Google Website Translator Gadget

jeudi 28 mars 2013

L'appel innatendu de Koh Tarutao

De retour pour boulot de Belgique dans un Thalys morose qui sent la déprime, j'occupe mes pensées en me plongeant dans du positif. C'est à dire l'organisation de mon retour en Australie. Chose promise, chose due! Comme il apparait que le plus simple est de prendre Malaysia Airlines (si j’omets les compagnies chinoises dont j'ai lu les pires horreurs sur le net), étant donne la longueur du trajet, pourquoi ne pas en profiter pour couper la poire en deux en allant me ressourcer au passage à Koh Tarutao? Certes ça m ampute d'autant le séjour en Australie mais la sauvagerie de Koh Tarutao m'appelle. Redormir sur la plage, me baigner avec les étoiles, de longues balades le long de plages désertes et sauvages... Comment résister à ça? D'autant plus que si je m'arrête a Kuala Lumpur le billet n'est pas plus cher. Qu'en penses-tu Anne Laure? Tu me suis? Si je n'étais plus assujetti a cette aliénation qu'est le temps de vacances sur le temps de travail je n'aurais pas besoin de tergiverser de la sorte, j'y serais déjà! Pour info, mon retour australien est programmé du 11 octobre au 10 novembre, avant que les pluies torrentielles d'été tournent à la désolation comme la dernière fois!

samedi 29 décembre 2012

L'aventure continue

Ne comptant pas m'arrêter en si bon chemin, j'ai ouvert un autre blog destiné à tous mes autres voyages passés et à venir. Prochaine escale : l'Afrique du sud à partir du 25 janvier 2013. Suivez-moi! http://wildworldtrip.blogspot.com

mercredi 9 mai 2012

Arme secrète


Et voilà ! Comme prévu j'ai repris le travail et ses chaussures avec, assujetties à des ampoules dès la première heure. J'ai marché comme un pingouin toute la journée. Je savais que mes pauvres pieds ne supporteraient plus les chaussures, j'en ai maintenant la démonstration. Il faut dire aussi que je ne suis pas très fin à mettre des chaussures neuves pour l'occasion. Hier j'ai effacé les dernières traces de mon périple. Les livres sont rangés sur la bibliothèque, les affaires lavées et rangées et mon sac en haut de l'armoire. Plus rien ne permet de voir que je suis parti. Il me reste les souvenirs. Et une petite flamme intérieure que je vais protéger de tous les oiseaux de mauvais augure qui voudront s'en approcher.
Ce matin au petit déjeuner je regardais la carte du monde au mur. Je prends conscience d'être allé très loin, le plus loin qu'il soit possible d'aller. Je n'en reviens pas. En le vivant tout me semblait couler de source, tout s’enchaînant comme sur un plateau tournant. J'ai aussi trouvé dans l'appartement des notes avec des destinations et des adresses, du temps où je planifiais ce voyage. Ça me fait quelque chose car cela m'a fait rêvé et tenir pendant très longtemps. Maintenant je n'ai plus rien que des souvenirs et personne qui saura vraiment ce que j'ai vécu et éprouvé même si ce blog en témoigne un peu. Je le relirai à l'occasion mais pas tout de suite. On peut croire qu'avec tout ce que j'ai vu mes souvenirs sont flous et se mélangent les uns les autres. Mais il suffit que je me focalise sur une destination pour avoir des clichés, des ambiances, la lumière, les odeurs qui reviennent. Je peux fermer les yeux et revivre ces instants. Pour combien de temps encore, je ne sais pas...
Au boulot j'ai été accueilli d'un « welcome back » avec la même question qui revient ensuite, à savoir si le retour n'est pas trop dur. Curieusement non. Depuis ma déprime de Koh Lipe, je me sens inattaquable. Sans doute parce que je sais que je suis là pour renflouer le compte en banque avant de repartir. A ce sujet j'ai d'ailleurs décidé d'épargner la moitié de mon salaire pour y parvenir plus vite. Une folie sans doute. Mais ainsi, en travaillant un mois je sais que je gagnerai deux semaines de liberté autour du monde. Ça permet donc de se motiver et de supporter mieux les choses. J'ai été reçu par le remplaçant de ma chef pour m'annoncer les réorganisations. Il m'a dit qu'il ne savait pas si je rentrerais, pensant que j'aurais trouvé du travail en route. Je lui ai répondu que je n'avais pas cherché, en ajoutant que la boîte devait certainement être implantée en Australie, ce à quoi il m'a fait un clin d’œil en guise de confirmation. A quand la mutation ?
Je suis allé sur l'intranet, question de connaître la fréquence à laquelle on a droit à un congé sabbatique. Je n'ai pas trouvé l'information, la note a disparu avec la réorganisation. En revanche j'ai découvert qu'il existait une autre forme de congé, le congé de solidarité internationale (CSI) qui peut aller jusqu'à 6 mois. Ce voyage m'a permis d'y voir clair sur ce qui m'intéresse dans la vie et après une découverte du monde en touriste, j'ai envie d'aller plus au fond des choses. Je me sens investi d'une envie de me rendre utile dans les parcs nationaux comme ce que j'ai déjà écrit. Aussi je me vois bien à terme demander un tel congé pour un ou plusieurs mois. Il ne me reste plus qu'à trouver l'organisation internationale qui me permettra de trouver la mission idéale. Je suis sûr qu'elle existe. C'est d'autant plus réjouissant que je sais que si je venais à être embêté au boulot, j'ai cette arme secrète prête à être dégainée. C'est quand même mieux qu'un congé maladie ! En parlant de ça, j'ai un autre collègue dont j'ai demandé des nouvelles et qui ne va pas bien. Il est en mi-temps thérapeutique, on sait ce que ça cache... En 7 mois, voilà ce qu'on peut devenir aussi. Je prends cela comme un autre signe qui m'est destiné pour que je reparte rapidement. La vie sur terre est comptée, la santé précieuse et il faut en profiter tant qu'on peut. Je n'attendrai pas 5 ou 10 ans pour continuer à vivre mes rêves, ça c'est sûr.

