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samedi 5 novembre 2011

Objectif Tiputa




Désolé c'est le lagon bleu, j'avais plus de place hier!
Frédérique s'était occupée, sur ma demande hier soir, de réserver deux vélos, un pour moi pour les deux jours qui restent et un pour Fabien pour aujourd'hui. En effet j'avais proposé à Fabien de m'accompagner à vélo pour parcourir le motu et visiter celui d'à côté, Tiputa, à la recherche de plages, le motu d'Avatoru n'en disposant pas. L'idée l’avait enchanté. Le but du vélo est aussi double pour moi. Je vais enfin pouvoir aller dormir ailleurs, loin du bruit, en toute autonomie. Ce matin j'étais encore crevé par quasi une nuit blanche due à ces foutus clebs. Désormais avec le vélo je pourrais me sortir de ce village infernal et espérer trouver un coin sans habitation autour, gage de tranquillité. Le camping sauvage, il n'y a que ça de vrai !
A 6h30, un type, un métro, est venu apporter les vélos, en piteux état et rouillés. Tout à coup je me suis revu avec les vélos déglingués de Rarotonga ! Mais ceux là avaient l'air de fonctionner et disposaient de freins. Tant que ça roule, c'est tout ce qu'on leur demande ! Quand j'ai enfourché le vélo j'ai dit à Fabien, « Ouh là, la selle est dure, ça va me défoncer le cul ! » Pour lui c'était pareil.
A la sortie du village d'Avatoru on a croisé une drôle de pancarte qui invitait à entrer dans un chemin. Il y avait marqué : « Excursions, sensibilisation au don d'organes ». Quelle drôle d'association ! Ça n'a pas manqué de me faire rigoler, j'ai dit à Fabien : « En fait ils t'emmènent dans le lagon et te donnent en pâture aux requins, comme ça le travail est déjà à moitié fait ! »
Chemin de la plage publique
En chemin nous avons croisé les deux hollandais qui avait le même but que nous, mais à pied. Il y a une passe qui sépare le motu d'Avatoru et de Tiputa dans laquelle on est assuré de trouver des dauphins. Fabien y est allé la veille avec le type des vignes qui l'a un peu fait visiter et ils les ont bien vu : « Tu verras, au bout de 10 minutes où on était là, on les a vu jouer dans la passe ». Il y a tout de même 10 kilomètres à parcourir depuis le village, c'est de l'autre côté de l'île, cela fait une sacrée trotte !
Frédérique m'avait dit aussi où prendre le taxi boat pour traverser la passe et se rendre sur Tiputa. Ils prennent les vélos paraît il, tant mieux ! Pour trouver le débarcadère, il faut prendre un chemin qui avance dans la cocoteraie avec un panneau « Plage publique » à moitié effacé. Au bout se trouve un snack avec les horaires de passage. Il était 10h10 quand on y est passé et le prochain passage était à 11h, un par heure. On s'est donc dit qu'on avait jusqu'à 11h pour aller voir les dauphins. Sauf que c'était sans compter avec moi qui m'arrête un peu partout pour prendre des photos. 



Du débarcadère on peut voir juste à côté un hôtel de luxe avec des bungalows sur pilotis comme aux Maldives (ou à Bora Bora...). « Tiens, allons visiter ! ». Fabien, sceptique : « Tu crois qu'on peut entrer ? - Mais oui, tu vas voir, laisse moi faire, j'arrive à rentrer partout ! ». Et je lui comptais l'histoire du Aitutaki Resort où j'avais fini par me faire repérer tout de même. Et j'avais raison ! Juste après avoir posé nos vélos contre un cocotier, nos sacs sur le dos, tout dépenaillés, une dame endimanchée s'est approchée, souriante : « Ia Orana, vous pouvez entrer, il n'y a pas de problème, mais si vous pouvez mettre vos vélos là bas, sous le faré... » en nous désignant un petit abri où des vélos sont attachés, sans doute pour la clientèle. Car il s'agit de ne pas gâcher le paysage pour les clients avec nos vélos rouillés !
La passe de Tiputa
Le resort est situé dans un très beau coin et ils ont même le luxe d'avoir une plage de sable et non pas de débris de coraux morts. Sans doute une plage artificielle. Il n'y a rien autour, au moins ceux qui sont là ne doivent pas être emmerdés par le bruit la nuit. Enfin, en théorie car l'hôtel est vide, on a croisé personne à part les employés ! Comme le temps tournait, Fabien m'a dit : « Faudrait qu'on y aille, sinon on ne verra pas les dauphins, il ne reste que 15 minutes. - Eh, no stress, relax, on a qu'à prendre la navette de midi ! » Ce que nous avons fait. Après, on est allé voir à la passe, on a scruté la surface de l'eau, rien, pas un dauphin ! Fabien s'est allongé sur un petit parapet. « Je vais faire la sieste, tiens ! ». Pendant ce temps j'attendais qu'un gros nuage passe pour prendre la passe en photo. Je parlais aussi à Fabien « Imagine qu'on crève, on serait bien dans la merde ! ». Car pour ça je suis un spécialiste, à chaque fois que je prends un vélo pour des balades, je rentre en le poussant ! C'est pour ça d'ailleurs que je n'ai plus de vélo en France, j'en avais marre de me déplacer avec des chambres à air de secours et une pompe. Et évidemment c'est quand j'avais oublié l'attirail que je crevais ! Pour la secousse, j'avais même fini par acheter des pneus pleins, sans chambre à air, comme les roues des chariots de supermarché. Une horreur, ça transforme le vélo en veau, il faut peiner comme un malade dès le premier degré de semblant de pente et à chaque irrégularité du sol on a les vertèbres qui se déplacent comme des osselets ! Depuis je circule avec les vélos en libre service. Comme ça si je crève, je n'ai qu'à le poser à une borne. Chose qui ne m'est d'ailleurs jamais arrivé...



