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jeudi 26 janvier 2012

Bruny Island

Pour rejoindre Bruny Island depuis Hobart il faut gagner Kettering et prendre un ferry qui fait la traversée en 15 minutes. J'ai pris la route côtière et je n'aurais pas dû, ce n'est que des gens qui roulent au pas et des bleds à traverser, un peu comme la petite corniche à Nice que j'évite autant que possible. Malgré tout, j'ai eu de la chance car je suis arrivé pile poil à l'heure d'un ferry alors que je ne savais pas quand il se pointait. Et quelques voitures derrière moi ont dû attendre le prochain... plus d'une heure plus tard !
Bruny Island - Carla Island pour les intimes - tire son nom de l'amiral Bruni d'Encastreaux qui débarqua sur l'île en 1792. Mais ce ne fut pas le seul et pas le premier, le premier c'est Abel Tasman en 1642, qui a donné son nom à l'île et à la mer. Le capitaine Cook est venu aussi mouillé dans Adventure Bay. Décidément, je n'arrête pas de suivre son parcours, j'aurais dû appeler mon blog « Captaincooktour» ! 
L'île est composée en fait de deux îles qui sont reliées par un isthme très étroit, The Neck, avec une haute dune en son centre en haut de laquelle on peut monter. Et où l'on doit, pour avoir le plus beau point de vue du secteur. Sur les pentes de cette dune se trouvent pleins de terriers et d'empreintes d'oiseaux. On ne peut pas marcher sur le sable, à la place ils ont construit un escalier de bois avec une clôture tout autour car c'est à cet endroit que viennent dormir tous les soirs une colonie de pingouins nains et bleus, les plus petits au monde, donc je suppose les mêmes que ceux que j'avais vus dans un trou à Otago en Nouvelle-Zélande. Pour les apercevoir en train de sortir de l'eau il faut être patient. Ils surgissent dans un délai de 1 à 3 heures autour du coucher du soleil. Il est interdit d'utiliser son flash pour ne pas les affoler et on doit se mettre à plat ventre sur le sol pour qu'ils ne nous voient pas sinon ils restent en bande sur le sable pendant que leurs petits meurent de faim dans leur trou. Je les aurais bien attendus mais si je ne peux pas les prendre en photo, l'intérêt est réduit et surtout j'ai pour mission de trouver un endroit où dormir ce soir et ce n'est pas gagné. 
En haut du point de vue j'ai discuté avec un groupe qui m'a demandé d'où je venais. Quand j'ai répondu que j'étais français, l'une d'entre eux s'est exclamée qu'elle en était sûr. Ah bon, pourquoi, est ce parce que je suis monté sur le banc un brin agacé parce qu'ils restaient des heures devant la balustrade à cacher le paysage, afin de prendre une photo par dessus leurs épaules? La réputation des français étant ce qu'elle est, il est fort à parier que ce soit un truc du style. Ils m'ont demandé où j'allais après. Quand j'ai répondu dans le Queensland, ils ont pris un air affolé et m'ont demandé si j'étais au courant pour les inondations là bas. Apparemment l'état est sinistré par de violentes pluies qui durent non stop depuis des semaines (sans doute depuis que j'ai quitté la Nouvelle-Calédonie !) et les routes sont barrées, on ne peut plus circuler. Ils m'ont dit que j'avais fait le bon choix de venir plutôt en Tasmanie et m'ont conseillé de ne me rendre à Cairns qu'au dernier moment et par avion, pour passer au dessus du merdier. Bref, il va falloir encore que je change mes plans car j'avais prévu de passer la dernière semaine de mon séjour en Australie dans le Queensland. Là je suis un peu à sec, mais bon, j'ai encore le temps de voir venir.