mardi 1 mai 2012

Retour à la normale... ou presque !


Question : que fait-on quand on revient d'un tour du monde après 7 mois ? Eh bien on commence par nettoyer son logement en se râpant le pouce sous le lit. Ça fait très mal et ça saigne ! Ensuite on traîne ses guêtres au supermarché question de manger quelque chose, sans savoir si c'est l'heure du déjeuner ou du dîner ni quand cette heure va tomber. Après, on descend dans la rue en T-shirt, short et tongs comme ce qu'on a toujours eu l'habitude de faire, croisant le regard incrédule de gens blafards qui sont toujours en même tenue qu'avant le départ, une espèce de panoplie qui doit être devenue une seconde peau : parkas, écharpes, bonnets... Des burqa d'une autre nature. Après, on dort 12 heures, se levant à 10 heures du matin, surpris que l'on puisse se lever à ce qui est 16 heures là où l'on était précédemment. Et c’est le drame ! Après un tour du monde, ne prévoyez rien tout de suite après, c'est un conseil. C'est le meilleur moyen pour rater son train, en se levant une fois le train parti ! On ne met pas de réveil, oubliant même à quoi ça ressemblait, certain que l'on serait debout à des heures matinales insensées. Donc, non content d'avoir vidé un compte en banque, on se retrouve à gaspiller de l'argent. Mais rassurez vous ça ne vous atteindra pas, vous êtes passés dans une autre sphère ou un autre niveau, comme dans les jeux vidéos. Des niveaux indépendants qu'on peut rejoindre sans jamais pouvoir revenir en arrière. C'est rassurant. Ensuite, car ça ne s’arrête pas là, à la gare, vous monterez dans le premier train en partance vers la destination de votre choix, ne vous rappelant pas de l'heure exacte à la minute près inscrite sur votre billet dans votre poche. Après 7 mois, les minutes, c'est quoi ? C'est comme un bath, ça n'existe pas. Ça ne commence à être concret que quand il y en a plusieurs. Confortablement installé dans votre siège, content de voir un train fléché Arcachon (ça fait plus fun, vous savez, les surfeurs...), vous serez délogé par un couple étonné d'avoir votre siège et qui vous demandera votre billet comme un contrôleur. Vous aurez beau expliquer que vous êtes bien en voiture 17, place 28, les autres, plus perspicaces, auront vu que votre train est à 11h26 et non 11h19. Ah ? De là, l'unique option est de descendre du train en catastrophe, chose qu'on ne sait plus faire, deux minutes avant son départ pour courir sur un autre quai dont on ne connaît pas le numéro pour rejoindre l'autre voiture 17. Au passage vous aurez remarqué qu'on écope toujours de voitures 17 ou 18, de sorte qu'on finit par se demander ce qu'ils mettent dans les autres voitures. Des pantins ? Mais au final tout finit par s'arranger, il y a une solution à tout. C'est ce qu'un tour du monde apprend. C'est pour cela que rien ne pourra atteindre votre moral. En tout cas pas dès le premier jour....

lundi 30 avril 2012

Le dernier voyage


23:20
En salle d'embarquement, j'attends de monter dans l'avion. Pour un peu il faudrait me pousser. Chaque pas que je fais vers ce maudit avion est une épreuve qui m'arrache à tout ce que j'ai vécu. C'est dur à expliquer, c'est comme couper le cordon. Tous les gens autour de moi parlent français, du temps qu'il fait à Paris, de leurs petites vies et de ce qu'ils vont faire en rentrant. Paris... C’est ce qui est marqué sur mon ticket. C'est bien une destination qui est aux antipodes de ce que j'ai vu. Où sont les cocotiers, la mer, les singes, la jungle, les lagons et les petits poissons ? Et les couleurs, pourquoi va-t-on me retirer les couleurs ? Quand je pense Paris, c’est déjà un ciel plombé qui s'étend devant moi, des trottoirs oscillant entre noir et gris foncé, luisants, avec des merdes de chiens en travers et des gens pressés dessus, des appartements étriqués faits pour des gens étriqués. Bon, j'arrête là, il faut que j'y monte !

