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jeudi 23 février 2012

Palau J6 : Giant Clam Beach - Bablomekang


J'ai quitté le camp vers 9h30 ce matin pour me rendre directement à Jellyfish Lake. Sur mon itinéraire il était écrit de tenter une approche vers midi seulement afin de bénéficier des meilleures conditions pour visiter le lac, sans les hordes de japonais, partis manger. Mais au fur et à mesure que je progressais dans la baie depuis Giant Clam Beach, chaque fois que je me retournais je ne voyais aucun bateau arriver. Il se pourrait donc que je sois le premier. Ce serait encore mieux. Aussi, comptant bien garder mon avance, je donnais de grands coups de pagaie vers ce ponton que je voyais au loin mais qui restait désespérément hors de portée. Pourtant en regardant derrière moi la plage que je venais de quitter se réduisait de plus en plus derrière mon sillage, preuve que j'avançais bel et bien. Le problème avec le kayak c'est que lorsqu'on est en pleines eaux, on a l'impression de faire du surplace, c’est un peu démotivant. Mais au final ça trace bien comme engin, ça va plus vite que si on marchait et j'étais bien content de faire cela en toute autonomie, à la force de mes petits bras, sans moteur à pétrole.
En route pour Jellyfish Lake Dock
Je me suis amarré au ponton. Il n'y a avait qu'un seul bateau déjà à quai, un peu à l'écart, dans la mangrove. Sans doute le bateau des gardes. Au même moment une vedette surgissant de nul part est arrivée avec à son bord une cargaison d'individus en gilet de sauvetage, prêts à partir à l'assaut du lac. J'ai rassemblé mes affaires en un éclair, le gilet de sauvetage (car la traversée du lac est longue), les appareils photos, une bouteille d’eau et le fameux permis. J'ai été accueilli par une flopée de gardes dont l'un d'eux s'est approché me demandant si j'étais bien Ivan. Je suis devenu une célébrité ou quoi ? Il avait quelque chose pour moi et j'ai tout de suite compris de quoi il s'agissait. Il allait me remettre cela en partant, avec la carte du permis qu'il a gardée. Puis il m'a invité à laisser mes affaires avant de me souhaiter une bonne balade. Ils étaient tous très gentils et très serviables. Au final Kay a dû décider de me faire livrer ce qu'il restait de vivres par leur entremise.