Pour le taxi boat, le tarif de 400 francs du Petit Futé a du souci à se faire. Plutôt que d'écrire des conneries pareilles, ils feraient mieux de ne pas mettre du tout de tarifs dans leur guide ! Il en coûtait en fait 700 par personne + le vélo, soit 1500 l'aller et retour. Y a de l'abus, 13 euros pour 5 minutes de traversée ! C'est le tarif public, toute le monde est mis à la même enseigne, je ne sais pas comment font les habitants. Fabien commençait à houspiller, ça nous coûtait plus cher que la location du vélo et la sortie vélo finissait par peser sur nos pauvres budgets de touristes en tour du monde. Car, rappelons le, nous n'avons pas de rentrées d'argent, ce qui fait qu'on surveille plus ce qui sort...
A Tiputa nous avons visité une charmante église décrépie. En fait Tiputa est l'ancien village de Rangiroa, qui a été désaffecté au fur et à mesure, avec la construction de l'aéroport sur Avatoru. Du coup il y a beaucoup de maisons en ruine, la vie y est plus calme, il n'y a pas de voiture. En rentrant dans l'église il y avait une statue de la Vierge, Notre Dame de Paix. Je n'avais encore jamais vu une telle inscription! Je me suis assis sur le banc et j'ai dit une petite prière, pas les officielles qui ne me parlent pas, mais une à moi, improvisée et spontanée : « Merci Jésus, que je sois là et d'être près de moi ». C'est tout, pas besoin de faire plus long.
On a continué ensuite au delà du village, la route s'est transformée en piste, longeant la côte au niveau des récifs. De temps en temps nous faisions des petits détours pour aller voir côté lagon, toujours pas de plage, mais un peu pus loin, je pouvais voir des étendues de sable blanc au pied des cocotiers. On allait finir par y arriver ! Enfin presque, car après nous être arrêtés un instant pour boire de l'eau à la bouteille (à midi ça cogne sec, on était en nage sur nos vélos!), en repartant, catastrophe, Fabien me dit : « Aïe, je crois que mon pneu arrière est à plat ! ». Il venait de crever, le pire à craindre est arrivé. Le village de Tiputa devait bien être à 3 kilomètres, Fabien voulait rentrer dès à présent car il ne pouvait plus rien faire. Je lui ai alors dit : « C'est un peu bête, on vient d'arriver, avec le prix qu'on a payé, autant continuer un peu, on va laisser les vélos là dans un buisson et on va aller se baigner ». Le reste de ma force de persuasion a fait son effet, tellement qu'on s'est retrouvé à pousser nos vélos encore sur un kilomètre, cherchant un chemin qui nous permettrait de gagner le lagon. Et quand on a rejoint le lagon, déception. Pas de plage, toujours ces coraux qui blessent les pieds, pas moyen de s'asseoir. En fait ce qui semblait être du sable n'était qu'une illusion, le corail mort ayant la même couleur que le sable blanc, de loin on a l'impression de voir de belles plages. J'ai quand même réussi à dégager des coraux et à faire une mini plage privée de 4 mètres carrés ! Dont nous n'avons même pas profité car on s'est jeté à l'eau bien vite ! Là aussi, pas grand chose à voir, l'eau était trouble. En fait, curieusement, du rivage elle a l'air très limpide, on voit tout, les patates de corail et même les poissons circuler mais dès qu'on est dedans on voit rien, c'est un peu comme si on avait de la buée sur le masque.
L'illusion parfaite d'une plage et d'un lagon limpide
Dès qu'on est sorti, Fabien ne disait plus rien, je sentais bien que cette histoire de crevaison le minait et il y avait de quoi. Il en voulait au type qui nous avait loué ces vélos pourraves, d'autant que les routes ne sont pas forcément en bon état et qu'il aurait dû prévoir le coup ! Fabien voulait rentrer et prendre la navette de 15h30 ; comme il était 2h et des brouettes et qu'on était à 4 km du village, il m'a donc laissé. Je lui ai conseillé d'essayer d'appeler Frédérique une fois rendu sur l'autre motu, afin qu'elle contacte le loueur de vélos (on ne connaissait pas son nom) pour qu'il vienne le chercher. « Tu ne vas faire 4 km puis 10 à pied de l'autre côté ! »
Pendant ce temps, pas très solidaire sur ce coup là, je suis resté pique niquer un peu puis j'ai fait une sieste sous les filaos qui m'a valu de passer plus de temps à enlever les aiguilles du paréo qu'à faire la sieste. Au retour, je n'en menais pas large, je n'ai pas osé rouler sur la piste de peur de crever. Car cela aurait pu tout aussi bien m'arriver, en pire car j'étais tout seul. Mais comme je ne disposais que de 30 minutes pour arriver au quai de Tiputa, il a bien fallu que je roule un peu sur la piste. Je faisais la grimace à chaque petit caillou, mais ça a bien résisté.
Chemin faisant, sur Avatoru, j'ai trouvé un coin parfait où camper, juste derrière le bout de la piste de l'aéroport, entre deux buissons, côté récifs, sans aucune habitation autour. J'ai préparé le terrain, dégagé des coraux et démoli une espèce de niche faite de carton, de polystyrène et de sacs plastiques. Pas question qu'un chien abandonné m'emmerde dans la nuit, j'ai cassé sa maison, au cas où il y dorme encore.
Un culoté! Vous avez vu Ratatouille?
En arrivant à la pension, Fabien était là, je lui ai demandé des nouvelles pour le vélo. En fait au snack du débarcadère ils n'ont pas voulu téléphoner à Frédérique car leur téléphone portable était dans la voiture. Quelle excuse ! Du coup il a commencé à rentrer en roulant avec son pneu crevé, en danseuse tout le temps, jusqu'à ce que des personnes le prennent dans leur pick up.
Pour demain, vu qu'il n'y a rien comme plage sur Rangiroa, maintenant je le sais, j'ai demandé à Frédérique de me réserver une excursion à l'île aux récifs, une curiosité de la nature, une de plus ! C'est confirmé, et normalement dans le programme on doit aller voir les dauphins. Peut être aurai je plus de chance qu'aujourd'hui.
Après dîner, j'ai pris le vélo, plié la tente que j'ai mise sur le guidon et je suis parti avec mon barda dans la nuit noire. Enfin, façon de parler, car c'était quasiment pleine lune. Les autres de la pension me disaient que j'étais fada. Fabien m'a à nouveau proposé de dormir dans sa piaule avec un matelas qu'il disposerait sur le sol pour moi. Ça n'allait rien changer, il est tout à côté du chien ! De toute façon, rien ne pouvait changer la joie que je me faisais de dormir dans la nature, sans boule Quiès - enfin ! - , avec le seul bruit des vagues et du vent. Au final, je suis à 15 minutes de vélo de la pension. Quand je suis arrivé à l'emplacement, j'étais en nage et j'ai dû chasser des chiens hargneux qui couraient après le vélo dans des grognements comme s'ils dégustaient déjà le mollet ! Mais j'ai dormi comme un bébé, c'était génial.

