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vendredi 25 novembre 2011

Parc National d'Abel Tasman




La nuit dernière j'ai eu froid comme jamais, à grelotter. Je sentais un vent froid sur mon visage des plus désagréables, du coup j'ai fini avec le sweat-shirt shirt et la capuche sur la tête. Je ne sais pas si c'est lié au fait que je m'étais installé près d'une rivière, la dernière fois que j'ai souffert du froid c'était aussi près d'un cours d'eau. Dorénavant je vais les fuir comme la peste ! Et également dormir plus couvert.
Quand je me suis pointé à Marahau Water Taxis, il était 8:55 pou un départ à 9:00. Je voyais plein de monde qui courrait autour du parking, comme des fourmis en panique quand on soulève une pierre. J'ai préparé mon casse croûte en quatrième vitesse, le fromage d'un côté, les tranches de pain de l'autre, même pas emballées. A l'accueil ils m'ont dit de me diriger vers le van bleu là bas, dehors. 
Il y avait plein de personnes à attendre mais personne devant le van bleu, qui était du reste parfaitement vide sans aucun conducteur. Des gens embarquaient à côté sur une vedette montée sur un tracteur. Comme un type des taxis bateaux était là avec son uniforme bleu, je lui ai présenté mon ticket et il m'a invité à monter à bord. En guise de van bleu c'était en fait le bateau bleu. J'avais encore rien compris, il faut dire que sur un parking on s'attend plus à monter dans une estafette que dans un bateau !
Ce matin c'est marée haute, je ne reconnais rien par rapport à hier, la physionomie des plages et des côtes est radicalement différente. C'est un peu comme au Mont Saint Michel, l'eau s'infiltre partout, dans les moindres recoins, les chenaux, toutes les étendues de sable que vous pouvez voir sur les photos d'hier sont ensevelies. Et ce qui me surprend encore plus c'est que c'est profond, pas que simplement quelques centimètres d'eau. C'est pour dire, le tracteur nous a lâché au bord de l'eau et la vedette est partie immédiatement.
Hier j'avais opté pour la formule « A greet day in the park » qui prévoit une dépose à Onetahuti. Ensuite c'est à notre tour de faire le reste : 5 heures de randonnée à travers le parc, dans ses coins les plus beaux, jusqu'à Anchorage où le bateau nous récupère pour 16 heures. Seulement ce matin, le bateau traverse la baie de Marahau dans l'autre sens, au lieu d'aller vers le nord, on file vers le sud. En fait le capitaine veut nous montrer une curiosité qui est sur toutes les brochures : un rocher rond fendu en son centre, on dirait un babibel ouvert en deux ! Le capitaine parle encore plus mal et plus vite que tous ceux que j'ai rencontrés jusqu'à présent, on dirait qu'il a une patate chaude dans la bouche et qu'il en est pressé d'en finir ! En passant devant Anchorage, ils nous a expliqué le point de rendez vous et l'heure de collecte. Il a terminé par la seule phrase que j'ai comprise, ou du moins le seul mot : understood. J'ai hoché la tête. Un couple de français était assis à côté de moi, ils se penchaient en avant pour se cacher avec le siège, pris dans un fou rire car ils ne comprenaient rien. Ça soulage de voir que je ne suis pas le seul !
Onetahuti Bay
Avant de nous larguer à Onetahuti, on a fait un tour devant Tonga Island où des otaries reposaient sur les rochers, dormant, affalées. C'était trop drôle ! Malheureusement comme c'était le matin, que les otaries étaient à l'ombre, que le bateau n'arrêtait pas d'avancer et que le zoom était à fond, tous les ingrédients étaient réunis pour obtenir de belles photos bien floues. Je suis vert !
Nous sommes arrivés à destination vers 10 heures. Dans la baie quelques campeurs avaient passé la nuit et lézardaient au soleil. Le site est enchanteur, la végétation est si épaisse qu'on se croirait dans la jungle. Tout autour ce ne sont que des champs d'oiseaux. C'est l'endroit idéal pour camper. En plus il y a des toilettes, de drôle de cabines en plastique vert forêt avec une cheminée au dessus, disséminées sur le camp. Ils ont aussi de l'eau potable et une autre pour la vaisselle. Sans compter un abri avec des tables de cuisson pour prendre ses repas. 
C'est géré par le DOC et on n'a pas le droit de rester plus de 2 nuits dans un même camp, une pancarte indique d'aller voir dans l'un des 20 autres camps. Sans doute pour fluidifier les emplacements et éviter qu'ils ne se retrouvent squattés pendant des semaines l'été. Je peux comprendre qu'on y passes ses vacances, d'autant plus que le soleil chauffe bien ici. Autant les nuits sont froides, autant les journées sont très agréables. 22 degrés d'annoncés, je suis surpris en étant dans l'île du Sud. C'est plus que ce que j'avais connu au Nord.
En partant de Onetahuti, le sentier monte dans les hauteurs et s'éloigne de la mer. Et ça grimpe sec, je me suis même demandé si j'avais pris le bon chemin, étant censé aller de baies en baies. Mais il n'y a qu'un chemin, c'est donc dur de se perdre. 
En chemin j'ai croisé de nombreux randonneurs haletant sous leur barda, en nage, marchant au pas de course, regardant le sol comme un âne qu'on aurait trop chargé. Tout le monde marche super vite, pour avaler les kilomètres. Il faut dire que le parc est vaste, mais je ne vois pas l'intérêt d'être dans un endroit si beau pour ne pas avoir le temps de s'en imprégner. C'est en prenant le temps de regarder tout autour de soi qu'on découvre de petits trésors. Je laissais aussi passer les groupes qui ne peuvent concevoir une randonnée sans parler. Je voulais me sentir seul, enveloppé par les chants d'oiseaux. Je ne suis pas dans un parc national pour avoir un brouhaha tout autour de moi. Un couple qui parlait espagnol devait aussi avoir la même conception de la balade. Je les regardais faire, se donnant des coups de coude pour regarder à tel ou tel endroit, s'arrêtant pour faire une photo ou simplement pour goûter l'endroit. Ils parlaient doucement. Je les retrouvais régulièrement tout au long du parcours et ils me souriaient à chaque fois, en forme de clin d’œil pour dire : « enfin quelqu'un qui sait apprécier ». Dans la balade je suis comme un oiseau qui va de branche en branche !