Jellyfish Lake Dock

Pour rejoindre le lac, le sentier passe par dessus une crête aux roches glissantes et pleines de racines moussues. Il y a une corde pour se tenir. Chargé comme j'étais, pas besoin. L'appareil photo normal était inutile, j'aurais mieux fait de le laisser au poste des gardes. Il n'y a aucun point de vue, même du sommet de la crête, que ce soit vers le lac ou la baie. J'ai laissé mes affaires sur le ponton du lac, les cachant comme je pouvais sous le T-shirt et plaçant le tout dans un coin pour éviter que les autres visiteurs ne viennent shooter dedans. Je n'étais pas tout seul dans le lac, il y avait déjà 4 ou 5 personnes qui glissaient là dedans avec le tuba hors de l'eau. J'ai pris leur direction comme ils semblaient faire du surplace et observer quelque chose. Le lac est célèbre pour regorger de méduses, une espèce végétarienne et non urticante qui trouve son énergie dans une algue enfermée dans ses cellules. 
Elles sont tout le temps à tourner dans le lac à la surface de l'eau, à la recherche de la lumière, comme des tournesols. C'est un endroit unique au monde. Au début j'ai commencé par croiser quelques méduses de ci de là, pas de quoi en faire une célébrité. Des individus maronnasses avec une croie blanche dessinée sur leur ombrelle. C'est à peu près gros comme un pamplemousse et vue la couleur on a du mal à se demander où loge l'algue. Les méduses ont l'air de bien supporter leur hôte symbiotique, elles nagent comme n'importe quelle méduse d'une autre espèce. Pour préserver leur santé il est interdit de s'enduire de lotion solaire aussi depuis ce matin je suis exposé au soleil sans protection. Un moment, en m'approchant du centre du lac, les méduses se sont faites plus nombreuses, montant des profondeurs comme des bulles d'air. 
Il y en avait à foison, qui ornementaient le paysage comme les boules d'un sapin de Noël trop garni. C'était magnifique ! Je ne pouvais plus les éviter à présent et shootait régulièrement avec un pied ou une main dans l'une d'elles. Je nageais donc doucement pour ne pas les endommager. Leur contact est un peu spécial, on ne peut pas dire que ce soit très agréable, c’est mou et ferme à la fois, comme si on heurtait une bouée en mousse couverte de silicone. J'en ai caressé plusieurs malgré tout et tenu dans le creux de la main où elles continuaient à virevolter doucement, imperturbables. C'est une occasion unique de le faire, ce n'est pas tous les jours qu'on peut faire ami-ami avec des méduses.
Hélas le plaisir a été un peu gâché par le groupe du bateau qui était arrivé derrière moi. Ils n'ont pas trouvé mieux que de nager autour, attiré par ma position d'étoile de mer. Des rustres. 
Qui se parlaient entre eux sans discontinuer à travers le tuba dans leur langue horrible. J'avais envie de m'approcher et de jeter un peu d'eau dans le tuba. Ou de gueuler « Shut up ! ». Au lieu de ça, j'ai patienté, retourné sur le dos comme une tortue, tendant mon appareil photo hors de l'eau pour faire évacuer la buée à l'intérieur qui se condense chaque fois que j'ai quelque chose d'intéressant à prendre en photo. Je dois rester à attendre des dizaines de minutes, l'objectif face au soleil. Comportement normal selon la notice, ce n'est pas un signe que de l'eau est entrée dedans. C'est un appareil photo de merde, c'est tout, j'ai raté plein de clichés à des moments cruciaux à cause de ça et je perds chaque fois un temps précieux. J'avais discuté avec un type aux Fidji, à Oarsamn's Bay Lodge, qui avait un appareil au même look, un Nikon, qu'il avait acheté spécialement pour l'occasion. Il en était très satisfait, le sien ne faisant pas de buée. A mon retour je remplacerai donc mon équipement par celui ci.
Quand enfin j'ai été en mesure de prendre des photos en retournant voir ces chères méduses, la buée est revenue d'un coup et j'étais bon encore pour un retour à la position tortue échouée pendant une dizaine d'interminables minutes. Cette fois c'en était trop, j'avais envie de le jeter vers le fond. Heureusement que j'ai un gilet, ça flotte bien. Ça fait drôle d'ailleurs car en nageant tout sort de l'eau et on voudrait nager normalement avec le cul sous l'eau mais on ne peut pas ! Entre temps les japonais ont débarqué, gueulant, chantant et s'exclamant sous l'eau. Une invasion. Il devait y en avoir plus que de méduses et ils me fonçaient droit dessus sans regarder où ils allaient, comme des kamikazes. A moi de les éviter. Le lac est devenu une horreur et le soleil disparaissant sous des nuages de plus en plus nombreux, je suis sorti de là, inquiet pour mon appareil photo qui était resté sur le ponton. 
Avec tous ces va et viens, c'est facile de le piquer ou de donner un coup de pied dedans par inadvertance. Car le ponton est à présent noir de monde comme une banquise couverte de pingouins où les gens se poussent pour trouver une place afin d'y mettre leur petits pieds le temps que les gens devant se soient jetés à l'eau. Ça fait la queue quoi ! L'appareil était par chance encore là, j'étais soulagé, plus que l'appareil c'est les photos à l'intérieur que j'avais peur de perdre. Un groupe de blancs, baraqués et tatoués des pieds à la tête m'a dégagé une percée comme une haie d'honneur. Je ne sais pas ce qu'ont les gens depuis une dizaine d'années avec les tatouages, c'est de pire en pire. Dès que quelqu'un est fier de son corps, il faut qu'il se fasse tatouer croyant ainsi être plus sexy. C'est tout le contraire qui se produit. Ça donne un air abruti de gros dindon arrogant. Le pire c'est sur une fille. 
L'une d'elles, un peu inquiète et qui n'avait pas dû lire la notice, américaine, un grand cheval, m'a demandé où étaient les méduses et si elles piquaient. Je lui ai répondu pour rire que je m'étais fait piquer mais qu'il suffit de se pisser dessus pour que ça passe. Elle ne voulait plus aller à l'eau, passant le mot de ce que je venais de lui dire aux autres. J'ai apaisé les esprits en leur disant « It's a joke, they are vegetarian ! ».
Pour rejoindre le poste des gardes j'ai dû me coltiner un groupe qui n'avait jamais dû sortir du métro de Tokyo, se traînant comme des limaces. Un petit vieux en déambulateur aurait fait mieux. Du coup ça avait créé un bouchon dans les deux sens, ceux voulant gagner le lac devant attendre que le convoi passe car on ne peut pas se croiser, c'est trop étroit. J'attendais à l'arrière, à l’arrêt, les bars croisés, soufflant et laissant de l'espace se dégager devant moi. Je déteste être comme ça à piétiner, à ne pas pouvoir aller à mon rythme. 
Je ne sais pas ce qu'ils ont ces japonais mais depuis la Nouvelle-Calédonie il y en a partout. Ils sont si nombreux que cela dans leur pays? Ça promet, le jour où les chinois auront atteint un niveau de vie qui leur permettra de voyager. On est trop nombreux sur cette Terre !
Les gardes m'ont donné un sac plastique plein de provisions et m'ont souhaité un bon voyage. J'ai repris ma navigation après avoir tout rangé dans le container, vers une crique toute proche, Yapese Stone Money où je devais faire une petite randonnée dans la jungle. J'espérais pouvoir peut être rejoindre un sommet d'où je pourrais avoir un panorama. Au fond de la crique semblait se dessinait un sentier pas évident à discerner. Ce ne devait être qu'une arrivée d'eau quand il pleut car au bout de quelques mètres ça se perdait entre des troncs morts, des rochers et de la jungle impénétrable.
Yapese Stone Money
Tout ce que j'ai réussi à faire c'est de déranger un des énormes lézards à la langue fourchue comme celui que j'avais vu en Australie dans le Great Sandy Park. Je ne sais pas où ils ont vu un chemin là dedans et c'est un peu dépité que je suis parti, avec le sentiment désagréable d'avoir raté quelque chose.
La traversée jusqu'à Wonder Channel commençait à être éprouvante. J'en avais de plus en plus plein le dos, aussi j'ai coupé par une trouée entre deux îles, passage qui ne figurait pas sur la carte (sans doute une chute récente de rochers qui aura fait se créer une nouvelle île). Je n'ai donc pas fait de snorkeling à Wonder Channel comme ce qui aurait dû être le cas. De toute façon comme son nom l'indique, ce devait être encore un de ces endroits profonds avec plein de speeds boats prompts à décapiter des têtes ! Et j'avais encore pas mal de trajet à faire. Comme je n'aime pas avoir à pagayer trop après le déjeuner, j'ai fixé le pique nique à Kingfisher Bay, encore très loin de Wonder Channel. 
Wonder Channel
Sans doute un but un peu trop ambitieux. J'étais parti pour visiter en route Cycad Lake et je me souvenais qu'il fallait que j'y entre par son troisième et dernier accès. J'ai bien regardé sur la carte et quand j'y étais, l'ayant laissée sur les genoux, j'ai trouvé deux entrées mais pas la dernière. De toute façon ce n'était qu'un lac de plus, j'en ai déjà vu tellement avant. Et puis j'étais complètement crevé, rêvant de me poser pour une fois sur une plage et profiter de baignades prolongées et délassantes.
Mais j'étais encore sur ce fichu canoë, comptant les criques et les caps pour me repérer. Ça n'en finissait plus, le soleil me faisait transpirer à grosses gouttes bien que m'aspergeant d'eau que j'allais chercher de temps en temps d'une main. En plus, en ayant chargé le kayak au poste des gardes j'ai dû mal équilibrer l'engin qui penche complètement du côté droit. Il suffit de regarder le niveau de la bouteille posée à l'avant pour s'en convaincre : il penche lui aussi. 
Wonder Channel
Du coup j’étais obligé de m’asseoir de travers, un peu sur la gauche pour tenter de rééquilibrer le tout. La position, pas du tout physiologique, me procurait un inconfort au niveau de la fesse gauche qui commençait à se crisper et s'irriter. Moi aussi du reste ! J'aurais aimé qu'on me greffe un moteur, j'en avais plein le cul !
Je ne regardais plus rien autour, que cette arche qui devait apparaître devant moi et que j'attendais comme une apparition de la Vierge. C'était en effet le signe que j'étais tout proche de Kingfisher Bay, située juste derrière. J'ai fini par la voir cette foutue arche et ça a été une délivrance, du coup j'ai tout relâché, faisant grève de la pagaie et me laissant pousser là où les éléments l'avaient décidé. Je m'en fichais. Je suis passé sous l'arche sans encombre bien qu'il y avait très peu de fond et rapidement derrière j'ai trouvé la baie salvatrice. J'ai posé pied à terre comme une loque, j'avais l'impression que tout tanguait autour de moi. 
Natural Arch
Il a fallu que j'aille chercher encore d'ultimes forces pour tirer le kayak sur le sable. Je me suis installé à l'ombre d'une grosse branche qui courait sur le bord de la plage et que j'avais repérée de loin, profitant du cadre. C'est une plage qui disparaît complètement à marée haute et le niveau supérieur de la marée a laissé plein de détritus en plastique et de cordages au fond de cette crique cul de sac. Il y a aussi des cocotiers et les noix de coco ne pouvant s’échapper de là ont toutes germé en bordure de jungle, formant comme une haie de palmiers. Pas sûr qu'ils arrivent tous à l'age adulte, la concurrence est rude et il n'y a déjà plus de place là haut pour se frayer un chemin. Pourtant ils faisaient déjà plus d'un mètre de haut et semblaient en bonne santé et vigoureux avec leur dizaine de palmes vert tendre.
Assis sur un tronc j'ai observé la faune locale. Des petits bernard l'ermite par centaines qui arpentent la plage à la recherche de nourriture. 
Kingfisher Beach
Je ne sais pas où ils vont chercher leur coquille, je n'en vois aucune dans l'eau, à croire qu'ils se la fabriquent. C’est la crise de l'immobilier ! J'ai jeté une pelure de mandarine pour faire un test. C'est en fait très con et ça doit avoir une mauvaise vue et le nez bouché car ils ne s’arrêtent dessus qui si c'est sur leur chemin. Mais dès qu'ils ont trouvé ma pelure, ça a été l'émeute. La présence d'une coquille en attire une autre et tout ce petit monde s'est trouvé à converger, déclarant des guerres pour garder à soi un filament de peau intérieure. Ça se battait et se volait la nourriture à tour de rôle. Plus haut dans les branches il y avait un oiseau dont j'aime bien le chant. C'est en fait un sifflement langoureux, on dirait que quelqu'un est assis dans les branches à siffler un air polynésien.
J'ai jeté un coup d’œil à la montre : 14h30. Je n'en revenais pas, j'ai même trituré les réglages pour voir si c'était le bon mode qui s’affichait. Je comprends mieux pourquoi j'étais si crevé. 
Kingfisher Beach
Car si je n'ai pas de moteur à pétrole, mon carburant c'est les calories que je n'avais plus. Mais avec ma détermination à la limite de l'obstination, ça avait tût toute sensation contradictoire et la faim s'était éteinte. Dans ces conditions pas de repose possible, il me restait encore une longue traversée pour arriver à Bablomekang, le campement de ce soir même si la plage que je pouvais voir d'ici semblait proche. Je connais le proche vu de loin...Je ne comprends toujours pas où est passé le temps. J’étais certain qu'il devait être dans les 13 heures. En fait j'ai dû passer pas mal de temps à Jellyfish Lake, probablement deux heures, occuper à chasser la buée de la caméra. Comme il était tard, le déjeuner a été abrégé et concentré sur l'essentiel : m'apporter de l'énergie rapidement. Ça ne servait à rien que je m'éternise vu que le dîner serait servi dans 3 heures. C'est le chef qui le dit ! Des fruits secs, des graines, un yaourt , une pomme, des mandarines et une barre aux céréales auront suffi à recharger les batteries. Pour mieux les épuiser en croyant me rapprocher de l’île mais qui en fait restait au même endroit comme si une petit farceur s'amusait à l'éloigner en même temps. En plus j'ai encore été déporté au milieu de hauts fonds alors que je tenais le bon cap. Toujours ces fichus courants. Mais je n'ai plus peur de naviguer en haute mer, j'ai confiance dans le kayak et je ne pense plus à des créatures surgissant des profondeurs pour me croquer. Ce sont des fantasmes et d'ailleurs je n'ai pas croisé l'ombre d'un aileron depuis que j'ai commencé cette expédition.