vendredi 4 novembre 2011

Le lagon bleu



Quelle excursion ! Une merveille ! Les Tuamotu sont un petit paradis et le lagon est formidable. Je vous ramène plein de photos de paysages idylliques et elle sont toutes bien. J'ai mitraillé sec, 211 photos sur terre et 71 sous la mer. C'est un véritable casse tête de devoir en choisir une poignée pour illustrer ce blog. Ce matin, l'excursion a démarré à 8h. Ils sont venus passer nous prendre à la pension. On était encore en plein petit déjeuner car la propriétaire, Frédérique, nous avait dit 8h30. Du coup c'était un peu branle bas de combat, j'étais encore en train de faire la vaisselle lorsqu'ils sont arrivés. Nous somme montés à l'arrière du pick up où une famille d'une autre pension avait déjà pris place. Frédérique nous a rejoint peu de temps après avec son chien qu'elle transporte partout (« viens voir Maman » lui dit-elle...) et son compagnon.
Puis nous somme descendus sur le quai pour gagner le bateau qui allait nous mener à destination, à une heure de trajet environ. Un autre pick up est arrivé, toute l'île rameutait, et au final on s'est retrouvés à 20 sur le bateau en plus des 3 membres d'équipage. L'un d'eux, un organisateur un peu grande gueule (« Mes amis, ladies and gentlemen... ») nous a alors un peu dépeint le programme de la matinée. Premier saut de puce : à la passe à la fin du village. Le but étant de sauter à l'eau dans la passe et de se laisser porter par le courant, violent, qui rentrait dans le lagon. Le bateau nous attendrait ensuite un peu plus loin. Organisation militaire, « Prenez votre temps mais dépêchez vous ! », tout le monde s'est retrouvé en costume de Spiderman, vinyl moulant au corps, palmes, masque et tubas et s'est jeté à tour de rôle en arrière par dessus bord. 
Dans l'eau, comme promis, il y avait plein de poissons mais c'était profond et vue l'heure matinale la lumière, masquée par un gros nuage, pénétrait difficilement sous l'eau. En plus le paysage défilait à toute vitesse comme la campagne à travers la fenêtre d'un train. J'essayais de me rapprocher des coraux pour avoir un peu de relief et plus de lumière. Les autres étaient déjà loin, emportés par le courant. On avait eu comme consigne de bien rester groupés, ça commençait mal ! J'ai du mal avec les groupes, quand il faut se coordonner à un ensemble. Et ma fantaisie alors ? J'aime faire ce qu'il me plaît et apprécier les moments. Foncer tête baissée et avancer en aveugle sans rien regarder, c’est pas trop mon truc. Quel intérêt ? Largué donc dans une passe dont on ne voyait pas le fond, je réfléchissais pourquoi ils nous avaient dit de bien rester ensemble. Peut être à cause des requins ? 
Je regardais en dessous : de l'eau noire, un truc rapide aurait pu tout aussi bien surgir en un éclair, comme le loup qui croque la brebis égarée, un peu à l'écart du troupeau ! Les types sur le bateau me faisaient de grand signe des bras, comme quoi je devais me dépêcher, revenir. Et mes photos de poissons alors ? J'ai fini par donner des grandes brassées mais avec leurs palmes ils étaient difficile à rejoindre. Je n'aime pas nager avec des palmes, sans doute que je ne sais pas comment m'en servir, mais j'ai beau mouliner des pieds, je n'avance pas et puis je me sens handicapé par un truc qui entrave mes pieds et leur donne des ampoules ! Du coup je ne prends jamais de palmes. D'être à la traîne m'aura valu de rater une raie manta : quand j'ai rejoint le groupe, elle avait déguerpi depuis belle lurette. Mais en échange j'ai plein de photos de jolis poissons qu'ils n'ont même pas vus. En à peine 15 minutes c'était déjà terminé, il fallait remonter pour mettre cap sur le lagon bleu. Ça promettait : si l'organisation continuait toute la journée de la sorte, ça n'allait pas tarder à m'énerver. Mais ce ne fut pas le cas !

Vous ne rêvez pas, le sable est bien rose!


