Ou alors il vaut mieux ne pas voir ça et les avoir tout prêts en filets tout carrés ! On va me dire que c'est stupide, que ce n'est qu'un poisson idiot. Et alors, en quoi le fait qu'il soit plus bête lui interdit le droit de vivre? Ça saigne comme nous et ils sont heureux de vivre dans leurs fjords. Et s'ils doivent être tués, eh bien je préfère que ce soit par des phoques ou des lions de mer qui en ont bien plus besoin que moi.
Au bout d'un moment, comme l'heure tournait, je suis allé voir Maria pour savoir si les kayaks étaient pour aujourd'hui. Il était déjà plus de 17 heures et je rêvais de faire du kayak le long du rivage pour voir cette forêt vierge de plus près. Tout le monde a remonté sa ligne, moi j'avais arrêté déjà depuis 15 minutes. Je crois qu'on n'est que deux parmi ceux qui péchaient à ne rien avoir pris. Il y en avait une, l'australienne, qui a passé l'après midi dans sa cabine et en est sortie titubante, vaseuse et le visage cramoisi. Elle avait essayé d'y trouver un peu d'air frais et de tranquillité à cause du bateau qui tanguait et la rendait malade, visiblement ça n'avait pas trop marché ! Je n'osais pas lui parler, de peur que le fait d'ouvrir la bouche pour me répondre ne la fasse me vomir dessus !
J'ai été le premier à prendre place dans un kayak et le premier à rentrer aussi ! Tant que je pagayais ça allait mais alors que je m'arrêtais pour prendre quelques photos, j'ai été assailli par ces foutus moucherons qui ont rappliqué en nombre et qui étaient très voraces. Depuis le bateau ils me voyaient faire de grands gestes essayant de les chasser des mains et des bras. Au final j'ai dû pagayer à toute vitesse pour essayer de les semer ! Ces moucherons suceurs sont en fait ce qu'ils appellent incorrectement « sandflies ». Les mouches de sable sont un autre fléau mais des tropiques et sont minuscules alors que celles là sont bien visibles. Leur vrai nom est « blackfly ». La confusion vient de James Cook qui fut dévoré dans Dusky Sound, le fjord d'à côté, et leur donna ce nom là, sans doute par allusion aux vraies mouches de sable qu'il avait rencontrées auparavant dans les îles. Et le nom resta. Si vous vous voulez en savoir plus sur cette charmante bestiole, elle répond au doux nom de Austrosimulium ungulatum ou Austrosimulium australense. D'après leur nom il semblerait que ce soit endémique à ici. Et tant mieux, je les leur laisse de bon cœur !

