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dimanche 4 décembre 2011

Les autochtones d'Otago


Au lever, j'ai décidé de retourner à Parakaunui Bay de laquelle je m'étais exilé en pleine nuit. Comme ce matin il faisait grand beau, c'était dommage de ne pas y faire un saut pour voir la baie sous le soleil. Alors que je marchais seul sur la plage, profitant du lever de soleil pendant que tous les autres pionçaient dans leur van après avoir fait la fête toute la nuit, je me suis dirigé vers les rochers pour avoir un point de vue sur les falaises. Chemin faisant, j'ai continué un peu plus loin, sautant de rochers en rochers, dans l'idée que des créatures pouvaient dormir par là. C'est alors que j'ai aperçu au loin, un truc noir, enroulé sur soi même comme une grosse merde. En plus c'était luisant, c'était pas minéral ça ! Je me suis approché doucement pour ne pas faire de bruit. C'était un phoque à fourrure qui dormait profondément, se laissant chauffer par les rayons du soleil. 
Plus je m'approchais, plus il y avait deux oiseaux aux bec et pattes rouges qui criaient, les mêmes que celui qui m'avait foncé dessus à Abel Tasman. Le phoque, lui, était bien là avant moi et ils ne lui disaient rien ! J'ai donc opté pour la même tactique : ne pas bouger. Avec ces sentinelles à la con qui gardent le phoque, on allait bien voir qui allait gagner. Et en effet, ça a marché, ils sont allés déverser leur hargne un peu plus loin, en évitant de côté le phoque et moi !
Je me suis approché à deux mètres. Le phoque m'avait aperçu depuis un moment, ouvrant un œil de chien battu de temps en temps. A un moment, il m'a signifié la limite à ne pas dépasser : il s'est mis à souffler bruyamment et à cracher. Je me suis donc assis et je l'ai regardé dormir. 
Qu'est ce que ça pue au passage, un phoque ! Le spécimen que j'ai vu est mon premier autochtone de la journée, un symbole qui augure d'une journée pleine de découvertes. C'est un phoque à fourrure de Nouvelle Zélande, il est endémique et il a recolonisé peu à peu les rivages après en avoir été chassé au siècle dernier jusqu'à l'extinction. Mais grâce à Brigitte Bardot, il est revenu et son nombre ne cesse d'augmenter chaque année, signe qu'il se plaît bien ! J'aime voir la nature reprendre ses droits. Les phoques mâles, comme celui que vous voyez (comment je sais ? Y a qu'à regarder, c'est comme les clebs, ils ont pas de fourrure à cet endroit, on peut dire qu'ils doivent se les geler!), font jusqu'à 2,5 mètres et pèsent jusqu'à 185 kg. C'est pour ça que je me suis approché, vu la vitesse à laquelle ils avancent, en cas de menace, j'aurais plus vite fait de détaler que lui. Les femelles quant à elles sont plus petites, 1,5 mètre et 50 kg sur la balance seulement.
On voit bien pourquoi ça s'appelle un lion de mer
Je suis resté un long moment à le regarder, pouvoir le voir de si près et sans personne autour, c'est comme si deux mondes se rejoignaient et entraient en communication. Je l'entendais respirer, je le regardais cligner des yeux, bouger ses petites oreilles, lever une nageoire de temps en temps, soupirer, bailler ou s'étirer. Ça se gratte aussi comme un chien, avec la patte de derrière palmée. C'est comique. Ils ont des pattes comme des éventails, c'est pour ça qu'ils ont l'air aussi godiches. De loin on les dirait montés sur des béquilles. Vous ne verrez pas un phoque de si près, question qualité de photo y a rien à dire, on peut même compter ses vibrisses si le cœur vous en dit. Il a bien fallu que je le laisse dormir en paix et pour ne pas le déranger j'ai fait un détour en lui faisant un au revoir de la main.
Des gamins étaient sur la plage, j'étais prêt à leur parler de l'existence du phoque mais je me suis ravisé. J'ai jugé qu'il était plus tranquille tout seul et que ceux qui voulaient le connaître devaient le découvrir et non pas l'avoir servi sur un plateau. En plus ils n'auraient sans doute pas été aussi calme et silencieux que moi. Tandis que je m'apprêtais à regagner la voiture, j'ai aperçu de l'autre côté de la baie, à contre jour, un machin noir au milieu de l'eau. Un rocher ? Il avait une drôle de forme et sa couleur différait des autres rochers. J'ai donc décide d'aller voir de plus près, en traversant un chenal d'eau glacée. Plus je m'approchais, plus j'en avais la certitude : c'était un animal. Et un vrai, qui s'était mis en mouvement. Un gros tas, je ne sais pas de quoi il s'agissait mais c'était bien plus gros qu'un phoque. 
Cascade de Parakaunui
La chose sortait de l'eau péniblement en sautillant, j'ai marché doucement et le pas léger sur le sable mouillé pour ne pas qu'il prenne peur et reprenne le chemin du large. Eh bien le gros pépère c'est un lion de mer et je sais maintenant pourquoi ils s'appellent ainsi : ils ont une épaisse fourrure qui forme comme un collier autour du cou, de couleur fauve, alors que le reste du corps semble tondu, la fourrure plus rase et plus foncée. Ça ressemble un peu à un lion mais avec des pattes bizarres ! Les mêmes que le phoque de tout à l'heure. Celui là est plus vif et se déplace plus vite, je suis donc resté un peu plus loin.
A un moment il a stoppé, il avait trouvé son coin, où le sable est toujours humide mais la couche superficielle devient sèche. Il s'est roulé là dedans et on le sentait en pleine extase. Il fermait les yeux, se roulant sensuellement d'un côté de l'autre, frottant sa tête contre le sable et levant les pattes en l'air (si on peut appeler ça des pattes!). Puis il a fait son trou et a commencé à roupiller. 
Gare de Dunedin
Pendant ce temps le reste du camp s'est levé, je voyais les tentes s'agiter au loin et j'entendais les portières claquer. Quelques têtes intriguées de me voir tapi à plat ventre se sont penchées par dessus les touffes d'herbe pour voir ce que je faisais mais heureusement il n'y en a qu'un qui est venu. Il est resté d'ailleurs bien plus à l'écart que moi. Un trouillard sans doute. Il faut dire que le lion de mer de Hooker (c'est son nom!) est un beau bébé de 3 mètres de long et qui pèse dans les 400 kilos. Il est endémique de la Nouvelle-Zélande également et il est le plus rare des 5 espèces de lions de mer que l'on trouve de par le monde. C'est donc une chance que je le rencontre ce matin, à peine 15 minutes après avoir vu un phoque ! Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt, n'est-ce pas ? Tout comme le phoque de Nouvelle-Zélande, ils est revenu vivre ici, après avoir été décimé par les Maoris avant que les européens ne débarquent. Il en existe peu en Nouvelle-Zélande et on peut les rencontrer seulement dans les Catlins (là où je suis) et sur la péninsule d'Otago (là où je dois aller cet après midi). Le lion de mer est très agile et malgré sa taille imposante il est capable de plonger à plus de 200 mètres de profondeur. Ça force le respect !

