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mardi 25 mars 2014
jeudi 28 mars 2013
L'appel innatendu de Koh Tarutao
De retour pour boulot de Belgique dans un Thalys morose qui sent la déprime, j'occupe mes pensées en me plongeant dans du positif. C'est à dire l'organisation de mon retour en Australie. Chose promise, chose due! Comme il apparait que le plus simple est de prendre Malaysia Airlines (si j’omets les compagnies chinoises dont j'ai lu les pires horreurs sur le net), étant donne la longueur du trajet, pourquoi ne pas en profiter pour couper la poire en deux en allant me ressourcer au passage à Koh Tarutao? Certes ça m ampute d'autant le séjour en Australie mais la sauvagerie de Koh Tarutao m'appelle. Redormir sur la plage, me baigner avec les étoiles, de longues balades le long de plages désertes et sauvages... Comment résister à ça? D'autant plus que si je m'arrête a Kuala Lumpur le billet n'est pas plus cher. Qu'en penses-tu Anne Laure? Tu me suis? Si je n'étais plus assujetti a cette aliénation qu'est le temps de vacances sur le temps de travail je n'aurais pas besoin de tergiverser de la sorte, j'y serais déjà! Pour info, mon retour australien est programmé du 11 octobre au 10 novembre, avant que les pluies torrentielles d'été tournent à la désolation comme la dernière fois!
samedi 29 décembre 2012
L'aventure continue
Ne comptant pas m'arrêter en si bon chemin, j'ai ouvert un autre blog destiné à tous mes autres voyages passés et à venir. Prochaine escale : l'Afrique du sud à partir du 25 janvier 2013. Suivez-moi! http://wildworldtrip.blogspot.com
mercredi 9 mai 2012
Arme secrète
Et voilà ! Comme prévu j'ai repris le travail et ses chaussures avec, assujetties à des ampoules dès la première heure. J'ai marché comme un pingouin toute la journée. Je savais que mes pauvres pieds ne supporteraient plus les chaussures, j'en ai maintenant la démonstration. Il faut dire aussi que je ne suis pas très fin à mettre des chaussures neuves pour l'occasion. Hier j'ai effacé les dernières traces de mon périple. Les livres sont rangés sur la bibliothèque, les affaires lavées et rangées et mon sac en haut de l'armoire. Plus rien ne permet de voir que je suis parti. Il me reste les souvenirs. Et une petite flamme intérieure que je vais protéger de tous les oiseaux de mauvais augure qui voudront s'en approcher.
Ce matin au petit déjeuner je regardais la carte du monde au mur. Je prends conscience d'être allé très loin, le plus loin qu'il soit possible d'aller. Je n'en reviens pas. En le vivant tout me semblait couler de source, tout s’enchaînant comme sur un plateau tournant. J'ai aussi trouvé dans l'appartement des notes avec des destinations et des adresses, du temps où je planifiais ce voyage. Ça me fait quelque chose car cela m'a fait rêvé et tenir pendant très longtemps. Maintenant je n'ai plus rien que des souvenirs et personne qui saura vraiment ce que j'ai vécu et éprouvé même si ce blog en témoigne un peu. Je le relirai à l'occasion mais pas tout de suite. On peut croire qu'avec tout ce que j'ai vu mes souvenirs sont flous et se mélangent les uns les autres. Mais il suffit que je me focalise sur une destination pour avoir des clichés, des ambiances, la lumière, les odeurs qui reviennent. Je peux fermer les yeux et revivre ces instants. Pour combien de temps encore, je ne sais pas...
Au boulot j'ai été accueilli d'un « welcome back » avec la même question qui revient ensuite, à savoir si le retour n'est pas trop dur. Curieusement non. Depuis ma déprime de Koh Lipe, je me sens inattaquable. Sans doute parce que je sais que je suis là pour renflouer le compte en banque avant de repartir. A ce sujet j'ai d'ailleurs décidé d'épargner la moitié de mon salaire pour y parvenir plus vite. Une folie sans doute. Mais ainsi, en travaillant un mois je sais que je gagnerai deux semaines de liberté autour du monde. Ça permet donc de se motiver et de supporter mieux les choses. J'ai été reçu par le remplaçant de ma chef pour m'annoncer les réorganisations. Il m'a dit qu'il ne savait pas si je rentrerais, pensant que j'aurais trouvé du travail en route. Je lui ai répondu que je n'avais pas cherché, en ajoutant que la boîte devait certainement être implantée en Australie, ce à quoi il m'a fait un clin d’œil en guise de confirmation. A quand la mutation ?