Au lagon bleu nous somme restés longtemps et nous avons eu largement assez de temps pour explorer à notre rythme. Le bateau nous a laissé à proximité d'un motu car l'eau était si basse qu'il ne pouvait pas aller plus loin. Nous avons continué à pied, de l'eau aux genoux avec des requins qui nous passaient entre les jambes, des bébés requins. Mais où étaient donc les parents ? Des raies patrouillaient aussi. Et le lagon bleu se dessinait un peu plus loin, autour d'une ceinture de petits îlots paradisiaques, posés sur l'eau et inhabités. Les cocotiers débordaient des motu, certains courbés à l'horizontale de la surface de l'eau. C'est magnifique ! C'est très sauvage, plein d'oiseaux partout et un lagon d'un bleu turquoise presque fluo avec aussi toutes les nuances possibles, selon la profondeur et la constitution du sable. 
Il y avait même des sables rose à certains endroits, notamment sur un petit banc de sable que j'ai rejoint à pied. J'ai passé la matinée à explorer de motu en motu, pataugeant dans le lagon. Je n'ai pas trouvé le temps de me baigner, pris par l'excitation de l'endroit et mon désir d'en explorer les moindres recoins. Surtout ne me dites pas que mes photos se ressemblent toutes ! Certes le paysage c'est cocotier, sable blanc et ciel bleu mais chaque perspective est différente, quand on est là dedans, on s'émerveille devant chaque degré que notre œil parcoure. Je n'aurais pas vu Bora Bora comme il aurait fallu pour lui faire honneur mais j'ai les Tuamotu à la place, moins connus et certainement plus sauvages ! Certes je n'ai pas la dent en paysage derrière... 
Cette journée me rappelle l'excursion sur le lagon à Aitutaki. Mêmes sensations, même éblouissement, du grand spectacle tout en couleur que rien ne peut remplacer. Il faut le vivre ! Ce sont des moments magiques, de grand bonheur, empreints de sérénité où notre âme devient pure. On se retrouve petit enfant, hors du temps et de l'espace, on n'a plus la notion de rien, comme perdu dans l'éternité. C'est comme si quelque chose pénétrait en nous pour toucher notre moi le plus profond. Personne ne peut y résister ! Certains restaient les bras ballants, comme pétrifiés, incapables d'aller plus loin, ils s'exclamaient « Mais que c'est beau ! ». Je pensais à Gilbert, à son île, je comprends pourquoi il en est si fier, il doit venir d'un endroit comme ça. Comment être mauvais quand on est né et qu'on a grandi dans de tels paysages ? On devrait y envoyer les criminels, je suis sûr que cela les délivrerait de tous leurs démons !
A midi, corne de brume à l'aide d'un coquillage, c’est le signal, c’est l’heure du repas ! Il est temps de regagner le petit motu où nous avons laissé nos affaires. Ils nous ont préparé un barbecue. Au menu : Mahi-mahi grillé, poulet, poisson cru en salade et riz cantonnais. J'ai tout pris sauf le poisson cru, on ne sait jamais, je fait très attention depuis que je suis arrivé ici. Par exemple à la pension, quand on tourne à droite on a l'eau de la ville, saumâtre et non potable, qui sert à laver la vaisselle et à gauche l'eau de la citerne, qui est de l'eau de pluie recueillie. Comme elle est très précieuse, on se doit d'en faire très attention. Je l'utilise néanmoins pour laver tomates et poivrons. Depuis que je suis arrivé d'Europe, rien à signaler du côté digestif, tant mieux ! C'est la raison pour laquelle je mange aussi le plus possible par moi même. Avec les pensions c'est pratique, elles mettent toutes à disposition des cuisines. Et pour améliorer le régime de temps en temps je vais au restaurant où là je ne consomme que des choses grillées.



Le petit oiseau va sortir! Ce n'est pas un montage
Après le déjeuner on a eu quartier libre jusqu'à 14h, heure à laquelle ils devaient nous faire des démonstrations de tressage de feuilles de cocotiers pour fabriquer toutes sortes de choses. Ici le cocotier sert à tout ! C'est l'arbre magique ! La majorité en a profité pour faire la sieste sous un cocotier. Que crime ! Moi je ne perdais aucune seconde. J'ai traversé le lagon pour l'explorer vers l'est cette fois, en traversant à nouveau avec l'eau aux genoux, les requins etc... A la fin on n'y fait plus attention aux requins, c'est un poisson comme un autre ! Un des motu sur lequel je me suis rendu, petit confetti perdu dans l'immensité du Pacifique, se termine par une langue de sable. Tandis que j'étais dans l'eau pour prendre une jolie photo, une raie s'est approchée et est restée immobile, me fixant de ses yeux qui me dévisageaient de la tête aux pieds. 
Vous la voyez, la raie?
Elle aurait eu des sourcils, ils auraient bougé ! Elle posait pour moi, avec l'île derrière, c'est merveilleux ! Il faut faire attention à tout, chaque instant est précieux et unique, un requin qui nous sourit, un oiseau qui traverse le ciel au bon moment... Dès qu'on sait ouvrir l’œil il y a plein de petits détails comme ça dont je me nourris. Je laisse les autres roupiller, moi je ne veux manquer ça pour rien au monde ! Au bout d'un moment quand même, sans doute intrigués de me voir bouger dans tous les sens, à faire des aller et venues, à marcher de manière erratique dans le lagon, certains m'ont emboîté le pas, mes voisins en fait, les hollandais et Fabien. J'ai un bon contact avec Fabien, il a tout plaqué, il a démissionné pour venir, il ne supportait plus. C'est çà, on encaisse, on vit, on supporte, jusqu'au jour où on pète un plomb et où on décide d'aller voir ailleurs. 
C'est pour ça que je pars souvent en voyage, non pas parce que je suis fainéant mais justement pour m'éviter de péter un câble à Paris. J'ai la chance d’être dans une boite où j'ai réussi à négocier une forme de temps partiel qui me permet de trouver un équilibre. Ce n'est peut être pas optimal pour ma carrière mais j'en ai vraiment besoin. Je ne sais pas comment font tous les autres. Et pourtant certains de mes collègues étaient étonnés de me voir poser un congé sabbatique pour faire autre chose que construire un autre projet professionnel. Certes c'est une perte sèche d'argent, mais ce que je vais gagner en échange au cours de ce voyage n'a pas de prix ! Fabien, lui a un projet au cours de son tour du monde, il va à la rencontre des viticulteurs français qui se sont exilés un peu partout dans le monde, il les interviewe et publie des articles pour des revues spécialisées dans le vin. Le plus souvent il est d'ailleurs hébergé directement chez les exploitants. C’est comme ça que j'ai appris qu'on faisait du vin à Rangiroa ! Il a un blog aussi, mais il l'alimente de manière plus sporadique. Je vous donne le lien : http://vin-et-voyage.blogspot.com/