 Parakaunui Bay

Après tout ce petit monde du matin, il était temps pour moi de lever le camp si je voulais être à l'heure à Dunedin. J'ai fait un saut à la cascade de Parakaunui, à quelques kilomètres seulement de là où j'avais dormi, pour voir. Je n'ai pas regretté, le cadre est magnifique ; alors que la campagne tout autour n'est qu'une ferme géante, la cascade est nichée au sein d'un écrin de verdure magnifique rempli de fougères rampantes ou arborescentes et d'arbres aux troncs moussus. Ça gazouille de toute part à en avoir un tympan percé et avec les rayons du soleil qui traversent les feuilles en faisant des faisceaux de lumière comme ceux d'un projecteur, on se croirait dans un jardin d’Éden. D'autant plus qu'il y a un ruisseau qui glougloute, celui là même qui finit en cascade. C'est ici qu'ils pourraient enregistrer les CD de relaxation de sons de la forêt. La cascade n'est pas très spectaculaire mais elle forme plein de niveaux et de terrasses qui la rendent charmante.
Albatros Royal
J'étais à Dunedin vers 13:30 et j'ai décidé d'aller au restaurant, étant donné que ce n'est pas en rentrant d'excursion à 22 heures que j'allais me faire un repas conséquent. Surtout qu'à cette heure là, d'habitude je dors. Mais là ça allait être problématique : étant donné l'heure de rentrée tardive sur Dunedin, j'étais bon pour prendre la route de nuit afin de chercher un endroit où m'arrêter. Vu les difficultés que j'avais connues la veille, je redoutais le pire. Au restaurant j'ai commandé le plat du jour : un filet de sole pané accompagné de frites et de salade. Tout ça arrosé d'une bière pression. J'étais tranquillement attablé au soleil en terrasse, me laissant dorer par les rayons du soleil (on se serait crû une belle journée de printemps, comme celles qu'il peut y avoir à Madrid, où ça cogne déjà fort au mois de mai), quand un groupe de gros lourds est arrivé, visiblement aviné et s'est mis à la table à côté. J'ai eu droit à des réflexions sur mon T-Shirt « Planteur » - le fameux jaune distendu de Rarotonga ! - qu'ils s'amusaient à essayer de prononcer. L'un d'eux, le plus lourdingue au style rugbyman, a essayé de me parler. Évidemment l'alcool n'aidait pas à le comprendre, déjà que sobre on n'y arrive pas ! Je me suis contenté de sourire niaisement et j'ai fait mine de regarder les photos sur mon appareil photo. Ça a bien marché, il m'a laissé tranquille, préférant draguer tout ce qui passait dans un rayon de 2 mètres. Un vrai cas !
Après déjeuner, je suis allé me balader un peu, en contrebas on pouvait voir un bâtiment ancien pittoresque. C'est la gare de Dunedin et sur le quai il y avait un vieux train aux wagons en bois. On se serait cru au temps des trains à vapeur. Quand je suis remonté vers le point de rendez vous de l'excursion, je suis entré dans le I-Site pour savoir si c'était le seul de Dunedin. Devant l'office, la rue était complètement barrée et une foule s'était pressée sur le trottoir. Comment le bus allait il pouvoir me prendre là ? A l'I-Site ils m'ont dit que le point de rendez vous avait changé, en raison de la parade de Noël. Quoi, Noël, déjà ? En fait j'ai appris qu'ici ils commencent à fêter Noël avant l'heure, c'est comme un calendrier de l'avent grandeur nature. Chaque jour a sa nouvelle animation.
Il est pas mignon?
Nous étions une petite douzaine dans le bus. Nous nous somme rendus en premier au bout de la péninsule, là où se trouve un centre des albatros. Le groupe a été scindé en deux, ceux qui avaient payé le supplément ont pu entrer à l'intérieur, les voir de plus près. Car les albatros vivent là, en haut d'une falaise dont tout le périmètre a été grillagé, obligeant à payer si on veut les voir de près. Je n'avais pas réservé cette option, il faut dire que le type au téléphone m'avait vaguement demandé si je voulais le tour normal ou avec options - sans me les détailler -, et afin d'abréger mes souffrances j'avais opté pour le « regular » qui m'allait très bien ! De toute façon, va demander à un volatile qui vole de rester dans un parc clôturé. Je les ai vus ces albatros, certes en vol uniquement, mais bien vus ! Ils se laissaient planer. Par contre c'est atroce un albatros, c'est tellement grand que c'est impossible à cadrer ! 
Celui qu'on rencontre en Nouvelle-Zélande c'est l'albatros royal, le plus grand de tous. Il fait 1,2 mètre de long et peut aller jusqu'à 3 mètres d'envergure. C'est le plus grand oiseau marin au monde. Encore un record pour la Nouvelle-Zélande ! Autre particularité : l'endroit où l'on se trouve est le seul endroit sur terre où on peut les voir sur un continent. Le but du centre n'est pas tant de faire payer pour les voir, c'est surtout pour les préserver et assurer leur tranquillité.