Bablomekang

Bablomekang

Demain m'attend une traversée bien pire. Je dois rejoindre Ngemelis Beach, dans un groupe d’îles que j'aperçois très loin. Ça promet d’être une longue traversée. Aussi comme Bablomekang est la première d'une série de trois îles au large de Macharchar (l’île que j'ai passé la journée à contourner), et que chacune de ces îles possède un campement, j'ai eu dans l'idée de m’arrêter plutôt à la dernière, à Jackson's Beach, plus à l'ouest et qui me rapprocherait un chouilla plus pour demain. Et puis parti sur la lancée, je me sentais dorénavant assez en forme pour poursuivre encore un peu plus loin. Mais au moment où je passais devant Bablomekang, un coup d’œil en arrière le temps de prendre une photo m'a permis de constater qu'une tempête était imminente et que Kingfisher Beach était déjà sous les eaux. Ça allait donc arriver d'un moment à l'autre, le temps de couvrir ce que je venais de traverser. 
Bablomekang
Pas le choix, je me suis arrêté là aussi sec, me dépêchant de tout décharger ce qu'il y avait dans le kayak pour le disposer sous un abri au campement. J'ai fini les derniers transferts sous les premières gouttes, à temps car ont suivi des trombes d'eau pires que toute ce que j'avais connu jusque là. J'en ai profité pour monter la tente sur une estrade, comme ce que je fais depuis plusieurs jours maintenant. La pluie torrentielle m'a permis de remplir une bouteille avec ce qui coulait d'une seule rainure de tôle ondulée. Je suis devenu un as dans la récupération des eaux de pluie. C'est l’idéal pour faire la vaisselle, bien mieux que d’être à quatre pattes dans la mer à se faire asperger pendant que la vaisselle dérive.
Le soleil est sorti un peu de temps après, donnant des couleurs orangées aux rochers dodus des alentours. J'ai même eu droit à un arc en ciel. C'est au milieu de ce paysage féerique que je me suis octroyé une pause bienfaisante, barbotant le long de la plage. Le site où s’inscrit le campement est une merveille de robinsonnade. En prenant le dîner la fatigue du jour est retombée, goûtant au calme et profitant de la sérénité des lieux, dégagé des tensions du kayak dont me restait quand même quelques muscles endoloris et un mal de dos naissant. Mais pas un des ces lumbagos, juste une fatigue dorsale qui disparaît après une bonne nuit de repos. Pour le repas ça a été double ration de protéines : un plat cuisiné et une conserve de pois chiches. 


Bablomekang
Ce soir on met les petits plats dans les grands ! J'arrive à un stade de l'expédition ou les efforts de la veille ne se dissipent pas complètement après une nuit de sommeil. La perte d'énergie me suit d'un jour l'autre et a tendance à s'accumuler. Avec ces deux repas en un, j'espère me requinquer. Car demain ce ne sera pas une partie de plaisir. En attendant j'ai contemplé le jour qui déclinait, me retardant chaque fois pour me lever de table le temps d'aller prendre une photo ou une vidéo, tentant d'immortaliser ces moments merveilleux malgré les efforts qui font peut être mieux apprécier ces instants. Je savais que cette expédition serait le temps fort de mon tour du monde. Je ne m'y suis pas trompé. C'est un périple de Robinson, une immersion totale dans la nature et face à soi même. Dans des paysages sans doute les plus sauvages de tout ce qui m'a été donné de voir jusqu'ici. De la nature à perte de vue, jamais une maison à l'horizon, pas de bruit autre que des oiseaux siffleurs, crieurs ou qui font des ululements de singe. C'est grandiose ! Jamais je n'avais vécu si loin de la civilisation, coupé de tout, n'ayant rien d'autre que de l'eau, de la nourriture et un abri. Je n'ai besoin de rien d'autre au fond. J'ai le strict minimum pour vivre et ça ne m’empêche pas d’être heureux. Et intensément. Au bord des larmes. Ça fait forcément réfléchir sur notre civilisation et mode de vie artificiel qui nous coupe de nos racines, masquant l'essentiel : la pureté.


