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mardi 24 avril 2012

A l'assaut de Langkawi


Pantai Kok
J'ai bien fait d'avoir choisi l'hôtel Geopark à Langkawi au pied du téléphérique qui monte au sommet de l'île. L'endroit est très joli. Cela me rappelle un peu Moorea avec ses pitons qui grimpent de la mer. Ici c'est pareil, on voit ces sommets couverts de jungle de partout où l'on va dans l'île. Si j'ai échoué ici, ce n'est pas non plus un hasard. Devant la multitude d'hébergements sur la côte la plus touristique, à Pantai Cenang, en raison de la présence des plus belles plages de Langkawi, je n'arrivais pas à faire mon choix quand j'ai réservé. Pour une fois Tripadvisor ne m'a pas permis de départager un établissement dans ce secteur. Il y avait toujours quelque chose de négatif. J'en ai déduit que cette partie de l'île où les hôtels à bas prix fleurissent le long d'une route avec des allées et venues permanentes de voitures et de badauds n'était pas pour moi. Et j'ai eu raison. 
Telaga Harbour
J'aurais pu retourner au One Hotel Helang très bien à côté de l'aéroport où j'avais résidé la nuit avant d'aller à Koh Lipe mais c'est un grand hôtel impersonnel qui ne fait pas vacances. C'est pour ça que j'aurais aimé un truc au bord de l'eau. Mais là où je suis, c'est très tranquille. C'est ce que les critiques disaient. L'hôtel est en fait niché dans une espèce de complexe à touristes façon parc d'attractions avec ponts au dessus de lacs artificiels avec des lotus, des restaurants et des boutiques. L'hôtel lui même fait très décor de carton pâte façon Disneyland. On s'attendrait à voir un cheval blanc passer. Je suis au pied du téléphérique. Si je veux monter je n'ai qu'à ouvrir la porte de l'hôtel. Je le ferai un jour mais pas aujourd'hui. L'avantage c'est que les gens ne montent pas la nuit, c'est fermé. Aussi ce village devient fantomatique la nuit et peu de personnes restent dormir ici. C'est donc l'endroit rêvé pour dormir. Il n'y a aucun bruit. Je dors sans boules quiès. Le seul hic c'est que c'est isolé de tout. Même si l’hôtel met à disposition une navette pour un resort voisin, un truc de luxe au bord de la mer. Les navettes sont à heure fixe, il y en a une toutes les deux heures.