Je suis allé sur l'intranet, question de connaître la fréquence à laquelle on a droit à un congé sabbatique. Je n'ai pas trouvé l'information, la note a disparu avec la réorganisation. En revanche j'ai découvert qu'il existait une autre forme de congé, le congé de solidarité internationale (CSI) qui peut aller jusqu'à 6 mois. Ce voyage m'a permis d'y voir clair sur ce qui m'intéresse dans la vie et après une découverte du monde en touriste, j'ai envie d'aller plus au fond des choses. Je me sens investi d'une envie de me rendre utile dans les parcs nationaux comme ce que j'ai déjà écrit. Aussi je me vois bien à terme demander un tel congé pour un ou plusieurs mois. Il ne me reste plus qu'à trouver l'organisation internationale qui me permettra de trouver la mission idéale. Je suis sûr qu'elle existe. C'est d'autant plus réjouissant que je sais que si je venais à être embêté au boulot, j'ai cette arme secrète prête à être dégainée. C'est quand même mieux qu'un congé maladie ! En parlant de ça, j'ai un autre collègue dont j'ai demandé des nouvelles et qui ne va pas bien. Il est en mi-temps thérapeutique, on sait ce que ça cache... En 7 mois, voilà ce qu'on peut devenir aussi. Je prends cela comme un autre signe qui m'est destiné pour que je reparte rapidement. La vie sur terre est comptée, la santé précieuse et il faut en profiter tant qu'on peut. Je n'attendrai pas 5 ou 10 ans pour continuer à vivre mes rêves, ça c'est sûr.
mardi 1 mai 2012
Retour à la normale... ou presque !
Question : que
fait-on quand on revient d'un tour du monde après 7 mois ? Eh
bien on commence par nettoyer son logement en se râpant le pouce
sous le lit. Ça fait très mal et ça saigne ! Ensuite on
traîne ses guêtres au supermarché question de manger quelque
chose, sans savoir si c'est l'heure du déjeuner ou du dîner ni
quand cette heure va tomber. Après, on descend dans la rue en
T-shirt, short et tongs comme ce qu'on a toujours eu l'habitude de
faire, croisant le regard incrédule de gens blafards qui sont
toujours en même tenue qu'avant le départ, une espèce de panoplie
qui doit être devenue une seconde peau : parkas, écharpes,
bonnets... Des burqa d'une autre nature. Après, on dort 12 heures,
se levant à 10 heures du matin, surpris que l'on puisse se lever à
ce qui est 16 heures là où l'on était précédemment. Et c’est
le drame ! Après un tour du monde, ne prévoyez rien tout de
suite après, c'est un conseil. C'est le meilleur moyen pour rater
son train, en se levant une fois le train parti ! On ne met pas
de réveil, oubliant même à quoi ça ressemblait, certain que l'on
serait debout à des heures matinales insensées. Donc, non content
d'avoir vidé un compte en banque, on se retrouve à gaspiller de
l'argent. Mais rassurez vous ça ne vous atteindra pas, vous êtes
passés dans une autre sphère ou un autre niveau, comme dans les
jeux vidéos. Des niveaux indépendants qu'on peut rejoindre
sans jamais pouvoir revenir en arrière. C'est rassurant. Ensuite,
car ça ne s’arrête pas là, à la gare, vous monterez dans le
premier train en partance vers la destination de votre choix, ne vous
rappelant pas de l'heure exacte à la minute près inscrite sur votre
billet dans votre poche. Après 7 mois, les minutes, c'est quoi ?