mercredi 22 février 2012

Palau J5 : Long Lake Beach - Giant Clam Beach

Long Lake Beach
La nuit dernière ça a été la tempête : vent, pluies diluviennes interminables... Ça a duré ainsi jusqu'à 8 heures du matin et je croyais bien qu'aujourd'hui serait une journée sinistrée m'obligeant à rester au camp. Car la mer est en furie et le passage pour quitter l’île plein de déferlantes et ce, malgré la marée haute. Ça m'angoisse. J'ai quand même tout rangé et pris le petit déjeuner comme si de rien n'était, on ne sait jamais. Une averse m'a permis de remplir une vieille bouteille d'eau pour faire la vaisselle en quelques instants. J'ai bien pris soin d'enlever l'étiquette pour éviter toute confusion. Il ne manquerait plus que je tombe malade. Vomir est un luxe dont je ne peux me permettre vus les restrictions et rationnements alimentaires. Tout ce entre dans le gosier doit y rester !
Comme par enchantement le soleil est arrivé, apaisant tout, le vent est tombé d'un coup et la mer s'est assagie. Je n'ai pas demandé mon reste pour déguerpir de là tant qu'il était temps. Et une fois en mer j'ai pu constater que le pan de ciel bleu était bien large et allait me permettre de naviguer tranquillement pendant pas mal de temps. Je parle pas mal de météo mais c'est essentiel quand on navigue en eaux inconnues dans un petit kayak pas étudié pour les tempêtes. Il faut savoir trouver les moments opportuns pour partir ou s’arrêter, j'ai promis à tout le monde de faire attention lors de cette expédition alors pas de risque inutile.
Palm Bay
J'ai commencé par longer Ngerktabel pour jeter l'ancre à Palm Bay, une petite plage cachée sous les branches avec un cocotier unique. Du sable blanc juste ce qu'il faut pour donner une belle couleur et des îlots en face qui s’égrènent en arc de cercle comme autant de perles d'un collier. Pour accoster j'ai dû me coucher sur le canoë pour pouvoir passer. On se croirait à l'origine du monde. C'est incroyable que toutes ces îles soient inhabitées. On n'y trouve que des abris et des aires de pique nique où l'on peut camper. Et il y en a pas mal. Chaque île possède presque son aire. A mon avis si les lieux sont inoccupés c'est en raison du relief particulier de ces îles. De petites plages avec des falaises derrière sur lesquelles on ne peut pas poser un pied, pas de quoi installer quoi que ce soit même en rasant tout. Mais en est on si sûr ? La nuit parfois je pense à un indigène qui vivrait là et ne sortirait que la nuit, en petite tenue et avec une lance pour m'ajouter à son barbecue.
Palm Bay
Comme la jungle est inextricable et qu'il n'y a pas d'enjeu à aller voir ce qui se trouve aux alentours, cela pourrait bien être la cachette idéale pour des tribus inconnues. Et comme j'ai toujours l'impression d’être le seul à faire ça – pécheurs et touristes ne venant qu'à la journée – je pourrais fort bien faire une rencontre fortuite. Mais ce ne sont que des fantasmes et des peurs ancestrales inscrites dans nos gènes. Quand je suis dans la tente et que j'entends des craquements tout autour, c'est plus vraisemblablement des crabes ou des rats. Ou de gros bernard l'ermite terrestres gros comme une balle de tennis. Je croyais que ces bêtes là vivaient sur les plages, apparemment ça ne les gêne pas non plus de vivre dans la jungle. Comme il pleut tout le temps, ils n'ont pas besoin de chercher la proximité d'un plan d'eau !
Palm Bay étant incluse dans une grande baie le long de Ngeruktabel, j'ai quitté les eaux agitées et ventées avec un grand soulagement.
Palm Bay
Je n'ai plus à subir les vagues qui venaient balayer le dessus du kayak depuis la tête jusqu'à la queue, ni la houle qui me faisait tanguer comme si elle cherchait à retourner l'engin. Je préfère ça. En face de Palm Bay, un peu plus loin on peut voir une île avec une belle plage de sable blanc formant comme un banc de sable qui s’avance autour d'un lagon. On la voit de loin, je la voyais déjà depuis Ngeremdiu il y a deux jours. J'ai donc mis le cap dessus et posé un pied à terre pensant être sur Honeymoon Beach. J'aurais été mieux à camper là, les eaux sont calmes, la plage faisant face à l'ouest. Il y a des abris et des sanitaires en bon état. Beaucoup de speed boats passaient par là, gorgés de touristes pressés d'aller faire du snorkeling à Jellyfish Lake où je serai aussi demain. C'est le jour où il faudra que je ne tarde pas si je veux être le premier à arriver et à en profiter. Car après j'imagine que ce doit être noir de monde avec plus de japonais que de méduses ! Tous les bateaux qui passaient par là me faisaient coucou, je me contentais de lever la main sans la bouger pour ne pas donner l'impression d'appeler à l'aide.

Fantasy Island
Fantasy Island
J'ai profité de l’arrêt sur l’île pour m'abriter un moment. Juste un grain qui passait. Au moment de reprendre la route, après avoir jeté un coup d’œil aux cartes, je me suis rendu compte que je m'étais trompé. Je n'étais pas sur Honeymmon Beach mais une île plus à l'est, Fantasy Island. Et j'avais été briefé sur le fait que je pouvais y plonger mais en aucun cas mettre un pied à terre car c'est interdit. C'est malin ! D'un autre côté si c'est interdit, pourquoi y avoir mis des aires de pique nique ? Je suis reparti de là dare dare avant qu'un autre bateau ne me voit et donne l'alerte, à moins que ce ne soit celui de rangers. C'est la faute à la carte. Cette partie est à la jonction de deux cartes qui ne se recoupent pas totalement. Il manque une courte section et même Kay s'y était perdue quand elle m'avait expliqué le parcours.
Vu que je n'étais pas sur Honeymoon, il ne me restait plus qu'à la découvrir ! Mais où était elle ? Je l'avais bien repérée sur la carte, juste en face de Fantasy Island mais je ne voyais aucune plage de ce côté. En fait elle se trouve de l'autre côté, une belle langue de sable qui essaye de rejoindre une autre île.
Honeymoon Beach
Depuis quelques jours chaque jour est mieux que le précédent et les paysages plus remarquables encore. Peut être est ce parce que je suis à présent en plein cœur des Rock Islands. Toujours est il que je n'en crois pas mes yeux. Je vais de découvertes en découvertes à chaque coup de pagaie, m’arrêtant où je veux et aussi longtemps que je le souhaite. Je savais que c'était la formule idéale pour découvrir ces îles. Bien mieux que ces sorties à la journée où ils ne doivent voir les choses qu’en coup de vent.
J'étais juché sur un rocher pour prendre de la hauteur afin d'exalter un peu plus encore le bleu lagon autour du banc de sable quand un bateau m'a vu. Ils ont freiné sec, faisant un grand virage pour rejoindre l’île. Il ne manquait plus que ça ! J'ai d'abord crû qu'ils venaient me demander de déguerpir, étant peut être sur un rocher sacré. Mais ils ne cherchaient qu'à accoster. Debout sur mon rocher j'agissais comme un phare et je leur avais donné l'idée de venir voir ce qui se passait. Faites un truc et les autres essaieront de faire pareil !

Honeymoon Beach

Honeymoon Beach
Je craignais qu'ils ne viennent froisser le sable vierge de leurs petits pas de pieds de japonais, moi qui fais toujours bien attention de marcher là où la mer peut effacer mes empreintes afin de garder le site vierge pour la photo. Du reste je suis bien le seul à prendre cette précaution, les autres aiment toujours tout labourer avant de prendre une photo, ça fait plus joli. Par chance le bateau n'a pas pu s'approcher faute de profondeur suffisante. Encore un privilège qui m'est réservé avec mon excursion en kayak ! Je peux voir des endroits que personne d'autre ne pourrait voir, comme le Long Lake hier soir. Les japs étaient dépités, penchés en avant, les bras tendus au maximum, brandissant des appareils photos et cherchant à se rapprocher le plus possible de l’île. Leur bateau oscillait de côté pendant ce temps là ; j'aurais bien aimé qu'il chavire. J'ai fait le gros con, ça m'a beaucoup amusé : je me suis mis au bout du banc de sable, leur gâchant la vue et la prise de photo. Ça a assez bien marché, ils ont déguerpi de là rapidement regardant d'un air peu convaincu le résultat sur leur écran. J'ai pu poursuivre mes prises photos sans avoir de troubles fête ! Ils sont allés plus loin, pour plonger et noyer leur chagrin dans l'océan.
Honeymoon Beach
Pendant ce temps un nouveau grain est arrivé et le ciel est devenu tout noir. J'ai repris le canoë pour aller sur l’île en face qui disposait des fameux auvents en forme de tunnel au niveau de l'eau. Toujours le même cirque en revanche, à tirer le kayak à bout de bras à m'en démettre un rein pour le mettre hors de portée de la mer. C'est ce qu'il y a de plus chiant quand on accoste : sécuriser l'embarcation. Avec tout ce que je trimbale c'est insoulevable et trainable bien péniblement. Ils devraient fournir une ancre, ça simplifierait les manœuvres ! J'étais là sous mon rocher à attendre bêtement que la pluie arrive, pendant que les minutes filaient inéluctablement, me retardant d'autant sur l'itinéraire. Et comme j'étais protégé de la direction d'où venait la menace, je ne voyais rien. En ayant marre d'attendre comme après une crotte un jour de constipation, j'ai contourné l’île avec de l'eau à la taille pour aller voir ce qui se passait. Je m'étais un peu gouré sur ce coup là, le nuage passant 300 mètres plus au nord où il pleuvait par contre des cordes. J'étais pile à la frontière, pour combien de temps encore, c'était moins certain. J'ai repris le large, profitant de cet épisode couvert pour pagayer en ayant moins chaud et ainsi arriver sur la prochaine île en même temps que le retour du soleil. C'est tactique ! Sur les photos vous pouvez avoir l'impression qu'il fait beau tout le temps. C'est faux ! Ça change tout le temps et par miracle, avec toutes les précautions et arrangements que je prend j'arrive toujours quelque part au bon moment. Je me suis adapté au climat de la Micronésie, je sais désormais comment il fonctionne.