L'île du nord est très agricole, des prairies, des vaches, des fermes, tout est en propriété privée sur des domaines à perte de vue qui donnent l'illusion de grands espaces sauf qu'ils sont clôturés ! Il n'y a que la route qui soit publique. Rien à attendre donc côté camping sauvage dans cette partie. En revanche on croise plein de panneaux invitant à venir à la ferme goûter leurs fromages, leur vin leurs fraises ou leurs framboises. Tout cela fait envie mais je ne me sens pas trop d'y aller seul, avec le fermier sur le dos qui me vanterait ses produits pour me pousser à tout acheter. J'ai tort car tout est succulent sur cette île et tout Hobart s'y presse pour y manger de bons produits du terroir. Une spécialité que l'île s'est donnée également c'est la dégustation d'huîtres. Il n'y a pas un endroit où l'on n'en trouve pas.
Juste après avoir dépassé le point de vue, toujours au niveau de l'isthme se trouve une aire de camping autorisée sous les pins. Elle est relativement petite et non extensible car des clôtures se trouvent tout autour pour ne pas pénétrer dans les propriétés avoisinantes. 
On dirait qu'il a des gants!
Et l'endroit étant plein de tentes grandes comme des chapiteaux de cirque, la seule solution de repli serait la plage mais qui est relativement battue par les vents et sur laquelle il faudrait que je marche assez longtemps avec mon barda pour que l'on ne puisse pas me voir de nuit à la lueur d'une lampe torche. Car le terrain est géré par l'office du parc national et requiert une admission par le système des enveloppes d'auto déclaration qui sont cette fois bien là. Donc un contrôle est toujours possible ; ce n'est pas le problème de payer, je n'ai rien contre mais si c'est pour être ensuite délogé de la plage pour être invité à rejoindre le troupeau, ça ne m'enchante guère. J'ai donc continué mon chemin.
South Bruny est à l'opposé de North Bruny : c'est une île très boisée dont toute l'extrémité sud est inaccessible autrement qu'en 4x4 et qui possède un parc national. Impossible donc pour moi d'explorer le parc. C’est ce que je voulais faire, c'est bien dommage. Mais d'un autre côté le ciel voilé de milieu d'après midi s’est transformé en ciel tout gris en fin de journée, aussi je suis moins enclin à visiter le parc. 
A la place, je me suis rendu à la meilleure table de l'île (sachant que les possibilités de restauration sur Bruny se limitent à deux restaurants) pour réserver pour le soir. Peine perdu, c'est déjà complet. Je me suis remis donc en quête d'un coin, résigné à manger des abricots secs, des noix et des chips ce soir. J'ai trouvé un superbe coin en haut d'une falaise, par un chemin qui descend depuis la route. En plus à son commencement ça forme comme un parking où je peux mettre ma voiture en retrait de la route. Visiblement des gens ont déjà passé la nuit là car il y a des restes de feu de camp... et de crottes de pademelon, que j'ai dégagées en shootant dedans. Une bonne chose de faite, un souci en moins. Du coup j'en ai profité pour flâner et me diriger vers le centre touristique de l'île, Adventure Bay, où se trouve une petite épicerie dans laquelle je pourrais peut être améliorer l'ordinaire bien que mon guide dise qu'ils ne vendent que des trucs en poudre et en conserve pour les campeurs. Ce qui est totalement faux. C'est petit mais très bien achalandé, je n'ai encore rien vu de bien mieux en Australie et surtout il y a un bloc réfrigérant garni de fromages de Tasmanie. Avec une salade sous vide et un pain encore chaud, j'ai un bon dîner pour ce soir. Pour le vin, en revanche c'est une autre paire de manches. En Australie l'alcool ne se vend que dans des points spécialisés, et jamais dans les épiceries. Il faut pourtant que je goûte au vin de Tasmanie il paraît qu'il est merveilleux et que s'il n'est pas connu ailleurs c'est parce que les habitants boivent tout le stock et qu'il n'en reste plus une goutte pour l'exportation !
Ça grouille!
La baie se termine en cul de sac et tandis que je faisais demi tour j'ai aperçu un gros kangourou devant une palissade d'un jardin. Un tout gris au ventre blanc. Un kangourou, vrai de vrai, pas une miniature de pademelon. Je me suis arrêté net, au bord du coup du lapin. Il me regardait de ses yeux, fixement, debout sur ses pattes arrières, ses pattes de devant croisées sur son buste comme s'il tenait un sac à main, façon Bernadette, bouche bée, une oreille tournant dans un sens pendant que l'autre était ailleurs, comme les chats. Il avait actionné son radar ! En regardant de plus près il n'était pas le seul le bougre, il y en avait au moins une dizaine tournés dans le même sens comme des tournesols. J'étais hilare ! Devant l’effervescence, les propriétaires du jardin qui me regardaient faire depuis leur terrasse à l'étage où ils prenaient l'apéritif m'ont baragouiné un truc auquel je n'ai rien compris. Visiblement ce n'était pas pour que je déguerpisse car ils me faisaient des signes pour que j'aille me garer derrière leur maison. Sans doute que je leur gâchais la vue. 
Je suis donc allé derrière, bravant les panneaux «private property », sauf que derrière il y avait trois maisons avec de l'herbe tout autour sans clôture, ce qui faisait qu'on ne savait pas chez qui on mettait les pieds. Je me suis garé là et quand j'ai ouvert la portière j'ai compris pourquoi ils voulaient que je vienne par là. Une grande tribu de kangourous occupés à brouter dans les herbes et dont ma présence leur avait coupé l'appêtit, comme autant de nains de jardins version géants ! Ils étaient tous immobiles ne sachant pas quoi faire. Ils étaient une bonne vingtaine, il y en avait à tous les étages, façon stand de tir. Et surtout au milieu d'eux se trouvait un kangourou tout blanc, sans doute un albinos. Quand j'ai voulu les voir de près ils sont tous partis dans les bois en faisant de grands bons. Pourtant je n'étais pas si près et vu la vitesse à laquelle ils détalent ils ont tout le temps de battre en retraite. Bien farouches que ces kangourous ! C'est assez grand, ils font facile plus d'un mètre de haut.
L'un des propriétaires au balcon est venu me voir. Il m'a dit qu'ils allaient ressortir et que je devais me tenir discret. Et en effet, le tout blanc est arrivé, moins farouche que les gris. Seulement il était occupé près d'une clôture d'une maison et pour les photos ça ne faisait pas génial, on aurait dit qu'il était dans un enclos. C'est alors qu'un habitant de la prairie, plus loin, qui prenait aussi son apéritif dehors et avait vu mon cirque a surgi dans mon dos et m'a demandé si j'avais du pain. Vu le type, hirsute, des tatouages partout, une barbichette qui lui cachait le cou et des dents manquantes, j'ai crû que c'était pour lui. Devant mes balbutiements, comme quoi c'était pour mon dîner ce soir, il m'a dit de prendre juste un bout pour les kangourous, qu'ils adorent ça et que ça allait me permettre de les attirer. Il m'a demandé de le suivre. J'étais dans son jardin, juste à côté de la terrasse au milieu de jouets d'enfants et je n'en revenais pas qu'il m'ait offert l'hospitalité pour me permettre de mieux approcher les kangourous. Car son jardin un peu en hauteur a une vue panoramique qui permet de voir tout ce qui se passe. Ce n'est pas en France que quelqu'un vous inviterait chez lui en vous voyant roder autour de son jardin ! Je n'en revenais pas. Et il m'a donné tout un tas de conseils, comme par exemple de ne jamais les regarder dans les yeux sinon ils restent bloqués. Il est marrant mais va donc prendre en photo un kangourou sans le regarder!
En tout cas le coup du pain, ça marche fort, le kangourou blanc n'y a pas résisté et prenait la pose. Et ce n'est pas un albinos : comme ce que m'a dit le type, il a les yeux noirs comme les autres, et non roses. D'autres ont fini par rappliquer mais en nombre bien plus restreint que quand j'étais arrivé. Je n'arrivais pas à me défaire de l'endroit. Le gars m'a dit au bout d'un moment au revoir et a tiré son rideau et je suis resté un temps à côté de la terrasse. J'aurais dû partir mais chaque fois que je faisais un pas vers la voiture, je voyais une petite tête inquiète qui émergeait des herbes. Quand on voit ça on est obligé de rester à regarder, c'est si mignon qu'on a envie de se mettre entre leurs pattes de devant contre leur cœur. Comme l'heure tournait et que les ombres gagnaient du terrain, j'ai dû amputer le dîner. Mais mieux vaut il manger ou vivre des moments exceptionnels parmi des kangourous ?