Bark Bay

Le chemin, quand enfin il commence à redescendre, arrive dans une superbe baie : Bark Bay. Deux sentiers permettent de la rejoindre, l'un par marée basse et l'autre par marrée haute. Comme c'est plein de circonvolutions, la mer dessine des lacs à marée haute qu'il faut contourner et qui sont à sec à marée basse. Ce qui fait que le parcours de marée haute est toujours beaucoup plus long que l'autre. Je ne suis pas le seul à Bark Bay, dans un endroit pareil, c'est impossible ! Des gens sont venus en kayak, d'autres y ont passé la nuit (il y a un camp), tout le monde se retrouve ici car c'est midi. Comme des automates, ils ont tous sorti le pique nique. Pourquoi manger à midi 10 quand on peut manger à midi ? Ça me laisse le champs libre sur la plage, ils se sont mis surtout à l'ombre atour des tables du camp. La plage se termine par un long banc de sable à l'extrémité duquel coule un chenal avec un courant violent. 
Bark Bay
J'ai essayé de le franchir pour aller sur un autre banc de l'autre côté, c'est impossible, dès qu'on pose le pied dans le chenal, on est entraîné vers le large. Il faut dire qu'avec la marée descendante, c'est par là que se vident les lacs d'eau de mer des alentours, il y a donc du débit ! C'est merveilleux de voir un tel endroit préservé, à l'état de forêt vierge, tel qu'il a toujours existé, et surtout de se dire qu'il restera pour toujours ainsi. Vive les parcs nationaux !
Enfin... Il y a dû avoir quelques passe droits car de ci de là quelques demeures sont présentes. Des maisons de Robinson, charmantes au demeurant, toutes en bois avec de belles terrasses mais avec une fichue pancarte « Private property, keep out ! ». Certains commentaient, émerveillés, disant qu'ils avaient de la chance de vivre là. Ils font surtout chier le plus grand nombre en interdisant d'aller où l'on veut ! Une bicoque n'a rien à faire dans un parc national. 
A une autre baie plus loin, juste avant la fin du parcours, à Torrent Bay, c'est quasiment un village qui est installé. Ils ont tous un bateau ou un kayak pour les relier au reste du monde. Un grand panneau explique aux randonneurs les instructions à suivre, qu'on entre en zone privée, que l'on doit rester sur le chemin, plus balisé que jamais et marcher le long de la mer. Faites moi sauter tout ça !
Vers la fin je n'avais plus de force, le sentier n'en finissait plus. En allant à mon allure je n'ai pas trouvé le temps de faire une pause, j'ai pris mon déjeuner en marchant, ne m’arrêtant que pour manger un yaourt. Il faut dire aussi que j'ai fait un crochet hors sentier, en prenant sur la gauche une trace, juste au moment où le sentier descend vers Torrent Bay. Comme cette trace partait sur la crête en se rapprochant de la mer, j'ai eu l'intuition que j'allais pouvoir avoir une vue à couper le souffle sur la baie à un moment où à un autre. 
Torent Bay
Chemin faisant j'ai croisé plein de pièges pour prédateurs avec des écriteaux « don't touch ». C'était des espèces de caisse en bois avec un œuf derrière une grille, que la victime pouvait aller rejoindre en passant dans un tunnel qui comportait un clapet à son extrémité, l'empêchant ainsi de ressortir. Je suppose que les bestioles n'étaient pas si stupides que ça car tous les pièges étaient vides. Peut être que ça avait marché en son temps mais que les animaux s'étaient depuis adaptés à s'en méfier.
A Torrent Bay la mer était basse - heureusement ! - j'ai pu rejoindre Anchorage en marchant dans la vase au lieu de faire un grand détour qui aurait rajouté une heure. Je tenais par les nerfs, mes pieds n'en pouvaient plus. A Anchorage, je me suis posé sur le sable pour une sieste bien méritée avant que le bateau n'arrive. 