Nouvelle corne de brume, le signal ! De toute façon nous avions presque fini notre tour sur le lagon. Pendant que l'un d'entre eux nous enseignait comment faire paniers et sacs à main en cocotier, les deux autres accompagnaient à la guitare et à l'ukulélé. Ils ont repris au clair de la lune, mais dans un tout autre rythme et mélodie, c'était très joli et ça tournait cette chanson en quelque chose d'émouvant. Il faut le faire ! Alors pour tisser le cocotier, ça a l'air très simple, il suffit de couper la tige centrale en deux dans le sens de la longueur puis de la sectionner dans le sens de la largeur de manière à laisser 3 feuilles. Ensuite on assemble en passant une feuille sous l'autre. Enfantin, enfin à voir. Je redoutais le moment des travaux pratiques, mais ils n'ont pas eu lieu !
A la place on devait aller voir les requins citron, de beaux spécimens bien plus grands que les minus de 1 mètre de long que l'on pouvait croiser dans le lagon. Ce n'était pas bien loin, le capitaine a attaché la corde à une bouée flottante et tout le monde à l'eau ! Par dessus le bateau on pouvait voir un tas d'ailerons et d'ombres passer et repasser. Peu engageant ! J'ai attendu qu'un ou deux soient déjà à l'eau, en guise d’appât, on ne sait jamais ! Quand je me suis retrouvé là dedans, c'était infesté de requins, n'importe qui d'entre vous serait mort noyé de peur ! Mais les requins ne me font pas peur, ils ne sont pas agressifs, ils vivent leur vie et s'en foutent de nous. Je ne sais pas pourquoi on a diabolisé cette pauvre bête. Pour un peu on voudrait les caresser ! 
Venez donc vous baigner, ils sont gentils!
D'ailleurs Fabien a essayé d'en attraper par la queue mais ils ne se laissent pas faire, ils sont vifs ! Et puis je l'ai aussi mis en garde, s'il arrivait à en choper un, à mon avis il ne se laisserait pas faire et il aurait vite fait de se retourner pour le croquer. Moi j'étais aux anges, je rigolais dans l'eau, c'est trop géant, j'invitais les autres à venir en leur disant « Venez, c'est infesté !! ». C'était la plongée de Moorea puissance 100 ! Mais l'attraction a été assez brève, ils nous ont demandé de sortir car ils allaient leur donner à manger « A moins que vous veillez rester pour leur servir de dîner aussi ». Car quand ils commencent à manger c'est là où ils sont dangereux, pris dans leur frénésie de prédateur, il ne font plus la distinction de rien et bouffent tout !
Aïe, ils arrivent par derrière!
Une fois remontés à bord, celui qui tressait le cocotier a pris les têtes de poissons qui avaient servies au barbecue et les tendait au dessus de l'eau au bout d'un pic, pour attirer les requins, un peu à la manière d'un parc aquatique où l'on demande à des dauphins de sauter à travers un cerceau ! Ils ont tous rappliqué, la surface de l'eau s'est mise à bouillonner, les plus téméraires sortaient de l'eau pour essayer de happer l’appât. Les oiseaux sont arrivés aussi et faisaient des vol planés pour essayer de piquer la vedette aux requins et d'avoir la tête avant eux ! Celui qui appâtait les requins a réussi à en saisir un ou deux en vol. Ça se débat beaucoup comme bestiole et c'est très vigoureux, ils avaient tôt fait de se libérer, après avoir aspergé le bateau en se débattant. 
Les gens s'essuyaient le visage et leur appareil photo qui pendait lamentablement. Heureusement j'avais pris place en hauteur, debout sur la banquette ce qui a fait que j'ai pu sauver l'appareil photo et saisir l'instant !
Au retour, on s'est pris un grain, heureusement ils avaient prévu le coup et nous ont sorti des cirés. Moi j'ai dit à mes voisins : « Eh bien on était mieux au lagon bleu ! »  Quelle journée ! A marquer d'un pierre blanche ! Et j'en aurai encore plein d'autres, promis !




jeudi 3 novembre 2011

Rangiroa


Je ne le savais pas, ils ne m’avaient rien dit à Air Tahiti, mais le vol de ce matin pour Rangiroa passe par Tikehau. C'est ballot car j'y vais après et mon vol de retour depuis Tikehau passe par Rangiroa ! Bref j’aurais dû faire l'inverse. Sinon, bonne surprise : il fait beau aux Tuamotu ! Tous ceux dans l'avion se plaignaient du temps qu'il avait fait à Bora Bora et d'avis de résidents, ils n'avaient jamais vu autant de pluie tomber aussi longtemps, même en période de saison des pluies. C'est à cause de moi, comme je disais hier...
