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dimanche 4 mars 2012

Le calvaire du vieux volcan

Comme hier la fin d'après midi a été amputée par l'orage et que les paysages semblaient prometteurs, j'avais ce matin dans l'intention d'y retourner, et plus précisément de tenter l'ascension du vieux volcan, accessible par une randonné de 45 minutes si l'on en juge la carte du gîte. Ça fait moins long que les trois heures du mont Hibok Hibok, de toute façon toujours dans les nuages sauf le jour où je suis allé à White Island. Et le vieux volcan a encore suffisamment sa tête pour offrir j'en suis sûr une belle vue.
Auparavant, dès que je suis sorti du chemin de Action Geckos, j'ai été attiré par le panneau fléché « Caves », là où l'on s'était donné rendez vous hier avec le type de la moto. Non pas que ça ait quelque chose à voir avec des grottes mais juste parce qu'un chemin en part vers la mer, permettant d'avoir accès à la plage d'un point différent de celui du gîte. Un moment le chemin sa transforme en sentier pour se faufiler à travers une cocoteraie qui mène à la plage où plein de pirogues sont sur le sable. L'endroit a de quoi ravir quiconque veut prendre des photos du mode de vie des locaux. Il y a des filets de pêche à sécher, de différentes couleurs, des roses, des mauves, des blancs. Les pirogues aussi sont de toutes les couleurs, principalement des jaunes et vertes.
On trouve des cabanes faites de bric et de broc servant à entreposer le matériel de pêche et servant accessoirement d'abri où certains dorment dans des hamacs ou font sécher du linge. Autour d'un de ces cabanons j'ai même aperçu un potager, bien entretenu, ratissé et désherbé. Pas besoin de faire des kilomètres pour avoir des scènes de vie, ça se passe juste à côté du gîte ! Je me baladais là dedans comme si j'étais chez moi, touchant les pirogues, m'approchant des filets. J'aurais pu piquer tout ce que je voulais. Apparemment ils ne doivent pas être très voleurs dans le coin, je vois souvent des motos garées avec le casque posé sur le rétroviseur et les clefs sur le contact. Faut dire, tout le monde à l'air de se connaître et sur une île ça n'irait pas très loin.

La vue depuis le vieux volcan

En allant vers le vieux volcan il y a un beau point de vue, au niveau d'une portion de la route en travaux qui devient à une seule voie. De là on voit le vieux volcan et une baie aux eaux émeraudes encerclées par des rochers noirs, comme brûlés et blottie dans une jungle luxuriante. J'avais pris une photo hier soir malgré la pluie mais là avec le soleil ça rend bien mieux. Juste après on arrive au chemin qui mène au vieux volcan. On ne peut pas le louper, c'est fléché, il y a un parking et des boutiques devant. Et pourtant hier je n'avais rien vu, sans doute crispé sur la moto et obnubilé sur mon but : arriver le plus vite possible avant que je ne choppe la crève.
La visite est payante, c'est un classique. Et c’est là que commence le calvaire. On va dire encore que je me plains mais pas du tout ! C'est un calvaire, vrai de vrai, composé de stations avec des scènes des derniers instants du Christ illustrées par des sculptures grandeur nature en pierre blanche qui jalonnent le sentier.
Il y a en tout 15 stations :
1- Jésus est condamné à mort
2- Jésus doit porter la croix
3- Jésus tombe pour la première fois sous sa croix. C'est là où j'ai eu une pensée, me disant que si c'était vrai, ce n'était pas juste et qu'il n'avait pas mérité ça. J'ai même versé une larme!
4- Jésus rencontre sa mère affligée
5- Simon aide Jésus à porter sa croix
6- Veronica essuie le visage de Jésus
7- Jésus tombe pour la seconde fois
8- Jésus parle au peuple de Jérusalem
9- Jésus tombe pour la troisième fois
10- Jésus est ôté de ses vêtements
11- Jésus est cloué à la croix
12- Jésus meurt sur la croix
13- Jésus est détaché de la croix
14- Jésus est placé dans la sépulture
15- La résurrection
Après ça se termine en cul de sac ! J'ai fait tout ce calvaire pour rien, à part faire des signes de croix et des génuflexions devant des stations. Il m'avait semblé en montant qu'à un moment un chemin de chèvre partait dans les éboulis. En rebroussant j'ai donc essayé de passer par là mais ça grimpait raide sur une espèce de terre sableuse qui se dérobait sous mes pas. Je ne suis pas allé très loin de la sorte, surtout qu'après ça se perdait dans des herbes non foulées au milieu de roches volcaniques. Je ne tenais pas à finir comme Jésus, cloué sur je ne sais quoi ! Un peu plus loin un autre truc de la sorte est apparu que j'ai tenté à nouveau. Pour rien, là encore, me tenant à des tiges d'herbes pour me rassurer. En cas de chute c'est sûr que ça n'allait pas me retenir.
Du coup, en ayant marre et crevant de chaud j'ai mangé à côté d'une station car elle était à l'ombre, avec un Jésus qui peinait. J'avais des scrupules à manger mon hamburger à côté, m'étant mis à mes aises, torse nu et les pieds au vent...
Malgré tout, bien que je n'ai pas réussi à monter en haut du volcan, le chemin permet de bénéficier d'une vue qui à défaut d’être panoramique sur toute l’île donne un bel aperçu sur une baie et les montagnes avoisinantes. D'ailleurs, de là, j'ai pu voir qu'il y avait une plage juste en bas, au niveau d'une jetée. L'endroit parfait pour me délasser et me rafraîchir. La plage n'a pas été simple à trouver. Elle se trouve dans une anse avec des bâtiments à l'abandon derrière, le tout en contrebas de la route. J'ai trouvé dans un virage un sentier pentu qui avait l'air d'y mener. Je me suis emmanché dedans, les freins à fond, sans savoir si je pourrais remonter vu le dénivelé.
Le mont Hibok Hibok, 1250 m
La plage était plus jolie vue d'en haut, ce n'est pas vraiment une plage mais plus un rivage d'où les gens partent et accostent pour aller pêcher. Le sable est gris et il y a un gros conduit en béton que se jette là, sans savoir si c'est pour charrier l'eau d'un ruisseau ou les égouts du coin. Il est à sec alors je suis allé me baigner, en restant tout au bord car on ne voit rien au fond, vu que le sable est sombre, à part des rochers avec des algues vertes. J'avais peur qu'il y ait aussi des tessons de verre ou des boîtes de conserve rouillées. Au moins au bord, je voyais le fond. Seulement à remuer dans 20 centimètres de profondeur ça ne suffit pas à y passer l'après midi. Je suis donc sorti, reprenant la moto dans l'idée d'aller me baigner en face du gîte où je n'ai pas encore essayé de me baigner. C'était un peu crétin d’être là alors que le plage du gîte est plus belle et a des transats.
Sur la route j'ai senti un truc voler dans les airs au dessus de moi, un gros bestiau. J'ai levé le nez, c'était un coq qui passait comme un ange, blanc et noir en chantant en même temps. Si on peut appeler ça un chant...
Je croyais que ces volatiles ne volaient pas, celui là planait comme un aigle. Je ne croyais pas cela possible. Au gîte je n'ai pas profité de la plage bien longtemps, le ciel est devenu tout gris au bout de 15 minutes, la faute au volcan Hibok Hibok qui attire les nuages comme un aimant. Dès qu'il y en un qui passe par là, il reste à tournicoter autour, en orbite. A force ils finissent tous là, c'est l'effet barbe à papa. Et les fins de journée sont quasiment toujours les mêmes : maussades, ventées et couvertes.
Il y a des français qui sont arrivés aujourd'hui, 2 groupes qui ne se connaissent pas. Une famille de 3 et un groupe de 4 avec l'accent du sud. Alors qu'après le dîner je rédigeais le blog en restant à ma place, j'ai préféré aller m'éclipser dans le bungalow plutôt que d'entendre parler français. Ça me rapproche trop de ce que j'ai fuit et je n'ai pas fait tout ce chemin pour entendre ça. Ça ne me dépayse pas, j'ai l'impression d’être à la terrasse d'un café à Paris !