C'est comme un bath, ça n'existe pas. Ça ne commence à être
concret que quand il y en a plusieurs. Confortablement installé dans
votre siège, content de voir un train fléché Arcachon (ça fait
plus fun, vous savez, les surfeurs...), vous serez délogé par un
couple étonné d'avoir votre siège et qui vous demandera votre
billet comme un contrôleur. Vous aurez beau expliquer que vous êtes
bien en voiture 17, place 28, les autres, plus perspicaces, auront vu
que votre train est à 11h26 et non 11h19. Ah ? De là, l'unique
option est de descendre du train en catastrophe, chose qu'on ne sait
plus faire, deux minutes avant son départ pour courir sur un autre
quai dont on ne connaît pas le numéro pour rejoindre l'autre
voiture 17. Au passage vous aurez remarqué qu'on écope toujours de
voitures 17 ou 18, de sorte qu'on finit par se demander ce qu'ils
mettent dans les autres voitures. Des pantins ? Mais au final
tout finit par s'arranger, il y a une solution à tout. C'est ce
qu'un tour du monde apprend. C'est pour cela que rien ne pourra
atteindre votre moral. En tout cas pas dès le premier jour....
lundi 30 avril 2012
Le dernier voyage
23:20
En salle d'embarquement,
j'attends de monter dans l'avion. Pour un peu il faudrait me pousser.
Chaque pas que je fais vers ce maudit avion est une épreuve qui
m'arrache à tout ce que j'ai vécu. C'est dur à expliquer, c'est
comme couper le cordon. Tous les gens autour de moi parlent français,
du temps qu'il fait à Paris, de leurs petites vies et de ce qu'ils
vont faire en rentrant. Paris... C’est ce qui est marqué sur mon
ticket. C'est bien une destination qui est aux antipodes de ce que
j'ai vu. Où sont les cocotiers, la mer, les singes, la jungle, les
lagons et les petits poissons ? Et les couleurs, pourquoi
va-t-on me retirer les couleurs ? Quand je pense Paris, c’est
déjà un ciel plombé qui s'étend devant moi, des trottoirs
oscillant entre noir et gris foncé, luisants, avec des merdes de
chiens en travers et des gens pressés dessus, des appartements
étriqués faits pour des gens étriqués. Bon, j'arrête là, il
faut que j'y monte !
7:35
De l'heure de Singapour.
Je ne changerai d'heure qu'au dernier moment, contraint et forcé !
Je me suis acheté un oreiller pour dormir, avec le derrière de la
tête plat pour éviter d'avoir un boudin qui rentre dans les
cervicales. Ça ne m'a pas trop aidé. J'ai dû dormir peut être 3
ou 4 heures, c'est mieux que rien. J'essaierai peut être de me
rendormir plus tard car il reste encore 6 heures de vol mais pour
l'instant je n'ai plus sommeil. Je vais sans doute regarder un
nouveau film. Le choix n'est pas énorme pour essayer d'avoir un film
en français. On en trouve bien plus en allemand, espagnol, russe ou
italien. C'est très curieux. Tout à l'heure j'ai regardé
« Carnage » de Roman Polanski avec Jodie Foster et Kate
Winslet. Comme j'aime bien Jodie Foster j'ai été gâté. C'est une
bonne comédie jubilatoire qui se passe en huis clos. Ça pourrait
presque être une pièce de théâtre. L'histoire est toute con :
deux familles de parents qui se réunissent suite à l'agression d'un
de leur fils par celui de l'autre famille. Les choses vont alors
crescendo et le jeu de Jodie Foster et surtout de Kate Winsket que je
trouvais jusqu'alors aussi expressive qu'une vache en bord de voie
ferrée est excellent. Si vous pouvez mettre la main sur ce film,
vous ne regretterez pas.
Sinon, l'A380 est
vraiment un bel avion. On n'entend presque rien. Au moment du
décollage on voyait le paysage défiler comme si on était dans un
TGV. Il est très bien insonorisé. Ils ont prévenu à plusieurs
reprises de turbulences, je n'ai rien senti. C'est la première fois
que je monte dans un tel avion. Et il est complet. Sans doute la
faute au premier mai.
