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mardi 27 décembre 2011

Les baies de Kanuméra et de Kuto


La baie de Kuto


Baie de Kanuméra
L’Île des Pins est une merveille. Hier je trouvais que huit jours ici c'était abuser, que j'allais finir par m'y ennuyer. Ça m'étonnerait fort. Même si ce matin j'ai eu un instant de flottement en raison du temps couvert, faisant le tour de l'île à la recherche du soleil que je n'ai pas trouvé. J'ai fini un peu avant midi devant le snack Kohu, qui ne mérite pas son nom. C'est tout le temps fermé, hier j'avais été indulgent pensant que c'était dimanche, en fait c'était lundi. Il n'y a donc aucune gargote où l'on peut se rassasier le midi à moindre frais. On est encore obligé de passer par les restaurants et leurs réservations obligatoires à faire la veille. Le système m'emmerde, il faut prévoir où l'on sera le lendemain à midi, qu'est ce que j'en sais, j'aime bien aller au gré de ma fantaisie. Comme je n'avais pas vu le coup venir pour aujourd'hui, j'ai acheté une barquette de roquefort et du pain. A l'épicerie où je me suis arrêté, à la sortie de Vao, le type qui la tient est très aimable. En plus il a disposé deux tables sous le auvent où l'on peut se rassasier. Sans que je demande rien, il m'a prêté son couteau.
Une fois le déjeuner fini, je lui ai proposé de lui donner le reste de ma barquette de roquefort qui me faisait trop pour le déjeuner. Là encore, arrangeant, il s'est proposé de garder mon reste de barquette dans son frigo que je récupérerais la prochaine fois. Sympa ! Comme quoi il y a des cons partout mais il y a aussi toujours des gens qui rattrapent le lot. Pendant que je mangeais, il y avait son fils qui jouait entre les tables. J'ai remarqué que les gamins vaquaient à poil, sur les plages mais aussi un peu partout. Au début ça surprend mais ça n'a pas l'air de déranger qui que ce soit. En France, avec leur obnubilation de la pédophilie, on n'ose même pas regarder les gosses dans les rues, de peur de se prendre une réflexion. Ça doit être la coutume ici.
Le rocher sacré
Une autre coutume veut que l'on tende son bras hors de la voiture chaque fois que l'on croise quelqu'un. Par pour faire un bras d'honneur mais pour saluer. Au début c'est un peu chiant, surtout quand on est dans un virage ou affairé à chercher un truc dans son sac, comme ce qui m'arrive souvent. Ou bien quand on veut répondre, la voiture nous a dépassé depuis belle lurette. Aussi il faut anticiper. Maintenant j'y arrive, je suis le premier à dégainer la main. Et on me répond toujours.
Dans l'après midi le ciel s'est dégagé et comme j'étais dans le secteur, je me suis dirigé vers la baie de Kuto où j'ai attendu que le soleil sorte. Une fois les nuages dissipés, c'est comme si on a avait levé un voile, le lagon est devenu d'un bleu étincelant et le sable d'un blanc de publicité pour lessive ! Et comme les gens n'étaient pas encore sortis, la plage était d'une virginité absolue. Un vrai paysage de carte postale. Comme à Tikehau, impossible de rater une photo, il n'y a qu'à appuyer sur le déclencheur ! 

Baie de Kanuméra

 La baie de Kuto est célèbre pour être la plus belle plage de l’Île des Pins, avec sa voisine la baie de Kanuméra. Et c'est vrai. On ne peut pas vraiment comparer avec la piscine naturelle car celle ci n’est pas vraiment une plage, c'est une lagune nichée au milieu de la végétation. Les baies de Kuto et de Kanuméra sont aussi les endroits où l'on trouve les meilleurs hébergements de l'île. L'hôtel Kou-Bugny pour la baie de Kuto et le relais de Kanuméra, le gîte Nataïwatch et l'Ouré Lodge pour sa voisine. Il y a donc pas mal de gens dans le secteur, mais plus dans la baie de Kanuméra, plus protégée, enserrée dans une anse parfaite et dominée par un rocher sacré qu'il est formellement interdit d'escalader. Ce qui est curieux, car il y a des marches qui ont été façonnés dans le roc. Sans doute pour apporter des offrandes. 
Je ne sais pas pourquoi le rocher est sacré, ce qui est bizarre c'est qu'en m'en approchant le plus possible, j'ai entendu un drôle de bruit qui venait d'en haut du rocher, comme un râle qui ne faisait pas trop animal. Ça fout les jetons ! Peut être que quelqu'un vit là, un cannibale ou un monstre de la nature. Comme personne ne peut y aller, qui sait ?
Le rocher est relié à la baie de Kanuméra par un petit banc de sable où tout le monde pose ses affaires pour faire le tour du rocher en snorkelling. Là encore, comme j'étais l'un des premiers sur les lieux, j'ai pu prendre des photos en toute tranquillité. Enfin presque, quand je n'avais pas un japonais devant moi ! Dès que je dégaine l'appareil quelque part, il y a toujours un japonais qui sort de derrière les fourrés et s'en va se prendre en photo pendant des heures juste dans l'angle de prise de vue. 
C'est imparable, on dirait qu'ils font exprès. Ou quand ce n'est pas ça, c'est la cérémonie de la tenue de plongée avec chaussage de palmes qui dure une éternité.
J'ai donc passé l'après midi passant d'une baie à l'autre. C'est très simple, il y a juste un isthme à traverser. La baie de Kuto était battue par les vents en fin d'après midi, m'obligeant à aller voir ailleurs. C'est dommage car la baie est si grande que j'étais bien tranquille, allongé à l'ombre des pins. Et puis la plage est exposée plein ouest, permettant de jouir du soleil jusqu'au coucher, ce qui n'est pas le cas avec la baie de Kanuméra, plus au sud et dont le rivage est plus étroit et donc plongé rapidement dans l'ombre quand le soleil tourne. Au rayon des différences, la baie de Kanuméra possède plus de pins colonnaires et la couleur de son lagon est plus verte que le beau bleu de la baie de Kuto. 
Elle est peut être plus spectaculaire en raison de son rocher et de la courbe de son anse. C’est la raison pour laquelle on y trouve plus de monde, en y ajoutant aussi le fait que trois hôtels donnent sur cette baie. A Kanuméra l'eau est aussi calme que la surface d'une piscine alors qu'à Kuto on y rencontre des rouleaux que les gamins du pays s'amusent à prendre avec leur planche de bodyboard. Il y a moins de bébés en crises de nerfs et donc moins de parents. Bref dans cette partie de l'île il y en a pour tous les goûts et c'est simple comme bonjour de passer d'une ambiance à une autre.
Ce soir je suis allé squatter au Nataïwatch où j'avais réservé le matin même le dîner. 
Peut il y avoir sable plus vierge?
J'ai fait comme chez moi, j'ai pris la direction du bloc sanitaire où j'ai pu recharger tous mes appareils électroniques. Car avec la voiture je ne peux même pas recharger l'appareil photo, la prise allume cigare ne fonctionne pas. C'est toujours ma terreur quand je loue une voiture. Ça m'est déjà arrivé quelques fois. Ça et les voitures louées sans la tablette arrière. J'ai toujours une petite appréhension quand je prends une voiture car rappelons le, la voiture me sert aussi pour y entreposer mes bagages, ce qui suppose que rien ne soit visible. Au gîte ils ne m'avaient pas menti quand ils m'ont répondu qu'ils ne pouvaient pas m'accueillir car c'était complet en camping à partir du 27. Je les ai vus, il y avait un groupe de caldoches occupés à monter leurs tentes et à préparer un barbecue qui enfumait tout le monde, dans un brouhaha digne d'un hall de gare. Je suis mieux avec ma tente que je pose où je veux.

