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mardi 25 octobre 2011

L'ascension du Te Uru Faatiu




Pour écrire les messages de ce blog je dois m'armer de patience. Le soir, lorsque le groupe électrogène fonctionne je me mets dans la salle de bain, seul endroit où il y a une prise. Avec des chaussettes dans lesquelles je coince le bas du pantalon et mon chapeau moustiquaire qui me donne une allure d'apiculteur effrayante et me fait crever de chaud. Les mailles ne sont pas assez larges, du coup l'air ne passe pas. Le seul problème ce sont les mains, les moustiques piquent les phalanges et le bout des doigts ! Tout ce qui est découvert est dévoré. Demain je file à l'épicerie m'acheter des gants de ménage, j'avais pensé à tout sauf à ça ! Pour manger, comme je ne peux pas utiliser le chapeau, je rabats la capuche de mon T-shirt à manches longues, on dirait un mec de banlieue ! Et pour les toilettes, j'ai trouvé un peu de répit en m'aspergeant le cul de lotion anti-moustique et en les chassant avec ma main. Ça marche 30 secondes !
Le site des pétroglyphes
Ce matin en me levant il y avait comme une odeur de pisse de chien autour de la tente, je me demande s'ils n'ont pas pissé dessus dans la nuit ou la journée. Ces saloperies lèvent la patte sur tout ce qui a un relief ! Du coup j'ai aspergé la tente d'anti-moustique. Si ça marche pour les moustiques, peut être que les chiens n'aiment pas non plus l'odeur. Puis rebelote avec le kayak qu'il a fallu que j'amène à bon port prestement car un grain se dessinait au dessus des montagnes. Arrivé sur la plage de Tereia, un type qui était arrivé en bateau, est venu me parler. C'est marrant comme ici tous les gens engagent la discussion comme si je faisais partie de leur famille, comme si on s'était toujours connu. Ils rotent et pètent en même temps, ça les fait rigoler. Ils sont nature, les rapports sont sains et francs et ça me convient bien ! Le plus souvent ils portent des T-shirt déchirés au point de ressembler plus à des débardeurs, tachés jusqu'à la dernière fibre de coton et ils marchent tout le temps pieds nus.
Premier de cordée... ou de corvée, c'est selon!
Le vélo m'attendait, il a fallu que je le pousse à la main dans la montée de le route traversière et que je monte dessus debout dans la descente pour exercer plus de pression sur les pédales pour tenter de le freiner suffisamment. Ça marche moyen ! Ces vélos n'ont pas de frein, il faut rétro-pédaler. Je ne ferai pas ça tous les jours, c'est la raison pour laquelle j'avais aussi pour objectif d'acheter suffisamment d'eau et de nourriture pour ne pas avoir à revenir demain. La prochaine fois, vous risquez donc de découvrir 2 messages d'un coup. En plus pour avoir Internet, je dois aller chez une dame, l'emmerder à brancher mon portable, à essayer de me connecter à Internet pendant des heures car avec le câble ethernet il ne veut rien savoir. J'ai trouvé la parade : il faut désactiver la carte réseau puis le laisser la reconnecter par le gestionnaire de résolution de problèmes. Pendant ce temps là elle me dit : « J'ai ma douche à prendre » ou encore « je dois prendre mon petit déjeuner » ou « je devais aller chercher des journaux ». Bref je ne me sens pas très à l'aise. Elle prend en plus 250 francs les 15 minutes (2 euros), j'ai intérêt à faire vite !
Après, j'ai fait un crochet par la poste, le bureau OPT (ce n'est pas la poste qu'on trouve en France) et cette fois j'avais 7 personnes avant moi, j'ai donc fait la queue pour acheter des timbres. A côté de moi il y avait un homme qui attendait, lui, pour la banque. On a parlé de la France. Il me racontait que le seul moyen pour eux de venir en France c'était en s'engageant dans l'armée. Car ici ils sont pauvres. Au début quand je suis arrivé à Tahiti et qu'on me demandait d'où je venais, je disais des îles Cook et je leur posais la question s'ils y étaient déjà allé. J'ai arrêté, c'est indécent. La dernière fois que j'ai demandé à quelqu'un s'il avait déjà voyagé, c'était la propriétaire de la pension à Huahine qui m'avait répondu toute fière : « Oh oui, je suis déjà allée à Bora Bora ! ». Tu me diras, quand on est déjà au paradis, pourquoi aller voir ailleurs ?
Vous voyez la corde en bas qui part vers le vide?
Le type de la poste me racontait qu'un de ses copains avait fait son service en Charente Maritime et qu'il n'avait pas supporté le froid, au point qu'une de ses dents aurait pété. Du coup il est rentré en Polynésie. Ceux qui sont restés sont plus enveloppés et lorsqu'ils rentrent ici pour les vacances se plaignent désormais de la chaleur. Le plus drôle est qu'il me disait qu'ils font passer un test avant et que si tu es trop con ils ne te prennent pas. Lui il a essayé, et au moment des résultats, on lui a dessiné deux cocotiers, un hamac et une caisse de bière posée sur le sable puis on lui a dit : « Tu vois ça ? Eh bien il vaut mieux que tu y restes ! » ! Son rêve reste toujours de voir la tour Eiffel. C'est drôle, moi, c'est de voir le dôme de Bora Bora, la vie est mal faite ! En attendant il relativise en plaisantant : « Là bas vous avez aussi des plages sauf que c'est des plages de neige et qu'on ne peut pas s'asseoir dessus ! ». Il m'a parlé de la vie à Maupiti, qu'elle n'était pas facile, qu'il n'y avait pas de travail, que les jeunes allaient à Bora Bora pour passer des diplômes dans l’hôtellerie puis restaient là bas dans les hôtels et restaurants ou faisaient le ménage. Lui est pécheur et me confesse : « Si tu sais pécher, ça suffit pour vivre ». Le bon plan c'est aussi d'avoir encore ses parents en vie et à la retraite car les pensions de retraite font vivre toute une famille. D'ailleurs ils viennent à la banque chaque fin de mois retirer leur pension en espèces et il me montre tout ce monde attablé sous un grand chapiteau dehors. Il doit bien y avoir une cinquantaine de personnes. « Ils vont rester là toute la journée à attendre leur tour ». En parlant de tour c'est à moi, je le laisse donc, j'ai bien aimé notre discussion, il m'a bien fait rire avec les histoires avec l'armée. J'aime bien leur accent aussi, il me fait un peu penser à l'accent antillais.