10:23
-62 degrés dehors par
11582 mètres d'altitude. Brrr... Nous survolons l'Ukraine, au dessus
d'Odessa à 882 km/h. Espérons qu'ils ne sont pas en train de faire
des essais de missiles...Il y a une photo satellite, ça n'a pas
l'air très vert, ça ressemble à un patchwork de dégradés
beige-orangés. Des champs sans doute. Il reste 2367 kilomètres...
Voilà le journal du bord.
12:37, ou 6:37
Cette fois on est au
dessus du Luxembourg à 12194 mètres et on arrive dans 40 minutes.
Que de kilomètres parcourus depuis le début. Je vais revenir avec
10 degrés, il faisait meilleur le 1er octobre ! Comment se
réhabituer à ce pays où les températures tournent dans les 10
degrés pendant 7 mois par an ? La vie est courte, c'est du
temps perdu pour rien, je ne suis pas une marmotte ! Il va vite
falloir que je reparte.
dimanche 29 avril 2012
Retour à Singapour
Aujourd'hui j'ai erré
sans but dans les rues noires de monde de Singapour, comme une âme
en peine. Je n'avais pas étudié les endroits à voir, pensant sans
doute que le hasard me mènerait au bon endroit. Ça commençait
bien, au moment de prendre le métro pour aller dans le centre, le
guichetier m'a demandé où j'allais. Je lui ai répondu :
« j'en sais rien » ! Je pensais qu'il m'aiderait sur
les endroits incontournables mais il n'en avait rien à foutre. C'est
ça les grandes villes, les gens sont tout de suite moins sympas. Et
puis c'est quoi ce système où l'on paye à la station ? Ce
n'est pas un ticket qui permet d'aller où l'on veut, si on descend à
la mauvaise station, catastrophe, le tourniquet doit rester bloqué
et la sécurité doit débarquer pour vous menotter. Car ici ils
n'ont pas l'air de rigoler avec ça ; il y a des vigiles un peu
partout, discrets mais qui scrutent les écrans des caméras à la
recherche de resquilleurs.
![]() |
| Oui c'est un aéroport, pas une salle d'exposition! |
L'aéroport est un modèle
de modernité pensé pour les voyageurs. Rien à voir avec Roissy qui
doit faire à peine mieux qu'un aéroport africain. C'est vaste, on
ne se rendre pas dedans, il n'y a pas de couloirs glauques et
interminables et ils ont même un métro aérien pour passer d'un
terminal à l'autre alors qu'on peut les relier aisément à pied. Et
exit les heures d'ouverture d'enregistrement riquiqui, je me suis
présenté au guichet de Singapore Airlines à 10h30, plus de 12
heures avant le vol et ils ont enregistré mes bagages. Je n'en
revenais pas ! Je comptais les laisser en consigne, nul besoin.
Du coup j'ai tout enregistré. Si un bagage se perd, ce n’est plus
grave et comme ça je ne risque pas de me faire de tour de reins. A
signaler que de ce côté là je n'ai eu aucun souci. C'est un peu ce
qui me faisait peur dans ce périple, de me coincer le dos avec
toutes ces allées et venues. Rien de la sorte. Je devrais faire des
tours du monde plus souvent !
C'est donc débarrassé
d'un poids que j'ai pris le métro. Ils vendent des pass touristiques
pour une journée à des tarifs intéressants mais ces idiots ne les
vendent que dans un espace dédié qui n'ouvre que quelques heures
par jour. Prochaine ouverture : midi ! Ça doit être fait
exprès pour dissuader les gens de choisir cette formule moins
rentable. Comme il fallait choisir une destination, j'ai regardé le
Petit Futé, retenant quelques noms de lieux incontournables :
Orchard pour le shopping, Little India, pittoresque et juste à côté
et Raffles, pour boire un coup ou manger, tout ça à peu près dans
le même secteur. Ils ont aussi un jardin botanique remarquable avec
plein d'orchidées mais je n'ai pas réussi à savoir comment on y
allait, aucune des stations du métro ne portant un nom comme
« botanical garden ». Le métro est très agréable,
spacieux, large, aérien quand il peut, avec les sièges qui se font
face dans une voiture unique. Les portes ont une double sécurité,
avec une porte également sur le quai, pour éviter les suicides. Un
métro bien pensé, quoi ! Il y a des annonces sonores, des
bandeaux lumineux qui annoncent la station courante, la prochaine et
qui souhaitent la bienvenue. Toutes les annonces se font en anglais.