Le rocher sacré de Kanuméra


Ce qui est marrant, c'est que les gens commencent à me reconnaître et tout le monde pense que je suis sur un bateau. Je ne dis rien, en tout cas je cache bien le fait que je fais du camping sauvage. Au final, c'est assez simple, je ne m'embarrasse pas comme hier, j'ai osé mettre ma tente le long de la baie de Kanuméra, au pied du rocher sacré, pour être mieux abrité du vent que sur la plage de Kuto. Avec une petite pensée terrifiante sur son habitant fantôme que j'avais entendu la journée et qui pouvait descendre en pleine nuit pour me dévorer ! Mais je n'ai pas été trop emmerdé, à part des promeneurs nocturnes qui ne faisaient que passer et qui n'ont pas dû repérer ma tente bien cachée à l'ombre des arbres. C'est l'avantage aussi d'avoir une tente vert forêt. Tout est étudié !
Pour demain, j'ai réservé une excursion à l'îlot Nokanhui car la météo dit qu'il va faire beau, dernier jour avant encore un nouvel épisode de temps maussade voire pluvieux. Cet îlot est de toute les cartes postales, petit confetti perdu dans la lagon et prolongé par un beau banc de sable. Endroit paradisiaque à visiter impérativement sous un soleil radieux. Croisons les doigts !

lundi 26 décembre 2011

L’Île des Pins


La piscine naturelle de la Baie d'Oro
Pendant que j'attendais mon avion à l'aéroport de Magenta, j'observais les gens. C'est plein à craquer de familles avec des gamins en bas âge et de touristes japonais. Je ne sais pas où ils vont mettre tout ça dans l'avion. En plus, sachant qu'il y a plusieurs vols par jour vers l'île, je comprends mieux pourquoi tout est complet. J'ai dû m'acquitter d'un supplément bagage, tout comme le reste des passagers qui mettaient la main au portefeuille sans rien dire. J'ai juste dit au type de l'enregistrement que c'était quand même bien dommage qu'ils ne vendent pas les pass par Internet étant donné qu'ils sont réservés aux étrangers, autrement j'aurais payé moins cher avec plus de franchise bagage. Il s'est contenté de sourire comme pour dire «c'est mieux ainsi, aboule ton fric ! »
Arrivée à l'Ile des Pins
Dans l'avion je me suis mis du mauvais côté, du côté droit, mais j'ai quand même réussi à voir un peu. Tous les autres à gauche se penchaient vers la fenêtre avec frénésie, ça mitraillait de tous côtés.
Pour moi c'était la soupe à la grimace.
Ce matin le soleil est de retour, rien de bien extraordinaire, ce n'est pas un ciel sans nuage mais au moins il est là et permet d'éclairer le paysage d'un angle nouveau. Une fois arrivé sur l'île, je me suis précipité au stand d'information pour avoir une voiture, avant que d'autres personnes n'aient la même idée et raflent les dernières de disponibles. Ils m'ont demandé de m'adresser au stand d'un loueur qui pouvait me laisser une voiture pour la journée mais pas au delà. En fait les gens louent à la journée pour faire le tour de l'île et les loueurs ont un ou deux véhicules, il n'avait sans doute pas envie que je monopolise un véhicule pendant tout ce temps. Je suis donc retourné à l'accueil et cette fois la fille a décroché son téléphone. Elle a réussi à me dégoter une voiture mais je devais aller la chercher au village.
J'ai donc pris la navette d'un hôtel, l'Ouré Lodge, un hôtel 4 étoiles aux tarifs insensés, le loueur, Atchum Location (ça ne s'invente pas!) étant dans l'enceinte de l'hôtel. J'ai été reçu d'un accueil glacial, même pas un bonjour, des mines de gens comme si je les emmerdais. On parle de l'accueil antillais, ici c'est pire. Je le savais, je l'avais lu sur des forums. Non seulement les tarifs sont démentiels partout mais en plus ça ne leur fait pas plaisir qu'on débourse tant d'argent. Si ce n'était pas pour les paysages d'ici, je ne serais pas venu en Nouvelle-Calédonie. Je ne comprends pas qu'il y ait autant de monde.
Le planning des réservations de l'agence est un cahier avec les jours en colonne et les voitures en ligne, constituant des cases où ils placent des croix au crayon de bois. 
Patatras, la voiture n'est plus libre à partir du 1er janvier, je dois la rendre le 31 à 18 heures. Ça ne m'arrange pas du tout ! Déjà j'aurais préféré la rendre le 1er à 8 heures tant qu'à faire, mais les voitures se louent de 8h à 18 heures. Du coup je ne sais pas comment faire pour le 31 au soir. Je voulais absolument fuir toute civilisation et me retrancher dans la pampa pour être loin de tout bruit ce soir là, c'est rappé. Sans voiture, je vais être contraint de dormir à un gîte où ça promet d'être un beau bordel en perspective. Pour la location, comptez 7000 francs la journée, soit 70 euros. C'est moins qu'un gîte minable et bruyant et avec la voiture j'ai la possibilité d'aller où je veux. Et puis c'est décidé, je vais faire du camping sauvage. L'île est peu peuplée, 1900 habitants et même si les brochures avertissent du fait que le camping sauvage est formellement interdit, je suis sûr que je vais trouver un coin discret. De l'avion, l'île des Pins n'est en effet qu'une forêt.
Comme à l'agence ils n'avaient pas de carte à me laisser, ils m'ont demandé de m'adresser au point information, dans le village de Vao, la première à droite après l'église. Le point information est une hutte qui fait tout : guichet pour acheter les billets d'avion, exposition, séminaire, guichet des bateaux. Il y a deux prospectus en libre service, dont la fameuse carte, qui n'est qu'une photocopie d'un truc qui aurait pu être dessiné par un môme de 5 ans ! Va falloir faire avec. A côté se trouve une alimentation. Je croyais avoir tout vu avec les supérettes de Polynésie. Ici c'est pire. Il n'y a rien, à part des patates, des oignons et de la viande dans un frigo qui fait du chaud et qui sue sous son cellophane. Et on ne peut rien prendre de soi même, c'est sur des étagères derrière le comptoir, il faut demander à l'épicière, aimable comme le reste de ceux que j'ai croisé jusqu'à présent. Bref, je n'ai rien mangé à midi. Il y a bien un snack dans le village mais il est fermé le dimanche ! Pour les restaurants, le moindre truc doit se réserver la veille. Et il n'y a pas de restaurants à proprement parler, ce sont ceux des hôtels, il faut montrer patte blanche et supplier si on peut venir manger.
Je comptais trouver une poste ici et expédier un de ces jours mes guides de la Nouvelle-Zélande qui m'encombrent et alourdissent mes bagages, c'est un peu compromis, je ne pensais pas que c'était si arriéré. Vus les tarifs partout, je pensais trouver un petit Saint Barth. Que né-ni ! C'est encore le royaume de la case en tôle ondulée. Les gens que je croise ont des mines patibulaires et renfrognées. On n'a pas envie de s'y frotter ! Je suis donc sorti du village et j'ai pris la direction de la baie d'Oro, le site grandiose de l'île des Pins avec se fameuse piscine naturelle. Je voulais aussi voir deux endroits qui pourraient me convenir pour le camping et qui sont dans cette zone : Chez Régis et le camping de Kou-Gny dont on dit qu'il faut traverser un bras de mer et s'enfoncer pendant 15 minutes dans la forêt. A l'aéroport la fille m'a dit que c'était facile à trouver. Tu parles ! Ce n'est absolument pas indiqué. Je suis arrivé au terminus. A gauche il y a le Méridien, à droite c'est Chez Régis. Il faut se garer à un petit parking déjà rempli de voitures et de minibus.
Chez Régis est un truc un peu délabré, en bordure de mangrove et donc sans doute un repère à moustiques. Par contre il n'y a personne qui campe, faut dire les sanitaires ont l'air complètement à l'abandon, et je n'ai pas vu un chien. Ça pourrait donc constituer un point de repli pour le 31 décembre. Il y a aussi des bungalows jumelés, à 100 euros la nuit, des cases en bambou très basiques comme chez Otto and Fanny, sauf qu'on a un voisin qu'on doit entendre péter. Pas moyen donc ! Des groupes étaient arrêtés là, pour prendre le déjeuner, sans doute des excursions qui avaient dû réserver des plateaux repas. Régis fait à manger mais comme partout ailleurs c'est sur commande. Je ne me suis pas attardé et j'ai suivi la direction de personnes qui traversaient un chenal. La baie d'Oro n'est pas indiquée mais vu le monde, ce n'est pas compliqué à trouver.
L'endroit est enchanteur. On a du mal à réaliser qu'on est à la mer et encore plus sous les tropiques. Le paysage est unique, je n'ai jamais vu ça ailleurs. La mer entre par de longs bras de mer, serpentant à travers des forêts de pins colonnaires, dessinant des lagunes aux eaux translucides et au sable blanc, pour s'achever dans la piscine naturelle, un bassin d'un bleu irréel, d'où partent trois bras de mer. Le plus court d'entre eux rejoint les récifs. C'est par là qu'entre l'eau de mer, dès qu'une vague réussit à passer par dessus les récifs. Quand ça arrive, c'est branle bas de combat, les touristes affairés avec leur masque et tuba sont balayés par le courant. Il y avait beaucoup de monde quand je suis arrivé, surtout des gamins criards et qui jouaient au ballon, des locaux. Sans doute des habitants de Nouméa venus passer Noël ici ou pour la journée. Heureusement, comme je suis arrivé à l'heure du déjeuner, tout ce petit monde bien discipliné est sorti de l'eau en même temps pour aller se rassasier autour de barbecues cachés dans la végétation. J'ai donc eu la piscine naturelle presque pour moi tout seul.