7:35
De l'heure de Singapour. Je ne changerai d'heure qu'au dernier moment, contraint et forcé ! Je me suis acheté un oreiller pour dormir, avec le derrière de la tête plat pour éviter d'avoir un boudin qui rentre dans les cervicales. Ça ne m'a pas trop aidé. J'ai dû dormir peut être 3 ou 4 heures, c'est mieux que rien. J'essaierai peut être de me rendormir plus tard car il reste encore 6 heures de vol mais pour l'instant je n'ai plus sommeil. Je vais sans doute regarder un nouveau film. Le choix n'est pas énorme pour essayer d'avoir un film en français. On en trouve bien plus en allemand, espagnol, russe ou italien. C'est très curieux. Tout à l'heure j'ai regardé « Carnage » de Roman Polanski avec Jodie Foster et Kate Winslet. Comme j'aime bien Jodie Foster j'ai été gâté. C'est une bonne comédie jubilatoire qui se passe en huis clos. Ça pourrait presque être une pièce de théâtre. L'histoire est toute con : deux familles de parents qui se réunissent suite à l'agression d'un de leur fils par celui de l'autre famille. Les choses vont alors crescendo et le jeu de Jodie Foster et surtout de Kate Winsket que je trouvais jusqu'alors aussi expressive qu'une vache en bord de voie ferrée est excellent. Si vous pouvez mettre la main sur ce film, vous ne regretterez pas.
Sinon, l'A380 est vraiment un bel avion. On n'entend presque rien. Au moment du décollage on voyait le paysage défiler comme si on était dans un TGV. Il est très bien insonorisé. Ils ont prévenu à plusieurs reprises de turbulences, je n'ai rien senti. C'est la première fois que je monte dans un tel avion. Et il est complet. Sans doute la faute au premier mai.

10:23
-62 degrés dehors par 11582 mètres d'altitude. Brrr... Nous survolons l'Ukraine, au dessus d'Odessa à 882 km/h. Espérons qu'ils ne sont pas en train de faire des essais de missiles...Il y a une photo satellite, ça n'a pas l'air très vert, ça ressemble à un patchwork de dégradés beige-orangés. Des champs sans doute. Il reste 2367 kilomètres... Voilà le journal du bord.

12:37, ou 6:37
Cette fois on est au dessus du Luxembourg à 12194 mètres et on arrive dans 40 minutes. Que de kilomètres parcourus depuis le début. Je vais revenir avec 10 degrés, il faisait meilleur le 1er octobre ! Comment se réhabituer à ce pays où les températures tournent dans les 10 degrés pendant 7 mois par an ? La vie est courte, c'est du temps perdu pour rien, je ne suis pas une marmotte ! Il va vite falloir que je reparte.