A la pension où je suis il y a un couple de hollandais et un français, tous en tour du monde. C'est marrant car tous ceux que je croise font un tour du monde comme moi. Faut dire, l'Europe est si loin... Et tout le monde va ou revient de Nouvelle Zélande et j’en entends que des éloges, les gens dès qu'ils en parlent ont une lueur qui éclaire leur regard. Si c'est si fabuleux que ça, il me tarde d'y être, moi qui avait à l'origine prévu de faire l'impasse sur la Nouvelle Zélande !
Je viens de lire que Rangiroa est le plus grand atoll de Polynésie et le deuxième plus grand au monde. Ce qui fait que quand on y est, on ne dirait pas qu'on est sur un atoll, car on ne voit pas l'autre côté de la lagune : il est derrière l'horizon !
Rangiroa est aussi assez peuplée, en tout cas là où je suis à la pension, c’est au bord de la seule route de l'île et il y a pas mal de passage. J'ai installé ma tente sous un faré poté, un chapiteau quoi, face au lagon. Par contre il y a plein de maisons tout autour, chacune avec entre 2 et 5 chiens. Il n'y a pas vraiment de solution de repli car il n' y a que 20 mètres entre la route et le lagon. Sinon il y a Fabien, le français, qui m'a proposé de dormir dans sa chambre s'il y avait un souci. C'est sympa ! Sauf que lui donne encore plus près d'un clebs attaché qui a passé la nuit à aboyer. Ça a été un festival, de minuit à deux heures du matin l'île était aux chiens, ça aboyait de tous côtés, j'ai dû attendre que ça passe, malgré 3 paires de boules Quiès !
J'ai déplacé ma tente deux maisons plus loin, au bord de l'eau, derrière la pizzeria mais c'était pareil. Ça ne sert à rien que je me mette en quête d'un autre endroit il y a de fortes chances que ce soit pareil et que je paye bien plus cher. Les chiens sont un vrai fléau ici, les femelles ont les tétines qui traînent par terre, évidemment ça en a 8 par portée, à ce rythme il faudra un bon tsunami pour s'en débarrasser. Je suis sûr qu'en Polynésie il y a plus de chiens que d'habitants. Je maudis Cook et ses successeurs qui a introduit coqs et chiens ! Je ne suis pas sûr que j'en sois débarrassé dans le reste de mon séjour, de belles nuits d'insomnies s'ouvrent devant moi. Raison de plus pour laquelle le bateau me fait rêver. Pas de chiens qui aboient en mer !
J'ai passé l'après midi à explorer un peu autour de la pension mais il n'y a aucune plage, je suis un peu déçu. Le lagon est aussi pas vraiment propre, il est trouble et il y a plein de trucs filamenteux en suspension. Vu qu'on est dans le village, je ne voudrais pas que ce soit ce que vous pensez. D'ailleurs je me disais la même chose avec mon masque et mes yeux qui trempaient là dedans. Manquerait plus que je me choppe un nouvel orgelet ! Finalement, je suis passé côté récif et je me suis allongé sous un filao à l'ombre et j'ai dû roupiller presque deux heures. Faut dire à Bora Bora j'étais réveillé dès 3h par les coqs. Je me suis réveillé frais comme un gardon !
Je suis passé devant un « bureau de tabac » et sur la devanture il y avait un panneau « Pacifique des Jeux » avec le même logo que « Française des jeux ». Le nom est plus joli. Avez vous remarqué comme en France tout s'appelle France quelque chose ? C'est ahurissant, on est peu fier de notre pays, à croire qu'on se prend pour le centre du monde : France telecom, Air France, SNCF, EDF, GDF, France abonnements... Ça m'insupporte ! Ne pourrait on pas donner de plus jolis noms, plus inventifs, comme Iberia ou Telefonica en Espagne, Lufthansa en Allemagne ou encore Aegan Airlines en Grèce ?
Demain on va tous faire une excursion au lagon bleu, un endroit magique, un lagon à l'intérieur du lagon avec une couleur irréelle et tout un tas de poissons. J'espère que je pourrai faire de belles photos car ce soir le temps s'est un peu couvert, mais rien de méchant, on voit toujours la lune !