Je me suis aussi baladé dans un autre bras de mer, espérant trouver peut être le camping de Kou-Gny. La balade était magnifique, par endroit de hauts rochers formaient des falaises, enserrant le chenal comme dans un canyon. Mais pas de trace de camping en vue, d'autant plus que le chenal se rétrécissait et que bientôt il n'était plus possible d'avancer plus loin, sauf à marcher dans l'eau au milieu des mangroves. J'ai donc rebroussé chemin et me suis consolé dans la piscine. J'ai regretté de ne pas avoir mon matériel pour aller voir sous l'eau, car de nombreux poissons patrouillaient à fleur d'eau. Il y a aussi des coraux mais qui sont en bien piteux était, à cause de la surfréquentation du site. La plupart sont en débris, cassés, tout récemment du reste. Ça me fait de la peine que les gens ne fassent attention à rien.
La baie d'Oro est une merveille de la nature unique au monde. Quand je suis dans de tels endroits, ça efface et pardonne toutes les emmerdes que j'ai pu avoir. Pour moi, si je n'y prêtais pas garde, ce serait presque la routine, les choses étant si simples car je fais des sauts de puces depuis que je suis arrivé aux Îles Cook. Mais rapidement je prends conscience que je suis au bout du globe, que beaucoup de personnes rêveraient d'être ici et de pouvoir voir l’Île des Pins une fois dans leur vie. Alors je savoure ma chance. Et je témoigne que la réputation est méritée, c'est le Bora Bora calédonien.
J'aurais bien aimé y passer la journée mais vers 14 heures, alors que je faisais tranquillement la sieste à l'ombre avec mon estomac qui criait famine, les hurlements des gosses ont repris. 
J'ai donc pris mes affaires, quittant la piscine naturelle à regrets. Mais j'y reviendrai, en 8 jours je n'aurai que ça à faire. Car l'île n'est pas bien grande, la voiture n'est pas nécessaire, un scooter suffit. La distance la plus longue fait 19 kilomètres, c'est du village de Vao pour rejoindre la baie d'Oro. Mais j'avais absolument besoin d'une voiture pour y entreposer mes affaires la journée. C'est indispensable quand on fait du camping sauvage. Comme le temps se dégradait à nouveau, j'ai repris la voiture, à la recherche d'un coin où dormir ce soir. Ça n'a pas été évident à trouver car même s'il n'y a que 1900 habitants, dès qu'il y a un chemin quelque part, ça mène à une bicoque. Le seul retranchement que j'ai trouvé pour qu'on ne voie pas ma voiture blanche en pleine nuit, c'est une piste non loin de l'aéroport qui part dans une pinède, au milieu de cartouches usagées de fusils de chasse. Pas très rassurant ; on va dire qu'il vaut mieux décamper aux premières lueurs !
Je me suis baladé aussi, pas pressé, roulant à 30. J'ai trouvé une autre épicerie, celle là en libre service où j'ai trouvé un peu plus de choix, j'ai acheté des bananes et du pain d'épices. La caissière m'a dit que j'avais l'air fatigué. C'est exact, à jeun, sous une chaleur écrasante et humide, y a de quoi ! J'ai appris que la semaine dernière le thermomètre était monté à 35 degrés. Je me suis ensuite mis en route vers des restaurants où je pourrais manger ce soir. Je me suis d'abord arrêté à l'hôtel Kou-Gny et son menu à 45 euros sous forme de buffet. Pas moyen ! J'avais failli réserver une chambre à 200 euros là dedans. C'est un établissement au bord de la route, où tout se touche et les bungalows n'ont rien d'extraordinaire, décrépis, des huttes en bambou encore qui laissent donc passer tous les sons. Et ça grouille de monde. 
De plus si on y réside la prise du dîner est obligatoire. C'est une bonne chose au final que mes e-mails m'aient été retournés automatiquement en raison de leur boite pleine. J'ai trouvé refuge au gîte Nataïwatch, ceux là même qui n'avaient pas voulu me recevoir au camping et me louer de voiture. Et là aussi, j'ai eu de la chance. Tout tient dans un mouchoir de poche, c'est complet, ça crie, c'est un festival de gens qui hurlent et de bébés en crises de nerfs. Les pauvres campeurs sont les uns sur les autres, à côté de bungalows qui débordent de monde. Mais le gîte a le WIFI et j'ai pris mon air le plus gentil pour obtenir le code. Ça a marché. Dorénavant je pourrai y venir à toute heure pour squatter leur internet.
Après le dîner, comme le déluge était de retour, je suis allé pas très loin, au niveau du débarcadère des bateaux, où je me suis garé derrière un hangar, un peu caché. Et j'ai dormi dans la voiture. Pas mal d'ailleurs car le siège passager se rabat complètement et en démontant la banquette arrière j'ai pu avoir un siège complètement horizontal. Le seul souci c'est qu'en raison de la pluie j'ai été contraint de dormir avec les fenêtres fermées et la voiture est vite devenue un hammam, m'obligeant à ouvrir une portière entre deux averses !