Torrent Bay
Anchorage Bay
Seulement il avait de l'avance, à peine 3 minutes après être allongé, j'ai entendu un bateau s'approcher et qui filait vers un autre endroit de la baie. Comme on ne voyait rien de la distance où je me trouvais, j'ai pris une photo de l'engin le zoom à fond. C'était bien le bateau taxi et il y avait déjà plein de monde qui attendait sur le rivage. Évidemment je ne m'étais pas arrêté pas au bon endroit, n'ayant encore rien compris aux instructions !
Une fois la navette rendue à Marahau, l'arrivée est épique. Comme le bled n'a pas de port, les tracteurs sont dans la flotte, de l'eau au trois quarts (je ne savais pas qu'un tracteur pouvait être autant dans l'eau), la remorque immergée. Tout le travail du capitaine consiste à faire monter son navire sur la remorque, d'un coup d'un seul, à la seule force de l'élan. Il a dû s'y reprendre à 3 fois, chaque fois on ratait le rail de guidage. C'est un sacré jeu d'adresse !
Comme il n'était que 16h30 et que la journée avait été bien remplie, j'en ai profité pour m'avancer vers les Alpes. Car de Nelson, l'endroit que je veux voir, Fox Glacier est à un peu moins de 500 km et demande un peu plus de 8 heures de route. Je me suis arrêté dormir dans un endroit sauvage, entoure de collines plantées de sapin qui ressemblent de plus en plus à des montagnes. L'endroit est dans une vallée, Owen River, un peu avant d'arriver à Murchison. La vallée est pleine de prairies à moutons, il n'y a pas vraiment d'endroits où s'arrêter. Les moutons sont différents de ceux qu'on a l'habitude de trouver chez nous, ceux là ont de grosses fourrures épaisses qui leur donnent l'impression d'être difformes. On dirait des lamas ! 
Je me suis garé au final devant un enclos, dans un petit renfoncement. De toute façon la piste est un truc non bitumé, il ne doit pas y avoir beaucoup de passage. Le seul problème de l'endroit est qu'il est infesté de moucherons. C'était une horreur de préparer à manger là dedans. Comme je dois avoir la porte du coffre ouverte pour pouvoir me servir du réchaud, tous les moucherons rentraient pendant ce temps là dans l'habitacle. Avant de me coucher j'ai dû leur faire la chasse car même s'ils ne piquent pas, ils ont une fâcheuse tendance à vouloir s'infiltrer dans les cavités humides, et un moucheron qui siffle dans l'oreille c'est très pénible pour dormir !

Bark Bay

J'espère faire mieux la prochaine fois!

jeudi 24 novembre 2011

Premier jour à South Island

Les Marlborough Sounds

L'arrivée à Nelson par avion est formidable, on passe au dessus des Marlborough Sounds, ces îlots enchevêtrés les uns dans les autres, véritables puzzles marins. D'ordinaire on dit qu'il faut arriver sur l'île du Sud par bateau depuis Wellington, car celui ci navigue parmi les Marlborough Sounds. Mais par avion c'est pas mal non plus. J'y ferai un tour le 30 novembre, avant de prendre l'avion pour Queenstown. Le vol a duré 1h20 à bord d'un coucou à hélice affrété par Air Nelson. J'avais l'impression d'être de retour en Polynésie ! Avant d’atterrir, on surplombe Nelson. C'est plein de maisons en bois entourées de grands jardins, perchées sur les collines ou au fond des vallées. Ce ne sont pas des lotissements, tout est aéré et hétéroclite, chaque maison a son propre style, toutes les architectures sont permises, pas comme en France avec leurs plans d'urbanisme qui interdisent la fantaisie au nom d'une unité architecturale. Le moule, la norme, toujours le moule duquel rien ne doit dépasser sinon on coupe ! 
Il n'y a pas un seul immeuble. Ils ont de la chance ceux qui vivent dans des pays nouveaux, ils ont pu s'établir où bon leur semblait, dessinant des villes beaucoup mieux pensées que celles qu'on trouve en Europe. Les habitants ont tendance un peu à regretter le manque d'histoire, de vieux monuments. Je m'en fiche, je préfère être dans un endroit spacieux, où l'on respire et où la qualité de vie est bonne. C'est ce qu'on trouve à Nelson, tout est calme, les maisons en bois bien entretenues, les gens doivent y couler des jours heureux.
Tout comme la jeune femme qui m'attend à la sortie de l'aéroport en tongs dans mon van ! Elle est très cool et souriante, ses yeux s'illuminent quand je lui apprends que je fais un tour du monde, elle en oublie même de me demander mon permis et ma carte de crédit ! Tout est prêt, pas de formalités à n'en plus finir dans un guichet bondé devant lequel il faut faire la queue, juste un papier signé sur les genoux et roule ma poule ! 
Cocotier néo-zélandais!
Elle s'est décarcassée, j'ai du beau linge de lit, des oreillers moelleux, un réchaud avec sa bonbonne de gaz (enfin!), un placard dans le coffre pour ranger les provisions, un bidon d'eau bien rempli, une douche solaire, des sets de chaises et tables pliantes, un auvent dépliable roulé sur le côté du toit, un éclairage alimenté par panneau solaire, un autoradio dans lequel on peut mettre ses cartes mémoires et même un transformateur pour recharger son ordinateur sur la prise d'allume-cigare (chic!)! Bref, c'est grand luxe ! Et tout ça dans un véhicule qui ressemble plus à un espace qu'à un fourgon. Il est bien plus petit que le précédent et pourtant il réussit le prodige de contenir plus de choses. Quand on déplie le lit par contre, il prend toute la largeur de l'habitacle et je ne peux pas marcher pour rejoindre le poste de pilotage, je dois enjamber les sièges, mais ça se fait. Il est aussi moins haut, dans l'autre je pouvais presque tenir debout, là, assis, je dois un peu courber la tête. 
En tout cas il sera sûrement moins gourmand que l'autre que j'ai rendu à Auckland. A ce sujet, hier soir j'étais garé à moins de 500 mètres du dépôt, sans le savoir. C'est ce matin an allant rendre le van, après être allé jusqu'au niveau de l'aéroport pour rien, que j'ai réalisé. Pendant que la préposée était partie inspecter le van, je feuilletais des revues sur les camping car disposées sur la table. En les ouvrant c'est comme si c'était Noël ! Je m'y voyais dans chacun. C'est un rêve pour moi. On dénigre et marginalise ceux qu'on appelle « les gens du voyage », comme s'ils n'étaient presque pas humains. Moi je les envie, un jour à un endroit, un jour à un autre. Par contre je n'aimerais pas voyager en bande comme eux et être obligé d'être relégué dans des terrains vagues de dernière zone où l'on n'oserait même pas y mettre un dépôt d'ordures. Si un jour j'ai un camping car, je ne veux pas un truc encombrant mais un qui reste à la taille voiture pour pouvoir passer ces satanés portiques de 2 mètres de haut destinés à empêcher les campings cars de passer. Et aussi un qui ne consomme pas beaucoup. Merci Papa Noël ! 