Bradshaw Sound

Le bateau est resté là pour la nuit, au bout d'un des bras de Doubtful Sound, au fond de Bradshaw Sound. Comme la porte de notre cabine était ouverte à tous les vents depuis qu'on était monté sur le bateau, je suis allé la fermer bien vite une fois rentré du kayak. J'ai passé une bonne demie heure à les tuer avec une feuille de papier pliée en quatre qui à présent est noire, non pas d'encre, mais de moucherons écrasés. J'ai bien dû en tuer une centaine, ce sera ça de moins qui nous tirera le sang ! J'ai donné la consigne à David, l'allemand, qui continuait à faire du kayak, de bien fermer la porte de la cabine quand il rentrerait lui expliquant que l'endroit était infesté de moucherons. Il avait l'air immunisé car il continuait à pagayer allègrement, et plus encore, pendant que je me douchais (enfin, ma première douche en 7 jours, c'est pas du luxe!), il s'est amusé à sauter par trois reprises dans la baie depuis le toit du bateau. Un fou ! 
L'eau est en général à 11 degrés et peine à monter à 15 au mieux de sa forme, sans doute dans un mois ou deux. Sean nous a même confié que l'hiver il y avait de la neige et de la glace qui s'accumulait aux extrémités des fjords. Quand on était arrivé au bateau et que Maria nous avait détaillé les activités possibles pour la journée, j’avais crû qu'elle plaisantait quand elle avait demandé si certains voulaient se baigner ; manifestement non, car elle aussi est allée barboter sans que personne ne la pousse! Moi j'attendrai 2 jours et d'être aux Îles Fidji !
Sean et Maria sont en fait un jeune couple, c'est l'australienne qui a posé la question, les sentant proches l'un de l'autre, du même ages, très natures, sympathiques et tous deux très beaux. Ils ont un job en or et en sont très contents. Il se sentent très chanceux d'avoir pu obtenir ce job et de pouvoir travailler ensemble. Car en général les employeurs n'aiment pas embaucher des couples. On leur a demandé quel était leur rythme de travail, s'ils avaient des jours de repos, Sean nous a répondu que ce n'était pas un travail et que c'est pour cela qu'ils étaient là, qu'ils appréciaient chaque journée et reconnaissaient la chance qu'ils avaient de pouvoir vivre à demeure dans un endroit pareil. 
Car lorsqu'une excursion est finie, une autre commence. Tout est bien rodé, tous les jours ils se font approvisionner de produits par le bus qui amène des glacières, le reste ils le prennent dans le fjord, et quand le tour est fini, ils font le plein d'eau et de carburant à Deep Cove et c'est reparti pour un tour. Le linge est lavé et séché directement sur le bateau (il y a des machines), pendant l'heure ou deux qu'ils ont de battement entre deux groupes. Ils ne savent pas d'un jour l'autre ce qu'ils feront le lendemain, ça dépend de la radio quand Fiordland Expeditions les informe des prochaines arrivées. A la saison morte, ils rentrent sur la terre ferme. Ils vivent dans un bus aménagé et nous ont confié qu'alors que certains rêvaient d'avoir maison et jardin, eux étaient très heureux de vivre ainsi, entre un bateau, dans un des plus bel endroit sur terre et un bus camping-car. 
J'envie leur style de vie. On les sent vraiment heureux et épanouis, tranquilles. Ils ont trouvé leur voie, ils n'ont personne pour les embêter, que des clients à satisfaire, ce qu'ils font très bien. Maria est une très bonne cuisinière, dans le passé d'ailleurs c'était son boulot mais elle n'aimait pas être en cuisine et ne pas voir les réactions des gens faces à ses plats. Alors que là elle voit tout de suite les mines réjouies des convives, du coup ça lui apporte une satisfaction supplémentaire. Pour ma part, au lieu de la langouste j'ai eu droit à des manchons de poissons grillés au barbecue, comme des manchons de poulet. Ce sont en fait les queues de poisson qu'on mange en rognant autour et c'est très bon avec un filet de citron et un chutney qu'elle m'avait mis tout autour.
Le dîner s'est poursuivi ainsi dans une ambiance d'amis alors que la surface du fjord était devenue plane comme un miroir. Les derniers rayons du soleil ont disparu entre deux montagnes, dans un halo orangé. J'ai été le premier à le remarquer et en ai fait part à tous et ils ont tout de suite rappliqué dehors appareils photos à la main. On dit merci qui ?

mardi 6 décembre 2011

Vers Manapouri



Je suis resté la nuit dernière à l'ermitage, pensant avoir une chance d'apercevoir le Mont Cook ce matin. Tu parles ! Il a plu toute la nuit et ce matin, on est dans la brume et il pleut toujours des cordes. J'ai encore resquillé au camp mais cette fois bien malgré moi. Si si ! Hier soir comme j'avais mangé à l'ermitage question d'équilibrer mon régime, je suis rentré au camp à la nuit. Il n'y avait personne pour permettre de s'enregistrer et le jeu consistait à laisser des pièces dans un tronc et d'afficher un papier sur son pare-brise comme quoi on avait payé. Tout repose sur la confiance. Eh bien moi je n'avais plus de pièces, que des billets, aussi je n'avais pas d'autre alternative que de rentrer sans payer, risquant comme ce qui était marqué une visite du garde tôt le matin. Je lui aurais expliqué, j'étais de bonne foi.
Seulement ce matin avec le temps qu'il faisait, le garde - si jamais il y en ait eu un! - était mieux au chaud. Il faut dire aussi que j'ai déguerpi à 6h30. Tous les autres dormaient encore avec leur papier derrière le rétroviseur. Il y en avait même qui campaient sous la tente. Les malades ! Avec le froid ici, j'ai besoin de 3 T-shirts et ne quitte jamais mon écharpe. Et comme vous pouvez voir, toujours pas de polaire, finalement je n'en aurai pas eu besoin.
Le but du jour est d'arriver ce soir à Manapouri d'où part le bateau demain pour Doubtful Sound. 450 km m'attendent, ça ne va pas être de tout repos. Mais comme il ne fait pas beau, je m'en fiche. Heureusement que je suis arrivé hier au Mont Cook. Même si ce n'était pas l'idéal, c'était encore une « belle » journée qui m'aura permis de voir le lac Tasman. Aujourd'hui ça n'aurait pas été la peine d'y compter. 