dimanche 25 décembre 2011

Noël à Nouméa

Nouméa, baie de Vata

C'est un véritable déluge qui sévit actuellement sur la Nouvelle Calédonie. Les gens ne parlent plus que de ça. Les informations à la radio font état de routes coupées, de personnes privées d'eau et d'électricité, de glissements de terrains. On a les restes d'une dépression australienne. Qu'est ce que ça devait être là bas ! Il a plu des cordes toute la nuit sans discontinuer. Ce matin, je me suis renseigné à la réception sur comment se rendre à Nouméa et plus exactement à baie de Vata. J'ai eu droit en substance qu'il fallait aller à l’arrêt de bus en face de l'hôtel, qu'un bus passerait peut être à 10h. J'ai bien aimé le peut être. Et une fois arrivé à Nouméa je devrais changer et demander à des gens la ligne à prendre, tout ça avec des bagages, un 25 décembre, sous une pluie diluvienne. Galère en perspective...
Baie de Vata
En faisant mon sac, j'ai rangé ce qu'il me reste de dollar Fidji dans une poche et cherché des francs pacifiques qu'il me restait de Polynésie. Ils ont disparu. La dernière fois que j'avais vérifié c'était en Nouvelle-Zélande. Il y en avait pour 200 euros. Pourtant à chaque fois aux Fidji j'ai laissé mon sac à la réception pour justement éviter les vols. Je suis sûr qu'ils me les ont fauchés au truc pourri de Mana Island. Je suis dégoutté, avec ça j'aurais pu me payer de belles nuits d'hôtel ici. Pour ne pas entamer ma bonne humeur, j'ai relativisé et je me dis que c'est comme si j'avais oublié de déclarer une pomme dans mon sac. Avec Kerstin on est quittes : on a tous les deux perdu 200 euros. C’est le tribut à payer pour faire un tour du monde.
A la réception elle n'a pas été très conciliante. Je lui ai expliqué qu'on m'avait volé 20 000 francs pacifique et que je n'avais pas de liquide pour prendre le bus. Je lui ai demandé si elle ne pouvait pas me faire payer davantage la note de l'hôtel et me donner la différence en espèces. Elle m'a répondu qu'elle n'avait pas le droit de faire ça, qu'il y avait un distributeur à deux pas, qu'elle y était allée la veille et qu'il y avait encore des sous. Ça ne l'a pas gênée de me voir partir sous un pluie battante avec mes sacs.
Mes premiers pins colonaires
Chemin faisant, j'ai laissé les sacs à l'abribus, courant le risque de me les faire faucher. Le distributeur n'était pas à deux pas mais à 500 mètres et avec mes sacs, mon dos qui ne peut rien porter et une pluie démentielle, ça faisait beaucoup. J'ai couru sous la pluie, enjambant des torrents improvisés qui se jetaient sur la route, glissant sur les bas côtés complètements détrempés. Quand je suis revenu à l'abri bus avec des deniers, j'étais trempé jusqu'aux os. L'abri bus n'est en fait qu'un banc en pleine nature avec une tôle ondulée large comme un timbre poste. J'ai dû me mettre debout sur le banc pour espérer garder un peu la tête hors de la pluie. Et j'ai attendu. Et encore attendu, scrutant à droite et à gauche, ne sachant pas dans quelle direction était Nouméa.
Au bout d'une heure de ce traitement inhumain pour un jour de Noël, et vu que la réceptionniste n'était même pas sûre des horaires, je me suis dit que je pourrais passer la journée entière ici sans que ça émeuve quiconque. Je suis donc retourné à l'hôtel. La préposée a été très étonnée de me revoir. Je lui ai dit qu'il n'y avait pas de bus et que je ne comprenais pas qu'il n'y avait rien de prévu pour aller de l'aéroport à Nouméa. C'est quand même un aéroport international, comment font donc les gens ? Une autre employée a soufflé à la réceptionniste qu'on était Noël, qu'il n'y avait pas de bus, que tout était fermé. J'aurais pu attendre effectivement longtemps ! Elle semblait plus au faite que l'autre et elle a suggéré que je regagne l'aéroport, qu'il y avait des navettes privées qui passaient régulièrement pour emmener les gens sur Nouméa contre 30 euros. Eh bien voilà, en y mettant un peu du sien, on finit pas trouver une solution ! Elle a appelé la compagnie qui a confirmé un prochain départ de l'aéroport à 11h30.
Sur la route du lac de Yaté
Au final quand je suis arrivé à l'aéroport, la guichetière de la compagnie, une blanche tropicalisée avec deux de tension qui m'a quand même offert un chocolat, m'a dit que je pouvais aller fumer une cigarette, que le prochain départ serait dans une heure. Tout ça comme si c'était normal et qu'une heure c'était 5 minutes ! Quand je suis arrivé à l'autre hôtel dans le centre de Nouméa, il était 14 heures et ma chambre n'était pas prête. J'ai mis mes bagages en consigne et commandé immédiatement un taxi pour l'aéroport de Magenta (le terminal domestique) pour demain matin 7 heures. Et je suis sorti pour aller manger un hamburger avec un smoothie au melon quelque part dans une gargote le long de la baie de Vata. Il y avait une éclaircie et un pâle rayon de soleil, je voulais en profiter un petit peu.
En face la baie de Vata, il y a une île de sable fin, l'île aux Canards, dont j'ai manqué la navette. Alors que j'attendais la prochaine sur un banc, le ciel s'est à nouveau couvert et j'ai changé mes plans. La baie de Vata était pleine de monde et de touristes japonais qui se prenaient en photo. C'est une vague bande de sable grossier longée par des pelouses pleines de merdes de chien avec des bancs où des gens jacassent. J'ai donc décidé de rentrer à l'hôtel et de rester tranquillement à la piscine ou dans ma chambre à faire de l'internet. Alors que je jetais dans une poubelle mon gobelet de smoothie vide, j'ai été hélé dans le dos. En me retournant j'ai aperçu Cesare dans une voiture.
Superbe route!
Cesare est un italien de Milan avec qui j'avais parlé au Nabua Lodge et que j'ai aussi croisé hier à l'aéroport dans le file d'attente pour le vol de Nouméa. Aujourd'hui il m'offre de monter dans sa voiture de location et me dit qu'il a l'intention d'aller voir le lac de Yaté et me demande si ça m'intéresse. Je ne me suis pas fait prier, et puis un jour un Noël c'est triste de rester tout seul.
Nous voilà donc partis pour le lac. Enfin presque car il n'a pas de carte autre que celle du guide du voyage, pas assez détaillée. On a un peu tourné en rond, rebroussé quelques fois, demandé notre chemin à des gens, mais on a fini par trouver. C'était plus l'occasion de discuter en étant à l'abri qu'autre chose. Il n'y avait rien à voir, le lac est un peu en altitude, il flottait de plus belle, on ne voyait plus la route et tout était dans les nuages ! Par contre c'est étonnant comme la terre ici est rouge. J’avais déjà vu des reportages et c'est bien comme ce que j'imaginais. 
La terre de Nouvelle Calédonie
De la végétation rabougrie qui ne fait pas du tout tropicale sur de la terre rouge et boueuse. Avec ce qui pleuvait les cours d'eau avaient pris une teinte orange en raisons de toutes les particules de terre en suspension. C'est très étonnant. On s'est arrêté quelques fois, il n'y avait que moi qui descendait sous la flotte prendre une photo. Au début j'avais peur qu'il ne démarre me laissant seul sur la route sans rien et profitant de ce moment d’inattention pour me faucher mon sac. Après tout je ne le connais pas, c'est la troisième fois de ma vie que je lui parlais ! Mais ça n'est pas arrivé. Il m'a raccompagné jusque devant mon hôtel et je lui ai donné l'adresse de mon blog pour qu'il puisse me contacter si besoin.
En effet, il a aussi dans l’intention de venir à l’Île des Pins mais devant les tarifs délirants du moindre truc là bas, il a la même idée que moi : y faire du camping. Mais comme il n'a pas de matériel, il doit aller en acheter dans les prochains jours. Ce serait drôle de se revoir à l’Île des Pins. Je prends la première compagnie qui se présente. Après trois mois d'aventures, c'est agréable d'avoir quelqu'un à qui parler de temps en temps. Je crois que pour lui c'est la même chose. Deux âmes de voyageurs perdus au bout du monde qui se rencontrent un jour de Noël...