Après, le début de l'aventure a vraiment commencé. Elm Wildlife Tours est le seul à avoir l'autorisation de passer à travers des fermes pour se rendre dans un endroit unique, reculé, où les animaux sont tranquilles. Pour s'y rendre, il faut compter trente minutes de piste caillouteuse dont les poussières nous faisaient tous tousser, même toutes vitres remontées. 
Il faut passer des portails, pousser des barrières dont ils ont les clefs. Puis on arrive enfin en haut d'une falaise battue par les vents. J'avais peur que l'observation ne se fasse que d'en haut et qu'on ne voit rien de près - d'autant plus qu'ils nous avaient filé des jumelles - mais je me suis inquiété pour rien. Ils ont tracé des sentiers et aménagé des sites d'observation tout près des animaux.
Les festivités ont démarré avec les phoques. Il y en avait toute une colonie, ils devaient bien être une cinquantaine. Ils se chamaillaient, certains coursant les autres, par jeu ou par conflit de voisinage, tandis que les mères allaitaient leurs petits. Je me suis senti privilégié de voir ça. Décidément chaque jour qui passe est pour moi une nouvelle vie, c'est une succession de moments inoubliables qui valent tout l'or du monde. 
Nous somme descendus ensuite de l'autre côté de la falaise où une plage se trouvait en bas. Je commençais à être complètement gelé, il y avait un vent glacial cinglant et avec la journée qui se finissait et le soleil qui rasait les collines, je n'allais pas finir d'avoir froid. Mais il faut ça si on veut voir des phoque ou... des pingouins ! Ceux qui nous attendaient dressés les bras en croix, comme un crucifix, sont des pingouins aux yeux jaunes. Nouveau record, c'est le plus rare des 18 espèces de pingouins qui courent le monde et il ne vit qu'ici. Et un nouvel autochtone de plus sur mon tableau de chasse ! Et celui là je n'ai pas de mal à le comprendre ! J'aime la chasse comme ça ! Pourquoi les tuer ? Qui peut me faire croire que les chasseurs sont des amoureux de la nature ? 
Ils veulent nous endormir avec ça. Si c'était le cas ils la protégeraient, ils penseraient à tous ces petits cœurs qui battent devant eux comme le leur avant d'appuyer sur la gachette.
Le pingouin aux yeux jaunes est le plus gros pingouin à vivre dans des régions tempérées. Monsieur n'aime pas la banquise et lui préfère les prés. Il est aussi très bruyant, d'ailleurs les maoris l'appelent Hoiho, qui veut dire « celui qui fait beaucoup de bruit ». C'est le pingouin le plus bavard qui existe. C'est comique de les voir marcher sur la plage, encore plus de les voir grimper les collines. Quand il y a un obstacle, ils se sentent bien emmerdés. Ils prennent alors leur élan et font un saut de puce dont on sent qu'il leur a demandé un grand effort. Ils ont l'air gauche, c'est pour ça qu'ils sont marrants.
On a aussi vu le pingouin bleu, minuscule, qui vit caché dans des trous, comme des terriers. Celui là est un manchot en fait. C'est le plus petit au monde, d'ailleurs on dirait un oiseau comme n'importe lequel. Sur la plage il y avait également deux lions de mer. Alors que le groupe avait continué son avancée, et malgré le fait qu'il nous était demandé de rester toujours groupés, je me suis arrêté prendre une photo. Je ne m'étais pas rapproché pour autant mais sans doute du fait que je ne sois plus que tout seul, l'un des lions de mer a couru vers moi, menaçant, toutes dents dehors. Le type de l'excursion m'a engueulé. Moi je ne me suis rendu compte de rien, j'étais en train de filmer occupé à cadrer l'appareil en regardant l'écran sans voir le détail. C'est en regardant la vidéo que j'ai compris qu'il était temps que je déguerpisse !
J'ai passé une journée fantastique à admirer toutes ces nobles bêtes qui luttent durement pour vivre dans des univers qui ne sont pour le moins pas très hospitaliers. Le tour s'est terminé à plus de 22 heures et c'est de nuit comme prévu que j'ai repris le van. Mais après avoir quitté Dunedin, j'ai rapidement trouvé un chemin de terre qui partait sur la gauche et je me suis garé juste après un petit pont, où il y avait un renfoncement, sans doute pour permettre les demis tours. Et c'est la tête pleine de belles images que je me suis endormi... Bon, maintenant que j'ai tout mélangé, c'est à vous de reconnaître les stars du jour !