Aujourd'hui j'ai comme intention de gravir le Te Uru Faatiu qui culmine à 385 mètres. Il faut compter trois bonnes heures aller retour pour y parvenir, d'après les guides, et le chemin est dur, il y a des portions d'escalade. Gilbert m'a indiqué ce matin le chemin à suivre, je dois prendre à gauche un escalier à même la falaise qui se prend juste après un snack dont j'ai oublié le nom. De toute façon ce n'est pas bien grave, ici rien n'a de nom ! Pour la permanence médicale par exemple on sait qu'on est arrivé à bon port grâce à la poubelle devant où est écrit au marqueur noir « Centre médical » !
En sortant de la poste, je me suis fait héler : Kerstin était là, sur son vélo ! Elle me demanda où j'allais et il se trouvait qu'elle est venue aussi pour tenter l'ascension. On a donc passé la journée ensemble, c'était agréable. D'abord il a fallu trouver le chemin d'accès et on a dû demander à deux personnes différentes. Ils n'ont pas la notion des distances, le premier avait dit « à 5 mètres », alors que c'était plutôt 1 km. Comme on était perdu, on est passé devant le site des pétroglyphes. Restait à trouver les dites pierres. Pas facile, tout est à l'abandon ! C'est Kerstin qui les a trouvées, disposées dans le lit d'une rivière asséchée. Ces gravures sont millénaires et représentent toutes des tortues et une espèce d'animal avec des antennes. Vu qu'il était déjà 10 heures passées, il ne fallait pas traîner si on voulait se réserver du bon temps dans le lagon pour l'après midi après la randonnée.
En bas le belvédère d'hier qui a l'air ridicule!
Le chemin grimpait sec, direct à flanc de montagne, avec un soleil écrasant dans le dos. J'avais mon pique nique et mon masque et tuba pour plonger plus tard. Je les ai laissés sur le bord du chemin pour me délester un peu. Déjà que j'avais l'ordinateur à me coltiner ! Kerstin souffrait avec ses tongs ! Elle m'invitait à ne pas l'attendre, s'asseyant tous les 20 mètres pour reprendre son souffle. C'est sûr qu'à ce rythme on n'allait jamais y être au sommet ! Je l'attendais quand même car je ne pouvais la laisser là toute seule, il fallait bien que je lui serve de guide. Un moment on est arrivé en haut d'un rocher qui offrait une première vue, à environ un quart de la hauteur totale. Cela semblait lui convenir. Elle me dit alors, en anglais évidemment, dont je vous offre la traduction gracieusement : « Je vais rester là, continue, je ne pense pas pouvoir aller plus loin, c'est trop dur, soit tu me croiseras en descendant soit je t'attendrai en bas ». Je l'ai donc laissée là et me suis mis à gravir le flanc, essayant de rattraper le retard. Le sol se dérobait sous mes pas, le soleil me cuisait derrière et la chaleur rendait tout geste éprouvant. Mon T-shirt était à tordre, je puais comme jamais ! Je voyais le niveau de ma bouteille d'eau descendre en flèche et mon cœur cognait comme s'il allait lâcher. Puisant en moi mes dernières réserves, je suis arrivé à une portion où il fallait en arriver aux mains. Plusieurs passages à escalader à l'aide d'une corde, le vide en dessous mais un panorama à couper le souffle qu'il valait mieux ne pas trop regarder en raison du vertige. Là j'ai pensé que c'était bien que Kerstin soit restée plus bas, qu'elle n'y serait jamais arrivé. Déjà que pour moi c'était limite. 
Enfin le sommet! Merci Kerstin pour la photo!
Après l'escalade il y eut un autre passage, encore pire car il n'avait pas de corde, il fallait marcher à quatre pattes ! Finalement je suis arrivé au sommet et tous les efforts entrepris ont été récompensés au centuple. Quelle vue ! J'avais l'impression d'être un oiseau contemplant le lagon, je me sentais voler. Je pouvais voir presque toute l'île cernée par toute une palette de bleus possibles et imaginables ! Maupiti est une merveille et d'en haut c'est un bijou ! Je suis resté un bon moment comme ça, entré en communion avec la nature tout autour. J'aurais pu rester là à jamais !
J'ai essayé de poursuivre un peu au delà car il y avait un autre petit sommet un peu plus loin, qui aurait pu me permettre de voir les quelques degrés du panorama qu'il masquait. Mais en fait le sommet n'est pas dégagé, il y a des arbres tout autour, j'ai dû me mettre sur la pointe des pieds et tendre mon appareil bien haut à bout de bras pour faire une photo !