samedi 3 mars 2012

Le tour de Camiguin


Je suis parti aujourd'hui pour faire le tour de Camiguin en moto. Mais avant j'ai demandé à Michelle les coins qu'elle me conseillait de voir le long du parcours. Carte à l'appui elle m'a dit que de l'autre côté de l’île, au sud-est, se trouvait un spot de snorkeling remarquable, à Cantaan Kabila White Beach avec des bénitiers géants et une belle plage de sable blanc, suffisamment rare sur Camiguin pour mériter un détour. Par contre il faut prévoir 200 pesos entre les droits d'accès et la visite en snorkeling qui ne peut se faire qu'avec un guide. Ensuite elle m'a dit que je pouvais poursuivre sur J&A Fishpen Restaurant à une encablure de là, où ils servent de délicieux poissons très frais. Enfin sur le retour elle m'a conseillé de prendre une route qui part du village principal, Mambajao, et part sur les hauteurs, au niveau de Phil Volcs Station, une station de surveillance du volcan d'où l'on a de superbes panoramas. L'affaire était entendue, je lui fait confiance. Par contre le temps étant incertain ce matin, j'ai préféré faire le tour dans l'autre sens, question d'avoir le panorama sous le soleil.
White Island
Il était 10 heures quand je suis parti. Je me suis dépêché car des nuages arrivaient au loin alors il fallait que j'arrive en haut avant que tout soit plongé dans le gris. Pas terrible pour un panorama. Sur la route qui monte à la station d'étude, c'est plein de petites maisons, plus des cases minuscules en feuilles de cocotiers et tôle ondulée - c'est la maison Phénix de Camiguin - desquelles s'échappent des flopées de mômes et de gens qui viennent sur le bord me faire des coucous de la main et m'accueillant avec de sonores « Hello ». A Camiguin la population est très chaleureuse et tout le monde me dit bonjour sur le passage de la moto alors que je n'ai pas le temps de leur répondre. Je me contente donc de lever la main comme le pape ! Les grandes maisons, ici ils ne connaissent pas. On va droit au minimum nécessaire. C'est comme pour Michelle elle réside dans un bungalow à côté du mien, mais en plus petit et moins bien agencé. 
Mont Hibok Hibok
Elle n'a pas la large terrasses abritée avec canapé, hamac et chaise à bascule. Pourtant c'est elle la patronne et étant là à demeure on pourrait penser qu'elle se soit réservée le meilleur lot de la propriété. Eh bien pas du tout. Le sien en plus est le plus au fond sans vue sur la mer. Quand on vient ici c'est qu'on n'est pas matérialiste. Tous les matins elle arrive toute pimpante, les cheveux toujours bien lissés et attachés comme une hôtesse de l'air, les ongles vernis (transparent, c'est pas le style de la maison!) et une grand collier autour du cou. On la voit jusqu'à 20 heures, ce qui veut dire qu'elle travaille 14 heures par jour 7 jours sur 7. Elle a du mérite, en plus en vivant seule. Elle dirige son affaire d'une main de fer. Je l'ai vu un jour réunir tout le personnel de plongée pour une réunion d'équipe. Je ne sais pas combien ils sont là dedans, mais il doit bien y avoir 4 serveuses, un gardien, 4 ou 5 personnes qui tiennent le centre de plongée sans compter les cuistots qu'on ne voit jamais. Et le gîte n'est pourtant pas très grand, il y a 4 bungalows comme le mien, un autre divisé en deux et des chambres à l'étage, au dessus du restaurant, une demie douzaine.