Honeymoon Beach
Ironwood Beach
Je n'ai pas fait de snorkeling avec les autres touristes. Tous les lieux sont toujours en pleine mer avec les coraux très au fond. Je n'aime pas ça. Déjà ça ne rend rien à cause de la lumière mais surtout je n'aime pas plonger avec beaucoup d'eau sous moi, on ne sait jamais ce qui peut arriver tout d'un coup du fond sans qu'on le voit mais qui lui nous aura bien vu, faisant une ombre qui se débat au dessus de lui. C’est une peur peut être irrationnelle mais je n'aime pas faire ça tout seul. J'ai préféré continuer mon chemin, passant devant une nouvelle petite plage, Ironwood Beach, moins spectaculaire après ce que j'avais vu et où je ne me suis même pas arrêté. Je deviens blasé ! Ou plutôt c'est l'effort à fournir à nouveau pour tirer le bateau hors de l'eau qui a freiné mon enthousiasme. Surtout, il était déjà midi, j'avais très faim et pas envie de passer l'après midi à pagayer. Je préfère laisser cela au matin et souffler un peu l'après midi. De toute façon, après le déjeuner je n'ai plus de forces, après avoir pagayé toute une matinée, il n'y a plus de plaisir.
J'ai pris la direction de Ngchus Cove pour y pique niquer, me permettant ainsi de ne pas avoir trop de trajet à faire ensuite. Juste après avoir passé un cap en face de Ironwood Beach, je pensais être arrivé à destination. Il y avait au fond d'une baie une petite plage avec un banc de sable bien dégagé par la marée basse. Un endroit parfait pour déjeuner, de l'eau à la cheville. Et à l'ombre d'un cocotier unique. Il n'y a pas beaucoup de cocotiers dans les Rock Islands. Ils ont besoin de plages bien dégagées pour s'épanouir et ici c'est tellement dense que les plages sont déjà bien occupées par les arbres qui avancent les pieds dans l'eau. Et puis les plages il n'y en pas énormément, ce qui leur laisse peu de place pour s'ancrer. Alors que le kayak dérivait un peu pendant que je prenais une photo ou deux, ayant dérogé au règlement de toujours l'attacher quelque part, j'ai réalisé que je n'étais pas du tout à Ngchus Cove. J'étais à la place sur une plage qu'aucune carte ne mentionnait. C'est bien dommage car elle était très belle. J'aurais dû lui donner mon nom ! J'ai donc couru pour reprendre le contrôle de l'embarcation qui dérivait lentement mais sûrement avec toute ma cargaison de Robinson qui fichait le camp.
La plage inconnue
Ngchus Cove est en fait dans une baie de l'autre côté. Il faut pagayer encore une demie heure. J'étais fatigué, tellement que je ne me suis pas rendu compte tout de suite qu'en voulant faire un raccourci en coupant entre deux rochers j'en avais fait le tour complet, retournant sur mes pas ! J’avais bien besoin de ça. Ça fait partie des aléas de l'expédition, on ne peut pas toujours filer bien droit. Ce ne serait pas drôle sinon. Avant d'arriver à la crique je me suis retrouvé bloqué par la marée, qui avait dégagé des fonds pas suffisamment profonds. Je me suis servi de la pagaie pour dégager le kayak ce qui a suffit. Je n'avais pas envie de descendre de là pour le pousser. Au fond je pouvais voir une aire de pique nique avec quelques personnes déjà là mais bien calmes. Une mère et son enfant qui faisaient trempette bien sagement, un type allongé sous un abri en train de piquer un roupillon et une autre assise occupée à s'enduire de crème solaire. C'était une génération spontanée, nul signe d'embarcation à proximité.
La plage inconnue
J'ai commencé par déballer mes affaires, faisant sécher la moindre chose dès que j'en ai l'occasion. C'est un vrai problème dans cette expédition. Je laisse les vêtements dehors la nuit car ils sont humides pour ne pas emporter cette humidité dans la tente et je les retrouve le matin lessivés par les pluies de la nuit, malgré le fait que je les laisse sous abri. Je me coltine donc en permanence un sac d'affaires mouillées que j'essaye de faire sécher dès que je peux. Ou quand j'y pense. Je ne mets plus le T-shirt, il sent le chien mouillé et la serviette sert juste à m'essuyer les pieds avant de rentre dans la tente car je déteste dormir avec du sable entre les doigts de pieds. La serviette est une infection. Au moindre arrêt je charge aussi ma lampe solaire. De l'organisation, voilà ce qu'il faut !
Juste quand je dégageais le container, une vedette est arrivée en trombe, lâchant ses passagers qui se sont tous regroupés autour de moi, improvisant un barbecue, le transistor à côté, sortant des bols de nouilles asiatiques pour accompagner. Il faut dire que je m'étais mis juste à côté du coin barbecue, ne pensant pas être dérangé à 13 heures. Ce n'est pas une heure pour déjeuner pour les japonais. D'habitude ils arrêtent toute activité dès midi pile, voire un peu avant. Comme c'était trop le bazar pour tout déplacer, j'ai pris sur moi et continué le repas dans des airs de musique énervants et des bruits de vaisselle incessants. A vivre en sauvage depuis maintenant 5 jours, on s'y habitue et le fait du côtoyer du monde ne me manque pas. Ça m'étonne toujours ces candidats à Koh Lanta qui chialent au téléphone au bout de deux semaines en entendant leurs proches. Je pense être plus fort que cela. Même si des personnes me manquent, je les garde dans mon cœur bien au chaud et je sais que je les retrouverai. En attendant je vis mon aventure à fond, sans contrainte, ce qui ne m’empêche pas d'avoir des pensées pour ceux qui s’inquiètent pour moi et qui me sont chers.