dimanche 29 avril 2012

Retour à Singapour


Aujourd'hui j'ai erré sans but dans les rues noires de monde de Singapour, comme une âme en peine. Je n'avais pas étudié les endroits à voir, pensant sans doute que le hasard me mènerait au bon endroit. Ça commençait bien, au moment de prendre le métro pour aller dans le centre, le guichetier m'a demandé où j'allais. Je lui ai répondu : « j'en sais rien » ! Je pensais qu'il m'aiderait sur les endroits incontournables mais il n'en avait rien à foutre. C'est ça les grandes villes, les gens sont tout de suite moins sympas. Et puis c'est quoi ce système où l'on paye à la station ? Ce n'est pas un ticket qui permet d'aller où l'on veut, si on descend à la mauvaise station, catastrophe, le tourniquet doit rester bloqué et la sécurité doit débarquer pour vous menotter. Car ici ils n'ont pas l'air de rigoler avec ça ; il y a des vigiles un peu partout, discrets mais qui scrutent les écrans des caméras à la recherche de resquilleurs.
Oui c'est un aéroport, pas une salle d'exposition!
L'aéroport est un modèle de modernité pensé pour les voyageurs. Rien à voir avec Roissy qui doit faire à peine mieux qu'un aéroport africain. C'est vaste, on ne se rendre pas dedans, il n'y a pas de couloirs glauques et interminables et ils ont même un métro aérien pour passer d'un terminal à l'autre alors qu'on peut les relier aisément à pied. Et exit les heures d'ouverture d'enregistrement riquiqui, je me suis présenté au guichet de Singapore Airlines à 10h30, plus de 12 heures avant le vol et ils ont enregistré mes bagages. Je n'en revenais pas ! Je comptais les laisser en consigne, nul besoin. Du coup j'ai tout enregistré. Si un bagage se perd, ce n’est plus grave et comme ça je ne risque pas de me faire de tour de reins. A signaler que de ce côté là je n'ai eu aucun souci. C'est un peu ce qui me faisait peur dans ce périple, de me coincer le dos avec toutes ces allées et venues. Rien de la sorte. Je devrais faire des tours du monde plus souvent !
C'est donc débarrassé d'un poids que j'ai pris le métro. Ils vendent des pass touristiques pour une journée à des tarifs intéressants mais ces idiots ne les vendent que dans un espace dédié qui n'ouvre que quelques heures par jour. Prochaine ouverture : midi ! Ça doit être fait exprès pour dissuader les gens de choisir cette formule moins rentable. Comme il fallait choisir une destination, j'ai regardé le Petit Futé, retenant quelques noms de lieux incontournables : Orchard pour le shopping, Little India, pittoresque et juste à côté et Raffles, pour boire un coup ou manger, tout ça à peu près dans le même secteur. Ils ont aussi un jardin botanique remarquable avec plein d'orchidées mais je n'ai pas réussi à savoir comment on y allait, aucune des stations du métro ne portant un nom comme « botanical garden ». Le métro est très agréable, spacieux, large, aérien quand il peut, avec les sièges qui se font face dans une voiture unique. Les portes ont une double sécurité, avec une porte également sur le quai, pour éviter les suicides. Un métro bien pensé, quoi ! Il y a des annonces sonores, des bandeaux lumineux qui annoncent la station courante, la prochaine et qui souhaitent la bienvenue. Toutes les annonces se font en anglais. Il semblerait que ce soit la langue officielle de Singapour. Qu'on m'excuse mais je ne me suis pas du tout renseigné sur ce pays, je ne connais donc rien, si ce n'est que la population est d'origine chinoise à plus de 90%. Je m'attendais donc plus à voir des choses écrites en chinois. Y a un truc un peu moins bien en revanche, c’est que je dépasse tout le monde allègrement. La moyenne nationale doit être d'1m50. Et alors me dira-ton ? Eh bien je me cogne à toutes les portes, voilà ! Et puis je ne sais pas ce qu'ils ont avec la climatisation, elle est à fond partout, quand on passe devant un magasin on a l'impression d'ouvrir la porte d'un congélateur de chez Picard. Ils sont dans un pays chaud et cherchent à avoir froid. Quelle ironie !
Le métro était agréable au début, ça ne l'est pas resté longtemps. J'avais une place assise mais les gens rentraient là dedans en se montant dessus, créant des débordements sur mes genoux ou mes pieds, qui sont rappelons-le, nus. Je refuse toute chaussure ! J'ai des chaussettes au cas où, que je mettrai avec des tongs si le froid sibérien est toujours de mise quand j'arriverai. Il a fallu aussi que je me farcisse des haleines fétides et des gens qui puent, comme celui face à moi qui avait l'air au bord du malaise et dont je craignais qu'il ne me vomisse dessus. Bienvenue à la ville !
En descendant à Orchard, je me suis demandé ce que je faisais là. Des temples dédiées au dieu consommation, avec des boutiques de luxe mégalo à la devanture haute comme un immeuble parisien. Dior, Yves Saint-Laurent, Prada, Armani, Gucci... ils y sont tous. Et c’est plein de midinettes qui se la pètent avec l'oreille rivée au téléphone. Je cherchais un truc où manger, j'aurais plus aisément trouvé des diamants. 