La route après la station continue encore pendant de longs kilomètres jusqu'à arriver au niveau d'un col, le long du mont Hibok Hibok et qui redescend ensuite, pour pas très longtemps. Ça s’arrête en cul de sac et des engins de chantier sont là mais avec personne qui travaille. Michelle m'a expliqué qu'ils envisageaient de construire une route qui passe à travers l’île mais elle n'a jamais été terminée. Il faut dire, la tâche a l'air rude, il faut couper à travers la jungle dans un terrain pas plat du tout, en creusant dans la montagne. En tout cas le paysage sur cette route est très joli et on une vue sur White Island avec son lagon autour. De ci de là des feux brûlent, les gens circulent avec des coqs dans les bras, d'autres chantent dans des espaces à karaoké au milieu de nulle part... Ils aiment bien chanter j'ai l'impression aux Philippines. Les serveuses le soir au dîner chantonnent sur les airs qui passent par la sono, très bien du reste, parfois mieux que l'original derrière.
Je trouve de temps en temps une similitude avec l'Inde. Ils partagent les mêmes épiceries qui ne vendent rien à part de gros bonbons distribués à l'unité qui pendouillent dans de longs rubans sécables, comme autant d'attrape-mouche. Ou des billets de loterie et du riz. D'ailleurs il n'y a pas d'intérieur. 
C’est une sorte de comptoir avec un trou au milieu à travers duquel quelqu'un passe la tête quand on s'approche et qu'on ne voit pas le reste du temps, restant dans sa case sans fenêtre. Contrairement à Guam, les gens ne sont pas gros du tout. Ils sont tous sveltes au point qu'on a du mal à leur donner un âge. Les adultes ne sont pas très grands et gardent une silhouette enfantine, menue. On a l'impression qu'ils vont se casser si on les touche. Par contre il y a juste un truc qui ne va pas dans leur physique. Ils ont tendance à avoir des bouches de macaque avec le bas du visage qui avance en avant. Ça leur donne parfois des airs de péruviens.
Je suis arrivé au restaurant à 12h30, sans avoir fait exprès. C'était parfait. En chemin la route qui ceinture l’île longe des rizières avec toujours au fond les montagnes toute proches que l'on voit tout le temps car elles remplissent tout le centre de l’île qui reste inhabité. Les gens se concentrent sur le rivage ou les proches hauteurs. 
Le super U du coin
Ça donne le sentiment de passer de village en village mais ils ne sont en fait pas très larges et Camiguin compte 70 000 habitants. Le restaurant est indiqué dès la route, il faut juste prendre une petite route qui longe une baie. Il est installé au fond, donnant sur la baie et pour cause. Le truc ne paye pas de mine, il n'y a pas grand monde, le personnel regarde la télé assis sur des bancs en attendant et la cuisine ressemble à une cuisine en plein air façon ce que j'avais sur les campement dans les Rock Islands, avec des trucs en fonte noircis ! La serveuse m'a tendu la carte, me demandant quel poisson je souhaitais avec que des noms qui ne disent rien, exotiques. Comme j’étais perplexe, elle m'a demandé de la suivre pour qu'elle me montre. En fait les poissons vivent là en pleine mer, dans des bassins avec des filets qui les empêche de partir. Elle m'en a désigné un, un bleu que je connais bien pour le voir souvent quant je plonge. Pas question que j'y touche ! En plus il est tout le temps dans les coraux et je pense toujours à la ciguatera. Je lui ai montré à la place un tout moche, noir, qui se confond avec l'eau, demandant le plus petit. Je ne suis pas fana du poisson mais je n'en ai pas mangé depuis longtemps et j'ai bien envie d'essayer, on ne peut pas avoir plus frais.
La serveuse s'est alors emparée d'une épuisette qui traînait, cherchant à attraper la bestiole qui ne se laissait pas faire et fuyait l'épuisette. En plus la serveuse n'était pas rapide et un peu molle. A force les poissons ont dû comprendre qu'il se passait quelque chose avec l'épuisette, qu'à chaque fois qu'ils la voyaient ils se retrouvaient moins nombreux. Alors ils la fuient comme la peste. La serveuse a demandé du renfort. Un type est arrivé et au bout de trois essais il l'avait dans son épuisette. Le poisson empêtré là dedans me regardait sans pouvoir se débattre. La prochaine fois que je l'ai revu, c'est à peine dix minutes plus tard, brûlé comme s'il avait pris la foudre et servi dans un plat avec une feuille de bananier en dessous ! J'ai chassé de mon esprit la vision d'un poisson qui batifolait dans son bassin juste avant et j'ai beaucoup apprécié sa chair. Pour un peu j'en aurais demandé un second. 
C'était servi avec un riz frit à l'ail et une assiette de concombres et tomates. Ça m'a fait un très bon déjeuner ! Entre temps des voisins de bungalow sont arrivés, des allemands. Décidément, on fait tous la même chose. Le gîte regorge d'allemands, sans doute parce que c'est une allemande qui en est propriétaire. Ça facilite les choses, j'entends tout le temps parler allemand autour de moi. Ou les coqs chanter ! Je ne vois quasiment pas de poules mais alors les coqs, ça n’arrête pas ! Il y en a partout et si je devais vivre ici ça me rendrait fou. On les voit sur les bas côtés des routes, dans des cages pour éviter qu'ils ne se fassent écraser, ou encore sur des perchoirs disposés dans les arbres ou bien juchés sur le haut d'un manche de pelle. Ce sont des équilibristes. Pourtant ça n'a pas l'air très agile.
Après manger, direction la plage de sable blanc, nichée dans une baie à la végétation luxuriante. Au fond de la baie il y a un village, partout ailleurs on penserait arriver dans un taudis, gardant la main sur le portefeuille. Ici ça ne choque pas. 
La baie de Cantaan Kabila White Beach
Les gens ont l'air propres et en bonne santé et ça surprend quand on voit là où ils vivent, tous à touche touche, dans leurs cases en palmes de cocotier qui donnent directement sur la route. Les femmes sont occupées à faire le ménage, courbées en deux à l'aide de palmes de cocotier de 50 centimètres de haut. Elles nettoient aussi la route, chassant les feuilles mortes. Une tâche de Titan, il en tombe constamment. On y trouve tous les âges, des enfants, des jeunes, des vieux. On pourrait penser que les jeunes auraient fui pour les villes, ici ils ont visiblement l'air de s'y plaire car j'en vois plein, entre eux. J'ai même vu une école polytechnique, ce qui a de quoi surprendre vue la taille de l’île, sans doute pour éviter qu'ils ne quittent Camiguin.
La plage de sable blanc en question est un peu décevante. Il ne faut pas s'attendre à ce à quoi on s'attend à l'évocation de sable blanc. Certes ils est blanc mais très grossier, plutôt du corail concassé et la plage est très étroite et pas longue du tout, plus une crique. 
Cantaan Kabila White Beach
On n'a ni envie de s'allonger dessus, ni de la visiter. Du coup je suis resté plusieurs minutes comme ça, perplexe à me demander si j'y allais ou non, surtout que le temps n'était pas merveilleux. En plus comme m'avait prévenu Michelle il faut payer. J'ai fini par me décider. Ce sont des fillettes d'une dizaine d'année qui travaillent là. Heureusement ce n'est pas un vrai travail. Il faut payer 150 pesos pour voir les bénitiers avec un guide ou 25 pour visiter la plage, la nurserie et faire du snorkeling hors des bouées où se trouvent les bénitiers. Le site est en réalité un projet non gouvernemental, une initiative locale qui s'est chargée d'élever des bénitiers pour les lâcher ensuite dans la mer. J'ai eu un speech de présentation par les filles, 3, qui se relayaient les paragraphes d'un truc appris par cœur. Elles connaissent bien l'anglais pour leur âge. Mieux que moi, ça a de quoi filer des complexes. J'ai appris qu'un bénitier change plusieurs fois de sexe dans sa vie (une douzaine d'années je crois me souvenir) et la termine hermaphrodite ! 
Il a aussi un prédateur qui ne paye pas de mine. Un coquillage en spirale de 5 ou 6 centimètres de haut à la coque très dure qui va se mettre en travers du bénitier qui malgré sa force et sa taille ne peut plus se refermer. Ensuite ce petit coquillage injecte un poison qui va dissoudre petit à petit le bénitier et qui finira par être mangé en majorité par les poissons. Quelle horreur !
J'ai regretté de ne pas avoir d'appareil photo. Jamais je n'avais vu de tels coraux. Pas des branchus mais des cornus, façon cornes de rennes, duveteuses et très larges. Il y aussi une multitude de coraux qui ressemblent à des artichauts qui auraient trop levé. Il y en a de toutes les couleurs, du vert olive en passant par le bleu, le mauve, le rose, le jaune et l'orange. C'est un vrai bouquet de fleurs sous marin. Je regardais aussi les poissons, évitant de penser que j'avais mangé l'un d'eux juste avant. 
Maison de pécheur
J'étais aux anges, virevoltant d'un massif à l'autre et examinant toutes ces particularités. Jusqu'à ce que je sois tiré de ma contemplation par une bestiole qui naviguait entre deux eaux. Un gros serpent de plus de deux mètres de long, la tête triangulaire, rayé bleu et blanc. La taille d'une murène. Quand j'ai vu ça je suis resté pétrifié, sans bouger pour ne pas l'effrayer. Mais quand je l'ai vu s'avancer vers moi en serpentant, j'ai donné de grandes brasses, au bord d'appeler à l'aide. Je me suis retourné pour voir s'il suivait, en fait il était juste remonté à la surface prendre une respiration, avant de redescendre au fond. Ce n'était donc pas moi qu'il cherchait. Alors que le stress retombait, j'en ai vu un autre, plus petit, rayé blanc et noir au fond, attendant qu'on lui marche dessus. C'en était trop, je suis sorti de là, me coupant l'envie de la baignade. Une fois de plus si j'avais eu un appareil en état de marche j'aurais pu immortaliser ces monstruosités.
Quand je suis revenu au bord il y avait deux vieux pas très alertes en train de chausser des palmes. J'ai eu envie de les prévenir. Mais comme une adulte était là pour les briefer, je lui ai dit que j'avais vu deux serpents lui demandant s'ils étaient venimeux. Elle m'a pris à part pour que les autres n'entendent pas (il ne faut pas effrayer la clientèle sinon je lui casse son business!), me demandant où je les avais vus. Et oui ils sont venimeux, et même mortels ! Mais normalement ils n'attaquent pas et ils font partie du paysage. Du parle d'un paysage ! Quand on se retrouve face à ça, on n'a pas envie de se demander ce qu'il leur passe par la tête et si on peut continuer à batifoler. L'instinct de survie fait le reste : on sort de là bien vite et le cœur battant la chamade !