C'est pas sur la carte je vous dis!
Après manger, je suis allé faire un tour de snorkeling dans cette crique qui ressemble à un lac. On voyait du rivage des trous d'eau garnis de coraux tout autour. Mais une fois dedans la visibilité était réduite et sans grand intérêt, avec peu de poissons. Palau est célèbre pour la plongée, apparemment pas pour le snorkeling. Certes je n'ai pas fait beaucoup d'essais mais les eaux ne sont pas aussi claires et poissonneuses qu'en Polynésie, même si j’admets qu'il y a beaucoup plus de coraux par ici. Mais ils sont aussi très abîmés et on peut voir des récifs entiers retournés ou cassés, faisant de grandes cicatrices quand on plonge. Je ne sais pas ce qui cause ces dégâts. Les marées ? J'espère que ce ne sont pas les bateaux de plongée qui viennent jeter l'ancre par là. Normalement ils doivent s’amarrer aux bouées.
Mon canoë a encore été pris en photo sous toutes les coutures avec le maillot de bain rouge qui séchait dessus. Ça avait l'air de beaucoup les amuser. Ils ont été sympas, ils se sont proposés de prendre ma poubelle qui m'encombre depuis quelques jours. Ils m'ont souhaité un « Safe trip » comme il se doit et j'ai eu droit à un ballet de petites mains qui me disaient au revoir à n'en plus finir. C'était touchant. J'ai pris le large, faisant bien attention par là où je passais car la mer avait encore baissé depuis tout à l'heure, étant désormais à son niveau le plus bas. En donnant des coups de pagaie j'effrayais des poissons en vadrouille et qui réagissaient en se propulsant avec force hors de l'eau et ricochant à la surface 5 ou 6 fois avant de plonger à nouveau. Ça fusait de toute part. Tous le même modèle, comme des petits bolides avec un museau pointu comme un éperon. Ça devait finir par arriver : un de ces poissons n'a pas visé assez haut en cherchant à passer par dessus le canoë et s’est fracassé contre la coque dans un bruit de verre brisé. Pauvre bête pas étudiée pour réagir face à un kayak! J'ai cherché dans le sillage à voir s'il était mort mais comme je filais vite, je n'ai rien vu derrière les tourbillons. A mon avis, vu le bruit que ça a fait, il a dû rejoindre le paradis des poissons.

Ngchus Cove
Ngeanges Island
L’île en face avant d'arriver à Giant Clam Beach où je vais passer la nuit et que je distingue déjà, c'est Ngeanges Island, une île tout en longueur qui possèdes des plages sur ses deux côtés et un terrain de campement en son centre. Je m'y suis arrêté un instant le temps de faire une petite sieste et de traverser l’île d'un côté à l'autre pieds nus en moins d'une minute ! J'ai revu mes espèces de poules d'eau sans aile, qui s'enfuient devant mon passage en dodelinant. Ces volatiles sont noirs avec des pattes jaunes et sont très rigolos à regarder. Ça ne marche pas comme un pigeon ou une poule avec cette tête qui avance et recule leur donnant un air crétin. Ils font mieux que ça, ça file droit, galopant tout d'un bloc avec juste ce mouvement de bascule de gauche et de droite chaque fois qu'ils lèvent une patte. Ces îles sont le paradis des oiseaux. Et des rats ! Au campement, pour la première fois c'en était plein, je les ai vus tous sortir de sous les cailloux une demie heure avant qu'il ne fasse nuit noire. Plus l'heure avançait, plus il y en avait qui filaient comme des ombres partout, se pourchassant et faisant du raffut. Ils ont dû même réussir à monter sur la table en passant par le banc car dans la tente je n’arrêtais pas d'entendre les couverts et les assiettes qui se valdinguaient, m'obligeant à me lever pour tout mettre dans un sac. Car on ne sait jamais avec ces bêtes facétieuses, elles pourraient très bien tout tirer on ne sait où.
Ngeanges Island
Pour gagner Giant Clam Beach depuis Ngeanges, ça a l'air simple, les deux îles se faisant face. C'est donc tranquillement que j'ai mis le cap sur la plage, avant que je ne réalise que bien qu'étant toujours dans la bonne orientation, le nez de mon kayak ne pointait plus vers la plage. Il y avait en fait un courant que je n'avais pas senti et qui m'emportait latéralement. J'ai eu beaucoup de peine à virer de bord, allant chercher dans mes dernières forces. J'ai compris plus tard en regardant la carte que j’avais traversé un chenal. Et je comprends mieux pourquoi je voyais des tourbillons, pensant au début qu'une créature allait surgir des profondeurs. Je suis arrivé à Giant Clam Beach du mauvais côté, côté lac. La plage est large d'une vingtaine de mètres et il y a de l'autre côté un panneau avec un petit quai souhaitant la bienvenue. Et c'était une aubaine : une fois le kayak délesté de son barda, je l'ai tiré jusqu'au quai comme ça j'aurai l'économie du contournement de l’île demain matin.
Giant Clam Beach coté lac
A une encablure de la plage il y avait encore un bateau amarré à une bouée, avec les derniers touristes du jour occupés à plonger pour voir les bénitiers géants. J'ai préféré d'abord installer le camp pour jauger ensuite si j'avais le temps de plonger avant de préparer à manger. Heure limite pour commencer le dîner : 17h15. Après ce n'est plus possible d'arriver jusqu'au dessert et de faire la vaisselle. J'ai finalement un peu plongé en direction des bouées qui sont quand même assez loin du bord. C'était encore un des ces endroits profonds et en raison de l'heure tardive on n'y voyait plus rien. Je suis ressorti de là aussi sec, me consolant avec le fait que des bénitiers géants j'en avais vus plein à Aitutaki. Seulement avec tout ça j'ai pris du retard et j'ai dû finir à la lampe à l'huile. Et le type qui m'avait permis de traverser la zone dangereuse il y a deux jours n'est pas venu m'apporter la dernière ration de provisions comme ce qu'il m'avait annoncé. Par contre quand on s'était quitté je crois qu'il m'avait dit « à dans trois jours » ce qui ne colle pas avec l'itinéraire. A moins qu'à Planet Blue ils aient changé d'avis et que le surplus me soit donné par les rangers demain à Jellyfish Lake, comme ce dont Kay avait parlé un instant. De toute façon ce n'est pas très grave, j'ai fait l'inventaire de ce qui reste dans le caisson et j'ai bizarrement suffisamment pour les trois derniers dîners qu'il me reste. A moins que Kay ait réussi à caser ce que je n'avais pas pu faire dans le second caisson. Comme je ne me souviens plus ce que j'y ai mis...Je ne me fais pas de souci, je ne vais pas mourir de faim, on verra bien !