En chemin, vers Omarama, se trouvent des falaises de craie, un drôle de truc qui n'est pas sur les guides mais qui figure par contre en bonne position sur les cartes postales. Pour y arriver il faut encore rouler sur une piste caillouteuse pendant des kilomètres puis franchir deux portails qu'il faut refermer sur soi avec un écriteau expliquant qu'on entre dans un terrain privé et qu'à ce titre il faut payer 5$ qui doivent être remis quelque part à Omarama. Après un moment de réflexion, j'ai jugé que les curiosités naturelles sont à tout le monde et que l’État n'avait qu'à exercer son droit de préemption afin de rendre l'accès à ce site naturel public. C'est du vol à l'arrachée !
Les falaises sont en fait des aiguilles polies par la pluie qui forment comme des cheminées de couleur rose-orangée. C'est le paradis de colombes et pigeons qui viennent nicher dans les cavités creusées un peu partout. De temps en temps on entend un morceau qui tome ou qui roule, ce n'est pas très rassurant. Mais ça ne m'a pas empêché de pénétrer à l'intérieur, par une brèche large comme un individu. L'intérieur forme comme un cirque, c'est étonnant. Je n'y suis pas resté trop longtemps en raison des chutes de pierre. Tout autour il y a des lupins. Depuis que j'ai quitté l'ermitage il n'y a que ça, les bas côtés des routes sont couverts de lupins, j'ai vu des couleurs inédites. Dans les prés, partout, des lupins, à perte de vue ! On ne peut pas marcher dans une prairie sans en écraser un. D'ailleurs il n'y a pas de vaches ou moutons ici. Normal, ils ne pourraient pas passer. Les lupins forment des buissons de près d'un mètre de haut.
Avant d'arriver à Queenstown se trouve la petite ville d'Arrowtown, une ancienne ville de chercheur d'or. C'est un musée à ciel ouvert, on se sent transporté des siècles en arrière quand on y arrive. Le village, qui se résume à une rue, est constitué de maisons en bois avec des auvents comme au far west. D'ailleurs on s'y croirait ! La ville remonte à 1860, lorsque de nombreuses personnes ont afflué ici pour chercher de l'or. De nos jours il n'y a plus d'or mais le long de la rivière j'ai pu voir un groupe d'écoliers en sortie munis du tamis du chercheur d'or qui s'amusaient à chercher des pépites et à les montrer à leur professeur qui leur disait que c'en n'était pas. Ils étaient tout excités à l'idée de trouver de l'or mais dans leurs écuelles, quand j'ai jeté un œil, je n'y ai vu que des cailloux gris ! C'est pas gagné ! Mais au moins ils se divertissent comme ça, je pense que c'est surtout le but.
Manapouri
J'ai retrouvé Queenstown avec plaisir vers 14:30. Je ne devais y rester que 30 minutes, pour aller sur Internet et me rendre à une librairie acheter un livre que je ne parviens pas à commander sur Internet : « Birds of New Zealand, photography by Rob Suisted ». Je l'ai feuilleté aux éboulis d'hier et les photos sont magnifiques. J'ai vu sur Internet qu'il venait de sortir cet automne, c'est sans doute pour ça qu'on ne le trouve pas encore partout. Car à la librairie ils ne l'ont pas. J'ai perdu du temps pour rien et je n'ai toujours pas mangé ! Je n'arrête pas d'être à la bourre tout le temps. Pour midi ça a été hamburger pris à la vente à emporter de Burger King et mangé sur la route. Je suis arrivé à 17:30 seulement à Manapouri. Le lac qui sépare la ville de Doubtful Sound est magnifique et je n'arrive pas à réaliser que je vais dormir la nuit prochaine dans ces montagnes de l'autre côté du lac. Ça promet d'être grandiose ! 
Pour l'heure j'ai pris mon dîner au restaurant, malgré le fait que j'ai encore plein de victuailles dans le frigo car le lieu est infesté de moucherons, vous savez, ceux qui sucent le sang. Chaque fois qu'il y a un cours d'eau ou un lac on y a droit. Alors j'ai préféré manger au restaurant, profitant aussi des prises de courant. Ce soir j'ai trouvé un super coin où me garer, pas très loin du lac, à 1 km de Manapouri seulement. Le coin est en fait un lotissement en devenir dont ils n'ont pour l’instant fait que la route. C'est l'idéal, je me suis garé au fond d'une impasse et je n'ai que les prés, les montagnes et le lac pour seuls voisins.