samedi 24 décembre 2011

En route vers la Nouvelle Calédonie

Je suis content de quitter les îles Fidji, c'est malheureux, ma dernière expérience a effacé un voyage qui aurait pu me garder de bons souvenirs. Si vous allez aux îles Fidji, n'écoutez personne. Foncez direct à l'Octopus Resort où je ne n'ai pas eu la chance de rester. C'est ce que j'ai vu de mieux aux îles Fidji. Si vous voulez voir plus d'îles, vous pouvez aller jusqu'au Blue Lagoon en résidant à Oarsman's Bay Lodge ou au Blue Lagoon Resort. Chemin faisant j'ai vu que le Botaira Resort était situé dans un superbe endroit. A essayer aussi. Tout le reste peut être oublié. Otto and Fanny's est un challenger honnête mais le prix des repas est exorbitant par rapport aux autres resorts et les lits très durs.
En attendant de prendre l'avion, à l'hôtel
En ce qui me concerne, Mana Island a été une belle arnaque. La nuit manquée que Roger devait me rembourser ne l'a pas été. Je m'y attendais. Roger s'est retranché derrière le fait qu'il m'avait simplement vendu les différentes prestations conformément à mes souhaits (pas tout à fait du reste) et que c'est l'hébergement à Mana Island qui devrait me rembourser la nuit non utilisée et non lui, l'argent ayant été versé en intégralité au truc de Mana Island. Je n'ai pas voulu me battre sur ce terrain mais il me semble que si une agence de voyage vend un circuit avec des prestations irréalisables c'est de sa responsabilité de rembourser les clients. En tout cas en Europe.
Pendant que Roger me menait à l'aéroport et que j'avais déjà tout payé, il a eu comme enchantement le propriétaire du machin qui voulait me parler. Il s'est débiné derrière le fait que si je n'avais pas pu rejoindre Mana Island le jour J c'est parce que le ferry des Yasawas était en retard (ce qui est vrai) et que c'était donc à eux de me rembourser. Il m'a demandé de me rendre à la marina pour réclamer. Tu parles ! Je n'ai plus le bon d'échange, c'est eux qui l'ont, de toute façon ce ne sont que des mensonges, c'est une belle arnaque à laquelle je m'attendais. J'ai laissé pisser, ce ne sont que 20 euros mais le principe me déplaît fortement et rien que pour ça je suis content de quitter ce pays de truands qui aura réussi à me pourrir une partie de mon tour du monde.
A l'aéroport, alors qu'ils me restait des dollars Fidji à dépenser avant de partir, je n'ai même pas eu le cœur d'acheter quelque chose, un souvenir, un magnet ou des cartes postales pour les amis. Qu'aurais je écris ? Je suis à sec, dégoûté, ça se voit bien : hier je n'ai même pas pris une photo.
A bord du vol pour Nouméa je revis. C'est folklorique, tout le monde se souhaite un joyeux Noël, les gens escaladent les sièges pour se parler car ils se connaissent tous. C'est un beau bordel, on se croirait dans un bus d'ados. Et ça parle français, ça me fait du bien. Et puis cet après midi j'ai trouvé une agence de voyage calédonienne qui propose ses services pour des locations de voiture dans toutes les îles où je vais aller. Du coup les affaires s'arrangent, je vais peut être réussir à avoir une voiture de location à l’Île des Pins. C'est très cher mais j'ai décidé de faire du camping sauvage. Il n'y a que ça de vrai pour avoir la paix. Même s'il pleut.
L'avion est plein de grosses dondons drapées dans des tissus fleuris fluorescents qui se parlent les unes les autres, changent de sièges, me tirent la manche pour me parler. A côté de moi j'ai la présidente d'une association. Elle revient avec tous ses membres des îles Fidji où elles ont assisté à un mariage. Tous les deux ans elles voyagent vers d'autres îles. Il y a 4 ans c'était le Vanuatu, il y a 2 ans la Nouvelle-Zélande et cette fois les îles Fidji. Par contre le budget doit être maigre car chaque fois elles ne restent que le week-end. On en est venu à parler de mon tour du monde. J'arrive à la mauvaise période, la pays est en alerte en raison du déluge qui s’abat actuellement sur la Nouvelle-Calédonie. Ils n'ont jamais vu ça. D'habitude en décembre il ne pleut pas une goutte. Mais ces derniers temps le temps s'est détraqué, la faute au réchauffement climatique dit elle.
Dans l'avion pour marquer le coup, on a eu du champagne et du vin rouge et un repas avec une bûche de Noël. Les mamas étaient pompettes et chahutaient de plus belle. D'autant plus qu'au moment d'atterrir, avec les turbulences et le temps pourri, c'était Disneyland. Haut les cœurs ! Ça les amusait beaucoup.
A l'aéroport on a été accueilli par un personnel qui portait tous un bonnet de père Noël. Les gens se traînaient dans les couloirs, certains étaient pieds nus, ça se plaignait : « On n'est pas encore arrivés ? C'est quoi cette souffrance, là ? ». Venez faire un tour à Roissy, vous verrez les couloirs à n'en plus finir ! Sur la carte de biosécurite je me suis décidé à déclarer la tente après avoir lu que toute fausse déclaration donnait lieu à des poursuites et la confiscation immédiate des marchandises non déclarées. Ils m'ont juste demandé ce que c'était comme équipement et si je m'en étais servi. J'ai répondu par un petit mensonge, que je ne m'étais pas servi de la tente depuis la Polynésie et qu'elle avait été contrôlée en Nouvelle Zélande. Ils m'ont laissé passé sans regarder. Ouf ! J'avais peur que cela dure encore des heures.
En Nouvelle-Calédonie, le fuseau horaire est GMT+11 alors qu'aux Îles Fidji c'était GMT+12 mais au changement de fuseau on a perdu 2 heures. Bref encore un truc où je n'y comprends rien ! Je suis donc désormais 10 heures en avance par rapport à vous. L'écart se réduit, ça me fait bizarre, ça me donne l'impression de me rapprocher du retour. J'aborde le pays d'un regard neuf, ayant mis de côté ma précédente expérience. C'est ce qu'il faut faire. Chaque fois que je suis dans un nouveau pays, je range l'escale précédente quelque part dans ma tête afin d'éviter les comparaisons et pour avoir la tête libre pour recevoir les vibrations et me faire une idée neuve dans un état d'esprit positif. Je suis en Nouvelle Calédonie, c'est une chance que je n'aurai peut être pas l'occasion de revivre. Certains n'iront jamais dans leur vie. Je me dois donc d'être optimiste et enthousiaste. D'autant plus que c'est Noël ! Ou presque. Je suis allé me coucher à 21h30 heure locale, tombant de sommeil.