J'ai immédiatement pris la route pour le parc national de Abel Tasman qui figure sur mon guide des 100 plus belles plages au monde. Ce guide ne m'a jamais déçu, tous les sites qui y figurent sont en effet exceptionnels. C'est mon deuxième parc national en Nouvelle Zélande, et pas le dernier ! C'est le plus petit aussi du pays. 10% du territoire est couvert en parc nationaux, on aimerait avoir le même score en France ! Abel Tasman est à une cinquantaine de kilomètres de Nelson. Du fait que Nelson n'est pas densifiée, ça prend une éternité d'en sortir, c'est la rançon à payer pour vivre dans des maisons en ville. Il y a plein de vignobles dans le coin. Je ne sais pas ce que donne le vin de Nouvelle Zélande et s'il est réputé, il faudra que je le goutte à l'occasion.
La voiture est un veau ! Dont on aurait préféré qu'il soit élevé aux hormones ! A la moindre montée je finis à 70 ou 80, là où dans l'île du Nord je passais les côtes avec l'autre sans même à avoir à appuyer sur l'accélérateur. La voiture est comme l'autre, une automatique. C'est un peu chiant au début, il y a un levier de vitesse au volant à actionner pour passer du point mort à la marche arrière ou avant, levier qui se grippe et qui ne s'actionne que si on appuie sur le frein (faut deviner!). Si on coupe le contact sans être repassé par la case point mort, alors là, malheur ! On ne peut pas retirer la clef ni redémarrer. Il faut remettre le levier obligatoirement sur le point mort puis recommencer. Une fois qu'on a compris en revanche ça va bien mieux. Quand on roule on a l'esprit tranquille, les mains sur le volant ou les doigts dans le nez !
Il était un peu plus de 15h quand je suis arrivé au parc, par le côté de Motueka. J'ai rapidement compris que le parc ne pouvait pas se visiter en voiture. Tout se fait à pied, en kayak ou en bateau. Peu avant le parc, j'ai repéré une agence de taxi bateau. Je suis entré voir ce qu'ils proposaient et s'il était encore temps pour être déposé dans une baie. Une jeune fille m'a tout de suite accueillie et détaillé les différentes formules. Ce sont des sorties à la journée et c'est donc trop tard pour aujourd'hui. En revanche pour demain, j'ai le choix. C'est très bien rodé, il y a un plan de tout le parc avec toutes les criques où le bateau vient nous déposer et nous chercher, sans que ce soit au même endroit, ceci afin de partir explorer la côte en marchant. Selon l'endroit où l'on est déposé, le prix varie, plus c'est loin, plus c'est cher. Comme le centre d'excursion fait aussi camping et supérette, j'en ai profité pour acheter quelques victuailles pour ce soir et le pique nique de demain. J'ai en revanche décliné l'offre d’hébergement pour mon van qu'ils me proposaient. Abel Tasman est très touristique et je n'avais pas envie de me retrouver dans un camping avec un festival de portes qui claquent !
Pour l'heure, avec le temps splendide ici - pas un nuage alors qu'Auckland était sous le déluge ce matin - j'ai commencé la randonnée à partir du point départ vers les baies alentour. Comme il était 16 heures, ça me laissait encore 2 heures pour faire des photos acceptables. En chemin, quand je croisais les gens je pouvais immédiatement deviner leur nationalité. Il y a les kiwis, et les autres. Pour les différencier c'est très simple : les kiwis vous évitent par la droite, les autres par la gauche ! Ça marche à tous les coups, je les écoutais parler après pour avoir confirmation. Comment un code de la route à la con peut il laisser de telles connexions dans le cerveau ?
Tempête de sable
Le parc d'Abel Tasman est un dédale de baies, de criques, de collines verdoyantes qui s'achèvent sur des plages de sable blond qui se découvrent très loin à marée basse. On n'a pas l'impression d'être au bord de la mer mais au bord d'un lac. Par contre il y a un de ces vents ! Il s'engouffre dans la baie séparant l'île du Nord de celle du Sud et souffle par rafales qui se transforment en tempêtes de sable. Le sable étant assez grossier, ça fouette les jambes et les bras, je croyais que j'allais finir écorché vif ! Sur une de ces plages désertes, il y avait un drôle d'oiseau noir au bec orange, face au vent, qui criait dès que je bougeais. Je m'en amusais, il suffisait que je bouge un bras, une jambe ou une main et il repartait à piaffer. Je me suis approché et il m'a chargé avant de se raviser et j'ai compris alors que ses cris étaient pour moi, en signal, comme on met des pancartes « chien méchant ». 
Pourtant il ne couvait rien, je me demande bien ce qui l'avait piqué. Un acariâtre, ou alors un solitaire qui voulait avoir son banc de sable pour lui tout seul ! Le seul problème est que pour quitter la plage je devais passer sur son banc, je l'ai donc contourné du mieux que j'ai pu pour ne pas l'importuner. Ça ne lui a pas plu du tout, il s'est mis à courir, s'est envolé et a foncé droit vers moi, à altitude de ma tête, tout bec dehors. Je me suis mis à courir, faisant tomber mes lunettes et perdant une chaussure dans la bataille. Je faisais de grands gestes avec les bras pour ne pas qu'il me perce le crâne. C'est effrayant. Il n'était qu'à 1 mètre de moi quand il volait, j'avais beau faire des zig-zags, il suivait et donnait des à coups pour essayer de me frapper. C'est un oiseau de l'enfer ! J'ai dû y aller en rampant pour récupérer ce que j'avais perdu dans la débandade.
Ce n'est pas comme mes couple d'oiseaux à huppe. Il y en a à foison ici, certains avec des petits. Je pensais qu'ils ne savaient pas voler car ils sont tout le temps sur les chemins à s'enfuir en dodelinant quand on s'approche. Il y en a un qui m'a escorté ainsi sur une bonne vingtaine de mètres, avant qu'il ne trouve le moyen de disparaître dans un fourré. Les mères enflent quand il y a danger. En fait elle se couchent avec les petits dessous ! Ils émettent un drôle de son, ils gloussent comme un robinet qui coule au goutte à goutte : floc, floc...
Ce soir ça a été un peu dur de trouver un endroit où me garer. Le moindre endroit qui offre un replat sur lequel on pourrait se garer possède sa pancarte « No camping. No overnight stay ». Après 1 heure à tourner de la sorte, j'ai décidé de quitter la côte et de m'enfoncer dans les terres, à plusieurs kilomètres du parc. J'ai fini par trouver un endroit - pas génial, un peu au bord d'une petite route - mais il faisait déjà presque nuit pour préparer à manger. Pas l'idéal, surtout qu'un vent glacial soufflait au dehors, m'obligeant à manger sur le siège côté conducteur pour me réfugier. Pas très pratique quand la popote se passe à l'arrière du véhicule !