lundi 5 décembre 2011

Les glaces du Mont Cook


Sur la route ce matin je me suis arrêté à Moeraki Boulders. C'est un endroit étonnant, constitué d'éboulis (boulders en anglais) formant des rochers ronds comme des boules de billard qui ont l'air d'avoir été déposées sur le sable. Ces boules ont de nombreuses stries et crevasses qui les font ressembler à des tortues. On a l'impression d'avoir à faire à une sculpture, un truc artificiel façonné par la main de l'homme ; et pourtant c'est mère nature qui a créé ça. Encore un truc fascinant. Ces rochers sont en réalité des concrétions et leur processus de formation est mal connu et s'apparente un peu à celui qui régit la formation des perles chez les huîtres. A l'origine c'est un débris qui s'est déposé sur le fond de sédiments marins, comme un coquillage, un os ou encore un morceau de bois. Ce débris se trouve ensuite cimenté par des dépôts de calcite. 
Lorsque la mer s'est retirée, exposant ce fond sédimentaire aux intempéries, seuls ces drôles de rochers, plus durs, sont restés. Une fois complètement découverts, ils ont roulé jusque sur la plage où la mer a ensuite façonné les veines que l'on voit, constituées de calcite cristallisée. Puis la boule finit par se fragmenter, en suivant les veines, formant des morceaux de forme polygonale. Un tel processus prend 4 millions d'années à se former. Ce qui est étonnant c'est que le site n'est pas protégé et les gens montent dessus pour se prendre en photo, au risque de précipiter leur processus de dégradation. Certaines de ces sphères font jusqu'à 2 mètres de diamètre et c'est fantastique d'en voir une telle concentration au même endroit.
Mount Cook Hermitage
Plus loin sur la route, à Oamaru, il y a plusieurs centres de pingouins qui permettent la visite de colonies entières qui ont élu domicile dans le secteur. Il y a une colonie de pingouins bleu et une autre de pingouin aux yeux jaunes. Mais le centre est fermé, il n'ouvre qu'en fin d'après midi, pour permettre de les observer en optimisant les chances d'en rencontrer. Ce qui est trop drôle c'est la route pour arriver au centre. Il y a des panneaux de signalisation routière invitant à rouler doucement en raison de pingouins qui se baladent ! J'étais mort de rire, on croirait à un gag. Ces panneaux font le bonheur des cartes postales, tout comme celui de traversée de kiwi, que vous avez pu voir dans mon message à Arthur's Pass.
De Oamaru, j'ai quitté la route côtière pour m'enfoncer vers le Mont Cook, afin de m'en approcher du plus près possible. Il faut compter 215 kilomètres. 
C'est vers 12:30 que je suis arrivé à Twizel, dernier village avant le Mont Cook. Sitôt arrivé je me suis rendu au I-Site afin de chercher le prospectus que j'avais aperçu quelque part qui détaille une excursion sur le glacier Tasman. Ça avait l'air spectaculaire. La prochaine sortie est prévue à 14 heures et cela me semble parfait. J'ai demandé à la dame au comptoir si elle pouvait les appeler pour réserver. Il y a encore de la place, emballé c'est pesé. Elle ne m'a pas fait payer d'avance car ils ne savent pas si l'excursion va être maintenue, ils ont prévu de la pluie la haut. Il faut dire que le temps n'est pas optimum, à Twizel il fait beau mais le ciel est chargé, il y a plus de nuages que de coins de ciel bleu. Et il reste encore 60 kilomètres pour parvenir au terminus, Mount Cook Heritage. Je ne dois donc pas traîner si je veux arriver à l'heure, pour 13:30.
La route, bordée de lupins roses et bleus, longe un grand lac, le lac Pukaki derrière lequel se trouve le Mont Cook et ses petits frères. Malheureusement en raison du temps on ne voit aucun sommet, tout est pris dans les nuages. C'est bien dommage, je n'arriverai jamais à le voir ce Mont Cook. Mais avec le taux de précipitation de la région c'eut été un miracle de le voir. Je tire mon chapeau aux photographes des beaux livres que j'ai achetés. Quelques kilomètres avant d'arriver au petit village - qui n'est qu'un complexe hôtelier de luxe - le lac fait place à un vaste plateau herbeux. Avec les montagnes dans les nuages et ce paysage austère, on se croirait en plein dans le film « Le seigneur des anneaux ».