Ce matin, je suis retourné au point de vue pour avoir un autre éclairage avec cette fois le soleil dans le dos. Il y avait là un couple de hollandais qui se lamentaient d'être venu spécialement sur l'île pour voir des bêtes et que jusqu'à présent ils n'avaient pas vu grand chose. Pour les consoler je leur ai donné le tuyau d'Adventure Bay mais cela n'a pas eu l'air de leur faire grand effet. Des blasés des kangourous. Aussi quand j'ai rajouté que j'en avais vu un tout blanc, immédiatement j'ai vu une étincelle dans leur regard et la fille qui jusqu'à présent ne disait mot, assise le nez dans le col de son coupe vent, s'est redressée pour me demander où précisément. Ce soir je pense que je referai un saut au belvédère pour tenter d'apercevoir les pingouins, maintenant que je ne suis plus stressé par l'heure du fait que j'ai un point de chute.
J'ai passé le reste de la journée à me balader, de criques en criques, à marcher sur la plage, à chercher des éclairages et des angles inattendus pour en faire de belles photos. Et à manger des mûres le long des chemins. Vive les saisons inversées ! Il y a toujours un truc à faire, à voir, je ne m'ennuie jamais quand je suis dehors, sauf si la météo joue les troubles fêtes, ce qu'elle a failli faire aujourd'hui car il a plu toute la matinée. J'étais prêt à reprendre le ferry quand des éclaircies ont surgi comme pour me demander de rester. Et je ne regrette pas !




mercredi 25 janvier 2012

Mount Field National Park


J'aurais tout aussi bien pu intituler cet épisode « Le raffut du pademelon », tellement la nuit dernière j'ai été dérangé tout le long par un pademelon qui avait décidé de passer la nuit là à brouter et qui devait être énervé de voir une tente dans son assiette ! Du coup il n'arrêtait pas de taper du pied et chaque fois ça me réveillait. Je donnais alors un coup sur la toile du dos de la main, ça le faisait fuir un temps puis il revenait à la charge de plus belle. On a joué à ce jeu amusant toute la nuit...
Le parc national de Mount Field est tout à côté de Maydena, c'est pratique, j'ai été le premier dans le parc, avant que le centre des visiteurs n'ouvre. Pas besoin d'attendre, j'ai mon sésame en poche dorénavant qui ne me quitte plus. Mount Field est un parc très visité car c'est le plus près de Hobart et les habitants viennent souvent y passer le week-end. 
Pour les touristes non véhiculés, c'est aussi facile, de nombreux excursions en minibus ont lieu depuis la ville. J'ai lu qu'il y avait sur le chemin un centre de réhabilitation pour animaux blessés ou orphelins qui sont soignés là avant d'être relâchés. Au programme : diables de Tasmanie, wombats, pademelons, kangourous... Une belle occasion d'aller titiller le diable. Sauf que je n'ai pas trouvé la dite ferme. Peut être qu'elle a fermé boutique, faute de pensionnaires. Il faut dire qu'ils sont tous sur la route... aplatis. Ça me désole de constater tous les jours les accidents de la nuit, obligé de faire du slalom entre les cadavres. Soit ça pullule, soit il ne va plus rien rester !
Pour commencer la balade dans le parc, j'ai fait ce que tout le monde vient voir : le sentier de Russell Falls.
C'est une cascade de 40 mètres de haut à plusieurs étages, très large. Mais avec le temps sec et chaud qui sévit depuis plus d'une semaine, le débit est assez limité. Tout autour du cours d'eau on retrouve une épaisse végétation parfois uniquement constituée de fougères arborescentes et de mousses. Au milieu de tout ça, je n'arrêtais pas d'entendre taper de la patte arrière et j'ai aperçu de très nombreux pademelons qui venaient là chercher une nourriture bien fraîche et grasse. J'ai oublié de vérifier la présence de platypus dans le bassin sous la cascade. Il paraît qu'ils y ont élu domicile et qu'on les aperçoit très souvent, y compris hors de l'eau. Il y a d'ailleurs au bureau du parc un cahier d’observation spécialement dédié à la bestiole où les gens viennent consigner le lieu et l'heure où ils en ont aperçu. Je crois que le nom français du platypus c'est l’ornithorynque mais je n'en suis pas sûr car je croyais qu'il vivait en mer. Et puis le nom n'a rien à voir.
Après Russel Falls, le sentier continue pour grimper en haut de la cascade où se trouve juste au dessus une autre cascade, Horeshoe Falls. On peut aussi continuer encore plus loin pour arriver à un site rempli d'arbres géants mais je n'y suis pas allé, cela faisait double emploi avec les eucalyptus d'hier. J'ai préféré reprendre la voiture pour m'enfoncer dans le parc par une piste de 19 kilomètres qui ne fait que grimper et se termine au niveau du lac Dobson, au milieu des alpages. Au cours de la montée, je me suis retrouvé dans la brume puis juste au moment où l'on quittait la forêt pour passer à l'étage subalpin, le soleil a montré son nez entre des nappes de brume qui circulaient à vive allure. C'est donc ça ! Aujourd'hui est une belle journée alors que je pensais que le mauvais temps avait fini par revenir. Il aura tout de même fallu attendre 11h du matin pour que le fond de la vallée se dégage.
On peut faire le tour du lac Dobson par une promenade facile d'à peine 30 minutes qui conduit à un endroit vers le fond du lac rempli de pandanus. Il n'y a plus que ça et on se croirait aux tropiques ! J'ai voulu ensuite prendre un sentier qui menait à des espèces de mares disséminées dans les prairies humides pour tenter d'apercevoir un platypus. Car sur la carte délivrée par le centre des visiteurs, il y en a une où il y a marqué « Platypus Tarn ». Seulement j'ai oublié cette fichue carte dans la voiture, ce qui fait que j'ai rebroussé sans avoir trouvé le chemin. Dans la voiture, au moment de vérifier la jonction que j'avais ratée, j'ai compris que Platypus Tarn était juste le nom donné à la mare. Ça ne voulait pas dire qu'il y en ait. Car tout autour, d'autres mares portent des noms fantaisistes comme « Eagle Tarn » ou encore « Twilight Tarn ».
Je suis redescendu dans la vallée vers midi, alors que de nombreuses voitures et jeeps venaient à contre sens, surgissant à fond la caisse au détour d'un virage sans crier gare. A plusieurs reprises j'ai dû piler et un moment j'ai bien cru que l'accident était inévitable. La piste est en effet très sinueuse et deux voitures ne peuvent pas se croiser. Et comme chacun croit qu'il est tout seul, personne ne fait attention. Et les croisements ont toujours lieu quand on il n'y a pas de visibilité, vous n'avez jamais remarqué ? Pour moi c'est imparable. Je peux être sur une route déserte et voir surgir un truc alors que je dois amorcer un virage, me faisant sursauter au bord de l'attaque. Je ne compte plus le nombre de fois où ça m'est arrivé, sinon je ne m'en serais jamais rendu compte.
J'ai écourté la balade dans le parc de Mont Field car des montagnes j'en ai assez vues et j'ai prévu pour le reste de mon séjour en Tasmanie de visiter deux autres parcs nationaux situés l'un sur une île, Bruny Island, l'autre sur une presqu'île, Tasman Peninsula. Ces deux endroits se trouvent pas très loin d'Hobart et sont une manière parfaite de finir en beauté mon circuit en Tasmanie avant de prendre l'avion. Changement de décor donc et comme aujourd'hui semble être une journée indécise et peut être la dernière avec le soleil, autant en profiter pour me rendre à Bruny.
Au passage je me suis arrêté dans la rue juste en face du backpacker où j'avais dormi la première nuit en Tasmanie, dans l'idée d'utiliser leur réseau wifi à portée dont j'ai conservé les codes. Ça a marché une demie heure puis après, bien que je captais toujours le signal, je ne pouvais plus me connecter à internet. 
J'ai même redémarré l'ordinateur, c'était toujours pareil. C'est comme si le propriétaire s'en était rendu compte et avait débranché un truc. Du coup je suis reparti en pestant, à la recherche d'un autre point de connexion, allant et venant dans les rues l'ordinateur ouvert sur les cuisses. J'ai fini par en trouver un vers le marché Salamanca mais tandis que j'étais assis sur un banc public à l'ombre, à côté de la voiture, un petit vieux avec une chemise bleue qui se déplaçait comme flottant dans les airs est arrivé, tournicotant autour des voitures. Un agent de la voirie avec un terminal dans les mains où il pianotait des trucs. Il était justement en train d'inspecter la voiture et de taper en même temps. Je me suis levé d'un bond, lui disant que j'y allais, que je m'étais juste arrêté le temps de chercher un truc sur internet. Il m'a juste dit OK. J'ai pensé que c'était bon, mais pour les voitures à côté qui n'avaient pas payé, il tapait juste en une fraction de seconde un truc, sans doute le numéro de la plaque, avant de passer à une autre comme un papillon, sans laisser de papier sur le pare brise. 
Je ne connais pas le système australien, si ça se trouve on n'a pas de contravention et on reçoit un truc chez soi. Je suis allé me garer plus loin, dans une autre rue, à l'opposé de la direction de son inspection et cette fois je suis resté dans la voiture, comme j'étais sur une place livraison. Eh bien devinez quoi, il est repassé 10 minutes plus tard, sans s'arrêter, en venant par derrière où si ça se trouve il avait eu tout le temps de noter la plaque sans voir qu'il y avait quelqu'un à l'intérieur. Du coup ça me stresse, je n'arrête pas d'y penser et je me demande si Europcar ne va pas me débiter la carte bleue pour des contraventions qu'ils vont recevoir. Ça m'énerve un peu ce système. On ne peut pas contester ou se justifier, on ne sait même pas si on a fait une infraction. Mais avec l’œil d'aigle du contrôleur visiblement payé à la prune, il y a peu de chance que je passe à travers les mailles de son filet sur les deux fois où j'ai croisé son parcours. Ça fait cher la connexion à Internet! C'est bien symptomatique des villes où circuler en voiture est un enfer et quand enfin on trouve un endroit où s'arrêter on se fait aligner car il faut banquer ou on n'est pas bien garé. Voilà pourquoi j'évite toujours les villes quand je voyage, trop de stress. Ou alors il faut le faire à pied, comme à Sydney. En parlant de Sydney, pour les jours où je vais y retourner j'avais prévu de louer une voiture pour visiter le secteur; eh bien après cette mésaventure, j'ai curieusement changé d'idée!