Zoom sur le lagon
En descendant j'ai croisé, surpris, Kerstin, au niveau du passage avec la corde. Elle était là, perplexe. J'ai essayé de la persuader de continuer : « Tu es bientôt arrivée, il ne reste que 10 minutes, la vue est extraordinaire de là haut, tu ne le regretteras pas, tu n'as pas fait tout ça pour t'arrêter si près du but, suis moi, je vais te montrer où poser tes pieds et si tu ne le sens pas, je peux te donner la main ». Elle, au bord des larmes : « Je ne pourrai jamais, je ne vais jamais réussir à descendre, il va falloir venir me chercher en hélicoptère ! ». « Mais non, lui rétorquais-je, tu verras, la descente est plus facile car tu peux t'aider de tes mains et des fesses pour contrer le poids de la pesanteur, ce qu'on ne peut pas faire en montant ». Elle a fini par monter, je lui ai servi de guide en lui indiquant les passages moins difficiles, les pierres où poser les mains et les pieds. 
Le motu de l'aéroport
Elle était au bord de l'apoplexie « Ça ne va pas, j'ai la tête qui me tourne, je vois trouble. Tu mens, il y en a plus que pour 10 minutes ». C'est sûr c'était 10 minutes pour moi mais vu qu'elle s'arrêtait 5 minutes tous les 20 mètres... « Je vais rester là, qu'est ce qu'il y a de plus en haut ? ». Je lui ai dit qu'il ne restait alors plus que 100 mètres (ce qui était vrai), que c'était trop bête, qu'il fallait absolument qu'elle voit ça, que j'étais là, que ça irait, que je l'aiderais à redescendre. A ce stade, tout se joue à la volonté. Et ça a marché. Elle n'a pas regretté d'être en haut et était très fière d'elle d'y être arrivée. Elle m'a aussi remercié car elle n'aurait jamais pu faire ça toute seule.
La descente, comme promis, a été bien plus facile, elle a vite compris la technique même si elle a glissé et a fini le cul par terre à deux reprises ! En même pas une heure on était en bas alors qu'il lui avait fallu 2 heures 30 pour monter. Quand on a récupéré les vélos je l'ai félicitée pour le courage qu'elle avait eu et les limites qu'elle avait réussi à dépasser. Elle en était très contente aussi : « Ça va rester une journée inoubliable ! »
On est passé à l'épicerie acheter beaucoup d'eau, j'ai pris une bière que j'ai bue cul sec et nous avons pris le chemin pour la plage de Tereia que je lui avais promise superbe pendant la randonnée pour l'encourager par le réconfort qu'elle allait y trouver par la suite. On avançait à vitesse d'escargot, sans aucune force. « C'est encore loin ? - Hier j'ai mis 10 minutes mais tu as vu à la vitesse à laquelle on va ?  - C'est vrai ! » me dit elle en rigolant.
Arrivés à la plage, tandis que je commandais un sandwich omelette au snack, Kerstin a jeté son vélo par terre, ses vêtements avec et a couru dans le lagon où j'ai entendu un grand « splash ! ». Je n'ai pas tardé à lui emboîter le pas. On se sentait revivre ! 
Plage de Tereia, l'arc en ciel en plus!
Plus tard je l'ai amenée à la pointe de la plage car je voulais lui montrer un endroit extraordinaire, qui me rappelle mon petit banc de sable à Aitutaki : « Tu vas voir, il y a un endroit, un banc de sable qui tombe à 45 degrés vers une passe, de sorte que tu peux te baigner sans avoir pied et tu peux te reposer sur le banc de sable, allongé dans l'eau comme dans une baignoire». Une fois qu'on était à cet endroit qu'elle a trouvé elle aussi magique, elle ne voulait plus bouger et s'en voulait d'avoir donné rendez vous à sa pension pour qu'ils la prennent ce soir à 16h30 au village (elle est aussi sur un motu). Il était déjà l'heure pour elle de partir. « Ils m'attendront un peu, encore 5 minutes ! ». Une fois qu'elle est partie, je suis resté encore une bonne heure ainsi, le menton reposant sur mes bras posés sur le banc de sable, à regarder les rochers en haut de l'île, là où l'ont avait grimpé. Je battais juste des pieds de temps en temps !
En principe on se revoit demain à 16 heures car il y a un spectacle de danse. Je ne sais pas si je vais y aller, j'aimerais bien mais avec ce lagon à traverser... A moins que je le fasse cette fois à pied !