mardi 21 février 2012

Palau J4 : Ngeremdiu Beach - Long Lake Beach


Little Ngeremdiu Beach
Je ne sais pas ce qui s'est passé dans la nuit mais le vent s'est levé fortement faisant claquer la toile de la tente ce qui m'a gêné pour dormir une bonne partie de la nuit. Il pleuvait aussi toutes les trente minutes. Et ce matin ça continue. Je me lève désormais une heure avant le lever du soleil, je n'ai pas besoin de 12 heures de sommeil. Et j'en profite ainsi pour m'avancer dans l'écriture à la flamme de ma lampe à huile qui n’arrête pas de couler partout dans le canoë, imprégnant les sacs et la coque d'un film huileux qui sent l'essence. J'ai dû nettoyer comme j'ai pu l'intérieur de la coque avec une éponge, du savon et de l'eau de mer. A part ça les coqs ont été sages, ne se manifestant qu'à partir de 4h30, non stop en revanche à partir de cette heure là. C'est aussi pour ça que je me suis levé.
Une fois le blog terminé, il était 8 heures du matin et un pâle rayon de soleil brillait depuis déjà une heure. Je me suis donc activé pour tout ranger. 
Little Ngeremdiu Beach
Le petit déjeuner a été abrégé : le pain aux fruits est complètement moisi, pourtant il faisait partie de mon ravitaillement d'hier et le container était resté au sec chez Planet Blue. Mais avec l'humidité ambiante inégalée, ce n'est pas trop étonnant. Je l'ai donc foutu en l'air, tout comme une brique de jus multifruits qui avait des bulles ! Je n'ai pas compris car c'est censé être sous vide. Pour ne pas entamer mes autres matins (j'ai le compte juste), j'ai pris une pomme à la place. Alors que j'étais prêt à partir, une averse est arrivée, me contraignant à rester sous l'abri du campement quelques instants le temps que ça passe. Ça n'a pas duré très longtemps mais le ciel est resté gris alors c'est un peu dégoûté que j'ai commencé à pagayer vers Milky Way. Avant de m’arrêter net au bout de quelques mètres, au coin d'une falaise devant Little Ngeremdiu, paralysé par une nouvelle averse. La journée promettait d’être encore chiante ! 
Little Ngeremdiu Beach
Mais une belle éclaircie est rapidement arrivée, transformant complètement le paysage. J'étais dans une anse avec deux petites plages vierges qui se faisaient face et entourées de falaises, avec face à la plage des petits rochers moussus semblant flotter sur l'eau au loin. A mon avis c'est ici que devaient être les campements de Koh Lanta, c'est juste l'endroit parfait pour ça. Il faudra que je regarde à nouveau les épisodes en rentrant pour avoir une idée. A vous qui regardez les photos, vous pouvez vous dire que c'est tout pareil, que c'est une plage de plus et qu'elles sont toutes interchangeables mais quand on y est tout est différent, chaque angle apporte une touche inédite. Je suis resté un long moment sur ces plages, allant de l'une à l'autre d'un coup de pagaie. Au loin arrivait un grand pan de ciel bleu, c'est ce qui m'a fait décoller de là pour me rendre à Milky Way. Soleil obligé là bas pour bien se rendre compte de l'effet. J'ai donc pagayé à vive allure, avec le vent qu'il y a l'éclaircie risque de ne pas faire long feu. Mais avec le vent dans le dos qui me poussait très vite sans presque d'effort, je suis vite arrivé là bas.
Little Ngeremdiu Beach
A Milky Way, de nombreux bateaux avec des japonais tout en gilets de sauvetage rouges se sont emmanchés là dedans mais juste pour un arrêt photo, sans doute sur le chemin de Jellyfish Lake. Ainsi quand j'ai pénétré dans la lagune j'étais tout seul. Rex m'avait prévenu : de 9 à 10 heures tous les matins l'endroit est noir de monde qui vient s'y baigner comme dans un spa. Mon arrêt prolongé à Little Ngeremdiu aura donc été bénéfique. Quelle lagune ! L'eau y est phosphorescente, d'un bleu laiteux dont on ne voit même plus la pagaie à travers. C'est paisible et très calme, la lagune étant cachée derrière une île rocher. A partir de ce moment le beau temps s'est installé durablement pour mon plus grand bonheur.
En continuant le long de l’île Ngeruktabel, je suis arrivé devant Paradise Cove, un adorable confetti de plage avec du sable blanc et de l'eau couleur lagon tout autour, avec partout des rochers qui flottent comme autant de glaçons dans un verre à whisky. 
Milky Way
L'endroit est fantastique. Ça me rappelle un peu la Thaïlande du sud ouest, en encore plus beau. Ça surpasse tout. Des paysages très différents de la Polynésie mais les plus beaux paysages tropicaux que j'ai vus depuis. Vraiment Palau est un joyau qu'il ne faut rater sous aucun prétexte. Existe-t-il encore sur terre de tels endroits totalement vierges s'étendant sur des dizaines de kilomètres ?
Jusqu'à l'heure du déjeuner je n'ai cessé d’être émerveillé. L'appareil photo mitraillait plus que de raison, c'est un signe ! Pour atteindre Megapod Beach où j'ai pique niqué, on passe dans une espèce de chenal entre deux grandes îles qui n'en finissent plus, aux fonds d'une couleur éblouissante avec des coraux qui viennent parfois toucher la surface. C'est plein de recoins, de petits lacs et à un endroit on trouve Secret Lake, un lac qu'on ne peut rejoindre qu'à marée basse car on doit pagayer à travers une voûte creusée sous la roche, basse de plafond. 
Paradise Cove
Et toujours derrière des trous d'eau plats comme un miroir avec des chants d'oiseaux lancinants et envoûtants qui fonctionnent à l'économie. Un ululement ou deux puis ça reprend 10 secondes plus tard, prenant une pause comme pour profiter aussi du calme environnant. En face Secret Lake, dans le chenal, il y a une bouée et des fonds qu'on voit très nettement. Signe d'un spot de snorkeling. Normalement chaque fois qu'il y a une bouée, c'est pour désigner un site de plongée, c'est ce qu'ils m'ont expliqué. Par contre il ne faut pas qu'on y attache le kayak car il faut toujours le garder attaché au pied. En effet c’est plein de courants et je pourrais ne pas arriver à le rejoindre. J'ai donc encore nagé avec un kayak qui voulait m'extirper de là où je voulais rester. Il y avait dans le secteur une dizaine de canoës avec un guide local qui pagayait à genou. Il est venu me parler, me félicitant pour faire ce périple tout seul, comme dans le passé, à la manière de ses ancêtres.
Paradise Cove
Les japonais eux s'étaient arrêtés de pagayer pendant ce temps là pour me tirer le portrait. Une bête de foire je disais, voilà ce que je suis ! Ils n'ont pas tardé à tracer leur chemin dans la direction d'où je venais, me laissant seul avec mon masque et mon tuba. Je suis alors remonté à bord car la visibilité était très réduite, bien que prometteuse vue du kayak. De plus il n'y avait pas grand chose à voir. Pourtant c'est un endroit réputé, mais ce ne doit pas être le bon jour en raison des vents qui brassent tout, même si ici c'est bien abrité.
Avant d'arriver à Megapod Beach, le chenal se rétrécit et la profondeur diminue également pour former presque un banc de sable qui fermerait l'accès. De ce fait les dégradés de bleu sont hallucinants et j'ai été obligé de m’arrêter pour profiter du spectacle. A Megapod je me suis aussi laissé envahir par l'ambiance et la générosité de la nature environnante. 