samedi 3 décembre 2011

Direction Dunedin

Kawarau Gorge

Kaka point
 J'ai attendu l'ouverture du magasin de téléphonie pour rien. Ils avaient bien un câble universel micro USB qui s'adaptait parfaitement mais quand je l'ai branché à l’ordinateur ça a fait bugger le téléphone qui n'arrivait pas à se charger. J'ai dû retourner à la boutique me faire rembourser. J'en ai marre d'être dépendant de ces bidules électroniques qui ont besoin des accessoires de leur marque pour fonctionner ! Si à Auckland je ne trouve pas de câble compatible, ça en sera fini du téléphone. C'est hors de question que j'en achète un autre. Je ferai avec les cabines téléphoniques et sinon par Skype.
Avec cette affaire plus le petit déjeuner à rallonge que j'ai pris dans un pub très irlandais au mobilier en bois sombre qui sentait la cire, il était midi et je ne savais toujours pas où aller aujourd'hui. Avec le temps gris et froid qui s'est abattu sur Queenstown, ça chamboule mes plans d'aller au Mont Cook. 
C'est l'heure de pointe! Ça me rappelle le métro!
Du coup ne restent que deux autres alternatives : retourner dans le parc national de Fjordland pour me balader dans les forêts que je n'ai pu voir que du bus hier et réserver une autre excursion mais cette fois à Doubtful Sound, un autre fjord, moins réputé que Milford mais plus sauvage et moins touristique ; ou bien descendre sur Dunedin sur la côte est pour aller voir les pingouins et autres mammifères marins, avant de remonter sur le Mont Cook. J'ai opté pour cette seconde option, qui permet en outre d'attendre que le temps s'améliore en le passant à voir des bestioles qui, elles, qu'il pleuve ou qu'il fasse soleil, sont toujours là !
Apparemment la meilleure excursion à faire pour observer la faune de la presqu'île d'Otago est de passer par ELM Wildlife Tours qui promet de voir pingouins, otaries, lions de mer, albatros et autres autochtones. 
Nugget Point
Comme 300 km séparent Queenstown de Dunedin, il ne fallait pas que je traîne si je voulais arriver à leur office avant la fermeture pour réserver la sortie pour demain. Vu que ça n'avançait pas trop car la route est sinueuse, monte et descend et qu'avec mon veau tout neuf - 347913 kilomètres au compteur et 15 litres au 100 ! - je peinais à dépasser les 70 en montée, j'ai mis fin au stress en appelant d'une cabine à un bled sur la route. J'ai pris sur moi, prêt à affronter quelqu'un au bout du fil que je ne comprendrais pas. Au final, je me suis pas mal débrouillé, je n'ai fait répéter que deux fois. Rendez vous est donné dans Dunedin, à l'information center à 15:30 demain. Quel drôle d'horaire ! J'ai bien fait répéter mais c'est bien ça. La sortie est prévue pour un retour vers 22h, ceci afin de maximiser les chances de voir les bêtes qui pointent surtout le bout de leur nez le matin et le soir. Espérons que j'arriverai à en voir avant qu'il ne fasse trop sombre, sinon bonjours les photos floues !
Avec ce souci en moins, je n'avais plus à speeder sur la route et plus de raison d'aller à Dunedin, qui est une ville assez grande. J'ai donc pris la route vers Nugget Point, à 50 kilomètres au sud de la jonction de Milton. Pas très loin du rond point de Malissol (certains comprendront...). Pour arriver à Nugget Point, il faut longer une côte qui n'a rien à envier à l’Écosse, puis rouler sur une piste de caillasses pendant 6 km. Des panneaux d'interdiction de camper ou de stationner en camping-car fleurissent partout. C'est bête car c'est là que je comptais passer la nuit. Nugget Point est un cap avec un phare à son sommet, en bas duquel patientent des bestioles. En principe. Le premier arrêt promet de voir des pingouins à œil jaune. Pour ce faire un sentier a été dessiné sur le flanc des falaises et conduit à un abri d'où l'on est invité à observer les volatiles à travers des ouvertures larges comme des meurtrières afin de ne pas les effrayer. 
Une dizaine de personnes était déjà là, jumelles vissées sur les yeux. Je suis resté 10 minutes arc bouté derrière une ouverture qui était trop basse pour moi, à scruter les rochers en contrebas à m'en faire un décollement de rétine ! Que dalle, rien, remboursez ! Je me suis tiré, ça servait à rien, y avait pas un pingouin !
L'autre arrêt et terminus c'est en dessous du phare et un sentier le contourne par sa gauche, offrant de belles vues sur les rochers et les îlots tout autour. Cette fois j'ai vu du mammifère marin. C'est comme ça que je les appelle, ne sachant pas de quoi il s'agit. Mais ils étaient un peu loin, aussi le zoom à fond et un agrandissement derrière n'est pas l'idéal pour avoir des photos de qualité. Mais c'est un avant goût de ce que je verrai demain, en tout cas je l'espère. 
Je n'ai pas pu rester très longtemps, il pleuvait à présent et étant donné qu'il était 19h et que je ne pouvais pas dormir là ce soir, il fallait que je trouve un autre endroit où crécher. Ça n'a pas été simple. La spécialité de la région c’est l'élevage de moutons et de vaches. Il n'y a que des prés avec des fermes, des clôtures électriques et des chemins caillouteux qui ne mènent qu'aux fermes. Aucun renfoncement, rien où se garer. J'ai essayé plein de chemins comme ça qui ne menaient à rien, où il fallait rouler des kilomètres. A un moment le long de la route, un particulier offrait son jardin contre 5$. J'ai failli m'y arrêter mais quand j'ai freiné j'ai entendu un chien et j'ai vu plein de coqs qui gambadaient dans le jardin. J'ai appuyé sur le champignon allègrement !
Au final j'ai trouvé refuge à Parakaunui Bay qui dispose d'un camp géré par le DOC, qu'on atteint après des kilomètres de piste défoncée. Arrivé à la baie, très belle au demeurant, avec une belle plage de sable encaissée entre des falaises, j'ai constaté avec étonnement que je n'étais pas le seul. C'était même bondé, le camp le plus rempli que j'ai pu voir jusqu'à présent. Des jeunes, des camps d'une cinquantaine de tentes à touche touche, des campings cars, des vans comme le mien. J'ai soigneusement évité cette zone qui promettait d'être un endroit de fête et de hurlements, pour monter sur les hauteurs de la baie, assez loin du camp, là où le chemin se termine devant une barrière. J'ai été obligé de quitter l'endroit à minuit, un groupe ayant poussé la sono à fond dont les basses sourdes faisaient vibrer mon fourgon. Et là j'ai réalisé qu'on était samedi soir !