mercredi 23 novembre 2011

La forêt de Whakarewarewa


Chantal avait raison, la forêt de Whakarewarewa, aussi surnommée Redwood est magnifique. Dire que j'ai failli rater ça ! Ce n'était en effet pas sur mon programme du jour, j'avais plutôt prévu de visiter ce matin Hell's Gate, un endroit de geysers et de piscines de boue dans lesquelles on peut se « baigner », et la ferme des kiwis. Pas le fruit mais l'oiseau ! C'est aussi l'emblème du pays qui donne à ses habitants leur surnom. C'est un oiseau dodu qui a l'air d'un jouet et qui pond de gros œufs presque aussi gros que lui. Il est en voie de disparition et ne sort que la nuit. Je ne risque donc guère de le croiser, vu que je me couche comme les poules ! Par contre il existe de nombreuses fermes dans le pays qui élèvent les kiwis, du stade d'incubation jusqu'au stade poussin. 
Une fois qu'ils ont atteint la taille adulte ils les relâchent dans la nature. Ceci afin de leur donner plus de chance, les œufs étant un met de choix pour de nombreux prédateurs tels que l’opossum avant qu'il ne finisse écrasé sur les routes. J'espère avoir l'occasion de rencontrer des kiwis durant mon aventure en Nouvelle Zélande, même si ce n'est pas tout à fait dans leur milieu naturel. Ne pas voir de kiwi c'est un peu comme ne pas voir de kangourou en Australie !
Quand je me suis levé, après être descendu de mon lac, je suis directement allé à Redwood, vu que le soleil commençait à sortir et allait permettre de faire de superbes photos dans la forêt, avec les rayons du soleil s'infiltrant dans le sous bois à travers la canopée. 
J'ai pris la direction du Blue et Green Lake, deux lacs adjacents aux couleurs adjacentes ! Sur la carte ils étaient indiqués comme étant dans la forêt de Whakarewarewa et je pensais donc que c'était le point de départ pour visiter cette forêt. En fait, j'ai failli rater le bois : juste après la sortie de Rotorua, j'ai vu fléché le centre d'information de Redwood. Le temps que je réalise, j'avais déjà dépassé l'embranchement. J'ai alors rebroussé chemin espérant obtenir un plan d'accès à la forêt. Finalement, il s'est avéré que le centre d'information est le point de départ de Redwood. C'est même le centre névralgique, les pins étant tout autour, comme seule essence d'arbre. En dessous rien ne pousse, ce ne sont que des aiguilles de pins. Les troncs sont comme promis sur la publicité : rouges ! Le centre des visiteurs propose plein de panneaux avec le détail des sentiers de randonnée possibles, allant de 30 minutes à plusieurs heures, voire toute la journée. Comme ils n’avaient pas de dépliants et que de toute façon je ne voulant pas m’enquiquiner avec un plan, j'ai pris le premier sentier venu. J'ai continué en allant au petit bonheur la chance, là où le cœur me poussait. J'ai pris des chemins destinés pour les chevaux, d'autres pour la randonnée, tout était bon !
La forêt s’appelle Redwood en raison de pins rouges de Californie qui ont été apportés de là bas en 1901. Ils mesurent dorénavant plus de 60 mètres de haut. Les troncs sont tout simplement impressionnants, il y en a de tous les diamètres et les plus larges doivent bien faire plusieurs mètres de diamètre. On y trouve aussi la fameuse fougère arborescente à foison, cherchant à rivaliser en hauteur avec les pins, des eucalyptus et des petits étangs aux eaux volcaniques d'un bleu magique. J'ai vu sur un guide au centre des visiteurs que la fougère arborescente porte un nom exotique dans le style maori. Je vais le commander pour expédition en France. Tout comme d'autres livres que je peux voir qui sont tous magnifiques, comme le « National parks of New Zealand ». 
En regardant les photos, il me tarde déjà d'être dans l'île du Sud. Je regrette un peu de n'être dans la région de Qeenstown qu'une petite semaine. Ça a l'air d'être le mieux, avec le Mont Cook, les fjords... Sur la carte que j'avais vue lors de la constitution de mon itinéraire de tour du monde, je pensais pouvoir rayonner facilement. En fait, par exemple Queenstown-Mont Cook est à 264 km et demande 4 heures de route. La nouvelle Zélande n'est pas un petit pays ! C'est bien car sur mon atlas routier, il y a un tableau qui donne les destinations et durées indicatives.