C'est un jeune guide jovial et sympathique qui nous accueille dans le bus de Glacier Explorers. Nous sommes partis pour une sortie de 2h30, à la conquête du glacier Tasman, sur les pentes du Mont Cook. Une croisière d'une heure est prévue sur le lac glaciaire. Tout un programme réjouissant ! C'est étonnant parce que je comprends très bien le guide. Pas étonnant, au bout d'un moment il nous confie qu'il est suédois et s'excuse pour son accent. Non, non, au contraire, très bien l'accent moi je dis ! Il n'arrête pas d'avoir un petit mot de dérision. Je ne m'en souviens que d'un, c’est quand on a pris part dans le bateau sur le lac et qu'il a émis le fait que l'on pouvait tomber à l'eau, ce pourquoi nous avions des gilets de secours. Il nous a fait toucher l'eau pendant 10 secondes et a ajouté qu'au cas où l'on tomberait dedans : « Don't panic and try to enjoy ». 
Le lac est en effet à 1 degré. Il est alimenté par le glacier Tasman, directement depuis le Mont Cook. Ce qui est derrière le glacier et dans les nuages c'est donc lui. Juste de l'autre côté du glacier, c'est Fox Glacier que l'on peut rejoindre en 8h30 par la route, ou 10 minutes en hélicoptère ! La croisière sur le lac est un moment de pur bonheur. On navigue sur une eau d'une couleur irréelle - on comprend pourquoi le lac Tasman est surnommé Milky Lake - , et ce malgré le temps, en slalomant à travers les icebergs. On en a approché plusieurs. Chacun a ses particularités et des couleurs différentes. J'ai appris que la glace a 4 stades distincts qui confèrent aux icebergs ses couleurs. Le premier stade c'est avant que la glace ne soit exposée à l'air. Les cristaux sont disposés de telle manière que la lumière absorbe toutes les longueurs d'onde de la lumière à l'exception du bleu, la longueur la plus courte, qui est réfléchie. 
C'est la forme de glace la plus stable et la plus résistante, le stade que je préfère. Le plus fugace aussi, car au bout de quelques heures la couleur change puisque l'iceberg est exposé à l'air. Pour avoir la chance de voir un iceberg bleu, il faut que le morceau de glace vienne juste de se rompre du glacier ou bien que l'iceberg change de position. Ce qui arrive car la loi de l'iceberg qui veut que 10% soit émergé et 90% immergé fait que lorsque l'iceberg fond, au fur et à mesure la base remonte. La surface du lac agissant comme un élément qui érode l'iceberg, elle forme de larges sillons autour de l'iceberg, dévoilant alors sa couleur bleue. C'est magique !
Le second stade c'est quand l'iceberg se trouve exposé au soleil, au vent et à la pluie. Les gaz qui sont présents dans les cavités de glace séparent la glace en cristaux distincts. A ce stade l'iceberg devient blanc. Au stade d'après, lorsque l'iceberg commence à fondre, les débris de roche qui étaient emprisonnés à l'intérieur apparaissent, lui donnant alors une couleur grise en raison de la présence de fines particules. Ces particules réchauffent la glace, accélérant la fonte. Au stade ultime, la couche de particules devient plus dense, jusqu'à 5 cm d'épaisseur, et forme une croûte de protection pour l'iceberg qui fond alors moins vite. A ce stade l'iceberg devient très sombre, lui donnant une couleur dégueulasse. On peut aussi y voir de gros morceaux de rochers qui s'accumulent à la surface. 