vendredi 2 décembre 2011

Milford Sound

Parc National de Fjordland

Pour cette excursion j'ai choisi Kiwi Discovery car ils avaient un tarif préférentiel en réservant par internet et leur bus dispose d'un accès WIFI tout au long du voyage. Car avec les 300 kilomètres avant d'arriver à destination, je suis bien parti pour 10 heures de bus. Alors autant s'occuper. Par contre je n'ai pas fait gaffe mais j'avais plein de bons de réduction dans les petits fascicules délivrés dans les bureaux des I-Site et j'avais un coupon qui aurait pu me permettre de payer encore moins cher. Tant pis pour moi.
Ce matin, j'ai levé le camp vers 6h30, la collecte s'effectuant en ville à 8 heures et je voulais arriver en avance afin de disposer d'une bonne place, côté hublot, du côté gauche. Ainsi comme on roule à gauche, je verrais bien le paysage sans aucun obstacle, c'est tactique. Étant bien en avance à Queenstown, je me suis un peu baladé dans le centre ville, entrant dans une galerie marchande afin de chercher la présence de prises électriques qui auraient pu me permettre de recharger l'ordinateur. 
Je profite de chaque petit temps mort pour charger un peu car je n'ai plus le chargeur de voiture qui était si pratique dans le précédent van. J'ai relevé le modèle : Projecta 120W inverter power-can IM120. Indispensable en voyage. Dans la galerie j'ai bien trouvé des prises mais aucune ne fonctionnait, en fait il y avait un interrupteur à clef devant chaque prise, positionné à off. En revanche j'ai remarqué une boutique de téléphones portables. Peut être auront ils un cordon compatible. J'irai demain, ça ouvre à 9h la semaine et 10h le week-end. Étant dans l'incapacité de savoir quel jour on sera demain, j'ai été obligé d'allumer le téléphone et de regarder le calendrier ! Demain c'est samedi, c'est malin, je vais devoir poiroter en ville.

Mirror Lake

Quand le bus est arrivé, il avait déjà fait la tournée des hôtels alentour et était déjà rempli. Heureusement pas complètement, j'ai pu avoir le siège que je voulais. Et même un autre choix car un groupe de jeunes bavassaient juste derrière et ça risquait de durer tout le trajet. Le conducteur nous parlait tout en conduisant, parlant de chaque endroit que nous croisions. Le son était dispensé par des hauts parleurs situés juste au dessus de chaque siège. Avec lui c'était le pompon, question accent il les bat tous, je ne suis jamais arrivé à comprendre quoi que ce soit, à part des mots par ci par là. Le premier arrêt c'est à 10h40, à Te Anau, dernier village avant de pénétrer dans le parc national des Fjordland. On dispose de 20 minutes pour prendre un café mais surtout pour aller aux toilettes, celles du bus étant en panne, tout comme le WIFI d'ailleurs. Ça tombe bien car j'ai passé tout le temps jusqu'à présent à écrire l'épisode précédent du blog et j'ai des nausées à en vomir. J'ai tout fermé et suis allé faire un tour du pâté de maison. 
Milford Sound
Le temps est tout couvert à Te Anau, ça me fait faire du souci pour Milford Sound. De toute façon, je m'y attendais un peu, le bulletin météo ne prévoit aucun jour de soleil pour les 5 prochains jours dans les Fjordland alors que ce matin il faisait encore soleil à Queenstown. Comme le parc est complètement sur la côte ouest, je ne suis pas trop surpris, je le suis plus par les cartes postales qu'on trouve de l'endroit sous un beau soleil. Ils ont dû attendre une année avant de pouvoir la faire cette photo ! Car dans cette région il pleut 6 mètres d'eau par an, c'est l'un des endroits les plus pluvieux au monde. La végétation est très particulière, presque lugubre, tous les arbres, aux essences inconnues dans la totalité, ont leur tronc recouverts de mousses et de lichens qui flottent dans les airs ! Au sol ce ne sont que des fougères. L'arbre prédominant est le tawhai, hêtre argenté de Nouvelle-Zélande, qui se distingue par son écorce de couleur argentée ou blanche. Ses feuilles sont dentelées et sont grosses comme la taille de l'ongle du petit doigt, ce qui leur donne un air de bonsaï grandeur nature. C'est très curieux.
Le parc national de Fjordland est le plus grand parc national de Nouvelle Zélande. Il est situé dans une région au relief escarpé et aux vallées enchevêtrées et possède une côte déchiquetée et abrupte qui forme ce qui a été incorrectement appelé des sounds. Les sounds (je ne connais par leur nom en français) sont en fait des vallées qui ont été envahies par la mer suivant un enfoncement du terrain sous le niveau de l'eau. Ce nom a été donné par les anglais quand ils sont arrivés là. En fait il s'agit de fjords, les fjords étant le résultat de l'action de glaciers qui ont produit das vallées en forme de U avec des sommets très pointus, avant leur disparition. C'est pour cette raison que le parc est appelé Fjordland, c'était plus simple que de rebaptiser tous les sounds. La région est classée « World heritage », statut donné à certaine régions du monde qui méritent une protection spéciale et une reconnaissance mondiale dues à leur caractéristiques naturelles uniques. L'affiliation à ce statut s'est faite en 1986, en tant qu'exemple dans l'histoire de l'évolution de notre planète. La région est si inaccessible qu'elle empêche l'implantation de routes et de villes. Le climat est complètement imprévisible et peut changer du tout au tout au cours de la journée.