lundi 24 octobre 2011

Robinsonade à Maupiti !




Hier quand j'ai embarqué pour Maupiti de Raiatea, j'ai tout de suite demandé au steward s'il fallait mieux être à gauche ou à droite de l'avion pour l'arrivée à Maupiti. J'avais fait chier tout Air Tahiti avec ça dès qu'ils m'ont remis les billets mais ils ne pouvaient pas me renseigner! Le steward, lui m'a dit : « Ça dépend des vents, mais en règle général c'est à gauche que ça se passe ! ».
Je me suis donc mis en quête d'un siège hublot à gauche. A l'arrière il y en avait un, c'était parfait, pas gêné par l'aile ou l'hélice. Sur tous ces avions ATR on embarque toujours par l'arrière, c'est amusant. Celle qui était devant moi, me parla tout de suite : « Ivan ! ». J'avais retrouvé Kerstin, l'allemande de Tahiti à qui j'avais dressé un tableau idyllique de Maupiti auquel elle n'a pas pu visiblement résister. On est resté tout le voyage, environ 30 minutes à se parler d'un siège à l'autre comme des ados dans un bus !
Ma cuisine de Robinson
L'arrivée à Maupiti est grandiose, on aperçoit d'abord au loin ce caillou au milieu de l'océan puis, au fur et à mesure que l'avion se rapproche, les motus tout autour deviennent perceptibles puis le lagon se pare de tous ses feux jusqu'à ce que l'avion passe juste au dessus. Vraiment ces vols sont une merveille pour les yeux ; il y a bien un message comme quoi les appareils électroniques doivent rester éteints, mais ça mitraille de partout pendant que l'autre côté de l'avion, frustré, piaffe d'impatience ! Car l'avion finit toujours par faire demi tour avant de se poser, de sorte que tout le monde peut profiter du spectacle.
L'aéroport est le plus petit que j'ai jamais vu. Un faré en toit de palme de cocotier sans mur et un sol constitué de soupe de corail. Pourquoi s'emmerder ? Le gars de la pension Auira était là pour m'accueillir et j'ai eu mon premier collier de fleurs. J'étais peu fier ! 
Ma salle à manger, à même le sable!
Je suis allé voir Kerstin pour qu’elle prenne une photo. J'ai réalisé alors que la pauvre n'osait pas me demander non plus : elle n'a pas de photo d'elle avec un collier de fleurs, pourtant ce n'est pas son premier. On a donc fait un échange de bons procédés. Puis on s'est quitté, elle avait choisi une pension sur un autre motu. L'aéroport est étant aussi sur un motu à lui tout seul, il faut obligatoirement prendre un bateau. On se croirait à Venise. Sauf que la lagune est un lagon bleu turquoise qui fait mal aux yeux !
Ayant pris place sur le bateau de Gilbert - je suis son seul client - il me demande si j'ai fait les courses avant et si j'ai à manger pour ce soir. Heu, non, j'ai des tomates et des biscuits c'est tout. Je lui demande si la pension ne propose pas des repas. J'avais lu dans le Petit Futé que ceux qui prenaient les bungalows avaient la demi pension incluse dans le prix. En revanche moi j'avais opéré pour le camping. Il me répond que non. Merde, je suis bon pour une diète ! Puis il me dit : « J'ai du riz, je vais t'en passer et puis ça te dit du poisson ? Allez, on va à la pêche ! »

J'arrive du motu au fond en Kayak tous les matins. Mieux que le RER non?


Ni une ni deux, il laisse son bateau dériver dans le lagon et dégote une canne à pêche de sous mon banc, avec 3 hameçons au bout sans appât mais avec des espèces de billes de plastique censées faire illusion. Pensait il que les poissons soient si cons pour gober ça ? Puis il m'a filé la ligne entre les mains. J'avais alors sous ma responsabilité ma subsistance pour ce soir. Au moins pour un accueil, je suis tout de suite mis dans le bain ! Je devais tirer la canne vers moi de temps en temps sans doute pour donner l'impression là dessous de quelque chose qui circule par à coups. « Tu verras, tu sentiras bien dès que tu auras quelque chose ! ». Je me suis donc bien calé dans le bateau tenant la ligne des deux mains, un peu crispé. C’est ma première fois quand même ! Le temps fut long, très long ! J'avais les yeux qui tournaient sur eux mêmes dans leur orbite comme des billes de loto, à scruter cette surface de lagon impassible. L'ennui s'installait, je restais éveillé seulement par le paysage que je regardais tout autour. 
Plage de Tereia
Puis comme un gosse se lasse d'un jouet, fatigué par 30 minutes passées de la sorte, je lui ai dit « C'est pas grave si on ne prend pas de poisson, je mangerai du riz avec des tomates ! ». Et on est arrivé au motu.
C'est un endroit couvert de cocotiers, frangé de sable blanc, en bord de lagon. J'ai vite compris que j'étais seul à la pension. Quand j'ai demandé à Gilbert si les bungalows étaient libres, il m'a répondu qu'ils n'étaient pas occupés et qu'ils coûtaient 5000 francs la nuit (2 fois moins cher que sur le guide). Je lui ai suggéré que j'y dormirais peut être quelques nuits mais il n'a pas semblé enchanté et a ajouté qu'avec la tente je serais bien. Il m'a ensuite désigné un endroit où je pouvais la planter, en bordure du lagon. Après nous avons visité les commodités : douche, toilettes, cuisine où je peux préparer mes repas, un réchaud deux feux, pas de frigidaire. J'ai rapidement compris le problème de l'endroit : il est infesté de moustiques, je n'en ai jamais vu autant au mètre cube, ils sont insatiables, une vraie nuée, on ne peux passer à travers ! Je vous passe les détails de la séance toilettes, mais on peut pas baisser son froc sans avoir une armada collée au cul ! C’est le cas de le dire. Du coup ça me bloque et je sens que j'irai dans la nature la journée, en plein soleil, ailleurs !