vendredi 23 décembre 2011

Retour à Nadi

Ce matin le couple d'allemands a craqué. Ils ont demandé à partir avant l'heure. Apparemment tout le monde s'était entretenu avec les gérants dans la soirée et il était convenu qu'ils pouvaient partir et qu'on leur rembourserait 70% des sommes trop perçues. Du coup ils ont tous sauté sur l'aubaine. De 20 il ne reste plus que Sam, le jeune allemand qui se gratte et à qui il reste 10 jours à tirer. Passer toutes ces vacances là dedans ! Pour un peu je lui donnerais un billet pour qu'il aille ailleurs, il me fait de la peine. Il est trop gentil, il dit que tant qu'il a à manger, le reste il s'en fiche. N'empêche il va se retrouver tout seul là dedans pour Noël et le jour de l'an, tu parles d'un cadeau ! J'espère qu'il ira manger au Ratu Kini, avec les autres qui ont déserté, c'est tout de même plus gai.
Mais ce matin, il semblerait que les choses ne se passent pas comme prévu pour le couple allemand : au machin, ils n'ont plus d'argent liquide pour les rembourser. En attendant que quelqu'un n'arrive avec de l'argent frais, ils ont loupé le bateau de 7h30 pour les emmener à la rencontre du ferry qui va dans les Yasawas. Je leur ai donné la brochure de l'Octopus Resort en insistant pour qu'ils y aillent, leur affirmant que c'est le meilleur établissement des Yasawas. Et après ce repère pouilleux, ils en ont bien besoin. J'espère qu'ils suivront mon conseil, ils ne regretteront pas. Car cela fait deux nuits qu'ils ne ferment pas l’œil et c'est une question de vie ou de mort pour eux de partir de là sinon ils vont devenir fous. C'est ce qu'ils disaient à la réception qui était très étonnée qu'ils ne puissent fermer l’œil. De toute façon ça ne sert à rien de leur parler, ils sont lobotomisés, ils ne se rendent compte de rien. Ce matin en partant, sans avoir pris mon petit déjeuner, j'ai pris mon sac et n'ai même pas dit au revoir.
Je suis resté au Ratu Kini en attendant le bateau de midi, en discutant avec les ex autres pensionnaires qui avaient désormais élu domicile ici. Je les trouvais bien indulgents, ils disaient que c'était OK au machin pour une nuit ou deux mais pas plus. Moi je dis qu'il ne faut y aller en aucun cas. S'il y avait une agence de salubrité aux Fidji, ce truc aurait fermé depuis longtemps.
Quand je suis arrivé à Nadi, le transfert prévu sur mon ticket n'était pas là. J'ai dû aller à l'hôtel à côté pour qu'ils appellent le Wailoaloa qui m'a dit qu'ils allaient arriver. J'ai attendu 15 minutes sur le trottoir sur une chaise en plastique. Un chauffeur de taxi m'a demandé où j'allais, je lui ai répondu que j'attendais la navette du Wailoaloa. Il m'a dit qu'il pouvait m'y emmener pour 2 euros, que c'était à côté. Je suis donc monté avec lui. Au Wailoaloa la navette était là avec les employés assis par terre à attendre. J'aurais pu attendre longtemps ! Je ne comprends pas pourquoi rien ne tourne rond dans ce pays, ils disent un truc mais ne le font pas et se cachent derrière leur « Fidji time » qui commence à me les briser menu. J'ai envie de les secouer. En tout cas je n'ai rien dit, de peur qu'ils ne me refilent une chambre pourrie.
Ça n'a pas empêché, j'ai une chambre dans ce qui ressemble à un bungalow avec des murs aux cloisons en plastique où j'entends les voisins comme dans la même pièce et où le sol tremble à chaque pas qu'ils posent. J'ai demandé à changer et à avoir une chambre du même style que celle que j'avais eu en arrivant, dans un bâtiment en dur. La préposée m'a répondu que la dernière fois j'avais été surclassé et que cette fois ce serait donc plus cher. Elle m'a demandé 10 euros de plus, je les lui ai refilés pour avoir droit à un peu de tranquillité après l'épisode horrible de Mana Island, avec un arrière goût de me faire encore avoir.
A ce sujet je me suis un peu entretenu avec Roger, sur le fait qu'il avait fait une erreur lors de la réservation, que je ne pouvais pas rejoindre Mana Island depuis les Yasawas dans la même journée en raison des horaires des bateaux et que j'avais dû dormir à Bounty Island en attendant le lendemain, après que le ferry ait appelé ici et qu'on leur ait répondu que je serais remboursé de la nuit non utilisée à Mana Island. Roger est monté sur ses grands chevaux, l'air de tomber des nues et m'a demandé le nom de l'employé de l'hôtel que le bateau avait eu au téléphone. Tu parles comme ils m'ont donné le nom ! Du coup il doit se renseigner, appeler je ne sais qui et je ne saurai le dénouement que demain. Pourquoi faut il se justifier et attendre, alors qu'il m'a vendu un truc irréalisable ? Ce n'est pas dur de comprendre qu'il est impossible de faire coïncider un bateau qui arrive à 19h avec un bateau qui part à 9 heures ! Je sens que je ne reverrai jamais mon argent pour cette nuit.
En attendant, je suis allé voir pour mettre un avis du Sereana Backpacker sur Tripadvisor. Il n’est pas référencé. Du coup je l'ai fait sur un autre site et sur Tripadvisor concernant le Wailoaloa, en mettant en garde de ne surtout pas accepter les nuits que Roger voudrait vendre pour Mana Island. Les gens doivent savoir, ceux qui étaient là bas avec moi ont été envoyés par la plupart par Roger. Cela doit cesser ! Je ne sais pas si je serai publié, c'est le moyen de savoir s'il y a censure sur ces sites censés être indépendants.

jeudi 22 décembre 2011

La délivrance approche


Avec toute cette crasse et cette humidité, mon odeur d'eau pourrie s'est muée en chien mouillé. C'est horrible, heureusement ils ont une laverie chez Roger, je vais tout laver là bas demain quand j'y serai. J'aurais bien besoin aussi de quelques gouttes d'eau de Javel. Vivement demain que je parte d'ici, c'est ma dernière journée, je prends mon mal en patience. Il y en a plusieurs qui n'ont pas eu cette patience et qui ont déjà craqué : l'espagnol est parti au bout d'une nuit, je le croise désormais au Ratu Kini ; d'autres ont abrégé leurs souffrances et sont partis plus tôt que prévu vers d'autres îles. Une des filles, Stéphanie, une suisse qui avait participé à l'excursion à Monuruki Island réside aussi au Ratu Kini et me dit que je passe ma vie ici car elle ne cesse de me croiser. Ce n'est pas faux. Je fuis l'autre, Sereana Backpacker. Attendez de voir mon appréciation sur Tripavisor.
Ce n'est pas un cabanon, il y en a qui vivent là, par terre
La coupe était pleine à midi, c'est la dernière fois qu'ils m'ont vu. Je suis arrivé pour le déjeuner à 12h45, sachant qu'en principe il est servi entre 12 et 13 mais que les dernières fois tout était avec une heure de retard. J'ai passé la matinée au Ratu Kini plutôt que d'attendre avec les clebs qui aboient et les gamins qui crient, tout comme un couple d'allemands avec qui je me suis entretenu dans la matinée. Pour la petite histoire, eux aussi détestent l'endroit. Eh bien pour cette fois la cuisinière était à l'heure : quand je suis arrivé tout le monde avait fini. Au menu : des saucisses en boîte avec des frites. Un des types du machin m'a tendu une assiette de quelqu'un qui n'avait pas fini son repas. Là je crois qu'on ne m'a jamais fait le coup. J'ai réclamé une assiette neuve et fraîche, si je peux dire. C'est un comble de devoir réclamer un peu de dignité. Je ne suis pas un clebs à qui on donne les restes. 
Évidemment il a fallu que j'attende car la cuisinière n'avait pas prévu assez. Pourtant c'est facile de savoir combien on est, c'est écrit sur le tableau à l'entrée du machin. J'ai eu droit pour patienter à un jus de fruit servi dans un verre en plastique extrait d'une pile de ceux qui avaient bu avant moi !
Quand le plat est arrivé, les saucisses sentaient la merde de chien, tout le monde les laissait sauf ceux qui avaient tellement faim qu'ils auraient mangé n'importe quoi, je n'ai mangé que les frites. En fait j'ai jeté un œil dans la cuisine, il n'y a pas de frigo, juste une glacière posée à même le sol. Tout doit être de la boîte et c'est infâme. Mon estomac crie famine à longueur de journée. Mais j'ai une boîte de biscuits que je me trimbale depuis que Roger m'avait amené au supermarché, j'ai enfin trouvé le moyen de m'en servir. Quand le couple allemand est arrivé ça a été le clash. La cuisinière qui tire tout le temps la tronche s'est mise à gueuler dans sa langue envers un autre employé. 
Pas besoin de cours de fidjien, on comprenait bien qu'il y avait un problème sur le nombre de plats qu'elle était censée servir. Moi je suis sorti de ce cauchemar pour marcher le long de la plage et dans le village, décidé à vous montrer l'horreur de l'endroit dans lequel je me trouve. Finis les paysages de carte postale, place à la réalité. Alors, vous aimez ?
Je suis sûr que le Guide du Routard doit être plein d'éloges, que c'est authentique, que l'on vit comme les villageois et que c'est une occasion unique de s'imprégner de leur culture. Je ne serai pas surpris, ils adorent ce genre d'endroits sordides. Quand je suis retourné sur mes pas, j'ai croisé une délégation du machin, tous les pensionnaires étaient sur le départ pour une excursion vers les récifs à la rencontre des requins. Ils m'ont demandé de me joindre à eux. On m'a prêté un masque et un tuba usés jusqu'à la corde, que j'ai bien rincés avant usage. 
C'est une seiche
Je devais tenir le tuba d'une main en nageant car il ne tenait pas en bouche. Tout le monde était pieds nus, je ne sais pas comment ils font pour marcher dans cette crasse, ils ne se rendent donc compte de rien ? Il suffit d'ouvrir les yeux, j'ai vu un clebs chier sur la plage, là où tout le monde pose sa serviette. Personne n'a donc entendu parler de ce parasite véhiculé par les merdes de chien, qui entre par la plante des pieds et creuse des galeries dans le corps pour sortir par les yeux ? Ce n'est pas une légende, ça existe ! Moi je ne quitte jamais mes Crocs.
En fait on a fait le tour de l''île comme ce que j'avais fait hier, on est donc passé côté riches. Sur les photos on voit bien le contraste. A la fin de l'après midi, j'ai laissé le groupe retourner au machin, je me suis arrêté à nouveau au Ratu Kini. Je crois que j'ai pris la meilleure décision de toute ma vie : ce soir je suis resté dîner là bas. 
De l'autre côté du mur de Berlin...
Bien qu'un dîner était prévu pour moi au truc, j'ai préféré payer ici, avoir la paix et surtout ne plus voir cet endroit infâme. Ça a été une délivrance, j'aurais dû le faire bien avant. Après manger j'ai squatté un hamac du Ratu Kini pour regarder tranquillement un épisode de Colombo avec une bière mais j'ai été emmerdé par les gamins du village qui étaient tous dans mon dos, regardant les images, posant des questions et faisant balancer le hamac. Ils avaient emmené avec eux les clebs. Je ne supporte plus rien depuis que je suis ici. D'ordinaire je suis ouvert aux habitants, j'aime bien discuter avec eux mais là je suis fermé comme une huître et je veux juste avoir la paix pour faire abstraction. Comme c'était loupé pour la pause bien être et détente, j'ai tout coupé et j'ai décidé de prendre ma tente et d'aller dormir. Tout le monde est au courant que je ne dors pas ici, c'est moi qui leur ai dit. Ils me regardent avec envie. 
Car apparemment la nuit c'est l'enfer ici : le dortoir est situé juste à côté du générateur de courant qui fait un bruit de locomotive toute la nuit. Ce sont leurs propres mots. Il y a aussi des batailles de clebs, des gens du village qui vont et viennent et qui parlent. Pour ma part, je leur raconte que je n'ai que le bruit des vagues pour me bercer tout au long de la nuit. Du coup le couple d'allemands qui n'en peut plus d'être ici et qui se rend ensuite à Hawaï a décidé de s'acheter une tente là bas, pour pouvoir dormir où ils veulent en cas de problème.
Quand je suis passé à près de 21 heures pour récupérer la tente, tout le monde était attablé devant ce qui devait encore être du chien alors que j’avais fini de manger depuis plus d'une heure. Cela m'a conforté dans le fait que j'avais fait le bon choix. Les expériences les plus terribles sont souvent celles qui font le plus rire quand on les raconte après coup. On pourra donc dire que j'ai beaucoup ri à Mana Island !