Il semblerait que ce soit la langue officielle de Singapour. Qu'on
m'excuse mais je ne me suis pas du tout renseigné sur ce pays, je ne
connais donc rien, si ce n'est que la population est d'origine
chinoise à plus de 90%. Je m'attendais donc plus à voir des choses
écrites en chinois. Y a un truc un peu moins bien en revanche, c’est
que je dépasse tout le monde allègrement. La moyenne nationale doit
être d'1m50. Et alors me dira-ton ? Eh bien je me cogne à
toutes les portes, voilà ! Et puis je ne sais pas ce qu'ils ont
avec la climatisation, elle est à fond partout, quand on passe
devant un magasin on a l'impression d'ouvrir la porte d'un
congélateur de chez Picard. Ils sont dans un pays chaud et cherchent
à avoir froid. Quelle ironie !
Le métro était agréable
au début, ça ne l'est pas resté longtemps. J'avais une place
assise mais les gens rentraient là dedans en se montant dessus,
créant des débordements sur mes genoux ou mes pieds, qui sont
rappelons-le, nus. Je refuse toute chaussure ! J'ai des
chaussettes au cas où, que je mettrai avec des tongs si le froid
sibérien est toujours de mise quand j'arriverai. Il a fallu aussi
que je me farcisse des haleines fétides et des gens qui puent, comme
celui face à moi qui avait l'air au bord du malaise et dont je
craignais qu'il ne me vomisse dessus. Bienvenue à la ville !
En descendant à Orchard,
je me suis demandé ce que je faisais là. Des temples dédiées au
dieu consommation, avec des boutiques de luxe mégalo à la devanture
haute comme un immeuble parisien. Dior, Yves Saint-Laurent, Prada,
Armani, Gucci... ils y sont tous. Et c’est plein de midinettes qui
se la pètent avec l'oreille rivée au téléphone. Je cherchais un
truc où manger, j'aurais plus aisément trouvé des diamants.
Ça
s'est terminé dans un Mac Do sur-climatisé à manger un hamburger
pourri. Ensuite j'ai voulu quitter toute cette foire aux vanités,
qui se remplissait de plus en plus de monde à mesure que l'heure du
déjeuner était dépassée. J'aurais mieux fait de rester à
l'aéroport. Que de stress, de bruit et d'agitation ! La jungle
n'est pas où l'on croit. Mes impressions pas folichonnes de la
dernière fois ne sont pas meilleures aujourd'hui. Mais je crois
qu'après avoir vécu tout ce que j'ai vu et en plus un jour de
retour alors que le cœur n'y est pas, aucune ville ne trouverait
grâce à mes yeux. Je suis mieux dans la jungle avec mes singes. A
Koh Tarutao, tiens ! Tandis que je prenais ce qui me semblait la
direction de Raffles, à la seule observation du soleil, j'ai dû me
farcir des trottoirs de gens qui piétinaient. Je commençais à
étouffer sérieusement et je jouais des coudes en pensant « qu'on
me sorte de là, au secours ! ». Tout ça pour revenir à
Orchard par un autre chemin, bravo mon sens de l'orientation !
C’est la première fois qu'il me joue des tours. Il faut dire dans
une ville avec des grattes ciels et en plein midi, difficile de
savoir où est le sud. J'ai donc repris le métro, complètement
engorgé. C’est bien la peine qu'on vienne me chercher pour
m'épargner le RER, j'ai droit un peu à ça ici. Ça reste quand
même plus supportable, je suis à l'étranger et beaucoup rêveraient
de visiter Singapour. Moi pas. Ça m'inquiète un peu. Déjà
qu'avant je n'aimais pas beaucoup la ville, j'ai l'impression que
c'est pire maintenant après cette pause de 7 mois au grand air. Il
faudra que je sois courageux, je n'ai pas le choix. En partant on me
disait que j'avais du courage. C'est pour le retour plutôt qu'il
faut en avoir du courage.