La forêt de Redwood est aussi un petit paradis pour la faune sauvage. Les oiseaux s'en donnent à cœur joie, ce sont des gazouillis ininterrompus, il y en a de toutes les mélodies ! On les sent heureux. 
J'ai croisé les oiseaux à huppe que j'avais vu à Coromandel, ici sans poussin, juste un couple. Quand ils m'ont entendu, le mâle s'est tiré d'un côté, la femelle d'un autre et ils s'appelaient désespérément pour se retrouver. J'empêchais encore les retrouvailles par ma présence. C'est beau de voir un couple d'animaux perdus l'un sans l'autre. D’ordinaire ils copulent puis s'en vont faire leur vie chacun de leur côté.
Le problème est que j'ai croisé à plusieurs reprises de nombreux groupes de japonais bruyants, gueulant plus qu'ils ne parlaient, faisant se taire tous les oiseaux dans un rayon de 100 mètres ! Ils se prenaient en photo autour des troncs, chahutant, n'en ayant rien à faire du calme et de la beauté du site. 
Ça n'en finissait plus, je voulais prendre une vidéo pour illustrer la sérénité du bois, c'était rappé ! Ils auraient été sur une aire d'autoroute ça aurait aussi bien fait l'affaire. J'avais envie de leur dire : « Shut up and listen ! ». Ça promet quand je vais repasser côté hémisphère nord, la Micronésie et les Philippines sont des destinations qu'ils affectionnent car toutes proches du Japon. On a l'impression que l'individu n'existe pas chez eux, que c'est une société de fourmis. C'est un peuple que je ne comprends pas et un pays qui ne m'attire pas du tout. Pourtant certains en tombent amoureux. J'ai certainement des préjugés et peut être devrais je un jour me forger ma propre opinion. Si on me paye le billet d'avion !
Je me suis tellement plu à Redwood que j'y suis resté toute la matinée, passant à la trappe la visite des autres sites prévus. Avec cette nature exubérante, tout m'inspirait, je jouais avec les ombres, les lumières. J'essayais de retranscrire la magie et la pureté de l'endroit que je ressentais. J'espère y être arrivé. Cette forêt est un petit paradis. Avant de prendre la route pour Auckland, je me suis arrêté au Burger King de Rotorua, question d'avaler des protéines. Il faut compter 250 km pour rejoindre Auckland et en nouvelle Zélande ce ne sont pas des autoroutes, que des départementales empruntées par des camions, des tracteurs. Entre ça et les travaux, il ne faut pas espérer dépasser les 70 km/h de moyenne. Et encore, sans compter les bleds à traverser. 
A ce titre la traversée de Hamilton est épouvantable, ça m'a pris 40 minutes. Des feux partout, des ronds points à n'en plus finir, des gens qui se traînent. Je déteste faire de la route, pour moi une voiture c'est pour aller d'un point A à un point B en un minimum de temps. Tout le reste est énervement. Je fais peur d'ailleurs à tout le monde qui monte avec moi, je serre les virages, essaye de doubler, peste et râle. Eh oui, la voiture rend con. Je ne l'aime que pour la liberté qu'elle confère.
Ce soir je me suis garé pas loin de l'aéroport d'Auckland, en bord de mer, dans un chemin en cul de sac mais à 100 mètres de la route. Tout à l'heure je n'entendais rien mais maintenant qu'il fait nuit les bruits sont amplifiés. Je ne sais pas à quoi c'est dû, j'ai toujours remarqué que la nuit avait cet effet. 
Je viens de finir mon dîner avec tristesse, c'était plus un apéro dînatoire, question de finir ce qu'il me restait. Je suis un peu triste de quitter mon van, même si c'est pour en retrouver un autre à Nelson. J'y avais mes habitudes, une poubelle de voiture derrière la glacière dont je ne me suis jamais servie (de toute façon il faut l'éteindre quand le moteur ne tourne pas), mes affaires bien rangées toujours à la même place. J’avais mes repères, tout roulait. Il va falloir tout ranger et recommencer ça ailleurs. C'est le destin du baroudeur, le prix à payer pour découvrir les différentes merveilles du monde.