mercredi 2 novembre 2011

Puisque le soleil ne veut pas de moi...




Flamboyant, pas comme le temps!
Ce matin Gérard est venu au bungalow pour m'annoncer qu'il annulait la sortie. Il faut dire qu'il a plu toute la nuit des trombes sans discontinuer et ce matin encore il pleut toujours. La météo a émis un bulletin d'alerte orange, alors il ne veut pas prendre de risque de nous lâcher sur le lagon par un temps pareil. Surtout qu'au mieux je serais rentré avec la crève, trempé jusqu'aux os ! En fait il m'a dit qu'un ami à lui était mort en faisant du surf, non pas croqué par un requin mais foudroyé par l'orage. « Une belle mort ! » dit-il, au sens qu'il est mort sur le coup et n'a pas eu à traîner une longue maladie.
J'ai donc passé la matinée sur le net, à écouter les radios locales, à la recherche de ce que j'entends comme musique par ici. Je n'ai pas trouvé mais je suis tombé sur cette radio sympa qui passe des chansons des îles : Tiaré FM
J'ai contacté la pension à Rangiroa pour leur demander un hébergement au lieu du camping car j'ai regardé la météo, c'est pluie jusqu'à dimanche, même aux Tuamotu. Je ne me vois pas faire du camping dans ces conditions, dormir sous la flotte, dans l'humidité, je déteste. Le problème est qu'ils ne m'ont toujours pas répondu. On verra demain, au pire ils ont des dortoirs.
Florie et Jean Marc m'avaient aussi parlé d'une émission qu'ils regardent depuis Raiatea (ils résident en fait là bas chez un ami). C'est une version de Koh Lanta locale, qui se passe dans les Tuamotu. Le titre c'est Total Tuamotu, ils ne sont que deux candidats et ça ne se passe que sur une semaine. Il faudra que je trouve ça à mon retour mais ça s'avère compliqué, la seule chose que j'ai trouvée c'est ce petit trailer. Au passage, notez l'accent, j'aime beaucoup!
Au fait, je n'ai pas précisé le mode d'emploi de ce site, mais si vous voulez voir une photo en plein écran, il faut cliquer dessus puis faire un clic droit « Afficher l'image » puis zoomer sur l'image en cliquant dessus. Vous la verrez alors en plein écran car toutes les photos que j'ajoute ont une résolution plein écran, c'est à dire 1024 pixels de large.
Enfin pour aujourd'hui, c'est un peu maigre, je suis désolé de ne pas vous faire plus rêver, pourtant j'y travaille dur. En tout cas, malgré le temps, tous les jours je bénis le ciel d'être là et de vivre ça. Ce n'est pas donné à tout le monde, c'est une chance et à ce titre tout doit être tourné en positif.
Un ahuri!
Vers 12h, la pluie a cessé un peu, il ne tombait plus que quelques gouttes, j'en ai profité pour aller demander un vélo à Gérard. J'avais dans l'idée de retourner à Matira dans l'espoir de retrouver le poisson trompette pour lui tirer le portrait. Car après tout, puisque le soleil ne veut pas de moi, autant aller sous l'eau, au moins ça ne change pas des autres jours, tout juste y a t il un peu moins de lumière ! J'ai rigolé tout seul car je me suis pris pour un poisson. Tandis que j'avais ôté mon T-shirt et que je commençais à grelotter, je me suis jeté à l'eau avec l'appareil photo comme on jetterais un matelas à la mer. Quand j'ai ouvert les yeux sous l'eau, j'ai constaté avec stupeur que je n'avais ni masque ni tuba ! Ils étaient resté dans le sac ! Faut le faire, comme si je pouvais nager sous l'eau sans rien.
Un autre!
Je n'ai pas revu le poisson trompette, mais j'en ai vu plein d'autres que je connais déjà par cœur mais aujourd'hui c'était un festival d'ahuris, ils venaient tous à ma rencontre, me jauger de près, l’œil collé à la glace du masque, leur nageoire hérissée pour me faire peur. Sans doute pensaient ils avoir la paix aujourd'hui en raison du temps. Il n'y avait qu'un con dans l'eau : moi ! J'ai rapidement été entraîné plus au large, un poisson en appelant un autre... Un moment c'était très profond. Je n'aime pas quand c'est trop profond, on voit mal en dessous, on sait pas ce qui peut arriver par dessous et je faisais des sauts de carpe dès que je sentais quelque chose me toucher, une algue, ou une vaguelette causée par mon sillage ! C'est un peu comme marcher la nuit dans une forêt dense un soir de nouvelle lune...
De temps en temps je regardais le rivage pour ne pas trop m'éloigner. Il y avait un type avec un chien et un T-shirt rouge, posté à mes affaires qui me faisait de grands signes. Je savais ce qu'il me voulait, je lui ai fait un salut de la main et suis retourné à mes occupations. C'est un des gardiens du feu Bora Bora. Ils ont pour mission de chasser tout intrus, même s'il n'ont pas de clients car c'est fermé et que c'est illégal. Attends, j'avais même pas déballé la serviette, j'avais tout mis dans un superbe sac Super U pour protéger de la pluie ! Que voulait-il, que je sorte de l'eau et me faire gober que la mer était privée ? Ça m'a un peu gâché le plaisir de savoir que j'étais guetté et attendu de pied ferme, je n'étais plus détendu, aussi je suis sorti. Et là, plus d'affaires ! Le garde s'approche et me dit qu'il a déplacé mes affaires au niveau du Diving Center, à 10 mètres de là, en dehors de la zone interdite. 
Ils ont une lampe anticollision à l'arrière, comme les avions!
Je lui ai dit avec le sourire : « Je m'étais mis là car je croyais que le domaine maritime était public ». Plutôt que de s'énerver j'estime qu'on peut tout dire avec le sourire et ça évite bien des problèmes. Du coup il m'a serré la main, il m'a dit qu'il avait des consignes... Bref, il faisait son boulot, ce n'est pas lui qui est à blâmer, c'est ces cons de propriétaires qui font chier leur monde, aigris par le fait qu'ils n'ont plus de rentrée d'argent !
Au fait, tous ceux que je rencontre me demandent toujours - si ce n'est pas dès la première phrase - d'où je viens. Ça m'énerve ! Comme si cela devait me définir. Déjà, je dis que je suis de Bordeaux, je ne me suis jamais considéré comme parisien; encore heureux, je déteste être là bas ! Mais répondre me renvoie surtout à là où je dois revenir ! D'ici, je vois ça comme un grand trou noir englué dans la médiocrité. Alors que je ne suis jamais tant moi qu'ici. La prochaine fois, je répondrai comme Christophe Maé : «Je viens de chez les fous »!
Quand je suis rentré à vélo il y a eu un pâle rayon de soleil qui essayait de filtrer comme il pouvait. J'en ai profité pour faire quelques photos et monter à un relais TV-radio plein d'antennes qui surplombait la baie de Vaitape. Surtout, le dôme central de Bora Bora était complètement dégagé. J'aurais au moins réussi à voir ça ! C'est drôle car il me fait penser à une dent de sagesse en train de sortir, du coup je ne l'appelle plus le dôme mais la dent !
Ce soir il ne pleut toujours pas, on voit la lune dans un halo. A voir ce que ça donnera demain à Rangiroa. Car c'était mon dernier jour à Bora Bora. Je n'aurais pas vu ses motus de sable blanc merveilleux avec la dent en toile de fond... et vous non plus ! Espérons que ce sera un peu mieux aux Tuamotu, il y pleut moins car les îles sont toutes des atolls sans île centrale, il ne reste plus que les motus, ce qui fait que les nuages passent sans s’arrêter. Mais j'ai peu d'espoir, j'ai eu le malheur ce matin de regarder une photo satellite en direct, c'est chargé partout dans le Pacifique Sud, sauf en Nouvelle Zélande et en Australie. Tu vas voir que quand j'y serai ce sera le contraire, je suis un spécialiste pour ça. Mes amis en rigolent car quand j'arrive, j'apporte souvent la pluie !