mardi 24 janvier 2012

Southwest National Park


Et un de plus! Un nouveau parc national, la Tasmanie ou la tournée des parcs nationaux. Et ce n'est pas fini, il n'y a que ça ! J'ai bien eu raison de venir ici, je suis bien mieux que sous la flotte dans le Queensland. Il fait grand beau depuis maintenant 7 jours, ça ne m'était encore jamais arrivé autant de jours de beau temps à la suite depuis que j'ai commencé le voyage. J'aime les climats secs et chauds, ici je suis servi. Certes je tombe pendant la meilleure saison, c'est pour ça. Et il y a beaucoup plus de choses à voir que sur une île tropicale où sorti du lagon et quelques rochers pittoresques, il n'y a pas grand chose d'autre à voir. Mon prochain tour du monde sera plus axé grands espaces, avec le tour des Amériques, je pense être servi. Finalement les emmerdes ont eu un effet bénéfique, j'ai réussi à bien rebondir. Au début je me faisais du souci car je n'arrivais pas à louer un campervan, eh bien je n'en ai pas besoin, la tente fait largement l'affaire et ma petite voiture consomme bien moins que ces monstres au gosier toujours sec.
Ce matin, puisque j'étais à côté des grottes de Junee, j'y ai fait un saut. Il y a une petite balade d'une dizaine de minutes pour y arriver à travers un circuit enchanté constitué d'univers moussu et rempli de fougères arborescentes autour desquelles le sentier serpente. On se sent lilliputien. J'ai croisé des gens avec un drôle d'accoutrement, des hommes grenouilles, des bouteilles, des espèces de rampes autour d'un casque avec des torches et des caméras au bout. La fin du sentier était plein de sacs à dos et de bouteilles d'air comprimé laissés sur le côté. La grotte vue comme ça n'a rien de très exceptionnel, c'est une colline percée d'où s'échappe un ruisseau. On peut pénétrer à l'intérieur en marchant dans le ruisseau. Je me suis avancé au maximum que j'ai pu en en escaladant les rochers. Je pouvais voir plus loin des torches dessiner des raies de lumière sur les parois. En fait la grotte est la porte d'entrée à un réseau souterrain de 30 kilomètres de long, constitué de grottes intérieures (il y en a plus de 300!), de lacs et rivières souterraines. D'où les hommes grenouilles... J'ai en revanche oublié d'apporter ma bouteille d'eau comme conseillé par le guide, du fait que l'eau qui sort d'ici est très pure et même embouteillée à un niveau. Tant pis!
Après avoir pris de l'essence je me suis lancé sur la route qui pénètre dans le parc national. Juste quelques kilomètres après Maydena, j'ai pris sur la droite une piste caillouteuse qui mène à Styx Valley, endroit conseillé par mon guide. Le chemin est assez long, il faut conduire 14 kilomètres mais ça ne m'effraie plus, quand on a fait la Western Explorer, on n'est plus à ça près! A un moment il y avait sur le sol comme une lanière de pneu éclaté. Alors que j'allais rouler dessus j'ai réalisé que c'était un long et gros serpent. Je me suis arrêté et j'ai constaté qu'il n'était pas écrasé, il prenait juste un bain de soleil sur les cailloux de la piste. Tandis que j'essayais de m'approcher un peu plus près pour avoir une photo en gros plan, il s'est détourné et a filé dans les herbes du bas côté en ondulant. Quand on y pense, vous êtes vous jamais demandé comment un serpent pouvait avancer en ondulant ? Essayez par terre de faire des contorsions de droite et de gauche, vous verrez si ça avance!
A un moment de la Styx Valley, il y a un sentier qui part vers la Big Tree Reserve en un court sentier qui tient plus de la promenade de santé. On y rencontre des eucalyptus multi centenaires dont 2 spécimens battent tous les records : l'un culmine à 86 mètres tandis que l'autre le bat d'un mètre de plus. Les troncs font 19 mètres de circonférence et sont si hauts que la lumière a du mal à passer et éclaire le sous bois de fins rayons de soleil qui illuminent les fougères arborescentes en un vert tendre. La vallée est en cours de classement pour former un nouveau parc national : Valley of the Giants. Mais elle se heurte à l'opposition de l'économie locale qui vit de l'exploitation forestière. Leur argument est que la zone est déjà incluse à un quart dans le Southwet National Park et qu'ils ne coupent que 1% de la forêt de la Styx Valley chaque année. Cela fait 10 ans que la guerre fait rage et anime les débats à chaque élection. 
Greenpeace s'en est même mêlé en 2004 et plus loin sur la route il y a un camp façon hippie avec des tentures aux motifs hindou et un abri où sont exposées des coupures de journal et des plaquettes d'information et de protestation. Juste à côté il y a une grande tente au slogan « Ecology justice » avec des gens chevelus et barbus qui y vivent, dernier bastion de protestataires qui invitent à laisser une pièce dans un tronc pour continuer le combat.
A côté du sentier de la Big Tree Reserve, il y en a un autre qui descend jusqu'à la rivière, très sauvage et remplie de troncs morts qui forment des barrages derrières lesquels se trouvent de petites piscines. L'eau est toujours couleur thé et cela est dû aux tanins qui sont imprégnés dans la couche d'humus qui provient de la dégradation des feuilles d'eucalyptus. Une sorte de tisane d'eucalyptus, quoi! L'endroit est merveilleux, plein de hautes fougères et de mousses. 
Je n'aimerais pas m'y promener par un hiver pluvieux. Il tombe ici 190 cm d'eau par an. C'est toutefois 3 fois moins que dans le Fjordland de Nouvelle-Zélande. Je parle souvent de la Nouvelle-Zélande car c'est vrai que je retrouve des paysages similaires, les forêts notamment, avec les mêmes sous bois humides, à la différence qu'ici l'arbre roi est l'eucalyptus. Et toujours cette nature sauvage omniprésente.
Je voulais voir le lac Pedder, dans le Southwest National Park mais j'ai appris hier soir en lisant le guide que c'est désormais un lac artificiel. Il y avait bien là un lac avant, qui comptait parmi les plus beaux de la planète, avec des plages de sable blanc sans fin mais en 1972 un barrage a été construit, engloutissant tout. 
Depuis c'est la guerre des écologistes qui veulent qu'on revienne au lac d'origine mais qui se battent face à une centrale qui produit 27 fois plus d'électricité que celle qui est dans le port de Sydney. Ils sont même venus filmer sous le lac, les plages de sable blanc sont toujours là, rien n'a changé et on voit même les traces de pneu des ULM qui venaient se poser. Ils disent qu'en 30 ans le lac retrouverait sa configuration d'origine. Sachant cela, le lac m'intéressait bien moins et ne méritait plus les 70 kilomètres que je voulais lui consacrer pour en atteindre l'extrémité. J'ai rebroussé chemin dès que je l'ai vu. Au passage, je me suis arrêté à une aire de pique nique au pied du mont Wedge qui domine tout le coin de ses hautes parois verticales. J'en ai profité pour asperger la voiture avec de l'eau qui coulait d'un robinet et que j'ai remplie dans un bidon de 5 litres d'une vieille bonbonne d'eau minérale que je me trimbalais. Elle a retrouvé un peu de son éclat mais une couche de poussière est toujours visible et ne veut pas partir, il faudrait que je frotte, mais avec quoi, je n'ai que du papier cul! 