Pour notre part, nous avons été accueillis par la pluie pour notre premier arrêt dans le parc, au niveau du Mirror Lake, petit étang couvert de canards dans lequel viennent se refléter les sommets enneigés tout autour. Nous sommes dans une vallée assez large, la vallée Eglinton, couverte d'herbes de la pampa qui lui donnent une ambiance particulière. Au fur et à mesure qu'on avançait le temps se gâtait de plus en plus, les sommets ayant disparus, nimbés d'épais nuages gris. Bientôt on ne voyait plus que la base. A un arrêt photo, personne n'a osé descendre ; déjà on n'y voyait rien et en plus il pleuvait à torrent. Dans le bus je faisais grise mine, qu'allait donner la croisière dans le site fabuleux qui nous attend ? Une croisière au radar, naviguant sur une mer de brume ? Je me suis décidé au final à descendre et à en prendre mon parti. A défaut de prendre des photos carte postale, j'allais essayer de retranscrire cette atmosphère de fin du monde, froide et mélancolique. Et je me suis laissé prendre au jeu, tout compte fait le paysage était aussi photogénique comme ça.
Pour les arrêts pipi, c'est un peu chiant, le bus nous laisse à chaque fois sur des aires où il faut payer. On dirait que c'est fait exprès alors qu'il y en a plein d'autres où les toilettes pourraient convenir. Certes elles sont plus petites, à chaque fois c'est une ou deux cabines avec le trou sans fond et des mouches qui viennent vous grignoter le cul, c'est peut être pour ça qu'elles ne doivent pas trop correspondre à un certain standing. Les japonais sont de la partie, ils sont de tous les bus. Je crois qu'ils aiment bien ça les voyages en groupe, les trucs organisés. Ceux là sont très calmes, on ne les entend pas. Il faut dire qu'ils sont seuls pour la majorité. Par contre ils prennent bien tout et n'importe quoi en photo, dès que le chauffeur parle d'un point d'intérêt, ils mitraillent par la vitre du bus, même s'il n'y a rien à voir en raison du temps bouché ! Moi les voyages organisés, je les fuis un peu. Celui là, je l'ai choisi parce que c'était du stress en moins. Mais au prix de gros sacrifices, on ne peut pas s'arrêter quand on veut et les pauses sont chronométrées. On est tout le temps obligé de suivre le mouvement. 
J'avais envie parfois de demander au chauffeur de s'arrêter pour prendre une photo exceptionnelle. J'étais très frustré par tout ce que je voyais et que je ne pouvais immortaliser. J'ai bien essayé à travers la vitre, comme les japonais, mais prendre une forêt en roulant est impossible. Les troncs finissent en filé, même en ayant choisi le mode de haute vitesse et il est impossible de s'affranchir du reflet des sièges bleu ou des parkas fluo des passagers, même en collant l'objectif à la glace. La forêt était pourtant encore plus impressionnante que ce que j'ai pu voir à la Gomera, au parc national de Garajonay. C'est assez similaire même si les bruyères sont remplacées par les hêtres argentés ; mais avec toutes ces mousses et fougères, on retrouve la même ambiance. Tout est noyé dans le vert très tendre des mousses gorgées d'eau. C'est un paradis pour elles !
On a eu d'autres arrêts juste à l'entrée du tunnel Homer et à sa sortie. Cette fois le spectacle était extraordinaire, on a eu droit à une accalmie et le paysage s'est débouché pour quelques minutes, laissant des nappes par ci par là. On avait l'impression de flotter au milieu des nuages et des neiges. La lumière soudain plus vive faisait mal aux yeux, en contraste avec les alentours très sombres. Le chauffeur nous a fait circuler des photos de la dernière avalanche qui a sévit dans le coin, coupant la route juste devant le tunnel. C'est assez fréquent apparemment. Il y aussi des avalanches d'arbres. Ce phénomène apparaît lorsque la végétation croît trop. En fait tous les arbres poussent sur un enchevêtrement de racines enfoncées dans une mince couche d'humus sous laquelle repose les rochers. Tous les arbres sont donc reliés les uns aux autres et se supportent pour se maintenir. Mais si l'un devient trop lourd pour supporter ce système de racines, il tombe, emportant avec lui les autres arbres avec lesquels il est connecté. Cela laisse de larges cicatrices de roches nues au milieu de la forêt.
La route, en partant du tunnel descend ensuite dans la vallée, vers Milford Sound, terminus et cul de sac. A cet endroit il n'y a rien. C'est à se demander pourquoi cet endroit a un nom. Il y a juste un grand bâtiment qui renferme toutes les agences qui proposent des croisières dans les fjords et qui donne sur un ponton où sont amarrés les bateaux. Il y en a de toutes les tailles. Nous on a le plus gros, celui de Real Journeys. Le départ est prévu pour 14 heures, soit dans 15 minutes. Le voyage est très bien rodé, on est arrivé pile pour le bateau. De toute façon c'est le dernier de la journée. Mais c'est aussi une chance car ceux qui sont partis ce matin plus tôt de Queenstown ont dû composer avec d'autres bateaux dans les fjords. On en avait bien un ou deux devant, mais personne derrière, on a donc fermé la marche de la journée. C'est aussi pour ça que j'ai choisi cette agence, car ils faisaient état de leur horaire tardif comme d'une force. Car la sortie est très courue et les agences se bousculent pour proposer cette sortie depuis Queenstown. Il doit bien y en avoir plus d'une douzaine. Ce qui veut dire 12 bus, des bouchons, et une magie qui disparaît proportionnellement. Nous , nous étions seuls sur la route.