Vai'ea


Comme il était 16h30, Gilbert m'a invité à préparer le dîner, car il allait bientôt faire nuit. En effet il n'y a pas d'électricité ici, j'ai bien vu un panneau solaire dans le jardin mais renseignements pris il est en panne ! De la secousse, il branche un groupe électrogène de 18 à 20 heures. J'ai aussi noté 3 gros chiens qui se baladent partout, paraît qu'ils n'aboient pas sauf si quelqu'un passe. Et c’est vrai, j'ai bien dormi, ils n'ont aboyé qu'une fois dans la nuit. En attendant, pendant que je prenais ma douche dare-dare en slalomant entre les moustiques, douche d'eau froide - comme partout du reste, j'ai l'habitude et puis elle n'est pas si froide - avec un débit minable digne d'un pipi de chat et des bernard l'hermite qui se baladaient entre mes orteils, Gilbert m'avait mis sur la table de quoi me sustenter : 4 bananes (que celui qui n'aime pas les bananes n'aille jamais sous les Tropiques!), un paquet de riz, une boîte de corned beef et un oignon. Je n'ai jamais mangé de corned beef, je suis sûr qu'il y a plein de saloperies mais ça dépanne bien et puis revenu à la poêle avec un oignon ce n'est pas si mauvais. La cuisine est comique, tout est déglingué et rouillé, les ustensiles sont d'un autre âge et les poêles n'ont plus aucun revêtement depuis des lustres. Mais le plus drôle est que l'évier est dehors, enfin si on peut dire dehors car dedans c'est aussi dehors : c'est un faré ouvert aux 4 vents avec un toit de tôle ondulée et le sable pour tout sol. L'évier semble normal sauf qu'il n'y a pas de siphon et tout s'évacue sur le sable directement à la verticale du trou. Au début ça surprend car on reçoit tout sur les pieds !
A 17h30 le dîner était fini (je crois que j'ai jamais mangé si tôt!), je suis allé faire une balade digestive sur la plage pour avoir aussi un peu de répit avec les moustiques (ils n'aiment pas le vent). Enfin à 18h27 la viande était dans le torchon !
Ce matin je me suis levé à 5h, avec le jour. J'ai passé une nuit moyenne, les premières nuits de camping étant des nuits d'adaptation et puis d'habitude j'allais me coucher 3 heures plus tard. Mais là que veux tu faire ? J'ai fini les bananes qui restaient en guise de petit déjeuner puis suis parti vers la civilisation. Mission : avancer mon départ pour Bora de 2 jours car je me rends compte que 7 jours ainsi ça fait beaucoup, internet et acheter des provisions. Pour y aller, c'est une aventure en soi. Normalement on peut rejoindre l'île principale à pied. Elle n'est en effet séparée du motu Auira que de 500 mètres et c'est peu profond, entre 50cm et 1m20 selon la marée ! Mais avec un ordinateur sur le dos et des victuailles à ramener c'était mission impossible. J'ai donc pris un canoë mis à disposition pour la clientèle, c'est à dire : moi ! Et j'avais le vent en face, en plus le kayak a un problème, il ne veut pas aller droit et plus on pagaye d'un côté pour rétablir la trajectoire, plus ça empire ! Bref j'y suis allé en zigzag, du coup ça a bien dû me rajouter le double de distance. 

Plage de Tereia


Plage de Tereia
Ensuite pour aller au village je ne savais pas où c'était. Heureusement il y avait une femme derrière moi à qui j'ai demandé de l'aide. En fait elle venait du même motu que moi en kayak et elle m’avait suivi sans que je m'en aperçoive. Du coup on a fait un bout de chemin ensemble car elle allait aussi au village, pas de bon cœur : « Je me serais bien passé de venir mais je dois absolument passer un coup de fil ». Une sauvageonne qui préfère son motu habité par 20 personnes ! Puis elle est montée dans la benne d'un pick up conduit par des gens qu'elle connaissait et m'a invité à la rejoindre ; j'ai décliné son invitation car je voulais voir le paysage. J'ai bien fait, je suis arrivé au village avec des ampoules et le T-shirt qui collait au corps ! Il doit bien y avoir 4 km à faire en plein soleil et puis ça monte et ça descend... Une fois dans le village j'ai vu une dame qui louait des vélos, je lui en ai pris un, nous avons convenu que je le laisserais le soir au snack de la plage, attaché, là où j'ai laissé le kayak et donné ma pagaie en otage. Pratique pour les autres jours.
Motu Tiapa'a au fond
Finalement pour changer mon billet pour Bora, faut rallonger du fric, du coup je reste. Et puis finalement je crois que je vais bien m'y plaire à Maupiti. 1200 âmes, pas de gendarmerie, une poste qui se résume à une case en tôle vitrée sur 4 pans, avec le bureau face à une chaise en plastique collée à la porte d'entrée. Une seule personne peut y entrer à la fois, et il y fait facile 40 degrés dedans ! Faut prendre un ticket, la dévideuse est dehors, j'ai le numéro 46 et on appelle le 17. Je laisse tomber, y en a pour la matinée, tout ça pour acheter une carte téléphonique !
Pas de station d'essence non plus. De toute façon qui en aurait besoin, l'île ne fait que 9 km de circonférence ? Pas plus de distributeur de billets. Et personne ne prend la carte bleue. Heureusement j'ai ce qu'il faut en liquide ! Gilbert, qui est des Tuamotu, m'a dit hier qu'il était là depuis 1981. Je ne pense pas que ça ait beaucoup changé depuis ! En parlant de Gilbert, il m'avait invité aujourd'hui à faire un tour de pêche avec lui en pleine mer, de 16 heures à 21 heures. Il pèche de nuit. L'idée de me retrouver seul avec lui sur son rafiot hors du lagon en plein océan, entouré d'eau noire, me disait moyen ! Sans compter qu'il aurait pu tout aussi bien me jeter aux requins ! Du coup je me suis pointé ce soir plus tard à la pension.

J'aime bien cette photo, surtout y être. Et vous?