Lac Pedder

Sur le chemin du retour je me suis arrêté au niveau d'une jonction d'où part une piste qui rejoint un sentier de randonnée insensé. C'est le South Coast Track, qui fait 155 kilomètres et permet de rejoindre l'extrémité sud de la Tasmanie où se trouve une route qui rejoint Hobart. C'est l'expérience ultime à faire en Tasmanie, traversant des paysages de l'origine des temps, totalement vierges, un truc à réserver à de doux dingues. Des agences de voyage sont spécialisées dans le convoi des randonneurs jusqu'à ce point et leur récupération à la fin, 10 à 13 jours plus tard (dans quel état?). Pour ma part, je me suis contenté d'un sentier aménagé pour les gosses, le Creepy Crawly Nature Trail qui passe dans un sous bois maléfique constitué d'un enchevêtrement de troncs et de branches moussues et couvertes de lichens pendouillant à travers desquels il faut se frayer un chemin, en enjambant les obstacles. 
C'est un truc qu'adorent les mômes pour se faire peur. A voir de préférence par une journée bien humide et dans la brume, quand tout ça est gorgé d'eau - aujourd'hui la mousse crisse entre les doigts comme des chips. Cela me rappelait tout à fait la Gomera dans les Canaries.
Ce soir je suis retourné manger à la même adresse qu'hier, dans le but non dissimulé d'aller voir des platypus qui sévissent dans la mare du grand jardin de la propriété. Hier je les avais ratés et je n'avais vu à la place qu'un pademelon effrayé venu boire un coup. Après avoir guetté un bon moment, j'ai fini par en voir un. Mais qu'est ce donc qu'un platypus? C'est une espèce de créature inclassable, de la même famille que l'echidna, qui pond des œufs et allaite et dont le mâle possède des sacs le long des pattes arrières gorgés d'un liquide venimeux qui peut tuer un chien! 
Ça a la taille d'une loutre et un long museau en forme de bec de canard. Ça passe sont temps le nez dans l'eau avec juste deux yeux qui sortent comme les crocodiles, quand ce n'est pas en train de plonger. J'en ai repéré un grâce à son sillage, qui se déplaçait sans bruit. J'ai essayé de l'avoir à photo mais c'est impossible à avoir. Il était trop enfoui sous l'eau pour avoir un résultat digne de ce nom.
Sur le chemin qui me conduisait à Junee Cave, j'ai encore cru apercevoir un diable de Tasmanie. C'est la deuxième fois que je vois ça : une bestiole noire de la taille d'un caniche qui s'enfuit en courant comme un chien, avec le jabot blanc. J'ai regardé des photos de diable de Tasmanie, ça correspond. Mais quand on voit juste une ombre, c'est un peu difficile à affirmer. Mais qu'est ce que cela pourrait il être d'autre ? Dans un endroit où il n'y a pas âme qui vive, ce ne peut pas être un chien, qui plus est un caniche à sa mémère! 