mercredi 21 décembre 2011

Monuriki Island

Monoruki Island

A 4 heures du matin la nuit dernière il y a eu à nouveau un orage terrible, un déluge doublé de coups de tonnerre effrayants et d'éclairs en tout sens. Effrayant car avec ma tente en bordure de plage et un peu sous les arbres, j'avais peur que ça n'attire la foudre. La pluie ne me gène pas plus que ça car la tente est bien imperméable, bien que je ne puisse laisser la porte ouverte pour amener un peu d'air ce qui fait que j'étouffe. Vous me direz qu'est ce que je fous dans une tente sous l'orage, je le cherche bien. D'autant plus que j'ai plein de dollars d'ici que j'avais trop tirés au distributeur quand je suis arrivé. Je comptais m'en servir contre un surclassement. Tu parles, il n'y a pas de surclassement de possible, c'est le camping, le surclassement ! Le dortoir : des lits défoncés pleins de vermines, les chambres : des matelas à même le sol. Le tout coincé au milieu d'un village rempli de chiens complètement dingues, avec un un type qui cogne avec un marteau sur je ne sais quoi toute la journée et une bonne partie de la nuit. On dirait que les cloches de l'église sonnent en permanence. 
L'île juste en face de Monoruki
Je fais un rejet total du site, je ne sais pas à quoi ça tient. Tout me sort par les yeux. Apportez moi un bulldozer et je vous rase tout! La cuisinière est une catastrophe et devrait être rasée elle aussi. Elle commence à préparer le dîner à 17 heures pour un service censé être entre 18 et 19 heures. Le soir à 20 heures on attend toujours. Tout ça pour avoir de la merde en boîte.
Le départ pour Monuriki Island était censé être ce matin à 7 heures du matin, alors que tout le monde dormait encore à mon backpacker. Je me suis donc rendu dans celui qui le jouxte, sans avoir pris de petit déjeuner. J'étais le premier, les autres étant en train de prendre leur petit déjeuner calmement. Si on ajoute à ça le type du bateau qui vit à l'heure Fidji, ça a donné un départ à 8h30. Du coup je suis allé un peu pleurer à la réception pour savoir s'il n'était pas possible d'avoir un peu de fruits avant de partir pour l'excursion. Moyennant quelque dollars, le cuisinier m'a préparé un assortiment de papayes, ananas et bananes. Ça me change de mon trou à rats où ils ne connaissent pas les fruits !