mardi 1 novembre 2011

Après midi à Matira

Comme je le redoutais, il a plu toute la matinée, sans discontinuer, à ne pas pouvoir mettre un pas dehors. Mais ça ne me fait plus rien, je me dis que je suis juste quelque part et tant pis si je ne vois pas Bora Bora. J'en verrai d'autres, d'îles, dans les 6 mois qui viennent ! Et quitte à ce qu'il pleuve, il vaut mieux que ce soit quand j'ai un toit et toutes les commodités. Au moins je peux m'occuper, aller sur internet, téléphoner...
A midi Gérard est venu me voir, il s'était arrêté de pleuvoir. Il m'a dit : « je vais chercher un nouveau et si ça te dit je vous emmène à la pointe Matira. Même si le temps n'est pas génial, au moins vous pourrez vous baigner et c'est mieux que de rester ici ». Accord conclu, j'avais besoin que quelqu'un me booste. Pas besoin de vélo aujourd'hui et du poncho. Tant mieux ! J'ai envoyé un message à Kesrtin pour lui dire que je serais vers 14 heures pointe Matira.
J'ai fait connaissance avec le nouveau, Bob, un canadien de Vancouver qui a arrêté de travailler pour quelques années et en profite pour voyager mais en repassant à chaque fois par Vancouver pour préparer son voyage d'après. Car, contrairement à moi, il ne se voit pas l'énergie de tout planifier à l'avance sur des mois de voyages. C'est vrai que ça a été un sacré boulot, mais pour l'instant ça ne marche pas trop mal. Bon, pour ce qui est de la météo, ça, personne ne peut prévoir !
On a mangé ensemble au snack que Gérard nous avait indiqué et où il nous avait conseillé de laisser nos affaires pendant qu'on irait faire un tour sur un spot de snorkelling qu'il nous a montré. Il était ensuite convenu qu'on l'appelle du snack pour qu'il vienne nous chercher. Il est très bien ce Gérard, sa pension n'est répertoriée dans aucun guide, il n'est pas très bien vu ici car personne ne veut d'un tourisme de sac à dos, ils veulent tous du haut de gamme qui se retrouve pourtant vide, faute à la crise et aux comportements d'ici. En effet, il nous a dit que les hôtels ne possèdent pas leurs terrains mais que ce sont des concessions sur 20 ou 30 ans. Et beaucoup sont arrivées à expiration cette année. Du coup c'est l'heure de la renégociation, et tous les propriétaires, qui pensent être en position de force, demandent des loyers augmentés de 200%. Les groupes hôteliers menacent de fermeture mais rien n'y fait. Du coup certains partent. Je comprends maintenant le Sofitel à l'abandon à Huahine, pourtant situé sur un très beau motu. Le Club Med a jeté l'éponge à Moorea et vient de le faire aussi sur Bora Bora, comme ils ne peuvent plus jongler sur les recettes d'un établissement pour compenser les pertes d'un autre. Du coup les hôtels à l'abandon fleurissent. Au final tout le monde est perdant : les propriétaires trop gourmands n'ont plus de rentrée d'argent, les habitants de l'île qui pour beaucoup travaillent dans les hôtels perdent leurs emplois, moins de lits c'est aussi moins de chiffre pour tous les commerçants de l'île. Tout s'effondre à cause de la cupidité de privilégiés. Ça ne vous rappelle rien ?
En attendant, Pointe Matira, il y a le Bora Bora, à l'abandon mais avec des gardes et des chiens qui dissuadent de passer, même le long de la plage. Absurde puisqu'il y a personne ! J'ai parlé à Gérard de l'Intercontinental. Il est bien dans l'illégalité, mais va faire ici respecter des lois françaises. Comme il me disait : « Si tu leur fait la remarque, ils vont te répondre : qu'est ce que tu viens faire chier ? Ici on a des touristes riches qui vont beaucoup dépenser et qui veulent être tranquilles. Et toi qu'est ce que tu fais pour nous ? ». Apparemment les Polynésiens ont du mal avec les lois françaises et la démocratie, ils sont encore sous le système des chefs mais ils sont bien français quand c'est pour obtenir des sous. Dixit Gérard. Il doit bien les connaître, ça fait 27 ans qu'il vit à Bora !
Au snack, après avoir pris un sandwich omelette-fromage-frites, j'ai laissé Bob pour aller chercher Kerstin plus loin, au cas où. Et quand je suis arrivé devant l'hôtel Matira, elle venait juste de poser le pied sur le sable. On est allé rejoindre Bob pour faire du snorkelling à l'endroit désigné par Gérard. J'ai vu un grand poisson tout allongé et étroit que je n'avais encore jamais vu, qui faisait du surplace et scrutait les anfractuosités de rocher, avec une gueule un peu de crocodile. Je n'avais pas emporté mon appareil amphibie à cause du temps mais j'ai regretté. Je l'ai montré à Kerstin, elle était tout excitée, elle n'en avait encore jamais vu non plus, tout comme Bob du reste ! J'en ai par la suite parlé à Gérard, il m'a dit que c'était certainement un poisson trompette. Et c’est bien ça, je suis allé choper une photo sur Internet pour que vous voyez.
Une fois sortis du lagon après y être restés bien longtemps, on a discuté au bord de l'eau, les pieds faisant des cercles sur le sable. Kesrtin en est venue à parler des logements que ses parents avaient l'habitude en vacances de prendre, un... (elle cherchait ses mots en anglais pour dire un « holiday appartment »). Pour lui faciliter les choses, j'ai dit : « Oh yes, a condominium !». « A what ? A condom what ? ». Et là, elle a réalisé ce qu'elle venait de dire et on est parti dans un fou rire que rien ne pouvait arrêter. Bob en rajoutait : « Oui, un condom, avec la lampe au bout, c'est pratique en voyage, ça pèse pas lourd, on en trouve partout, pas besoin de réserver et en plus c'est taille unique ! On peut aussi marcher avec et aller à la plage avec, ça prend pas l'eau, regarde ! » (et il mimait une marche de pingouin, les bras coincés le long du corps). On a bien rigolé, j'ai frôlé une déchirure d'abdominaux ! On a même trouvé le nom de notre nouveau concept d'hébergement : le cond'home.
Kerstin et moi devant le snack. Merci, Bob!
Ensuite c'était l'heure de se quitter mais le snack était fermé. Patatras, rideau de fer, horaires de dimanche. Bien que mardi, on est le premier novembre et on avait tous oublié. Faut dire on se déconnecte vite du systèmes des jours fériés quand chaque jour est un jour de vacances ! On était bien dans la mouise, dans mon sac j'avais l'appareil photo, le portefeuille, le téléphone et la clef du bungalow ! Le type en face de l'autre côté de la rue a vu notre désarroi et nous a fait un signe de ne pas bouger. Il s'est radiné avec la clef ! Mais bon on a eu droit à un « je ferme à 4 heures les jours de repos, on vous l'avait pas dit ? ». Ben non !
Quand on parle de fermeture, ça vaut aussi pour le supermarché, du coup ce soir je me suis retrouvé en compagnie d'une super boîte de gratin dauphinois de marque Belle France qui pèse un lingot d'or et que je me coltine depuis Maupiti. Une horreur ! Un fumet nauséabond se dégageait au cours de la cuisson que j'ai essayé de dissimuler par un morceau de cheddar vintage (c'est son nom, et ils est très bon, lui!). Eh bien j'ai gâché mon cheddar pour rien, même en ayant rajouté aussi du poivre, j'ai mis à la bouche une rondelle de patate que j'ai recrachée aussi sec. Comment peut on faire de telles horreurs qui plus est bourrées de saloperies ? Personne ne goûte la « recette » avant ? Du coup la moitié a fini dans la cuvette des chiottes, l'autre moitié dans la poubelle avant que ça ne me bouche les toilettes ! J'en ai la nausée rien qu'à l'écrire !
Ce soir Gérard nous a concocté un super programme pour demain, navigation en kayak entre les motus les plus beaux de Bora, là où se trouve la demeure de Paul Émile Victor, et snorkelling dans des jardins de corail fantastique. Même s'il pleut ce sera beau nous assure-t-il. Pour l'heure il se remet à pleuvoir des cordes, ça fait maintenant 3 heures que ça dure. Je ne sais pas combien de cm d'eau sont tombés mais à ce rythme là on vas se ramasser le dôme de Bora sur le crâne ou finir sous l'eau comme à Bangkok ! Vaut mieux qu'il pleuve bien cette nuit que demain sur le kayak. J'aimerais bien avoir un peu de répit, je ne demande même plus un rayon de soleil !
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