Le reste du tour de l’île s'est fait de manière un peu précipitée, de peur de manquer d'essence. Comme je dois rendre la moto ce soir avec le niveau auquel je l'ai emprunté - c'est à dire à vide - je n'ai pas voulu remettre d'essence mais je ne sais pas si j'en ai suffisamment pour rentrer ! A Sagay le village est en bord de mer avec les pirogues qui montent presque jusque sur la route. Il y en a de toutes les couleurs, c'est très joli. Partout des pans entiers de route sont fermés à la circulation avec des morceaux de noix de coco rosis en train de tourner au soleil. C'est pour faire de l'huile, du coprah. C'est ce que m'a dit un habitant alors que j'étais descendu de la moto pour prendre une photo. La route de ce côté ci de l’île (côté ouest) est bien plus pittoresque que l'autre. Les montagnes sont toutes proches, donnant l'impression de se jeter dans la mer. Ça me rappelle un peu le sud-ouest de Raiatea. 
C'est aussi plus vert et moins peuplé, les maisons se cantonnant aux villages, sans déborder. C'est plus rural aussi. Mélange de rizières et de pécheurs. C'est pour ça qu'on ne trouve rien dans les épiceries. Ils ont déjà tout. Le long de la route on trouve des panneaux incongrus comme « chèvre à vendre ». Après, je ne me souviens plus trop, un orage a éclaté et ça s'est terminé torse nu sur la moto avec la pluie qui me cinglait le visage à la limite d'écorcher la peau.
Le type d'hier était là pour me louer la moto mais sans la moto. Il fallait aller la chercher plus loin et on est monté dans ces taxis collectifs qui ne sont ni plus ni moins qu'un pousse pousse motorisé qui se traîne. A destination un type attendait avec sa moto. Pas de contrat, il m ajuste laissé son numéro de téléphone sur le revers d'un emballage d'un paquet en carton, me montrant comment mettre les phares. 
Il y a deux fils dénudés qui courent à côté des freins. Il suffit de les mettre en contact pour que ça s'allume ! L'engin est en moins bon état que celui que j'avais avant. Il fallait s'y attendre. J’ai fait un essai de route pour voir. Les vitesses passent normalement et il fait un bruit normal. Ça fera l'affaire. Et puis autour du rétroviseur j'ai un chapelet et une image de Jésus qui sourit. Je suis donc entre de bonnes mains !

vendredi 2 mars 2012

White Island


Ca vous donne pas envie d'y aller, à vous?

En me réveillant ce matin le temps était superbe. Il a donc fallu que je m'active pour le blog, pas question que cela me prenne le temps d'hier. Avec le temps qu'il fait, c'est la journée parfaite pour aller voir de plus près ce qui m'a fait venir jusqu'à Camiguin : White Island. C'est un banc de sable juste en face de Camiguin, comme surgi de nul part et on a l'impression sur toutes les photos que c'est la pointe d'une plage de l’île. Illusion d'optique. Ça fait partie de ces endroits fabuleux et uniques au monde. Dès qu'on voit la photo on pense : il faut que j'y aille, c'est où? C'est aux Philippines et comme c'est dans le secteur, ça tombe bien ! Bon, maintenant je dévoile le mieux de l’île un peu tôt, mais avec la météo on ne sait jamais ce qu'on va avoir, si ça se trouve une telle journée risque de ne pas se reproduire. Pas question donc de passer à côté.
Pendant que je prenais le petit déjeuner un gars d'un autre resort est arrivé, envoyé par leurs propriétaires. Il cherche lui aussi à aller à White Island.
Il faut dire que dans la zone où l'on est, c'est juste en face, à 5 minutes paraît il. C'est bizarre parce que je n'ai pas encore réussi en deux jours à la voir cette île. Le type s'est fait rembarrer au motif que l’hôtel n'organisait pas de sortie sur White Island, qu'il fallait qu'il aille voir au village à côté qui propose des tours en pirogue. Petit mensonge car sur le livret d'accueil qui trône sur la table dans le bungalow il est dit qu'on peut réserver une pirogue privative pour 500 pesos. Sans doute cela est il réservé aux client ou la nana du bar n'est pas au courant. J'ai donc attendu que la propriétaire des lieux sorte de son bungalow, juste à côté du mien. C'est une allemande d'une trentaine d'années qui vit avec au moins 5 chats, très grande, aux épaules haut portées. Elle m'a arrangé le coup avec un local. Heure négociée du départ : 10 heures. Comme ça, ça coupe la poire en deux, me permettant de m'avancer un peu pour le blog.