mardi 22 novembre 2011

White Island




Comme vous pouvez le voir dans le titre, l'excursion a bien eu lieue ! N'ayant eu aucune confirmation par téléphone, même quand j'ai retrouvé du réseau, je me suis pointé à Whakatane au cas où. Quand j'ai quitté le coin où j'ai dormi la nuit dernière, il était 7 heures du matin et il a fait très froid toute la nuit, la nuit la plus froide depuis que je suis en Nouvelle Zélande, peut être parce que j'étais dans une forêt en altitude et près d'un lac. Ça n'aide pas ! La route pour Whakatane a des travaux, pour ne pas changer, et ceux ci rendent la chaussée en une piste de gros cailloux pointus sur 500 mètres. C'est scandaleux de laisser les gens passer sur une route comme ça, ils devraient au moins laisser une voie bitumée. J'avais peur à chaque instant de crever. Je ne sais pas ce qu'ils font, les ponts et chaussées, mais c'est très étrange. Par exemple tous les ponts sont à une seule file, et bien souvent indiqués au dernier moment. Pour les prendre c'est un jeu d'adresse, avec le van ça passe ou ça casse !
A Whakatane, j'ai trouvé un spot WIFI et en fait j'avais un mail qui confirmait bien ma participation à l'excursion, mail reçu la veille à midi. Je ne sais pas quelle était l'autre tarée que j'avais eu au téléphone, elle aurait pu me dire hier après midi que tout était bon ! Sans doute qu'elle n'a rien compris à ce que j'ai raconté, ou alors c'est l'inverse. J'avais tort de m'en faire sur la sortie ou non (c'était le seul jour où je pouvais, demain étant mon dernier jour plein dans l'île du Nord et qui sera dévolu au retour sur Auckland pour prendre l'avion le 24 au matin). Il y avait en effet 50 personnes de la partie.
Le départ était prévu à 9:15, on est resté à quai jusqu'à 10:00, attendant des personnes qui étaient en retard, bloquées sur la route. Quand enfin elles ont fait leur apparition, elle se sont confondues en excuses en montant à tous les étages pour dire « Sorry » (pour info, je ne crois pas qu'un français aurait pris cette peine, mais il faut dire que personne n'aurait attendu...). Quelqu'un a quand même répondu « We're sorry too ». Car la sortie coûte cher, ne dure que 6 heures et il faut pas moins de 3 heures aller et retour en bateau pour y aller. J'avais donc peur que cette attente ne soit prise sur le temps de visite une fois sur l'île.


La sortie du « port » - en fait le port est sur une rivière qui débouche sur l'océan - est gardée par une statue d'une femme debout, sur la tête de laquelle une mouette fait le guet et lui chie dans les yeux ! Au retour elle était toujours là. Pratique comme perchoir ! Plus loin, une première île qui n'a rien d'extraordinaire fait l'objet de moult sorties d'appareils photo, japonais en tête. Un groupe a pris place et ne déroge pas au stéréotype du touriste japonais qui photographie tout et n'importe quoi. Je ne sais pas ce qu'ils en font de leurs photos. Et ceux là ont un sacré matos. Une nénette pimbêche se donnant des grands airs façon Paris Hilton, à peine 20 ans, a un Nikon doté d'un caillou de professionnel, un de ces zooms de reportage animalier qui pèsent 5 kilos ! Ça ne s’arrête pas là, elle a aussi un gros flash façon ceux qui arpentent les rues les soirs d'été pour vous tirer le portrait. 
Bref, il y en a pour une fortune et tous les autres ont le même méga-zoom qui les fait vaciller en avant. Si ça leur plaît leurs joujoux... Ce qui est gros n'est pas toujours gage de qualité. Ça me rappelle le père de famille qui aux Tuamotu avait un caisson étanche pour son reflex, un truc qui coûte le prix du reflex, encombrant, lourd et donc affublé d'une grosse poignée. Eh bien, il se faisait chier pour pas grand chose, il était déçu de la qualité de ses photos. Je suis sûr que mon compact étanche fait aussi bien ! Le matériel ne fait pas un bon photographe, il y en a beaucoup qui l'oublient. En tout cas ils me faisaient bien rire à aller et venir, à prendre les vagues en photo ou l'horizon, se tenant comme ils pouvaient et avançant les jambes en X. Avec ou sans zoom, une ligne d'horizon est toujours aussi désespérément plate ! 


 L'arrivée à White Island est spectaculaire, une île désertique et accidentée se dessine avec en son centre un épais panache de fumée. En plus j'ai de la chance, aujourd'hui le temps est fantastique, quasi pas de nuage, aussi la fumée se détache bien sur le ciel bleu. Cette île est en réalité un volcan a elle toute seule, volcan marin émergé, c'est ce qui fait tout l'intérêt du site. Il n'y a aucune végétation sur l'île, ce n'est qu'un enfer de fumées, de chaleur et de gargouillis. Quand on met le pied à terre, eh bien on n'est plus sur terre, on débarque sur une autre planète. Par mesure de sécurité ils nous ont affublé d'un casque de mineur et d'un masque pour respirer en raison des vapeurs dans lesquelles on peut être pris subitement à la faveur d'un vent tournant. On a été un peu briefé, comme d'habitude je n'ai rien compris. Pour être sûr que ce n'est pas que moi, j'ai filmé la scène. Montez le son et dites moi si vous y comprenez quelque chose ! On dirait presque que ce n'est plus de l'anglais. Ils viennent d'où à la base, du fond d'une campagne d’Écosse ? Ils parlent tous comme ça. Je crois que je comprendrais encore mieux un fermier du Texas, quoique...
Ils nous ont séparé en 3 groupes, chaque groupe ayant plusieurs guides et quelqu'un qui ferme la marche. Et prenez garde si vous ne suivez pas le mouvement. Je l'ai compris dès le début, quand je me suis un peu écarté pour prendre une photo et que la guide m'a demandé de revenir sur le chemin. Quel chemin ? C’est des cailloux partout ! En fait l'île est privée. On se demande bien qui ça intéresse de posséder une île volcan si loin des côtes, où rien ne pousse et où l'air est irrespirable. Dans le passé il y avait une usine de fabrique de soufre mais ça a rapidement périclité. Tu m'en diras tant : les ouvriers devaient tous se casser au bout de quelques jours dans cet enfer. C'est très beau, mais de là à y vivre ! Ce n'est pas une terre pour nous, il faut la laisser à la nature, qui y fait ce que bon lui semble. C'est un champ d'expériences. La dernière en date est une éruption en l'an 2000 qui a valu la création d'un lac à la couleur changeante. Aujourd'hui il était vert. Mais selon son humeur, il est aussi parfois bleu ou jaune !