Megapod Beach

Secret Lake
C'est complètement incroyable : les arbres sont tous penchés, allant chercher la lumière le plus loin possible. Les branches sont à fleur d'eau et le tronc si loin du rivage qu'on se demande comment ils font pour ne pas perdre l'équilibre. C’est plein de plantes qui se montent dessus et qui poussent sans terre, des mousses, des fougères, des orchidées, des plantes épiphytes aux racines aériennes comme de grosses pattes d'araignée... Tout ce petit monde profite de l'aubaine d'avoir trouvé un endroit étagé sur les branches pour s'épanouir loin du sol, squatté à outrance. Ça n'en peut plus ! C'est à qui montera le premier sur l'autre. Je pense avoir des photos incroyables, maintenant ce qui pourrait m’arriver de pire ce serait si mon appareil photo ou mon cahier tombaient à l'eau, engloutissant mes souvenirs.
En mangeant je songeais à la chance d’être ici, si loin, reculé du monde, à vivre une aventure fantastique. 
C'est la première fois où je me retrouve livré à moi même à 100%, devant organiser mon temps pour l'installation du camp, préparer à manger, déballer, ranger, me repérer, avancer contre vents et marées et trouver mon chemin. Et c'est fabuleux. Je réalise que je passe toute la journée sans parler. Ça ne me manque pas, je me nourris d'autres choses qui n'ont pas besoin de mots pour être comprises. Je pensais à Whitney Houston, disparue au fond d'une baignoire malgré ses millions. C'est bien la peine ! Elle ne verra jamais cet endroit qui aurait pu la sauver. Il n'y a que le contact de la nature pour apaiser les esprits tourmentés et éloigner les démons. Je sais que si j’étais déprimé au point de vouloir me suicider j'aurais en dernière force l'idée de prendre un ticket pour aller quelque part dans un endroit paradisiaque. Comment déprimer dans un tel endroit ? Où sont les problèmes ? Tant qu'on a la santé et suffisamment d'argent, le reste devient superflu. L'essence de la vie est dans la jungle et la nature sauvage où mer, forêts, plages et animaux se rejoignent jusqu'à l'apothéose. Palau m'a conquis et ce n'est pas fini !
Après manger, changement de situation, j'ai quitté les eaux calmes du chenal pour me retrouver en prise avec le vent, étant sans cesse ballotté par des vagues qui faisaient pencher le kayak d'un côté, à la limite du renversement. Ça m’angoissait car j'avais encore un peu de chemin avant d'arriver à Long Lake Beach, le campement pour ce soir. La plage est au carrefour de l'entrée d'un bras de mer, cachée derrière un rocher où les vagues viennent s’écraser et déferler tout autour. Par où passer, telle est la question ? Il y a très peu de fond pour arranger le tout et les coraux tout proche. Il faut dire que c'est marée basse. Comme je n'avais pas d'autres choix (il fallait bien que je campe là), j'ai pris mon courage à deux mains, m'emmanchant là dedans en essayant de rester le plus droit possible. Ça passe ou ça casse. Une déferlante m'a propulsé en avant vers un fond corallien à demi émergé. 
J'ai pensé que c'était la fin, que j'allais me pulvériser dessus mais le canoë a glissé sans aucun heurt. J'ai un bon kayak, je suis toujours étonné par sa faculté de flotter dans très peu d'eau. En revanche il a une inertie importante : quand je veux changer de cap c'est toujours très compliqué et le plus simple reste bien souvent de donner un coup de pagaie en sens inverse.
Le campement est bien moins joli que le précédent. Déjà il est exposé à l'est donc il n'y a pas de coucher de soleil à attendre. La plage n'est qu'une langue de sable qui ne manquera pas d’être ravalée une fois la marée haute. Mais surtout c’est plein de trucs rouillés et à l'abandon, des cabines de chiottes renversées, des tas de branchages à moitié brûlés, des trucs en plastique et des glacières qui traînent un peu partout. Ça ressemble un peu à un lieu habité qui aurait été déserté en catastrophe.

Campement à Long Lake Beach

Il y a aussi deux abris en plaques de tôle ondulée y compris sur deux murs. Ils disposent d’estrades en bois où l'on trouve des draps grignotés et des oreillers dont on a peine à déterminer la couleur d'origine. Ça a l'air assez crasseux mais j'ai choisi malgré tout de m'installer sous un des ces abris dont ils avaient eu l'excellente idée de disposer des toiles sur les côtés, coupant le vent. Car le vent souffle si fort qu'il est impossible d'envisager une nuit dehors. J'ai bien trouvé un endroit derrière une cabane, un peu abrité, mais il est à moitié dans la boue avec des trous de crabe de terre aussi larges qu'un ballon de rugby. Je n'ai pas envie de me retrouver nez à nez avec un des ces monstres en allant pisser pendant la nuit. Sans compter le raffut qu'ils risquent de faire dans leur recherche de nourriture. J'ai donc installé la tente sur l'estrade, sans piquet ni double toit. J'ai simplement coincé les arceaux entre les lattes et ça tient bien. L'avantage est que je n'aurai pas demain de tente mouillée à plier. 
Long Lake
Car s'il ne pleut pour l’instant pas, je sais qu'il pleut toutes les nuits. Je commence à avoir l'habitude. J'ai aussi serré quelques cordes qui retenaient les bâches pour éviter qu'elles ne claquent sous l'effet du vent. Le camp était dressé à 15h30, heure parfaite et conseillée pour aller explorer Long Lake, un bras de mer très long qui pénètre loin dans l’île et dont l'entrée est à peine visible. On ne peut y pénétrer qu'à marée montante car sinon il y a si peu de fond qu'il est impossible d'y naviguer.
Le début de Long Lake est spectaculaire, on évolue dans une mangrove où les arbres forment un arc tout autour de soi. C'est à travers cette arche de végétation qu'on pénètre, sans avoir trop à pagayer, poussé par le courant de la marée montante, très puissant qui forme même des tourbillons à certains endroits. Le problème est que c'est si étroit qu'il faut toujours prendre soin de garder une trajectoire bien droite. Au moindre arrêt photo le canoë part de travers finissant par se bloquer dans le passage. Et comme je disais, avec l'inertie qu'il a, il faut toutes les peines du monde pour pagayer dans un sens puis un autre pour essayer de s'extraire. Pire qu'un créneau bien serré !
Long Lake
Après, on quitte la mangrove et ce qui ressemblait jusqu'à présent à une rivière se transforme en l'un de ces bras de mer que j'ai visités de nombreuses fois. Aussi je ne suis pas allé au bout, m’arrêtant aux trois quarts. Ce qui est drôle c'est que dans le lac j'avais affaire à un courant descendant, contrairement à ce qui se passe à l'entrée du chenal. Mais quand j'ai rebroussé chemin j'ai constaté que le courant s'était inversé. En l'espace d'à peine heure je ne reconnaissais plus rien. La mer monte si vite que c'en est inquiétant. J'avais à faire face à un courant devenu plus puissant qui voulait m’empêcher de sortir de là. Comme je n'avais rien emporté d'autre qu'un slip de bain et une bouteille d'eau, ayant tout laissé au camp, je ne tenais pas à passer la nuit là à attendre la prochaine marée descendante qui était en pleine nuit ! J'ai donc donné des coups de pagaie plus énergiques. A l'entrée la mer s'était répandue partout, les arbres surgissaient à présent de l'eau, couverts de mousse. C'était surréaliste et très beau à voir. Il n'y avait plus de plage non plus, les vagues se fracassaient tout autour et le reste de langue de sable était en proie à de gros remous. 
Little Ngeremdiu
C'est d'un coup de pagaie mal assuré que j'ai accosté, me dépêchant de m'extraire du kayak avant qu'une vague n'arrive. Je suis déjà couvert de bleus, n’arrêtant pas de me prendre le canoë dans les tibias chaque fois que je suis à l’arrêt, il n'y a pas besoin d’en rajouter !
Je suis un peu inquiet pour demain, je ne sais pas par où passer pour sortir de là. Je suis arrivé en surfant sur une vague, ça ne marche que dans un sens ces choses là ! Pour sortir, je vais devoir les affronter de face. Je n'ai pas le choix. La mer a un côté effrayant que je n'avais pas vraiment perçu jusque là. Quand on est sur un gros bateau c'est bien différent. Mais sur un kayak ballotté comme une coque de noix c'est une autre histoire. Rien ne peut arrêter la marée, ça a un côté obstiné, violent, inquiétant. Reste à espérer que le vent tombe dans la nuit. Si je suis encore là demain car dans la tente j'ai été en proie à des odeurs de vase et d’œufs pourris toute la nuit, à cause sans doute de la mangrove derrière. C'est peut être pour cela que le camp semble abandonné : ils sont tous morts comme ces chevaux et sangliers victimes des algues vertes sur les plages bretonnes ! Un danger de plus auquel je n'avais pas songé...


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