Ça s'est terminé dans un Mac Do sur-climatisé à manger un hamburger pourri. Ensuite j'ai voulu quitter toute cette foire aux vanités, qui se remplissait de plus en plus de monde à mesure que l'heure du déjeuner était dépassée. J'aurais mieux fait de rester à l'aéroport. Que de stress, de bruit et d'agitation ! La jungle n'est pas où l'on croit. Mes impressions pas folichonnes de la dernière fois ne sont pas meilleures aujourd'hui. Mais je crois qu'après avoir vécu tout ce que j'ai vu et en plus un jour de retour alors que le cœur n'y est pas, aucune ville ne trouverait grâce à mes yeux. Je suis mieux dans la jungle avec mes singes. A Koh Tarutao, tiens ! Tandis que je prenais ce qui me semblait la direction de Raffles, à la seule observation du soleil, j'ai dû me farcir des trottoirs de gens qui piétinaient. Je commençais à étouffer sérieusement et je jouais des coudes en pensant « qu'on me sorte de là, au secours ! ». Tout ça pour revenir à Orchard par un autre chemin, bravo mon sens de l'orientation ! C’est la première fois qu'il me joue des tours. Il faut dire dans une ville avec des grattes ciels et en plein midi, difficile de savoir où est le sud. J'ai donc repris le métro, complètement engorgé. C’est bien la peine qu'on vienne me chercher pour m'épargner le RER, j'ai droit un peu à ça ici. Ça reste quand même plus supportable, je suis à l'étranger et beaucoup rêveraient de visiter Singapour. Moi pas. Ça m'inquiète un peu. Déjà qu'avant je n'aimais pas beaucoup la ville, j'ai l'impression que c'est pire maintenant après cette pause de 7 mois au grand air. Il faudra que je sois courageux, je n'ai pas le choix. En partant on me disait que j'avais du courage. C'est pour le retour plutôt qu'il faut en avoir du courage.
En arrivant à Raffles je me sentais entre deux eaux, là sans être présent, perdu dans le cosmos intersidéral. Je marchais comme un automate et j'ai échoué sur une vague pelouse le long de Singapore River. Je suis peut être devenu un orang-outan, « l'homme de la jungle ». En tout cas j'ai fait un petit somme qui m'a un peu requinqué et m'a permis de finir l'après midi de façon plus optimiste. Le coin de Raffles est ce que j'ai vu de plus joli jusqu'à présent à Singapour. Ça ressemble un peu à Sydney, avec les grattes ciels qui se reflètent dans la rivière qui ressemble à un des ces bras de mer de Sydney. Tout le long c'est une suite ininterrompue de restaurants et de bars en terrasses avec des serveurs qui harponnent le client. Je voulais y manger ce soir, j'ai plus l'impression que c’est un truc attrape touristes avec des menus longs comme le bras inscrits sur des cartes en plastique peu avenantes. Il y a aussi tout un tas de pubs anglais ou irlandais qui débordent d'anglo-saxons bavards. Étrange qu'il se retrouvent tous là. Le mal du pays ? J’aurais un truc français, je le fuirais en vitesse, tu parles d'un dépaysement !
Adieu frisottis infâmes, place à l'homme moderne!
Tandis que je marchais j'ai trouvé un salon de coiffure à l'étage d'un de ces restaurants. La belle affaire ! Comme j’avais du temps devant moi, c'était l'occasion rêvée. Je crois que j'ai dû tomber dans un truc un peu chic, où l'on m'a servi du thé pendant que la coiffeuse faisait le bilan du désastre en soulevant les mèches du bout des doigts d'un air dégoûté à peine caché. Je faisais vraiment pouilleux, avec mon sac à dos en bout de vie et troué, à la couleur douteuse. D’ailleurs, alors que j'avais été installé d'office sur le siège de travail, j'ai été invité à descendre de là pour passer au shampoing... Quoi, qu’est ce qu'ils ont mes cheveux ? Ils ont l'air dégueulasses, filasses et tout ce qu'on veut mais je les lave tous les jours, ils sont propres, il ne faut pas se fier aux apparences. Finalement, elle a fait un bon boulot, tout au ciseau, contrairement à l'autre de Sydney. Je lui ai dit que la dernière fois remontait à il y a trois mois et elle a marqué un temps d’arrêt, interloquée, avant de rajouter que le coiffeur c'est tous les deux mois maxi. Qu'on se le dise ! J’aimerais la voir dans la jungle, elle ferait comment ? Elle s'est bien appliquée et m'a même coupé les poils des oreilles (avec l'âge j'ai du poil fou qui pousse, il reste translucide mais fait des poireaux inesthétiques!). Quand enfin elle a obtenu un résultat qui lui semblait satisfaisant, elle m'a dit : «before it was a mess, now you're handsome ! ». C’est vrai que je ne me reconnais pas, ou plutôt si ! Je me retrouve, l'homme des bois quitte ses apparats. Signe d'une nouvelle ère et d'une page qui se tourne... De toute façon je suis obligé de la tourner cette putain de page !
J'ai usé l'appareil photo. J'ai voulu sortir le flash pour prendre ma nouvelle tête en photo et depuis il ne prend plus de photo, j'ai un message d'erreur qui dit que le flash n’est pas disponible. Sauf qu'il sort automatiquement et empêche de prendre la photo. Je dois donc utiliser un autre mode. Je pense que c’est la pluie d'hier qui n'a pas dû l'arranger des masses. Il n'aurait pas fallu que mon tour du monde dure un jour de plus ! Pour le moment il est 20:16 et je vais poster ce message avant d'aller manger. J'ai faim ! Avec un Mac Do' dans le ventre, ça ne nourrit pas la bête...