Sur le bateau en revanche d'autres groupes se sont greffés, dont un de russes, bourrés (mais peut on les voir sobres?), qui ont pris place sur le pont supérieur, à la proue du navire et qui mobilisaient les places. Ils ont le don pour passer devant toute le monde et ça ne les gêne pas de ne rien laisser pour les autres. Je m'en fous, j'ai joué des coudes pour me faire une place et pris sur moi pour supporter leurs haleines de vinasse et leur langue horrible. Le spectacle pouvait enfin avoir lieu. Nous sommes partis pour 1h45 de croisière dans les fjords. Et le temps s'est calmé, il ne pleut plus et on voir les sommets tout autour, du moins les principaux et le plus proches. Pour ce qui est de la luminosité, on fera sans et on se consolera avec les photos des magazines et des cartes postales qui offrent une autre ambiance qui n'a rien à voir. Mais celle là n'est pas mal non plus. Ça rend le paysage plus dramatique.
Tu voulais des otaries, Corinne?
La croisière est spectaculaire, on évolue entre des hautes falaises couvertes de neige d'où se jettent des cascades d'un peu partout au pied desquelles otaries, phoques et autre lions de mer roupillent sur des rochers plats (si quelqu'un peut me dire de quoi il s'agit, on dirait qu'il y a plusieurs races...). Il y en avait un qui m'a beaucoup fait rire, il dormait sur le dos, se tapant son gros bidon avec sa nageoire. Vous le verrez dans la vidéo à la fin. Un autre posait aussi comme une sirène, de traviole et le nez en l'air, comme prêt à attendre un ballon pour jouer avec. On dirait que je suis dans un zoo, mais non c'est la vraie vie, celle des fjords, où il fait un froid de canard. Malgré mes deux T-shirt, le sweat et une écharpe, j'ai été obligé de rabattre la capuche. Le chauffeur nous avait dit tout à l'heure qu'on avait de la chance, que la dernière fois qu'il était passé par là il faisait 6 °C ! Mais pour rien au monde je ne serais allé me calfeutrer à l'intérieur pour voir ça à travers une vitre. D'autant plus que les dauphins n'ont pas tardé à nous accompagner, comme pour fermer le ballet. Ils nous ont ainsi escorté pendant 10 minutes, on pouvait les voir de profil comme à White Island, à travers une eau verte qui ne donnait pas du tout envie de se baigner. De toute façon tu me mets là je meurs dans les 10 secondes, déjà que j'étais à la limite de la paralysie faciale !
Le bateau est allé jusqu'à la sortie du fjord, là les vagues puissantes faisaient tanguer le bateau sérieusement, certains poussaient des cris, à deux doigts de passer par dessus bord. Moi ma tasse de thé a fini en partie sur le pont, tout comme mon sac qui s'est trouvé désarçonné de son siège. Je l'ai bien vite remis sur le dos avant que passeport et portefeuille aillent finir leur course dans la mer. Une fois de plus, on a du mal à réaliser qu'on est sur la mer, quand on est à l'intérieur du fjord, s'il n'y avait pas les dauphins et les otaries pour nous le rappeler. A un moment le bateau a stoppé sous une cascade impressionnantes qui se jetait de très haut et finissait sa course infernale dans des gerbes qui se transformaient en brume. Le bateau s'est approché autant que possible, tout le monde était heureux de prendre des photos de si près jusqu'à ce qu'une bourrasque aussi subite qu'inattendue, dirige les embruns vers nous. On s'est tous retrouvés à essuyer nos appareils avec ce qu'on pouvait, un bout de T-shirt ou un tire-jus. La cascade dessine un marbré à le surface de la mer, comme du verre fêlé.
On n'a pas vu le temps passer qu'il était déjà l'heure de rentrer. Au bus un groupe d'indiens est venu se greffer, on a dû tous se serrer pour leur faire de la place. Le siège juste derrière moi s'est trouvé squatté par deux hommes qui se sont mis à ronfler bruyamment au bout de 10 minutes. J'ai déjà remarqué quand j'étais en Inde, ils ont cette capacité étonnante à s'endormir tout le temps n'importe quand n'importe où. Et ce sont des ronfleurs, les femmes aussi, elles émettent des sons de gorets qu'on égorge. On les a laissés à Te Anau et on a eu droit pour la fin du voyage de retour à un film, avec Anthony Hopkins. C'est l'histoire d'un kiwi qui part aux USA, dans les années 50, pour essayer de battre le record de vitesse au monde avec une moto de sa conception et se retrouve confronté au monde américain et à une civilisation qu'il ne connaît pas. Le chauffeur nous a dit à la fin, 5 minutes avant qu'on n'entre dans Queenstown, que le film avait l'air intéressant, il l'a entendu 100 fois auparavant mais jamais regardé !
Arrivée à Queenstown
Il était temps qu'on arrive, j'avais une envie impérieuse de pisser et je me suis soulagé au pied d'un arbuste dans un jardin public, en prenant garde qu'aucun flic ne soit à proximité.
Les rues ce soir sont pleines de jeunes qui vont et viennent en culotte courte et T-shirt, quand ce n'est pas en débardeur ! Ils sont fous, on voit bien que ce sont des anglais d'origine. Avec 10 degrés dehors je ne sais pas comment ils font, moi descendu de mon cocotier, je ne m'y fais toujours pas. Mais dans une semaine j'y retourne dans mes tropiques. Ce n'est pas qu'il me tarde de partir de Nouvelle Zélande - au contraire - mais je suis pressé de retrouver la chaleur et l'humidité tropicale. Ses moustiques aussi. Mais entre moustiques et moucherons suceurs je ne sais pas lesquels je préfère !