Sinon, après avoir fait un tour rapide de l'île je suis monté à un point de vue. Pour ce faire, il faut prendre la route traversière et, arrivé au col, s'engager dans un chemin de terre qui mène à une maison inhabitée (sinon il y aurait eu un chien!). De là on prend un sentier non tracé qui part à l'assaut des hauteurs. Le sol est par moment abrupt et constitué de petits cailloux qui roulent sous les pieds. Gamelle garantie ! A moins de se tenir aux branches, écartelé, les jambes arquées, le cul en arrière et les pieds en canard ! Vous visualisez la scène ?
En tout cas d'en haut du rocher la vue est magnifique, on voit à 180 degrés, le lagon dessine comme des piscines constituées par des bassins de corail et les îles tout autour forment un collier dont chaque motu est un diamant. D'en haut on comprend bien comment est née Maupiti il y a 4 millions d'années. Le principe est le même que pour Bora Bora mais celle dernière est plus jeune. En fait ces îles sont toutes d'origine volcanique et l'île principale, au centre, n'est que le reste de la cheminée du volcan. L'ensemble entier s'est enfoncé sous l'eau et les motu tout autour ne sont que le reste des parois du cratère. Ainsi naissent les atolls. Ce qui veut dire que ce sont aussi des îles en voie de disparition.
Retour au motu Auira avec les courses!
A 13 heures j'ai voulu prendre les provisions à l'épicerie mais elle était fermée. Horaires ; 5h30-11h30 puis 14h-16h30. J'ai attendu un peu à l'ombre et en ai profité pour commencer à écrire le texte de ce message. Dans la supérette qui n'avait pas grand chose, j'ai fait la razzia de tout ce qui n'a pas besoin de frigo. J'avais le nez dans le rayon conserves, cassoulet, petit salé aux lentilles... A côté gisaient les boîtes de pâté pour chien. S'agissait de ne pas se tromper ! J'ai prix aussi une boîte de 12 œufs, au moins on sait qu'ils ne sont pas de batterie ! En revanche avec la chaleur qu'il faisait, ce n'était pas dit que je revienne à la pension avec des œufs en moins et des poussins en plus !
La traversée dans l'autre sens fut épique, avec le sac de courses coincé entre les deux jambes pendant que je pagayais. Quelle vie ! Mais qu'elle en vaut la peine ! S'il n'y avait pas tout ça, toutes ces choses qui se méritent, où serait le charme ?

dimanche 23 octobre 2011

Raiatea





Le lagon séparant Raitea et Taha'a
Je suis arrivé à Raiatea à 8h00 et je n'avais pas réalisé que je ne repartais pas avant 14h40. Qu'allais je bien pouvoir faire dans un aéroport grand comme un abribus pendant toutes ces heures ? Je me suis mis en quête d'une location de scooter. La seule agence à côté c'est Hertz. Je m'y suis donc rendu avec mon barda. En fait mon sac fait 8,3 kg et la tente 4,5 (bien qu'en principe elle ne fasse que 2,4 car j'y ai foutu les produits de toilette et une ceinture lombaire que je me trimbale et qui ne me sert à rien). Chez Hertz un type m'accueille, les mains tatouées sur tous les doigts et le dessus de la main. Pas de scooter, ils ne louent que des voitures. Je leur demande alors si c'est possible d'en avoir une à la demi journée car je sais que les prix sont exorbitants en Polynésie. Il a une formule 4 heures, 7500 francs (70 euros). 
Les caniveaux de Raiatea!
Je réfléchis un moment, c’est une sacrée somme, c’est le prix ici d'une pension. Et puis je me vois sur mon banc pendant des heures à attendre et de l'autre côté une île si lointaine qui ne demande qu'à être découverte et où je n'aurai sans doute jamais l'occasion de revenir. J'ai donc loué la voiture la plus chère que j'ai jamais fait.
Il n'y a pas grand chose à voir jusqu'à ce qu'on atteigne le sud de l'île, je commençais même à regretter d'avoir louer une voiture pour un paysage si moche. Le sud fait place à des pitons et des falaises qui finissent dans des baies, un peu comme les pitons de Sainte Lucie, le lagon en plus !
Je n'ai croisé personne, la route était à moi. Raiatea est un peu moins pittoresque que Huahine car plus grande et moins sinueuse mais ses montagnes sont plus hautes et plus imposantes.
Un moment je me suis emmanché dans un chemin qui menait vers la mer, espérant avoir un point de vue avec la plage et ces pics verts en toile de fond (pas les oiseaux, NDLR). Il y avait une maison au bout, j'ai donc garé la voiture avant. Une dame s'est avancée sous le porche pour voir de quoi il retournait, j'ai fait une salutation de la main en guise de paix. Tandis que je m'avançais vers le rivage cherchant une perspective qui n'existait pas, elle s’est mise à me dire des choses à distance. Je me suis rapproché et elle m'a fait comprendre avec une grande amabilité et un grand sourire que je n'étais le bienvenu : « Attention, il y a un gros chien qui attaque tout ce qu'il ne connaît pas. Ne vous approchez pas trop car je n'arrive pas à le contrôler ». La classe comme message ! Mieux qu'un « Foutez le camp ! »