J'étais un peu en retard, ayant débordé sur l'horaire. Je suis retourné 10 minutes avant le rendez vous pour demander des sandwichs car je sais qu'ils sont lents à les préparer - hier ça avait pris 20 minutes. Le bateau qui devait m'emmener est une pirogue traditionnelle, large de moins d'un mètre avec des poteaux de bois des deux côtés pour faire flotteur. Un moment j'ai crû qu'on allait y aller à la rame, surpris de trouver un moteur caché dans la coque. Car White Island est vraiment tout près et pour une fois je la vois depuis la plage de sable gris en face de là où je suis. Sans doute parce qu'il fait très beau. D’ailleurs d'ici j'ai l'impression qu'il y a deux îles. Le type du bateau, un petit gros dont on ne voit rien car il a la tête dans un T-Shirt bleu dont le col sert à faire cagoule et caché derrière des lunettes de soleil, m'a demandé combien de temps je désirais rester et m'a suggéré deux heures. Comment ça deux heures, j'ai amené le casse croûte, la crème solaire, mon carnet de notes et tout le matériel de plongée, ce n'est pas pour rester deux misérables heures.
A la place je lui ai dit 16 heures. Il avait l'air surpris, a réfléchi et a fini par dire OK. J'avais un peu de mal à le comprendre et au début j'ai même crû qu'il allait rester sur l’île à m'attendre. Mais maintenant que je lui annonçait que je restais 6 heures, ça l'obligeait à revenir sur la terre ferme.
En approchant de White Island les fonds deviennent bleu lagon comme j'aime bien. Je ne m'en lasse pas de cette couleur et sa simple vue suffit à me réjouir en me disant que je vais passer une bonne journée. Le banc de sable n'est vraiment pas grand et je me demande si 6 heures là dessus ce n'est pas exagéré. D'un autre côté, rentrer plus tôt pour faire quoi? C’est ici qu'est la plus belle plage de Camiguin. De toute façon la pirogue était déjà repartie. Espérons que son capitaine revienne comme je l'ai vu et n'ait pas enlevé sa cagoule sinon je ne saurais pas le reconnaître ! Le banc de sable manque d'ombre. Normal, c'est un banc de sable. Je suis parti pour cuire, tant pis... Je ne suis pas à ça près, après l'expédition en kayak.


C'est curieux qu'ils n'aient pas pensé à déposer une noix de coco, je suis sûr qu'elle s'y serait bien plu ! Il n'y a pas trop de monde, je craignais que ce soit noir de touristes. En revanche le sable est déjà très foulé, sans doute des gens qui sont venus avant prendre des photos et sont repartis. En effet le banc de sable n'est vraiment pas haut et je ne serais pas étonné qu'il disparaisse complètement à marée haute, effaçant les traces de ceux qui sont passés avant. A l’hôtel ils m'avaient donné un papier que je devais présenter une fois sur White Island, une redevance pour la protection du site. Mais je n'ai trouvé personne qui soit venu vers moi. Quelques personnes ont un parasol, se faisant bronzer dessous, tandis que d'autres batifolent dans le lagon avec maque et tuba. On doit être en tout une dizaine.
Comme sur la photo, le site est superbe et la vue sur Camiguin derrière avec le mont Hibok Hibok à couper le souffle.
Je tiens là des clichés bien plus beaux que ceux que l'on peut trouver sur Google et qui ne lui rendent pas honneur. Je n'ai cessé de prendre des photos sous tous les angles. On me dira que c'est juste un banc de sable, qu'une fois qu'on l'a pris en photo ça reste un banc de sable et qu'il n'y a pas besoin de prendre tant de photos. Eh bien détrompez vous, le sujet est inépuisable. Il suffit de faire deux pas et le paysage offre un autre aspect, de part les courbes du banc qui ont changé. Les photos parlent d'elles mêmes !
Il y a bien un second banc de sable, je n'avais pas rêvé. Et personne n'y est ! Car il faut marcher dans l'eau pour le rejoindre, pas bien profonde (on en a à la cuisse) mais avec des débris de coraux qui rendent la marche un peu délicate. D'autant que je n'ai rien pris pour marcher, ne voulant pas m'encombrer d'une paire de tongs d'aucune utilité pour marcher sur du sable. De l'autre côté, l’îlot n'était pas totalement inoccupé. Certes vierge de touristes mais il y avait deux pirogues amarrées avec un pécheur occupé avec son filet et deux autres plongeant à la recherche de poissons. C'est parfait, je tenais en plus des scènes de la vie quotidienne que je pourrais immortaliser l'air de rien, faisant semblant de prendre le paysage. J'ai ma technique. Je fais semblant de filmer, balayant l'horizon, et quand je suis en face de la personne qui m'intéresse, j'appuie sur le déclencheur. Ni vu ni connu ! Certes c'est plus poli de demander l'autorisation mais je n'ose pas.


Ils adorent les feux aux Philippines, il y a toujours un truc qui crame quelque part et avec la vue panoramique que j'ai depuis White Island, on voit plein de panaches de fumée qui s'élèvent, cherchant à concurrencer le volcan. Pour information le volcan ne fume pas. On dirait juste une montagne et j'ai particulièrement de la chance aujourd'hui car il s'est dégagé sur les coups de midi. D’ordinaire sa cime est toujours sous les nuages. Ça n'arrivera pas deux fois dans le séjour, j'ai vraiment pris la bonne décision en venant aujourd'hui. Le cocotier est roi à Camiguin. Il n'y a que ça partout, montant même sur les flancs du volcan. C'est un paradis pour l'écotourisme, pour ceux qui cherchent des vacances actives plus natures et c'est pour cela que je suis venu. Et avec la journée qui s'annonce je ne suis pas déçu, au contraire je suis euphorique, dans cet état d'excitation où j'ai envie de sauter dans tous les sens comme un cabri. Je m’enivre des beautés de ce monde, c'est ma drogue !
Après quelques temps, j'ai posé mes affaires pour continuer la visite sous l'eau qui avait l'air prometteuse. C'est dommage que je n'aie plus d'appareil. D'autant plus que j'ai découvert un spécimen de poisson que je n'avais encore jamais rencontré et que je n'ai jamais vu dans un livre. Une œuvre d'art. Il est moucheté, noir avec de grosses tâches blanches bien rondes comme des pièces de monnaie avec à l'intérieur des ronds noirs de même taille, comme la face d'un dé. Il est tout en drapés et dentelles, on dirait un drapeau flottant. Une petite merveille ! Qui doit le savoir car dès qu'il m'a vu il est allé se blottir sous un rocher, frémissant de peur alors que j'étais à bonne distance et jetant un œil timide de temps en temps pour voir si la voie était libre. J'ai vraiment regretté de ne pas avoir pu le prendre en photo. De retour à Manille, il faudra que je pense à en acheter un à l'aéroport. Car mon tour du monde n’est pas fini et c'est dommage de se priver de ce plaisir alors que je vais me rendre dans des coins fabuleux pour la plongée.