samedi 28 avril 2012

Un comité d'adieux


Croquignolet, n'est ce pas?
J'ai été privé de parachute ascensionnel aujourd'hui. La faute à la météo. Je suis donc allé squatter au Mutiara où j'ai été consolé par des singes, et pas n'importe lesquels, des créatures que je n'avais encore jamais croisées. Tandis que j'attendais qu'une averse passe, assis dans le lobby face à la piscine, j'ai vu qu'ils vendaient des peluches Dusky Leaf Monkey au profit d'une œuvre de charité. Elles sont adorables et j'étais à deux doigts de m'en acheter une. Mais j’aurais préféré en voir en vrai. Ils sont velus avec le pourtour des yeux et de la bouche cerné de blanc. Je n'en ai encore jamais vu. C'est comme si j’avais fait un vœu, immédiatement exaucé. J'ai été alerté par du remue ménage, par une fille en train d'en caresser un juché sur un poteau, tout en lui donnant des pommes. Ce n'est pas faute qu'il y ait à l'entrée un panneau « please do not feed the monkey ». Je ne l'avais pas vu moi non plus auparavant sinon cela m'aurait alerté sur la présence possible de ces bestioles. 
La fille m'a laissé la bestiole libre le temps qu'elle retourne à son bungalow chercher des provisions supplémentaires. Le changement de personnage lui a déplu. Quand j'ai approché une main pour le caresser il s’est mis à vouloir me donner des baffes en grondant. J'ai réussi à me le mettre dans la poche en lui donnant des restes de pancakes et de pommes qu'il avait laissés tomber par terre. Je les avais mis dans le creux de ma main que je lui ai tendue. Il a avancé la sienne tout doucement, s'emparant de ce que j'avais, délicatement., sans m'arracher un doigt ! C'était presque comme une caresse. Il avait la peau des doigts toute soyeuse. Ça me rappelait mes petits gris. Ils doivent être cousins, car déjà le nom s’en rapproche, entre Silver Leaf et Dusky Leaf, il n'y a qu'un pas. Et puis ils sentent la bouse de vache tout pareil. Les macaques aussi du reste, de sorte que je sais identifier la présence de singes dorénavant à leur odeur. Par contre j'ai évité de le toucher, il me tournait souvent le dos aussi je craignais un revirement de situation toutes dents dehors. On ne sait jamais comment ça va réagir.
La pluie a fait rapprocher ces singes que je n’avais pas vus les autres jours. Ils cherchent à ce qu'on leur donne à manger, la recherche de nourriture par eux mêmes devant être pénible sous la pluie. Il y en avait plusieurs dans les arbres, une vraie colonie, recroquevillés sur eux mêmes, faisant le dos rond pour que la pluie les mouille le minimum. La fille a fini par réapparaître et a semblé dépitée de me voir avec son jouet. Elle m'a demandé si je voulais une photo et quand elle m'a redonné l'appareil elle en a profité pour prendre la place vacante. Je l'ai donc laissée seule avec son ami et son sac de pommes, cherchant ceux qui étaient dans les arbres et qui donneraient des clichés un peu plus sauvages. Malheureusement une nouvelle averse est arrivée, m’obligeant à tout interrompre. Au bout d'un moment, alors qu'il pleuvait toujours j'y suis retourné, armé de papier essuie tout piqué dans les toilettes. 
Je n'allais pas risquer de les voir partir sans les avoir vus davantage. Car ils pouvaient bien repartir comme ils étaient arrivés, d'une minute à l'autre sous l'impulsion de leur leader. C'est mon dernier jour, si je dois casser l'appareil photo eh bien tant pis ! Je prenais soin tout de même de bien l'essuyer dès qu'il était un peu trop mouillé.
C'est un beau cadeau que me font là mes petits singes, c'était comme s'ils s'étaient déchaînés pour me dire au revoir. Pourquoi le dernier jour ? Quelle étrange coïncidence ! Je voulais terminer mon dernier jour en beauté en faisant quelque chose d'exceptionnel, voilà que le sensationnel c'est eux ! Je tiens là les meilleurs clichés que je n'ai jamais faits, avec des bouilles rigolotes. J’en avais les yeux humides de joie. Je les ai bien observés, on dirait des peluches qu'on a envie de caresser. Ils ont un zizi comme nous, en miniature, sauf qu'il est tout gris et ridé façon trompe d'éléphant. Ils ont aussi des tétons. 