Les 4 autres personnes à m'accompagner parlent toutes français. Il y a un jeune couple basque dont la fille, pas commode, qui ressemble à Penelope Cruz, est en train de fulminer. Car c'est à cause d'eux que l'on doit partir si tôt : à 11h30 ils doivent être de retour ici pour prendre le bateau pour Nadi. Et comme on tarde à partir elle a peur de rater le bateau et d'avoir une excursion amputée. Moi aussi du reste, j'aurais préféré que cela dure plus longtemps. Suite aux pluies des jours derniers, je ne pense pas que le beau temps soit pour aujourd'hui, je suis un peu déçu, peut être aurais je dû attendre demain pour l'excursion mais rien ne dit que le temps aurait été meilleur et que de nouvelles personnes auraient voulu partir en excursion. Qu'à cela ne tienne, il faut rester philosophe, c'est comme ça on n'y peut rien.
L'île est très belle, pas très grande, mais avec un gros rocher qui la domine. Elle est aussi entourée d'autres îles toutes proches, au même relief, tout aussi désertes. Quand on arrive sur la plage, à l'orée de la cocoteraie, un message est inscrit sur le sable à l'aide de noix de cocos : « Help me », comme dans le film Castaway, pour rappeler que c'est là que le film a été tourné. A moins que ce soit les mêmes que dans le film. Notre guide nous a entraîné vers les hauteurs de l'île, gravissant comme on pouvait (il n'y a pas de chemin), s'aidant des branches. En chemin il a ramassé une noix de coco et montré comment l'ouvrir. Aidé simplement d'une pierre, il l'a épluchée, en partant du sommet de la noix de coco. Une fois la coque dégagée, il faut frapper un coup dans le sens de la longueur, à la moitié, entre deux stries noires qui parcourent la noix (il y en a trois). Elle s'est alors instantanément ouverte en deux, en son centre. A renouveler chez soi pour voir voir si j'y arriverais, ça a l'air si facile.
J'étais le seul à avoir pris des chaussures, les autres étaient pieds nus et semblaient marcher sur des œufs. Les filles se plaignaient qu'elles avaient mal aux pieds, que c'était l'enfer, qu'on se croirait à Koh Lanta. Pour moi c'était facile, j'ai fait bien pire. Et pourtant j'ai presque le double de leur âge. L'air était très lourd, humide et très chaud, on transpirait comme des malades malgré le fait qu'il n'y ait pas de soleil. La vue du rocher où Tom Hanks passait ses journées à guetter les secours est magnifique. C'est celle que l'on peut voir ci contre. Regardez le film, vous me direz si c'est pareil. Moi je ne m'en souviens plus trop, j'avais vu ça dans un avion il y a longtemps. Au passage c'était un peu une folie de passer ça dans l'avion car le début du film commence par un crash des plus réalistes !
A la descente, Penelope a fait une crise de nerfs, son copain a essayer de la calmer et elle hurlait « mais je suis calme ! ». Ah ces couples qui s'engueulent à l'autre bout du monde ! Il ne faut pas croire c'est légion, j'en vois toujours plein dont on sent les tensions, qui boudent et se font la gueule.
Ça m'a toujours sidéré, si c'est pour s'engueuler, autant rester chez soi. Arrivés en bas, nous avons fait un peu de snorkeling mais le temps pressait alors ça c'est fait un peu au pas de course. Le spot était très moyen, quasiment pas de poisson et des coraux très éparpillés. Pourtant les autres ont adoré, le couple affirmant que c'était bien plus beau que tout ce qu'ils avaient vu à Hawaï. C'est ça, quand on est un backpacker, on va dans les endroits les pires.
Nous étions de retour à 11h30 comme prévu, mais pour rien, leur bateau étant complet. Il faut dire que c'est quelque chose aussi ce rafiot. C'est une espèce de vedette déglinguée tenue par deux indiens, avec les gaz d’échappement qui refoulent dans l'habitacle et des moteurs qu'ils sont tout le temps en train de rafistoler avec des fils de pêche tout au long du parcours. Le couple basque a dû attendre la prochaine navette, à 17 heures.
Mana Island, côté riches!
Moi, après un déjeuner horrible (des haricots en conserve servis entre deux tranches de pain de mie rassis), je suis parti en prospection autour de l'île, question de fuir le village et de voir autre chose. Il faut savoir que Mana est une île qui ressemble à l'Allemagne du temps où il y en avait deux. Il y a un resort de luxe détenu par des Japonais qui occupe les deux tiers de l'île, le reste étant livré en pâture aux villageois. Des palissades et hauts barbelés en empêchent l'accès. Si on a le malheur de passer, on se fait immédiatement chasser une fourche au cul. Alors que dans l'autre sens, les villageois accueillent tout le monde. Vous connaissez mon allergie aux propriétés privées qui s'octroient tous les droits, j'ai trouvé un moyen de pénétrer là dedans ni vu ni connu. J'ai mes ruses de sioux. J'ai contourné l'île par l'est, en passant par un chemin qui traversait l'île, au milieu de hautes herbes. 
Seulement de l'autre côté il y a un resort qui vient d'ouvrir il y a deux mois et qui a deux pensionnaires dans une piscine à débordement face à la mer (le resort n'a pas de plage, ce sont des rochers). Je n'étais pas le bienvenu, un employé m'a vu et m'a demandé ce que je faisais. Je lui ai dit que je marchais juste comme ça le long du rivage, cherchant à faire le tour de l'île. Il m'a demandé si je n'avais pas vu les panneaux à l'entrée, que j'étais sur une propriété privée. En toute bonne foi je lui ai répondu par la négative. Il m'a alors escorté en tendant son bras pour faire barrière me donnant les consignes par où passer pour faire le tour de l'île. Au final il était sympa, il m'a permis de traverser la propriété, j'ai donc pu poursuivre. Plus loin j'ai vu un des panneaux dont il m'avait parlé, avec inscrit en rouge en grosses lettres « Keep out ; All trespassers will be prosecuted ».
Une belle plage sans chien pour les japs!
Finalement je suis arrivé plus loin sur une des plages du resort de japs, sans barbelé ni panneau de menaces. Ils ne pouvaient donc rien me dire. Je me suis baladé là dedans, comme n'importe quel pensionnaire. C'est si grand et il y a tellement de monde, comment pourraient ils se douter que je ne réside pas ici. Ah l'argent a du bon ! L'endroit est idyllique et n'a rien à voir avec le village pouilleux où je suis. Si j'avais plus d'argent je descendrais là dedans. On doit être bien plus reposé en y sortant que moi. Je commence à être saturé des conditions dans lesquelles je voyage. J'aurais besoin d'une pause un peu plus luxe. Du coup je suis allé voir sur Internet, prêt à craquer ma tire-lire en Nouvelle-Calédonie. Après tout ce sera Noël et le le Nouvel An, autant le vivre comme il se doit que de traîner sous la flotte dans une tente humide avec des vêtements qui sentent l'eau pourrie. J'étais prêt à passer 3 nuits au Méridien à 600 euros la nuit, pour une pause revigorante. Je me suis ravisé, avec cette somme je pourrais faire 12 aller retour Paris/Madrid, je n'ai pas le droit de la claquer comme ça, ce n'est pas juste, je préfère m'en servir pour me rendre à Madrid ou Bordeaux. Mon envie de luxe s'explique juste parce que cet endroit pourri m'exaspère mais une fois que ce sera fini, ce sera oublié.



Je bénis celui qui en a eu l'idée
Quitte à être passé du côté de Berlin ouest, j'en ai profité pour me balader dans le resort. Il y a une colline d'où on a un superbe point de vue sur toute l'île et aussi celles autour. On voit bien Monuriki qui est toute proche. Après, je suis allé me baigner, en ayant quitté le resort (ils n'empêchent pas les gens de sortir pour aller visiter le village). Mais aujourd'hui il y a des trucs qui piquent dans l'eau. Ça fait des décharges comme si on venait de se faire piquer par une méduse. Et on ne voit rien, je ne sais pas ce que c'est, sûrement des espèces de crustacés transparents qui nagent entre deux eaux. Il y en avait aussi à Bountry Island et avec Kerstin on s'était fait piquer et on avait fini à la piscine du resort. Comme le temps s'est à nouveau couvert, je suis allé visiter un peu le village. C'est horrible de voir les conditions dans lesquelles ils vivent. Ils ont inventé le concept de la boîte de conserve en guise d'habitation. D'ordinaire les cases traditionnelles sont faites de murs en planches de bois avec des fenêtres et un toit en tôle ondulée. Ici, c'est de la tôle ondulée sur les 5 faces, posée à même le sable, sans fenêtre, où les gens rampent car les boites à sardine font 1m50 de haut. On se croirait dans le pire endroit d'Afrique. 
C'est bien fait, t'avais qu'à être sage!
Moi je ne sais pas, même sans le sou, je suis sûr que j'arriverais à me construire une case de Robinson plus digne. Ici ils s'en foutent, ils passent leur temps allongés sur des tables et entourés de chiens. Les cases sont toutes à touche touche. Je critique la France souvent, mais heureusement que j'ai la chance d'être né là bas. Vous me mettez là je meure en 1 nuit ou si ce n'est pas le cas, je me suicide !
Quand je suis retourné au machin (désolé je ne lui trouve pas de nom), le dîner n'était toujours pas prêt. Du coup les gens s'occupaient comme ils pouvaient. Ils avaient trouvé l'excellente idée d'ensabler un clebs. Ça nous a beaucoup fait rire. On aurait dû faire pareil avec tous ceux qui traînaient, au moins on aurait eu la paix. Après le repas on a eu droit à un show de danses et de spectacle de feu où ils léchaient les flambeaux et se les roulaient sur le corps. Après ça a été notre tour, la Bula Dance, sorte de macarena qui se danse alignés en rang d'oignon. On dû tous se présenter avant, je peux donc vous dire que toute la planète vient voir ce backpacker gangrené : allemands, suédois, anglais, suisses, espagnols, hollandais et américains. Un comble !
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