J'ai retrouvé également les petits poissons zébrés noirs et blancs, très communs, qui adorent les massifs de corail miniatures. Autant on ne les voit pas dans les grands (ils doivent se sentir perdus!), autant dès qu'il y en a un tout petit ça grouille de ces petits poissons comiques qui donnent l'impression de voir un mini aquarium. J'en ai dénombré 15 qui se faufilaient entre les branches d'un corail pas plus gros que ces abats jours de boule chinoise en papier. Il y en avait de toutes les tailles, du plus petit dont on ne distingue rien, au plus gros, d'environ 5 centimètres. Ou peut être moins car on a toujours un peu de mal à donner des ordres de grandeur quand on plonge car tous les masques font loupe. J'ai aussi vu des poissons clowns sans leur traditionnelle anémone dans laquelle ils ont l'habitude de se cacher. Du coup ils venaient à ma rencontre, me regardant dans les yeux en faisant des « B » avec leur bouche avant de s'enfuir dare dare pour mieux réapparaître. S'ils croient me faire peur !
Sinon un banc de sable et c'est le retour de la position les coudes dans le sable comme à Maupiti, tournant d'un côté ou de l'autre. On peut rester des heures ainsi, à moitié assis sur les bords qui partent en pente à 45 degrés. Il n'y a pas de quoi s'ennuyer. Il suffit de regarder autour, le niveau de l'eau qui monte et qui efface les empreintes de pas progressivement ou encore de se délasser dans de l'eau chaude et calme avec un fond doux comme du velours, propice à la rêvasserie.
J'ai aussi fait du sable. Rien de plus simple, il suffit de se saisir d'un de ces débris de corail et de le casser en son centre. Ensuite si l'on gratte avec l'ongle la surface du bout dégagé, ça part en petits débris, les mêmes qui vont permettre la formation de banc de sable blanc juste en face d'une île volcanique où partout ailleurs le sable est gris ou noir. J'ai un peu été tiré de ma contemplation par le niveau de la mer qui ne cessait de monter. Juste à côté de moi il y avait les deux jeunes pécheurs qui roupillaient à l'ombre de leur pirogue mais eux ils avaient un moyen pour s'éclipser. Moi, j'ai mon sac à dos, un portefeuille et l'appareil photo. J'ai donc préféré retourner su le banc de sable principal avant que je reste bloqué. Le niveau était bien monté car j'avais à présent de l'eau à la taille.
Je me suis installé en plein centre d'une anse qui dessinait un U parfait, continuant à prendre des photos et à aller explorer les fonds.
Ça change tout le temps, en plus avec le soleil qui tourne et offre des éclairages différents, ça change le paysage. La marée aussi transforme la morphologie de White Island. Le temps à ce rythme passe vite, on n'a pas le temps de s'ennuyer. En plus on peut avoir si on le souhaite un jacuzzi. J'ai découvert ça, une autre curiosité de la nature qui ne cesse de me surprendre. Il suffit de prendre du sable entre ses mains alors qu'on est allongé dans l'eau pour dégager des milliers de petites bulles qui étaient emprisonnées et qui pétillent en faisant le même bruit qu'un verre d'eau gazeuse. Je comprends maintenant pourquoi le sable est si moelleux : il renferme plein d'air qui agit comme un coussin.


La marée montante m'a fait déguerpir de place, l'eau arrivant par l'autre côté et venant inonder le banc de sable, le traversant de part en part. On n'a pas le temps de voir venir la chose. En fait ça a été ça toute la journée, j’avais dû arriver à marée basse. Les gens qui sont venus dans l'après midi devaient être déçus car le second banc de sable était à présent sous les eaux et il ne subsistait plus qu'un tiers du premier, là où les bateaux accostent. L'ensemble n'offrait plus ces anses et courbes longées d'eaux couleur bleu lagon. En plus le vent s'est levé, allant crescendo et faisant se soulever la mer qui est devenue très agitée. Les nuages sont arrivés en même temps. Et le type à la pirogue a rappliqué une demie heure avant l'heure. Ce qui n'était pas plus mal car on n'était plus que trois sur l’île et vue la pirogue et la houle, je me demandais comment j'allais rentrer.
Le banc est en train de disparaître...
Le bateau avait du mal à affronter le vent et on réduisait la cadence à chaque vague un peu grosse. Je regardais ce rafiot complètement artisanal, où tout était serré par des fils de pêche et construit en contre plaqué très fin, avec une tige en bambou reliée au gouvernail que le capitaine tenait d'une main et un moteur qui faisait un bruit de cliquetis comme si une pièce métallique allait gicler d'un instant à l'autre, crevant un œil ou tranchant une main au passage. On aurait dit ces bateaux qu'on construit étant gosse avec des morceaux de cageot. Tout pareil. A chaque vague l'embarcation partait sur le côté comme si on allait se retourner, retenue par le flotteur qui redressait l'ensemble dans une secousse qui redressait aussi des vertèbres qu'on aurait pu avoir de déplacées ! J'ai crû qu'on finirait à la nage... D'ailleurs il ne m'a pas ramené au gîte et m'a laissé dès qu'on a rejoint Camiguin. Il avait filé en ligne droite, s'excusant de me laisser là mais précisant qu'avec les vagues il ne pouvait pas aller plus loin. On le comprend...
Ça vous chatouille pas quand vous regardez ça?
Je suis ainsi rentré à pied en longeant la plage, il n'y avait pas grande distance à parcourir. J'ai été approché par un local qui voulait me louer un scooter. Je me suis laissé convaincre par son offre, on a défini un lieu de rendez vous pour demain soir. Certes il y a un risque de louer une moto à un inconnu qui sort de nulle part (le risque de la panne avec personne à appeler pour être secouru), mais au gîte leur système est un peu chiant. Il faut rendre chaque jour la moto avec un niveau d'essence qui est le même que celui au moment où on l'a empruntée. Déjà, vu que le niveau est variable, c'est dure à jauger. Sur une voiture ce n'est pas facile, alors sur une moto qui a un réservoir de 3 litres, c'est bien pire. Va demander au pompiste 25 centilitres d'essence. En plus la jauge n'est pas précise et varie selon qu'on monte ou descend, du simple au double (vide ou plein) ! D'un autre côté ça la fout mal pour le gîte, il faudra que je me gare avant pour qu'ils ne me voient pas.
Ce soir en allant prendre la douche il y avait un occupant...scotché au mur qui m'attendait. Une belle grosse araignée velue de 10 centimètres de long. N'importe qui aurait poussé un cri aigu. Je me suis armé de tout mon courage avec un gobelet servant à s'asperger le cul après utilisation (pour les adeptes de la méthode) dans lequel j'ai emprisonné la bestiole avant de faire passer une feuille papier de l'autre côté. Et je suis allé jeter tout ça au loin dehors, par dessus la terrasse, avant que l'araignée ne crève la feuille avec une de ses pattes pointues et que je la sente me monter sur la main... Ça fait partie du charme tropical !