Je sens qu'on est de la même famille, c’est presque comme s'ils étaient des frères. C'est ce qui est fascinant avec les singes. Ça reste un animal sauvage et pourtant l'homme ne semble pas lui faire plus peur que ça, comme si lui aussi sentait des affinités. J'ai passé la matinée à les traquer ainsi, d'arbre en arbre. Ils ne restent jamais au même endroit très longtemps. Il y avait des hornbills dans les branches en train se se sécher les ailes en les déployant entre deux averses, je les ai regardés un moment avant de revenir aux singes. L'attrait de la nouveauté... Cela m'a conduit à me faufiler entre les bungalows, limite à monter sur leur terrasse pour avoir un meilleur angle d’observation. Rien ne m’arrêtait. Je me suis retrouvé ainsi nez à nez avec une bande des ces nouveaux petits gris, assis en rangs d’oignons sur la rambarde d'un bungalow, celui d'allemandes occupées à les nourrir. 
C'est dur d'être sous la pluie
Elles avaient sorti le grand jeu : quartiers d'orange, crackers, cacahuètes, bananes. Elles n’arrêtaient pas de rentrer dans le bungalow pour en ressortir avec de nouveaux trucs prêts à ravir les singes. Elles avaient un magasin derrière ou quoi ? Dans cette agitation, de nouveaux venus surgissant en sautant d'arbre en arbre jetaient un coup d’œil par dessous le toit. Les deux allemandes sont vite devenues des porte-singes. Ils leur sautaient sur les épaules, sur l'avant bras, d'autres se mettaient debout, tirant un pan de jupe pour signifier leur présence. Dans ce ballet de singe, j'ai eu mon ticket d'entrée. Les allemandes m'ont donné une petite boîte de raisins secs pour que je joue aussi avec eux. J’avais un peu moins de succès qu'elles, les singes avaient bien compris qu'il y avait plus à obtenir avec elles. Malgré tout ils venaient se saisir des raisins, tirant un peu ma main à eux pour éviter d'avoir à trop se déplacer. Fainéants en plus ! Ce ne sont pas des morfales qui engloutiraient tout en même temps. 
Au lieu de cela devant une main pleine de raisins, ils en saisissent un qu'ils prennent le temps de déguster avant de passer à l'autre. Il y avait aussi une mère avec son petit, tout orange lui aussi comme pour les petits gris, qui piaillait car il n'arrivait pas à téter avec tout ce remue ménage. J'ai cru que la mère s'était pris les pieds dans une corde, jusqu'à ce que je comprenne que ce long machin gris c'était le cordon ombilical qui pendait de son bébé. Pour qu'il ne soit pas encore sec et tombé, ça prouve que la naissance ne devait pas remonter à très longtemps.
Après ce feeding inattendu, les dusky leaf sont retournés s'éparpiller dans la jungle du Mutiara et j'en ai profité pur me rendre sur la plage prendre un bain avant d'aller me rassasier un peu. Il ne pleuvait plus, c'est déjà ça. En tout cas ce n'est pas aujourd'hui que je m'enverrai en l'air ! Du coup, j'ai demandé le cocktail du jour pour accompagner un menu végétarien que je venais de commander, un truc typiquement indien plein de légumes en sauce tantôt rougeâtre, tantôt verdâtre. Ça n'a pas l'air très appétissant comme ça mais c’est très bon ! Le cocktail aussi. Comme c'était 14 heures, il avaient une formule «buy one, one free ». Au bout du premier je me sentais déjà parti. Et pas pour Paris ! Au second je vous dirai où je suis, si je m'en souviens. 
Mais je prends des notes, je triche ! Je ne sais pas ce qu'était le cocktail du jour mais il est bon, j'ai pris ça les yeux fermés. Je verrai la composition en retournant à la chaise longue, c'est affiché à l'entrée du restaurant en plein air. C'est mon dernier jour, qu'on me pardonne ! Je suis contre les paradis artificiels mais je crois que je prendrai du vin dans l'avion, plus que de raison. J'aurai besoin de ça pour oublier que je suis de retour. Les mets indiens, c’est bon, mais ils tachent bien une belle nappe épaisse et immaculée ! Avec un cocktail du jour dans le nez, ça n'aide pas. J'essayais de cacher les tâches sous les assiettes ou les dessous de verre mais à la fin j'ai dû renoncer : trop de tâches ! Les allemandes du bungalow ont débarqué pour déjeuner à 14h30. Elles sont détraquées, pour des allemandes ! Je suis un vrai concierge, rien ne m'échappe avec mon calepin qui doit donner l'impression que je vais dresser un procès verbal... Au fait, en partant, j'ai jeté un coup d’œil aux ingrédient du cocktail, j'ai honte de l'écrire : gin, liqueur de banane, blue curaçao, vodka, jus de citron vert, jus d'ananas et jus d'orange. Tu m'étonnes que ça tape ! Je n'aurais jamais pris ça ailleurs mais là en face de la mer et au pied des montagnes pour un dernier jour de plage d'un tour du monde de 7 mois, l'occasion fait le larron !
Au revoir mon ami. Ne fais pas cette tête là...