Mount Wedge

lundi 23 janvier 2012

Lake Saint Clair National Park


J'ai quitté le lac Burbury pour prendre la route dès 6h30 du matin. La faute à la batterie de l'ordinateur, complètement vide, qui me prive de rédaction du blog. Le seul espoir que j'ai, c'est qu'arrivé à destination au lac Saint Clair, ils aient des prises électriques au bureau du parc. Pour y arriver il faut traverser le parc national Franklin-Gordon Wild Rivers sur 100 kilomètres, dont je n'ai rien vu car il était plongé dans la brume du matin. C'est dommage car j'ai lu après coup qu'il comporte l'un des sommets les plus intéressants de la Tasmanie, tout de roche blanche qui tranche avec les autres sommets autour. Quelques sentiers de randonnée existent également pour des balades faciles et pas très longues. Je ne suis pas très friand des balades qui durent une éternité. A la fin on ne regarde plus rien et la seule chose à laquelle on pense, c'est d'arriver à destination le plus vite possible. Une randonnée de 3 ou 4 heures c'est la maximum avant que la fatigue ne prenne le dessus.
La route a été le théâtre d'un terrible massacre la nuit dernière. Il y a de gros animaux écrasés, dont des wombats, gros comme des sangliers et qui font un tas au milieu de la route. On est obligé de se détourner sur l'autre voie pour passer. On ne compte plus non plus les pademelons. Il faut que je rétablisse la vérité : de tous les kangourous que vous avez vus en photo, pas un n'est le vrai kangourou. Le petit croquignolet très commun à oreilles de souris, c'est lui le pademelon. Le plus gros et plus foncé qui ressemble davantage au kangourou c'est le wallaby. Il est en photo dans mon épisode sur la randonnée à Freycinet. Le vrai grand kangourou, il faudra encore attendre un peu. Mais tout ça ce sont des marsupiaux qui sautillent gaiement.
Le lac Saint Clair est en fait contenu dans le parc national de Cradle Mountain. On y accède par une petite route qui passe au milieu des pins et qui fait très montagne. Un panneau comique invite à rouler doucement en raison de la présence d'echidnas.
Lac Saint Clair
Je ne connais pas le nom en français alors je vous mets celui par lequel on l'appelle ici. J'ai donc réduit la vitesse et justement il y en avait un qui traversait la route. Je me suis arrêté dans un crissement de pneu. La bête n'est pas très farouche et se laisse approcher sans changer ses habitudes, c'est à dire farfouiller un peu partout. C'est un fouineur, il passe sont temps son museau planté sous les feuilles mortes, comme s'il forait, à la recherche des fourmis et termites dont il est friand. Du coup c'est un exploit de voir sa tête. Il ne doit pas avoir très bonne vue car il ne se mettait en boule que s'il m'entendait. Je pouvais m'approcher sans bruit jusqu'à presque le toucher. J'ai écrit avant que ça ressemblait à un hérisson. Par la taille seulement. Car ce qui ressemble à des épines n'a pas vraiment l'air d'en être et semble plus être des poils plus longs que le reste. C’est très trapu et ramassé, on dirait que c'est passé sous un rouleau compresseur, avec des pattes de tortue. 
L'echidna n'est pas un mammifère, il fait partie de ces animaux qui n'ont pas réussi à trouver leur voie. Je ne savais même pas que de telles bizarreries existaient. Ce sont des monotrèmes. Ils pondent des œufs et allaitent ! Quand on voit la bestiole, on a du mal à penser que ça sort d'un œuf, ça ressemble bel et bien à un mammifère. C'est une famille qui a émergé il y a 150 millions d'années. Certains pensent que c'est le chaînon manquant entre les reptiles et les mammifères mais ça n'a rien d'un reptile.
Au bureau du parc où je suis arrivé pile poil pour l'ouverture à 8h, j'ai appris qu'il existait un pass valable 2 mois et donnant accès à tous les parcs nationaux. Il en coûte 60 dollars. Avec tous les parcs que j'ai visités et dont j'ai gardé les tickets en souvenir, la guichetière s'est proposée d'elle-même d'en additionner le tarif pour calculer la différence avec le pass. En échange j'ai un papier à coller sur le pare brise. C'est mon sésame vers la nature sauvage ! 
Il y a aussi un passeport à conserver sur soi au cas où l'on serait contrôlé par un garde lors d'une balade. L'employée du parc m'a demandé quelle randonnée je souhaitais faire. Elle a été très précieuse dans ses conseils et m'a donné des guides sur tous les parcs et un petit livre très bien fait sur toutes les randonnées faciles à faire à travers la Tasmanie. Je lui ai répondu qu'une randonnée de 3 heures serait l'idéal. Elle m'a conseillé de me rendre alors au Shadow Lake, au dessus du lac Saint Clair, qui prend 3-4 heures.
En attendant, je me suis assis sur un siège pour écrire mon blog. Je n'en ai émargé qu'à 10 heures passées, pestant de ne commencer la randonnée que si tard. J'ai donc filé à la voiture en quatrième vitesse me préparer. La casquette, de la crème solaire, la bouteille d'eau remplie pour tenir 4 heures et toujours les choses précieuses avec moi. Le début de la randonnée n'est pas très intéressant et interminable. J'ai marché ce qui me semblait être une éternité à travers des bois d'eucalyptus et de bruyères géantes, montant doucement sur un chemin caillouteux tord cheville très étroit bordé d'une espèce de plante naine aux rameaux très durs, un genre de myrtille, qui m’écorchaient les chevilles. Ça va un temps mais après deux heures ainsi, je me demandais quand j'allais pouvoir avoir un point de vue sur le lac Saint Clair ou sur les sommets autour. J'ai même pensé rebrousser chemin. 