Sinon depuis que je suis ici, je voudrais rétablir la vérité concernant des idées reçues sur la Polynésie. La vahiné est un mythe qui a bien vécu, dans tous les sens du terme ! En règle générale les femmes ont un visage bouffi qui repose sur un buste sans cou juché sur deux poteaux ! Les hommes s'en sortent mieux. Ils sont plutôt grands, sveltes et athlétiques. Les plus jeunes portent presque tous une moustache qui ressemble plus à un duvet de portugaise. Le gars de la pension de Huahine qui m'avait conté ses légendes polynésiennes, m'avait dit qu'à l'origine les hommes mesuraient 3 mètres. On a retrouvé des stèles de corail où les anciens se mesuraient et on a vu un trait à trois mètres du sol. Mais je me demande s'il n'avait pas une tendance à l'affabulation...
Finalement je suis content de mon petit tour de Raiatea, c'est joli, ça m'a bien occupé et j'ai une île de plus sur ma tableau de chasse ! Là, je suis sur un banc à l'aéroport, il est 13:13 et je vais commencer mon déjeuner qui sera composé exclusivement de bananes. Je n'ai que ça, j'ai acheté un régime entier hier au marché, la vendeuse ne voulait pas m'en donner que quelques unes. « L'ensemble à 300 francs, c'est pas cher ! ». Certes, un régime pour 2,5 euros c'est imbattable mais ici les bananes ne se conservent pas, il faut tout manger tout de suite, d'autant plus qu'elles étaient déjà toutes jaunes. Hier j'en ai déjà mangé une demi douzaine à moitié confiturée, me reste l'autre moitié dans un état encore pire. L'avantage ici c'est qu'on peut tout transporter avec soi dans l'avion, c’est comme si on prenait le bus, il n'y a aucun contrôle à part celui du billet ; du coup je me farcis la bouffe d'une île à l'autre. Mais chut, il ne s'agirait pas de donner l'idée à des terroristes...
La plus petite île que je n'ai jamais vue


samedi 22 octobre 2011

Dernier jour à Huahine


Voici ce qui pousse dans les fossés le long des routes!
Mon séjour sur Huahine se termine, je suis allé rendre le scooter à 9h30, sans souci de panne. Bizarrement la jauge était repassée dans le rouge au lieu d'être en dehors comme hier. Le gars d'Europcar m'a dit qu'il ne fallait pas trop se fier à la jauge, que c'était un flotteur et qu'avec mon gabarit j'aurais pu faire 2 fois le tour de l'île. Certes, pour une utilisation normale. Mais avec ce que je lui ai fait subir hier, en version tout terrain ? Le plein m'en a coûté 600 francs, c'est marrant c'est à chaque fois un compte rond. Comme on n'arrive à rien lire sur le compteur de la pompe, je me demande s'ils n'arrondissent pas comme ça les arrange !
Étant arrivé avec le vélo - facile, j'ai pris le pli je faisais du 30 à l'heure en le tirant - je ne pouvais aller bien loin. 
Aussi j'en ai profité pour aller au marché, sur le quai de Faré. Quelle animation ! Les gens avaient installé leur stand fait de bric et de broc sur le trottoir, devant les boutiques ; quand ce n'était pas tout bonnement dans le pick up avec la porte arrière rabattue. Je ne pense pas qu'ils avaient tous demandé une patente à la mairie. D'ailleurs je n'ai pas vu de mairie. La France est peu représentée. Il y a bien une caserne de pompier avec 3 camions qui se battent en duel mais une seule gendarmerie où je ne vois jamais personne, et ils ne sont pas non plus sur les routes. J'aurais pu rouler en scooter cheveux au vent, d'autant plus que ce casque me donnait chaud à crever et me démangeait le cuir chevelu ! Ça change de Tahiti où il y avait des flics à tous les coins de rue. J'aime bien, plus je m'éloigne de Tahiti, mieux c'est !
Sur le marché on trouve des fruits et légumes du jardin, des marchands de plantes, des vendeurs de paréo ou d'ukulélé. C'est vraiment l'instrument polynésien. Tout le monde se trimbale avec un ukulélé, hommes comme femmes et quand ils entonnent leurs chants avec on est envahis d'une douce quiétude. Il y a eu un bœuf improvisé sur le marché, l'un s'est mis à gratter son ukulélé, l'autre a sorti son harmonica et la voisine de stand chantait ! Ils ne se prennent pas la tête ici, d'ailleurs tout le monde se tutoie, comme ça c’est plus simple ! Et puis question vol il n'y en a pas, sans doute parce que l’île est petite et que tout le monde se connaît. Quel bonheur de ne pas toujours faire attention, où est la clef, où j'ai mis mon portefeuille, et l'appareil photo, il est bien caché ? Le vélo je le pose là où je veux.
Par contre ça deal un peu d'herbe, je suis le spécialiste pour ça. Où que j'aille, on m'en propose, je dois avoir une tête à ça ! Je me suis fait brancher à plusieurs reprises par des petits jeunes, qui viennent vers toi, te font raconter ta vie et te demandent ensuite si tu fumes ! Au marché il y avait aussi un stand de T-shirt à l'effigie de l’événement qui commence bientôt, c'est la course en pirogue qui part de Tahiti, va à Moorea, passe à Huahine avant de rejoindre Raiatea pour se finir à Bora Bora. Le programme est immuable chaque année et il paraît que c'est le must à voir. Sauf que je ne sais pas quand ça commence. J'avais demandé à Moorea, j'ai eu en réponse : fin octobre. J'ai demandé ici, j'ai eu une réponse du même style et quand j'ai voulu savoir quel jour ils arrivaient à Bora Bora, on m'a répondu « 3 jours après Huahine » !! Bon, OK !