De nombreuses grosses cheminées se trouvent vers le fond du cratère d'où s'échappent toutes ces volutes, dans un paysage apocalyptique de cristaux jaunes. Quand on s'en approche le masque devient obligatoire. J'avais oublié le mien, pris dans l’émerveillement à regarder à droite à gauche, en bas, en haut ; jusqu'à ce que je me me retrouve dans une nuée qui me fasse tousser à en cracher un poumon. Le sol est chaud partout, les autres avec leurs gros godillots n'ont pas dû s'en rendre compte, moi mes Crocs s'en souviennent encore et j'ai bien crû qu'elles allaient fondre comme un vieux camembert trop fait. C'est la première fois que je voyage au cœur d'un cratère, c'est vraiment quelque chose d'unique. Je comprends les personnes qui y dévouent leur vie à les étudier. D'ailleurs il y avait un groupe de scientifiques qui étaient là avec tout un tas de consoles, de compas et de bloc notes.
J'avais envie de leur demander « Alors c'est pour quand, l'éruption ? ». Ils ont bien de la chance, ils ont pu y rester tant qu'ils voulaient. Pas comme nous, c'était un peu trop au pas de course. Souvent je fermais la marche pour prendre des photos par derrière, sans personne pour gâcher la vue. La voiture balais m'attendait, il fallait toujours qu'elle soit la dernière, comme un chien de berger. De temps en temps j'avais droit à des « Come on ! » qui me faisaient déguerpir en sautillant comme un cabri vers le reste du troupeau.
La balade dans le cratère est trop courte, j'aurais bien enchaîné sur un second tour. J'étais dans mon élément, saisissant l'instant, conscient que je ne vivrai peut être plus jamais quelque chose de similaire. La visite d'un volcan est à faire une fois dans sa vie. Je reprendrai la phrase de Sarkozy à ma sauce : si à 50 ans on n'a jamais vu un volcan, on a raté sa vie ! 


 Avant les Canaries je n'étais pas particulièrement attiré par les volcans ; depuis, dès qu'il y a un volcan quelque part il faut que j'aille lui rendre visite. C'est tellement à part. En parlant de Sarkozy, vous savez comment l'ont surnommé les allemands ? Sarkotzy. Ne me demandez pas comment ça s'écrit mais kotz veut dire « vomi ». Ils ont l'air de l'apprécier autant que nous !
Nous avons eu droit à un déjeuner succinct à bord puis il était l'heure de rentrer. Auparavant, en bonus, on a eu droit à une balade le long des côtes, découvrant des angles qu'on n’avait encore pas vus. En plus, comme l'heure avait tourné, l'inclinaison du soleil était plus favorable par rapport au matin. Le paysage, les couleurs et l'ambiance avaient complètement changé. 
Plus tard, alors que j'étais occupé sur l'ordinateur (eh oui j'avais prévu le coup, j'avais tout emmené avec le chargeur, pressentant qu'il y aurait des prises à bord. Bingo!), j'ai levé le nez vers White Island et j'ai aperçu dans le sillage du bateau quelques dauphins, sur le côté gauche. Une dame incrédule m'a fait répété, je n'arrêtais pas de dire : « there, there », pointant du doigt le sillage. Que veux tu que je donne d'autre comme indications ? Question repère au milieu de l'océan il n'y a pas grand chose. Elle ne voulait pas les coordonnées GPS aussi ? La nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre, les japs endormis jusque là ont sauté sur leurs engins, débrayant le zoom, chaussant le pare soleil... Moi j'étais déjà à l’œuvre ! Toute cette agitation est parvenue jusqu'au capitaine qui a changé de cap. 


Une folle qui croyait savoir murmurer à l'oreille des dauphins, n'arrêtait pas de gueuler les mêmes mots en boucle dans une langue inconnue, censés les faire rappliquer en nombre. Tout le monde la regardait, ahuri ! On aurait dit un rituel vaudou. Ça ne la dérangeait pas, elle était en transe, à quatre pattes, la tête sous la balustrade, dans le vide, comme si elle avait le mal de mer. L'hystérique que vous entendez sur la vidéo, c'est elle ! Le pire est que ça a marché. On a bien dû avoir une dizaine de dauphins qui nageaient à la proue du navire, jouant à ses côtés. Qu'est ce qui les pousse à suivre un bateau ? Ils pourraient tout aussi bien rester tranquilles dans leur Pacifique.
Étant rentrés au port vers 16:30, j'ai décidé de retourner vers Rotorua pour continuer les visites qui me restent à faire : Hell's gate et la forêt de Whakarewarewa (ouf, j'ai dû lire 3 fois le nom sur la carte avant d'y arriver). Seulement en chemin, au fur et à mesure que j'allais dans les hauteurs, le temps devenait de moins en moins beau et non loin de Rotorua il est devenu tout couvert comme hier. J'ai donc bifurqué vers la même route que hier soir. Je vais dormir au même endroit, c'était très bien même si je me suis levé gelé. Par contre cette fois, en entrant dans la vallée j'ai vu un panneau où on voyait bien un campervan barré et c'est un panneau à l'entrée de la réserve qui vaut donc pour toute la réserve. Tant pis, hier je ne savais pas, il ne m'est rien arrivé. Pourquoi aujourd'hui le fait de le savoir changerait il quelque chose ? Le coin est tellement bien et si reposant ! Ce soir pendant que je dînais un oiseau est venu me tenir compagnie. Il me regardait de ses petits yeux noirs brillants comme une perle, perché sur le rétroviseur. Qu'est ce qui peut remplacer ces petits bonheurs si simples ?

 


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