jeudi 1 mars 2012

Camiguin


Camiguin - prononcez camiguine et non camigouine comme ce que je disais au début - est une île située dans la mer de Bohol. OK, ça ne vous aide pas beaucoup ! En fait, regardez une carte des Philippines, trouvez Manille et filez au sud-est vers la grosse île de Mindanao, la plus au sud-est possible. A peu près au milieu de Mindanao, au nord, se trouve un confetti, c'est là ! En guise de confetti, comme je disais hier, l’île est assez vaste et son tour fait 56 kilomètres que je compte bien parcourir un de ces jours. On y compte 7 volcans dont le plus haut, le Mont Hibok Hibok (aussi le nom de mon bungalow!) culmine à 1250 mètres et qui est toujours actif. Sa dernière éruption remonte à 1951 et tua 2000 personnes. Gageons que cela attende un peu avant qu'il se réveille ! Camiguin offre donc des paysages montagneux, des forets luxuriantes, des rivières, des sources d'eau froide ou chaude selon les goûts de chacun. Ça me rappelle un peu la Dominique, en plus peuplé tout de même et moins énigmatique. Je comptais bien l'explorer sans plus tarder.
Enigmata Tree House
Mais auparavant je suis pris par l'écriture du blog pour tous les épisodes de Palau scribouillés sur le cahier. Ça me prend une éternité, c'est un vrai boulot. Rien que pour la partie Bablomekang - Ngemelis que je viens de publier, j'ai commencé l'écriture à 6 heures du matin pour la terminer à 10. Ensuite il m'a fallu une heure pour choisir les photos puis une autre pour tout publier sur internet. Ils doivent se demander ce que je suis venu faire ici, je suis toujours pendu à l'ordinateur. Moi aussi ça me dérange un peu car du coup j'ai toujours les souvenirs et la tête à Palau alors que je devrais me sentir 100% disponible pour apprécier Camiguin. Sinon, pourquoi avoir fait tout ce chemin, j'aurais tout aussi bien pu faire la même chose à Manille !
Même s'il était midi, j'ai pris la décision de louer une moto à la réception. C'est une petite moto mais je n'en ai jamais conduite. Je me suis senti con quand on m'a donné la clef. Déjà je cherchais où mettre mon sac, j'ai essayé de tourner la clef dans tous les sens comme s'il s'agissait d'un scooter, espérant que le siège s'ouvre. 
Mais l'espace sous le siège est réduit aussi si ça trouve ça ne s'ouvre pas. Je me suis mis à plat ventre sur le siège pour regarder de près dessous s'il y avait un système de fermeture. Je n'ai rien trouvé, j'ai donc gardé mon sac à dos sur les épaules et je suis parti pour l'aventure. La moto avait le réservoir vide, j'ai dû d'abord passer à la station service. En chemin sur le cadran il y avait des ronds allant de 1 à 4 dont seul le premier était allumé. Des vitesses ? J'avais beau chercher je n'ai pas vu où ça se trouvait. J'ai donc continué comme ça et j’avais l'impression que je poussais l'engin. Le moteur était brûlant, me cuisait les mollets et les gens se retournaient sur mon passage. Je roulais à 40 alors que la moto peut monter à 120. Je n'ai pas besoin de dépasser les 40, au delà je ne trouve pas cela très prudent, si je crève ou rencontre un obstacle, je préfère aller à vitesse de mobylette. En conduisant j'avais la vision d'un ami à moi qui a eu un grave accident de scooter en ville et est resté dans le coma, a perdu la vision d'un œil et a des troubles du comportement depuis. Je n'avais pas envie de suivre son chemin. Je suis bien content d’être entier et tiens à le rester. Être diminué est ce qui pourrait m'arriver de pire, moi qui suis si indépendant. Je me suis fais une devise dans la vie de ne compter que sur moi même, c'est le plus sûr moyen de ne pas être déçu et d'arriver à ce que je souhaite, sans avoir de contraintes ni de justification à fournir. C'est le prix de ma liberté.
Katibawasan Falls
A la station service, ils ont eu besoin d'avoir accès au réservoir. Ils ont pris la clef et ouvert le siège qui disposait d'une serrure que je n'avais pas vue. Et il y a un petit espace à côté du réservoir où j'ai glissé la bouteille d'au. Ça fait ça de moins sur les épaules ! Et un truc de plus que je connais avec la moto. Je n'ai pas arrêté de me faire klaxonner. Je conduis instinctivement à gauche sans m'en rendre compte, dès que je démarre. Et ici ça se passe à droite. Décidément ça ne me quitte pas ! Il m'est plus difficile de me refaire à la conduite à droite que l'inverse. C'est bizarre tout de même !
Ici tout le monde circule à moto. C'est très rare de croiser une voiture. Alors je les observe. Il y en avais un devant moi qui a réduit les gaz, appuyant en même temps sur une espèce de tige derrière le repose pieds. J'ai la même. Et une autre aussi plus devant. Quand j'ai appuyé à l'arrière le moteur tournait dans le vide. Bizarre comme truc. J'ai essayé la tige de devant et là le voyant 2 s'est allumé et j'ai changé de cadence. Tout d'un coup j'ai compris que ça changeait les vitesses ! Rigolez pas, c'est pas intuitif et c'est la première fois que je pilote une moto. J'aimerais vous y voir ! D'ailleurs on a une drôle de position quand on est assis, j'ai l'impression d’être écartelé sur une Harley Davidson, les jambes écartées et les coudes très éloignés, les bras tendus. Avec mon gabarit fluet depuis quelques temps (j'ai perdu du poids, mais combien, je ne le saurai qu'en rentrant), je dois avoir l'air cruche. D'ailleurs les gamins rigolent sur mon passage. Et avec le casque rouge façon casque de pilote d'avion japonais de la seconde guerre mondiale, ça n'aide pas ! Mais je m'en moque, je roule !
Katibawasan Falls