Le glacier Tasman dispose d'un lac glaciaire, car à la différence des autres glaciers alentour, comme Franz Josef ou Fox, il est disposé dans une vallée quasi plate, ce qui fait que le glacier avance presque à l'horizontal, permettant la formation d'un lac à l'endroit où il se termine dû à la fonte du glacier. Le lac Pukaki est un ancien lac glaciaire, à l'époque le glacier avançait jusqu'à ce niveau. Depuis il ne cesse de reculer et le lac sur lequel nous naviguons est né en 1973 seulement et est destiné à s’agrandir. Peut être un jour sera t-il aussi grand que le lac Pukaki. A l'heure actuelle, le lac Tasman mesure 6 kilomètres de long sur 2 de large. Nous n'avons pas pu nous approcher trop près du glacier, celui ci faisant de hautes falaises dont des blocs entiers tombent tous les jours pour former de nouveau icebergs. Et lors de la chute, l'impact est tel que cela crée une onde de choc faisant de minis tsunamis. 
Le glacier qui monte en haut du mont Cook à gauche
En parlant de tsunami, vu que Cristchurch n'est qu'à 250 kilomètres et est le centre de tremblements de terre à répétitions, quelqu'un a posé une question judicieuse, à savoir s'ils ressentaient le tremblement de terre dans la région et ce qui se passait. La réponse, peut rassurante, c'est que lors du dernier tremblement de terre des énormes morceaux du glacier se sont détachés, formant un tsunami avec une vague de 7 mètres de haut. Espérons qu'une tremblement de terre n'ait pas lieu pendant qu'on navigue !
Les icebergs que l'on peut voir sont formés de glace vieille de 300 ans. Le guide en a détaché un morceau qu'il a mangé, assurant que l'eau était très pure en raison de son âge avancé. Le glacier Tasman naît à 2700 mètre d'altitude et finit sa course 27 kilomètres plus loin, là où nous sommes. La hauteur du glacier est de 7 mètres à son commencement et est le fruit de l'accumulation de 50 à 80 mètres de neige qui tombent chaque année et qui se transforment en glace sous l'effet du poids produit par la neige. Le glacier avance ensuite de 30 cm par jour, ce qui explique les 300 ans qu'il lui faut pour parcourir ces 27 kilomètres.
Un autre fait étonnant c'est que comme les icebergs flottent, ils peuvent parcourir la surface entière du lac dans la journée, tournant comme des glaçons dans un verre à whisky ! Parfois, en raison d'impuretés qui peuvent causer des fractures et la rupture de certains éléments, du fait que l'iceberg doit toujours garder son ration de 1:9 émergé/immergé, celui ci peut pivoter complètement à 180 degrés, en moins de 30 minutes, dévoilant sa partie immergée et bleue. Les icebergs changent donc d'apparence constamment et chaque jour le guide nous confie qu'il a l'impression d'en voir de nouveaux, déjà rien qu'au fait qu'ils se soient déplacés dans la nuit.
Je pourrais en raconter encore des tartines, les icebergs sont encore une autre merveille de la nature que je ne pensais pas rencontrer en Nouvelle-Zélande. C'est vraiment une sortie spectaculaire, plus encore que les autres glaciers que j'ai pu voir. Je n'ose imaginer la beauté du site sous le soleil quand on peut voir le Mont Cook et le glacier dans sa totalité. Ça doit être grandiose !
J'ai passé le reste de l'après midi sur l'ordinateur, rédigeant à l'ermitage l'épisode de la veille. J'ai aussi réservé une excursion pour après demain qui s'avère exceptionnelle, afin de clôturer en beauté mon escapade en Nouvelle-Zélande. C'est une excursion sur deux jours dans Doubtful Sound, avec nuit à bord, au milieu des fjords. On sera en petit groupe, 14 personnes seulement, sur un petit bateau perdu au cœur des fjords. Un petit cadeau de Noël que je me fais avant l'heure !


Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...