Mais dès que l'idée m'est venue, je me suis retrouvé à une jonction où je devais tourner à droite vers le lac Shadow ou poursuivre tout droit jusqu'au mont Rufus. J'ai hésité, tout droit c'était très beau, la forêt laissait place à un étage subalpin plus clairsemé avec de belles perspectives de point de vue et on voyait au fond le mont Rufus, tout proche et pas très haut. Encore une heure pour arriver là haut ? Cela me semblait bien long ! Et qu’est ce que c'est une heure maintenant que je suis là ? J'ai donc changé mes plans, me dirigeant vers le mont, qui permet de toute façon de faire une boucle en redescendant vers le lac Shadow. Sauf qu'en guise de randonnée de 4 heures, je suis parti pour 7. Ce qui n’est pas la même chose pour ma réserve d'eau et le fait que je tablais sur le fait d'être redescendu pour 14 heures pour prendre un sandwich au café de l'entrée du parc. Ça me fait chier ces besoins à la con, tant pis, je mangerai une fois que j'aurai terminé, et puis c'est tout, quelque soit l'heure.
Pour ceux qui ont déjà fait de la randonnée en montagne, vous connaissez le système : ce que je pensais être le mont Rufus depuis la bifurcation pour le lac n'en est que les prémices. Une fois qu'on est arrivé là haut, il faut encore marcher vers un nouveau sommet. Et rien ne me disait qu'il n'y en aurait pas encore un autre derrière. Et ce qui avait l'air tout proche et pas haut se transforme en un sentier qui monte raide et sans ombre qui me fait transpirer comme un bœuf. Ma bouteille d'eau est déjà à moitié vide. A partir de là je me suis rationné, m'octroyant deux gorgées toutes les demi-heures. Si je veux encore tenir plus de 4 heures, c'est la seule solution. Les prairies alpines sont pleines de fleurs et on s'attendrait à voir une marmotte détaler en un sifflement. Tout cela doit être recouvert par la neige l'hiver car même si le mont Rufus ne fait que 1416 mètres d'altitude, on a l'impression d'être dans de hautes montagnes. Il était 12h28 quand j'ai posé le pied sur son sommet, où je me suis posé un instant pour profiter de la vue sur 360 degrés. Je me sentais voler comme un aigle, la nature de tous les côtés se perdant à l'horizon.


Deux personnes sont arrivées à leur tour par un autre accès, un père et sa fille. Tandis que la gamine s'amusait à déplacer les pierres que des gens avaient assemblées pour faire une tour au sommet, le type s’est avancé vers moi et s'est présenté, David et sa fille Rebecca. On a discuté randonnée. Je les ai laissés quand ils ont commencé avec les photos. J'ai eu droit à un « It was a pleasure to meet you, God bless you ». Les anglo-saxons ont des formules emphatiques que l'on n'a pas ou que l'on n'emploie pas et qui mettent du baume au cœur. Que Dieu vous bénisse aussi !
En descendant, le sentier comporte quelques planches de bois assemblées en ponton au dessus des prairies marécageuses, un peu à la façon de ce qu'il y avait à Cradle Mountain. Sauf que c'est beaucoup moins large et qu'on marche plus sur du bois mort qu'autre chose. 
C'est complètement dégradé, le grillage a foutu le camp, laissant des clous rouillés auxquels il faut faire attention si on veut pas se retrouver la chaussure scotchée. Le bois part en échardes et en poussière quand on pose un pied. Un peu plus bas on trouve de drôle de rochers très photogéniques qui forment des strates et entre lesquels on aperçoit la vallée dans laquelle le sentier plonge pour rejoindre le lac. Dans la vallée il y a plein de ces espèces de palmiers sans branche, des troncs touffus avec de longues feuilles étroites et piquantes dont certains sont hauts de plusieurs mètres. Ils appellent ça la pandani, endémique à la Tasmanie.
A partir du lac Shadow j'ai senti la fatigue s'installer et je n'appréciais plus rien. Pourtant il me restait encore 2h15 à parcourir. Le chemin s’est à nouveau enfoncé dans la forêt, la même qu'en montant, sans point de vue, de la végétation, toujours la même où tout se ressemble. 
J'ai accéléré la cadence comme j'étais en descente car avec leurs estimations de temps, ça n'allait pas du tout, je serais en bas vers 17h30 alors que j'ai encore de la route qui m'attend pour rejoindre au plus près le Southwest National Park que je compte visiter demain. La Tasmanie ou des parcs nationaux sans fin : ils couvrent 40% du territoire, c'est pour ça que je suis venu !
La bouteille d'eau était à présent quasi vide et mon estomac criait famine, chaque pas devenait une épreuve, me demandant où mon corps allait puiser son énergie, sachant que hier soir je n'ai mangé qu'une salade grecque. J'avais rempli la bouteille d'un litre seulement pour ne pas avoir trop lourd à porter, j'ai fini la descente avec la gorge sèche, déshydraté. Ça fait partie de l'aventure. On ne peut pas toujours tout prévoir, il y a toujours une part d'imprévue, à moins d'être arnaché comme ces randonneurs que je croise, le dos courbé, tirant la langue et chargés comme une mule avec des sacs à dos plus lourds qu'eux contenant tout leur barda d'autosuffisance. Tu parles d'un plaisir !