J'ai bien eu raison d'avoir bien profité du premier jour à Langkawi pour explorer un maximum. C'était le seul jour où il a fait grand beau. Avec cette mousson qui ne dit pas son nom, je m'en doutais un peu. Le scooter ne m'a été d'aucune utilité aujourd'hui, pour faire le Géopark - le Mutiara, j'aurais très bien pu le faire à pied. Ça se fait facilement, j’avais déjà essayé un soir. J'ai passé le reste de l'après midi sur la plage, à me baigner et à essayer de profiter des derniers instants qui me sont donnés. Un moment j'ai eu envie de reprendre le scooter, question d'en profiter un peu en retournant à la cascade de Seven Wells, mais pris dans une torpeur paralysante, j'ai préféré rester là à faire un peu la sieste et à prendre un dernier bain. L'ultime d'une longue série qui a commencé dans le Pacifique Est, à Los Angeles pour se terminer ici à 18h15 dans la mer d'Andaman. 
A présent j'ai l'impression qu'on m'arrache un peu de là. J'ai aussi dû rendre le scooter. Signe que la récréation est finie. J'essaie de ne pas déprimer mais j'avoue que j'ai eu du mal à m'endormir et que j'ai eu une nuit très agitée. A la veille d'une longue nuit dans un avion ce n'est pas l'idéal. Au fait, pour l'avion de retour, c'est arrangé. J'ai pu avoir un siège côté couloir lors de l'enregistrement en ligne. Il était ouvert alors que je dormais, aussi j'avais demandé à mon père de le faire pour moi. C'est mon assistant personnel et il fait ça très bien. J'ai besoin de quelqu'un de confiance qui puisse gérer des trucs depuis la France et que je ne peux pas faire ici, comme la consultation de comptes et le transfert d'argent. Il m'aide bien.
Ce soir j'ai pris un dernier repas au Mutiara. C'est le jour des dernières fois. Mais aussi des premières avec les singes, c'est ça que j'aime bien. 
Tous les soirs au restaurant de la plage il y a un groupe qui reprend des succès internationaux. C’est surtout la fille qui chante mais parfois le guitariste s'y met. Ils chantent très bien, ils pourraient remporter ces télé-crochets à la con haut la main. Je regardais la chanteuse, elle triche un peu. Elle a devant elle une tablette qui doit lui donner les paroles car elle est souvent à faire glisser son doigt dessus l'air de rien, sans doute à la recherche de la prochaine chanson. Pendant ce temps, la femme de ménage essuyait la scène de devant à l'aide d'un balais serpillière, au rythme des chansons. C’est la danse de l'été, tous à vos balais ! Le groupe me fait un peu de peine, personne ne les regarde ni ne les applaudit. La chanteuse m'a sourit car elle a vu que je regardais son spectacle. Je n'allais pas pour autant applaudir, quand on est seul à le faire ça ressemble un peu à grand moment de solitude. Je me souviens d'une performance remarquable qu'elle avait faite il y a quelques jours, en reprenant ce morceau insupportable d'Adèle, « Rolling into deep », le truc qui a raflé toutes les récompenses de la musique aux USA et qu'on ne peut pas ne pas avoir entendu, étant désormais devenu un classique dans les supermarchés. Eh bien, mis à sa sauce, en version rock et débarrassée de ses airs jazzy et de ses minauderies, ça donne très bien. Et elle envoyait bien le refrain, on aurait dit du Pat Benatar bien pêchu. Elle m'a fait aimer la chanson, c’est peu dire !
Saturday Night Fever
Après on a eu un show 70's avec danses à moulinets et perruques afro et fluo comme il se doit. La chorégraphie était bien léchée, il n'y avait pas de faux pas. Ils avaient bien dû répéter. Pour un petit truc d'un restaurant au bord de l'eau, c'était la fièvre du samedi soir ! Ils m'ont fait passer un bon moment et pris dans la fête j'ai craqué et ramené à l'hôtel un adorable Dusky Leaf Monkey en peluche ! Il a une bouille trop rigolote. Qu'est ce que je vais en faire, c’est une autre histoire. Il me servira de souvenir, c'est mieux que l'assiette en plastique ! Et puis j'ai fait une bonne action, l'argent ira à une association qui s'occupe d'orphelins. Et pour 30 ringgits, je m'en remettrai. Je suis rentré à pied, les laissant s'amuser aux rythmes de « All night long » de Lionel Ritchie repris par le groupe. Je serais bien resté plus longtemps mais j'ai les bagages à préparer et surtout je ne veux pas rentrer à l'hôtel trop tard, il m reste encore le taxi à réserver pour demain matin avant que tout le monde ne soit couché. Je dois rejoindre Singapour et c’est le seul vol de la journée à y aller. Pas question de le rater...

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...