Je suis ensuite allé sur la plage de sable blanc quand on poursuit un peu vers le nord du village. C'est le couple de la pension qui m'en avait parlé. J'ai dû y arriver vers 10h30 et je ne l'ai plus quittée jusqu'à 16h30. J'ai bullé toute la journée, ça fait du bien aussi certains jours de ne rien faire, d'alterner baignade, rêvasseries et siestes. Un moment où j'étais perdu dans cet état presque anesthésié, des couinements se sont mis à retentir de tous côtés ! J'ouvre un œil, que vois-je : un chenil qui monopolise la plage. J’en ai dénombré 7, tous des copains du quartier. Il y en avait deux qui se baignaient et nageaient en se faisant des mamours (ils ont même essayé de se sauter dans l'eau...) pendant que certains les regardaient couchés en rond sur la sable et que d'autres jouaient à se courir après ou à creuser des trous. On ne se serait pas étonné d'en voir entamer un match de volley ! Puis tout ce monde là est parti comme il était venu, ils se sont emmanchés derrière un fourré et je ne les ai plus revus !
Ensuite ça a été le tour d'un groupe de 2 femmes accompagnées de 5 ou 6 gosses. La troisième mère est arrivée peu après avec un canot à moteur qu'elle venait de louer. Toute la journée elle a sillonné le lagon, tirant les gosses qui se servaient d'une planche de surf comme ski nautique et alternaient à tour de rôle en poussant des cris stridents. Un moment j'en ai eu marre, j'ai monopolisé le centre du lagon, là où elle passait et repassait avec son engin de bruit de tondeuse à gazon, pour l'obliger à passer ailleurs. J'aurais pu être saucissonné par l'hélice si l'autre restée sur le sable n'avait pas crié « Be careful » en me montrant du doigt ! Car celle qui conduisait le bateau était toujours affairée à regarder ses gosses pour voir si tout se passait bien, s'ils ne se faisaient pas trancher par l'hélice et elle ne regardait jamais devant elle ! 
A part ça la plage est très belle, ombragée, on a plus pied très vite (ça change) et il y a un ponton qui avance dans le lagon pour les bateaux où personne ne vient s'amarrer. Tout ça dans un cadre enchanteur avec les petits monts tout verts tout autour. Ce n'est pas un hasard si tous les catamarans du coin mouillaient là.
Chaque fois que j'en vois, ça me fait un pincement au cœur, je voudrais être à leur place. Je regarde les bateaux, essaye d'imaginer comment est constitué l'intérieur, les compare les uns aux autres. C'est mon rêve. Avant de venir, je voulais passer l'été dernier mon permis bateau mais les préparatifs du voyage m'en ont empêché. Je ne suis pas matérialiste mais j'aimerais être riche pour pouvoir m'en acheter un et l'utiliser (un bateau est un gouffre financier à entretenir). 
Le poisson citron
Avoir de l'argent pour m'acheter ma liberté et vivre selon ma fantaisie. Et c'est tout, je n'ai pas besoin d'autre chose, posséder des biens c'est s'encombrer la vie ! Il y a un couple dans l'après midi qui est venu en annexe depuis leur catamaran. Ils se sont posés sur le sable, pieds nus avec juste un panier en osier qui contenait leur serviette. Droit à l'essentiel ! C'est tout à fait mon style de vie, ne pas s’encroûter quelque part, changer d'endroit quand le cœur nous en dit. Je me sens une âme de nomade de la mer. Et la vie sur un bateau semble plus douce, comme si on avait laissé les problèmes et le brouhaha à terre. On se laisse bercer par la houle. J'aimerais bien finir en vieux loup de mer !
Ce soir en rentrant je suis allé voir la patronne pour régler la pension. « Combien est le prix, on vous a dit ? ». 
Le type que j'avais eu au téléphone m'avait dit qu'il me faisait un prix à 6100 francs la nuit (sur le Petit Futé c’est bien plus cher). J'ai donc dit 6100, j'aurais très bien pu dire une autre somme ! Restait à trouver le coefficient multiplicateur. « Voyons, tu es arrivé le 18, 19, 20... ». Elle comptait sur ses doigts en même temps, qui ont défilé Dieu sait comment jusqu'à 7 lorsqu'elle s'est arrêtée au 22 ! Et en me montrant ses 7 doigts, elle me dit : «Ça fait 5 jours » ! Elle sait bien compter, mais sa méthode surprend, faut pas regarder ses doigts !
Demain elle m'emmène à l'aéroport à 7 heures moins le quart. Mon avion pour Maupiti part à 7h40 mais il n'est pas direct, j'ai du transit de quelques heures à Raiatea. Je regrette de ne pas visiter cette île car au final beaucoup m'en disent le plus grand bien et surtout pour sa voisine Taha'a qui possède un jardin de corail hallucinant dans un lagon translucide entouré d'un chapelet de motus. Mais Taha'a n’est vraiment pas loin de Bora, j'aurai peut être l’occasion d'y aller un après midi.
A Maupiti je n'ai pas le spot WIFI auquel je me suis abonné aussi je ne pourrai me connecter à Internet que si quelqu'un a une connexion et ce n'est pas gagné. Déjà je vais résider sur un motu dont on rejoint l'île principale en traversant le lagon à marée basse, ensuite Maupiti est très peu peuplée et la plus éloignée des îles de la Société. Il n'y a pas d’hôtel, ce ne sont que des chambres chez l'habitant. Aussi si je ne donne pas de nouvelles pendant la semaine où je reste sur Maupiti, il ne faut pas s'inquiéter ! Eh oui, une semaine là bas car il n'y a qu'un vol par semaine et aussi parce qu'on dit que c'est une réplique de Bora telle qu'elle était avant qu’elle ne devienne touristique. Le lagon est le même et il y a en son centre le même dôme mondialement connu. Tous les ingrédients pour qu'elle me plaise !
On se prépare à la course! (Raiatea au fond)

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