Lac Shadow
Finalement je suis arrivé en bas plus tôt que prévu, à 16h45, trois quart d'heure en avance par rapport au temps annoncé. J'aurais tout de même fait une randonnée de plus de 6 heures, sans manger. J'ai alors vu sur le panneau des sentiers de randonnée que j'avais parcouru 18,5 kilomètres, plaçant cette balade dans la plus longue que je n'ai jamais entreprise. En guise de randonnée courte, j'ai pulvérisé un record! Je me suis précipité au café commander une bière bien fraîche que j'ai dégustée en fermant les yeux. Après l'effort, le réconfort !
En prenant la voiture, j'avais la main dans un pochon de noix de 750g dont je ne pouvais m'extraire. Quand je commence avec ça, on ne sait jamais quand je vais m'arrêter. J'avais aussi pris dans le coffre un sac d'abricots secs et une banane dont il ne m'est resté qu'un bout entre les doigts quand je l'ai épluchée. Ça m'a énervé, déjà que je n'avais que ça.
Je l'ai donc récupérée à mes pieds, dans le sable et la crasse qui s'étaient incrustés à sa surface. Je l'ai nettoyée avec le T-shirt, cela ne suffisait pas, je me suis donc saisi de la bouteille d'eau pour la laver un peu, l'eau tombant sur le tapis de sol de la voiture. Rappelons que je faisais tout cela en conduisant. La pseudo amende des flics n'aura pas suffit. En voiture il y a toujours plein de trucs à faire, regarder la carte, chercher un truc dans le sac, je ne peux pas m'arrêter à chaque fois. Et même si je le voulais on ne peut pas, il n'y a aucun endroit où s'arrêter le long des routes. Si vous avez vu le sketch de Mister Bean qui part travailler en voiture un matin alors qu'il est en retard, c'était tout à fait moi ! Pour le coup, j'ai écrasé un oiseau, comme une perdrix, qui ne voulait pas s'envoler. Je n'ai pas pu l'éviter et ça a fait un bruit comme une coquille d’œuf qu'on écraserait. C'est atroce, une vie réduite à une explosion dont j'entends encore le son me hanter. Je peux me consoler en me disant qu'au moins il n'aura pas souffert...
Pendant ce temps la jauge d'essence de la voiture ne cessait de descendre et elle n'allait pas tarder à me le signaler bruyamment. La station sur laquelle j'ai jeté mon dévolu, l'avant dernière avant le parc national venait de fermer, le rideau de fer était à moitié tiré et la gérante n'a rien voulu savoir. J'ai donc continué mon chemin, vers Maydena, dernier village qui mérite ce nom d'après mon guide avant « the wilderness ». Là c'était encore tout fermé. Trop tard, ils ferment tout à 17 heures, même les stations d'essence, j'aurais dû m'en douter. Du coup j'étais bloqué à Maydena. Impossible d'aller plus loin sans faire le plein. Heureusement dans le village le seul hébergement qui existe Giant's table, fait restaurant et est ouvert aux non pensionnaires. La dame qui m'a reçu, très aimable, m'a demandé de m'installer, qu'elle allait me préparer à manger. A 18h40 ! J'ai pris place sur la terrasse d'une maison coloniale, face au jardin, profitant des derniers rayons de soleil et j'ai constaté que j'étais tout crotté de ma randonnée et ça contrastait fortement avec le blanc éclatant de la nappe et les couverts en argent.
Du coup j'ai tout caché sous la belle nappe que j'évitais de toucher avec les jambes pour ne pas qu'elle ait trop de lessive à faire. Le dîner était excellent et recherché dans les ingrédients et la manière de cuisiner. J'ai eu un filet de poulet, garni d'une sauce à un fruit rouge dont je n'ai jamais entendu le nom auparavant, avec une croûte de chapelure sur le dessus, accompagné d'un assortiment de légumes cuisinés de différentes façons, sautés, en gratin, à l'étuvée. Que du frais et fait maison d'après mon guide. Ça ce sentait, ma mère n'aurait pas été plus longue, je suis resté là 1h30 pour une entrée et un plat. J'y retournerai sans doute demain soir, d'autant plus que la propriétaire des lieux m'a donné un très bon conseil où planter ma tente, au bord d'une rivière, juste au niveau du cul de sac pour accéder aux grottes de Junee. C'est un endroit où les gens du coin viennent camper et qui est non officiel. En effet, il n'est pas répertorié dans le guide des endroits où faire du camping sauvage - décidément un achat inutile qui va finir à la poubelle en partant. L'avantage est que j'étais tout seul. Enfin presque, car j'ai entendu des trucs se déplacer lourdement dans les fourrés qui tapaient du pied comme un lapin au moindre son en détalant. A la lumière de ma torche j'ai pu voir que c'était des pademelons et de toute évidence j'avais choisi de planter ma tente dans une prairie bien grasse qui devait être leur garde manger car ça n'arrêtait pas de taper du pied dès que je me retournais dans mon sac de couchage, et avec les panards que ça se paye la terre tremblait plus qu'à Christchurch!

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