En arrivant à Raffles je
me sentais entre deux eaux, là sans être présent, perdu dans le
cosmos intersidéral. Je marchais comme un automate et j'ai échoué
sur une vague pelouse le long de Singapore River. Je suis peut être
devenu un orang-outan, « l'homme de la jungle ». En tout
cas j'ai fait un petit somme qui m'a un peu requinqué et m'a permis
de finir l'après midi de façon plus optimiste. Le coin de Raffles
est ce que j'ai vu de plus joli jusqu'à présent à Singapour. Ça
ressemble un peu à Sydney, avec les grattes ciels qui se reflètent
dans la rivière qui ressemble à un des ces bras de mer de Sydney.
Tout le long c'est une suite ininterrompue de restaurants et de bars
en terrasses avec des serveurs qui harponnent le client. Je voulais y
manger ce soir, j'ai plus l'impression que c’est un truc attrape
touristes avec des menus longs comme le bras inscrits sur des cartes
en plastique peu avenantes. Il y a aussi tout un tas de pubs anglais
ou irlandais qui débordent d'anglo-saxons bavards. Étrange qu'il se
retrouvent tous là. Le mal du pays ? J’aurais un truc
français, je le fuirais en vitesse, tu parles d'un dépaysement !
![]() |
| Adieu frisottis infâmes, place à l'homme moderne! |
Tandis que je marchais
j'ai trouvé un salon de coiffure à l'étage d'un de ces
restaurants. La belle affaire ! Comme j’avais du temps devant
moi, c'était l'occasion rêvée. Je crois que j'ai dû tomber dans
un truc un peu chic, où l'on m'a servi du thé pendant que la
coiffeuse faisait le bilan du désastre en soulevant les mèches du
bout des doigts d'un air dégoûté à peine caché. Je faisais
vraiment pouilleux, avec mon sac à dos en bout de vie et troué, à
la couleur douteuse. D’ailleurs, alors que j'avais été installé
d'office sur le siège de travail, j'ai été invité à descendre de
là pour passer au shampoing... Quoi, qu’est ce qu'ils ont mes
cheveux ? Ils ont l'air dégueulasses, filasses et tout ce qu'on
veut mais je les lave tous les jours, ils sont propres, il ne faut
pas se fier aux apparences. Finalement, elle a fait un bon boulot,
tout au ciseau, contrairement à l'autre de Sydney. Je lui ai dit que
la dernière fois remontait à il y a trois mois et elle a marqué un
temps d’arrêt, interloquée, avant de rajouter que le coiffeur
c'est tous les deux mois maxi. Qu'on se le dise ! J’aimerais
la voir dans la jungle, elle ferait comment ? Elle s'est bien
appliquée et m'a même coupé les poils des oreilles (avec l'âge
j'ai du poil fou qui pousse, il reste translucide mais fait des
poireaux inesthétiques!). Quand enfin elle a obtenu un résultat
qui lui semblait satisfaisant, elle m'a dit : «before it was a
mess, now you're handsome ! ». C’est vrai que je ne me
reconnais pas, ou plutôt si ! Je me retrouve, l'homme des bois
quitte ses apparats. Signe d'une nouvelle ère et d'une page qui se
tourne... De toute façon je suis obligé de la tourner cette putain
de page !
J'ai usé l'appareil
photo. J'ai voulu sortir le flash pour prendre ma nouvelle tête en
photo et depuis il ne prend plus de photo, j'ai un message d'erreur
qui dit que le flash n’est pas disponible. Sauf qu'il sort
automatiquement et empêche de prendre la photo. Je dois donc
utiliser un autre mode. Je pense que c’est la pluie d'hier qui n'a
pas dû l'arranger des masses. Il n'aurait pas fallu que mon tour du
monde dure un jour de plus ! Pour le moment il est 20:16 et je
vais poster ce message avant d'aller manger. J'ai faim ! Avec un
Mac Do' dans le ventre, ça ne nourrit pas la bête...
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