Mon premier arrêt figure sur la carte qu'ils m'ont donné, une photocopie avec les sites d’intérêts marqués d'une étoile pour les plus remarquables et d'un losange pour les autres. J'ai été alléché par le nom, Enigmata Tree House. En fait je ne l'ai même pas trouvé au début, c'est en rebroussant que j'ai fini par tomber dessus. C'est juste une espèce de bicoque tarabiscotée et penchée avec des tours, toute en bambou qui semble être un château de carte prompt à s'écrouler et qui pousse à côté d'un arbre à moins que l'arbre soit en son centre, on ne sais plus, ça n'a ni queue ni tête ! Je ne sais pas ce que c'est, apparemment c'est une galerie pour présenter des œuvres mais on ne voit rien et il y a des niveaux où l'on doit enlever ses chaussures pour se retrouver au final face à une porte fermée. Ou dans un salon de restaurant avec un blanc occupé sur son ordinateur et qui ne m'a même pas entendu. Il y a aussi des bassins fléchés censés être des piscines où l'on s’attend à trouver des lotus. Rien de la sorte, ils sont à secs ! Drôle d'ambiance ! J'ai repris la moto pour Katibawasan Falls, un endroit fléché depuis la route principale qui fait le tour de l’île comme faisant 250 pieds de haut (c'est à dire... euh ça fait haut).
Katibawasan Falls
Comme toujours, pour avoir le droit de s’arrêter, on doit payer 10 pesos à un type qui attend de pied ferme en souriant et qui est là quand il y pense. Des petits malins ont donc pu se garer sans rien débourser. Après c'est grillagé et il faut laisser son nom sur un registre et s'acquitter d'un droit d'entrée. La cascade est haute mais n'a rien de vraiment sauvage, il y a un bassin à son pied où des gens sont affairés à faire des travaux d'entretien et à déblayer l'évacuation. Des gamins s'amusent dans les rochers pendant que les plus grands sont dans le bassin, presque sous la cascade, occupés visiblement à pêcher (mais quoi, mystère!). C'est là que j'ai pris mon déjeuner, des toasts que j'avais commandés au restaurant du resort, au fromage et tomates. C'est tout de même pratique d’être dans un pays où la vie n'est pas chère. Il n'y a pas besoin de sortir de chez soi et on peut s'octroyer des services que l'on ne pourrait pas dans nos contrées. Par exemple le massage ici est à 150 pesos, soit 3 ou 4 euros, c'est à dire au moins 10 fois moins cher qu'en France. Il va falloir que j'essaye. Mais pas n'importe où. Je me suis déjà fait brancher dans la rue à Palau par des nénettes qui me vantaient leur massage depuis un drôle d'établissement un peu sordide. Je ne veux pas finir dans un truc où l'on me demanderait si je souhaite la finition (les adeptes comprendront) !
Ardent Hot Springs
J'ai poursuivi en revenant un peu sur mes pas pour me rendre à Ardent Hot Springs, une curiosité naturelle totalement aménagée où coule un cours d'eau. Là aussi il faut payer et il y a même un resort dans l'enceinte et on peut y camper. On y trouve un snack, des toilettes... Il y a pas mal de monde mais comme c'est grand ça laisse de la place. Le ruisseau finit dans un bassin tout en longueur construit dans la roche, avec différentes profondeurs et des mini cascades, protégé des feuilles mortes par des filets disposés en hauteur. J'ai commencé par mettre un pied dans la source qui alimente tout. De l'eau froide ! C'est en panne ou quoi ? Que fait le plombier ? C'est dubitatif que je me suis introduit dans le bassin mais à ma grande surprise l'eau était chaude. La chaleur doit donc provenir de la terre. En tout cas c'est très agréable, on a l'impression d’être dans sa baignoire dans un jardin luxuriant. C'est propice à la rêvasserie et je suis resté là deux heures à me triturer les pieds comme un bébé dans son bain. 
J'en suis sorti uniquement car j'avais envie de faire pipi. Je ne pouvais pas faire là dedans alors que des gens se trouvaient dans les bassins en dessous... J'ai essayé plusieurs bassins, testant toutes les positions, la planche, sur le côté, assis, allongé ou semi allongé. Après ça j'avais une peau de lézard tendance la mue est proche. C'est étrange car en nageant on a l'impression de couler, la densité est différente de la mer ou d'une piscine. On a l'impression de faire le double de son poids.
Après tout ça je suis rentré. C'était la sortie des écoles, les bas côtés très animés et du monde partout. J'ai pris une école en photo. Les élèves portent tous l'uniforme, les petites filles une robe à plis noir avec des des chaussettes hautes blanches et un chemisier bleu turquoise. Je suis aussi passé devant une église où tout était écrit en espagnol. Les Philippines ont en fait été colonisées par les conquistadors et ont appartenu à l'Espagne jusqu'en 1898, où l'indépendance fut proclamée. 
Il en reste donc quelque chose. Il y a encore des noms de gens écrits en espagnol et même des panneaux. Quant à la langue elle n'a rien à voir même s'ils ont dû inclure des mots espagnols, comme « pero » que j'entends beaucoup.
Au restaurant ce soir je ne me suis rien refusé. Je mène une vie toute autre de celle que j'avais à Palau. Mais ça me convient aussi, je reprends des forces pour poursuivre le reste de mon aventure. Par moment je me sens las et après avoir vu Ngemelis je me dis que maintenant que j'ai vu le plus beau je peux rentrer. C'est comme voir Venise et mourir. Après 5 mois j'ai l'impression de ne plus apprécier autant. Mais ce sont juste des humeurs passagères, c'est différent de ce que je ressentais après la Nouvelle Zélande, quand j'avais envie de rentrer. Là c'était un cap à franchir. Depuis je n'ai plus songé un instant à rentrer. Et maintenant qu'il ne me reste plus deux mois, c'est déjà comme si c'était la fin. 
Pourtant je ne réalise pas encore, c'est comme si je n'allais jamais rentrer. En même temps j'ai envie de rentrer pour voir les gens que j'aime. Mais pas pour rester, je me verrais bien repartir à nouveau à l'automne, comme un oiseau migrateur !
Au repas il y avait un truc qui ressemblait à du pistou servi dans une soucoupe pour accompagner la viande. Avant d'en mettre j'ai goutté avec la fourchette. Ça arrachait au point de sentir tout l'intérieur se crisper ! Moi qui d'ordinaire me chope tout ce qui traîne côté alimentation, j'ai dû dépasser le stade de la tourista. Il paraît que ça arrive au cours des premiers jours. Pourtant je ne me prive de rien : glaçon, crudités, salades de fruit, jus de fruit, tout y passe ! Si je devais me priver de ce que je préfère pendant 7 mois ce ne serait plus une vie. Espérons que le fait de l'écrire ne fasse pas changer les choses ! 


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