jeudi 1 décembre 2011

Queenstown



A peine levé, il a fallu que je me dépêche pour avoir la navette gratuite de l'hôtel de 7:50 qui amène en ville, la prochaine étant dans l'après midi. J'ai réglé les extras, une connexion internet seulement, ils ont oublié de me compter le repas que j'avais pris la veille au restaurant de l'hôtel. J'ai eu un cas de conscience, devais je leur dire ou non ? J'ai opté pour l'oubli, après tout ce n'est pas ma faute si la note n'a pas suivi sur ma chambre. Si ça se trouve c'est quelqu'un d'autre qui va écoper de l'addition mais il ne me semble pas m'être trompé sur le numéro de la chambre. Je pense simplement que comme j'étais le dernier cliente et le seul dans la salle, ils n'ont pas eu le temps de transmettre la note, ils étaient pressés de fermer derrière moi.
Une fois à Queenstown, j'ai appelé Jucy pour qu'ils viennent me chercher comme ce qui était affiché sur leur site. Ils ne sont pas très arrangeants. 
Déjà ils pourraient ne fermer qu'après le dernier avion - ça m'aurait évité de prendre un hôtel hier soir - mais en plus ils ne voulaient pas venir me chercher à l'hôtel car trop éloigné de l'aéroport. Aujourd'hui ils me demandent de patienter une navette qui arriverait 2 heures plus tard. J'ai donc pris le bus, c'est de la publicité mensongère leur « Free pick up at any hotel in Queenstown ». Le van est comme celui que j'avais à Nelson, une Toyota quelque chose, je retrouve les mêmes commandes au même endroit, sauf que celui là n'a pas de double toit ouvrant. Je m'étais habitué à avoir de l'air frais arriver de par le toit et à regarder les sommets par là. En plus, j'ai un pare-brise teinté à la noix, en dégradé de gris, qui rend ce qui est au dessus de la ligne d'horizon tout sombre. Qui peut aimer conduire avec de tels pare-brises ? Ça gâche l'aventure, Queenstown est une belle région avec un grand lac et des montagnes tout autour, on ne voit jamais les sommets à cause de ce maudit enduit. C'est pris dans le verre, il n'y a rien à faire.
Je suis content, j'arrive avec le printemps et il fait de plus en plus chaud. Depuis que je suis arrivé, plus je vais vers le sud, plus j'ai chaud, c'est un peu bizarre ! Il y a plein de fleurs partout, des genets en transe, des coquelicots, des œillets mais surtout de lupins qui couvrent les prairies d'une couverture de fleurs de toutes couleurs. C'est magnifique. J'avais vu de telles photos sur les brochures, je pensais que c'était truqué mais non, c'est bien réel. Les lupins embaument l'air à foison de leur douce senteur poivrée. En plus ils sont très photogéniques et on sent qu'ils sont bien nourris, ils sont monstrueux et poussent en grosses touffes, formant pas endroit de vrais buissons bien denses. Vous n'avez pas fini d'en bouffer du lupin avec moi ! Du rouge, du jaune, du bleu, du rose, du blanc ou du panaché, vous en verrez jusqu'à l’écœurement, c'est moi qui vous le dit !
Queenstown est une ville très animée, c'est plein de jeunes avec de gros sacs à dos et des chaussures de marche comme s'ils partaient à l'assaut de l'Everest. C'est aussi rempli de propriétés privées, de chalets surplombant le lac. Ici encore plus qu'ailleurs les camping cars ne sont pas les bienvenus, les panneaux d'interdiction fleurissent dans chaque virage, comme si on allait stationner en bordure de nationale ! La remise du van s'est accompagnée d'un livret d'accueil précisant les consignes en vigueur sur le district de Queenstown. Le camping sauvage est interdit et dans le camping sauvage ils incluent les vans comme le mien. Pourtant ça n'a rien à voir, c'est pas du camping, c'est du parking avec individu garni, je ne vois pas en quoi ça dérange ! Seule solution, se replier sur les camps de vacances ou bien les terrains avec commodités comme ceux du DOC. 


Il y en a un à une dizaine de kilomètres de Queenstown, en longeant le lac Wakatipu en direction de Glenorchy. C'est justement la direction que j'ai prise pour la journée, comme je dois rester dans le secteur pour l'excursion de demain. Drôle de nom que Glenorchy, je l'ai surnommée toute la journée Glenoragy, je trouvais cela plus amusant !
Les 44 km qui séparent les deux villes est une vraie merveille. La route longe le lac, tantôt le surplombant, tantôt passant à sa hauteur. Et toujours avec des montagnes enneigées tout autour, principalement vers le fond, au delà de Glenoragy. La végétation est assez rase, plutôt des prairies et des steppes, battues par les vents - je n'arrivais même pas à ouvrir la portière à certains moments où je m'arrêtais pour prendre une photo - et garnies de lupins ou d'un espèce de haut yucca aux feuilles pointues.
On se sent vraiment perdu dans cette immensité, on a l'impression de voler. Les opposums sont encore plus écrasés que partout ailleurs, c'est une hécatombe. Je me suis arrêté à l'endroit du campement du DOC pour repérer un coin tranquille et reculé, un peu caché pour ce soir. Car il risque d'y avoir du monde, avec tous les campings cars et vans que je croise. Et comme les solutions de repli sont minces, ils risquent fort de finir là. Le camp est au bord de l'eau, près d'un torrent envahi de lupins. Le site est merveilleux, très poétique. J'ai regardé deux oiseaux qui naviguaient à la surface du lac et qui se livraient à un drôle de rituel, sans doute un ballet amoureux. Ils balançaient leur tête l'un autour de l'autre, plongeant en même temps pour ramener dans leur bec des algues qu'ils se présentaient l'un à l'autre en offrande. Je ne sais pas ce que c'est comme race, si quelqu'un a une idée, je suis preneur.
Glenorchy est un village ranch. Tout est en bois, il y a 10 bicoques plantées dans de grands terrains, au milieu des montagnes. C'est un cul de sac et son isolement fait que les gens ont l'air de caricatures de fermiers arriérés au cul terreux. Ils débarquent de leur pick up, l'air bourru, les bottes crottées, un pantalon sans age, troué et cradingue, le visage buriné, édenté et hirsute, la mâchoire galloise. Ils parlent un drôle de langage qui n'est même plus de l'anglais. Je me suis arrêté un moment dans le centre d'information du village, qui fait aussi café et supérette, la seule du coin. La caissière qui est sortie de l'arrière boutique était en chemise de bûcheron, les manches relevées. C'est comme si une vache attendait au fond la fin de la traite. D’ailleurs dès que j'ai commandé mon café et payé une carte postale elle est retournée aussi sec dans l'arrière boutique. De Glenorchy partent de nombreux sentiers de randonnée qui grimpent vers les montagnes mais je n'ai pas eu l'occasion d'en parcourir aucun, il était trop tard, quasiment 18 heures et temps de regagner le camp du soir.
Le camp pour la nuit
Le camp est envahi par les moucherons, des voraces, des suceurs de sang. J'ai été obligé de sortir tout l'attirail dehors, et de préparer à même le sol, la capuche du sweat-shirt shirt rabattue sur la tête, afin d'éviter qu'ils ne rentrent dans la van. Puis, une fois tout préparé, j'ai mangé assis sur le siège passager. Et encore, malgré tout ça, j'ai passé une bonne partie de la soirée à quatre pattes dans le fourgon, à faire la chasse aux moucherons. J'ai dû en tuer une cinquantaine mais j'ai pu dormir tranquille !
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