Le Mutiara @ Pantai Kok

Telaga Harbour
En arrivant hier soir, j'ai essayé de trouver un restaurant ouvert le soir dans ce complexe. Ce n'est pas facile, ils ferment tous une fois le téléphérique fermé. Il ne restait plus qu'un kebab et une sandwicherie qui fait des mets dont les noms m'étaient inconnus avec des photos peu ragoutantes. Il y avait deux occidentaux attablés sur des chaises en plastique rouge, avec vue sur le comptoir. Ça ne me disait rien de manger là, c'est la déprime assurée. J'ai donc demandé à bénéficier de la navette de 20h30. Cela me faisait tard mais c'était le prochain horaire. J'étais le seul dans le van du reste. Je ne sais pas où sont les autres. En arrivant j'avais demandé à avoir une chambre au dernier étage (le second) mais ils m'ont dit que c'était complet et je me retrouve donc au premier. Pourtant je ne croise personne. Si ça se trouve ils m'ont dit n'importe quoi, peut être qu'ils ne louent que le premier étage, pour faciliter le ménage, ça évite ainsi aux femmes de chambre de monter plus haut.
L'hôtel auquel on a libre accès (on peut aussi se mettre sur une de leurs chaises longues la journée), s'appelle le Mutiara. C’est un grand machin perdu dans un jardin tropical, avec ces réceptions sous un énorme chapiteau garni de banquettes où l'on ne voit plus le bout, avec un personnel en tenue stricte et aux couleurs beiges. Un classique des hôtels de luxe tropicaux. Les gens sont aux petits soins, adeptes de courbettes en tous genres. 
Pantai Cenang
Il y a une grande piscine, plusieurs restaurants et plein de monde ! On se croirait dans un all inclusive de République Dominicaine. Des familles surtout avec des gens en poussette, des gamins qui braillent et des femmes qui donnent le sein en train de piquer une fourchette dans leur assiette. Je n'ai rien de spécial contre les familles mais je ne me vois pas du tout dans ce créneau là. C'est un autre monde pour moi, où les gens sont dans leur bulle. Je les regarde faire, ils ne regardent rien autour d'eux, toujours occupés à ouvrir ou fermer une poussette, à chercher un hochet ou à faire des « chhh » pour calmer ces choses braillardes ou geignardes, avec le plus souvent un succès nul. Ils sont très différents d'un couple d'amoureux venus main dans la main. Ils n'ont plus aucun geste tendre l'un pour l'autre. Les femmes sont des reines mères à qui il faut tout apporter avec des maris fébriles réduits à de simples serviteurs pour faire passer lingettes ou biberons. Quand ils se mettent en mouvement, gare à vous ! Si vous êtes sur leur passage, vous finirez écrasé par une poussette toute roue dehors. Ce qui est triste c'est qu'il n'y a plus aucune séduction entre eux, de regards langoureux au fond des yeux. Le romantisme a fait place au une implacable organisation militaire. Dans un tel rôle j'étoufferais. Au secours ! Je me demande ce qu'ils viennent faire là au final, occupés comme ils sont à ne rien regarder, ils auraient tout aussi bien pu être dans une salle en France avec des palmiers en plastique et un radiateur au fond, ça aurait fait illusion parfaite !
Pantai Cenang
Ce soir au restaurant au bord de l'eau il y a une animation avec flons flons et G.O. qui n’arrête pas de parler au micro. On se croirait au Club Med'. Vu le monde, apparemment les gens doivent raffoler de ce genre d'endroit où ils restent toutes leurs vacances. Ils n'auront vu de Langkawi qu'un petit univers factice et peut être un tour de l’île entassé dans un minibus climatisé, toutes vitres fermées. Je ne critique pas, je ne fais que décrire des réalités. Si ça convient à certains, tant mieux pour eux. Pour ma part ce n’est pas du tout mon truc, on l'aura compris ! Pourtant le show était assez bien léché, c'étaient des danses traditionnelles en costumes. Les gens mitraillaient de tout côté, ravis, je n'ai rien fait de la sorte. Ça fait trop exposition de singes savants. Ils faisaient aussi participer le public, en les incluant dans le show, à essayer de faire sauter des grosses mémères entre des rondins de bambous dans lesquels elles se prenaient évidemment les pieds, partant en vols planés. La fin s'est transformée en vaste zoo, on était invité à venir au milieu de la troupe pour se faire prendre en photo. Ça a été un défilé de grosses dondons gloussant entre des danseurs transformés en gardes suisses, figés dans leur pose, le sourire à la miss France. On va dire que je ne sais pas m'amuser. Peut être ! Mais j'étais juste venu pour manger une salade grecque et une pizza. Rien de bien local mais ce soir le local n’est que dans le show. Sinon j'avais le choix avec un barbecue géant.
Le Frangipani @ Pantai Tengah
Ce matin, la première chose que j'ai faite c'est de demander à la réception s'il y avait un endroit où louer un scooter. Langkawi m'appelle, il faut que j'aille découvrir ce qu'elle recèle. Et ça tombe bien, il y a un loueur juste à côté du Mutiara. Comme j'ai pris le scooter pour l'ensemble de mon séjour, ils m'ont fait un prix. De 40, je suis passé à 30 ringgits. Pour 8 euros la journée, ce serait dommage de rester perclus dans un resort ! Tandis que je prenais la direction du port où je suis arrivé hier pour changer les baths qui me restent, traversant la jungle et rencontrant des macaques au bord de la route qui regardent les gens passer comme des vaches, je pensais que je finis mon tour du monde comme je l'ai commencé à Aitutaki. En scooter. Étrange coïncidence. Je n'avais pus loué de scooter depuis Huahine, il y 6 mois de cela. Un signe peut être pour me faire prendre conscience que la boucle est bouclée. Même mon père s'y met. Dans son dernier mail il me souhaite une bonne fin de séjour et un bon retour. Mais avec mon arrivée à Langkawi et tout ce que j'ai encore à découvrir, ça ne sonne absolument pas la fin pour moi. Je crois que Koh Tarutao m'a aidé à intégrer le fait que j'allais rentrer bientôt... et à l'oublier !
Pantai Tengah
Une fois le plein fait (1,36 litres!) et des ringgits plein les poches, j'ai décidé de filer vers la côte sud-ouest de l'île voir ces plages et me rendre compte si la côte a été transformée en espèce de Koh Lipe. Je voulais surtout voir ces pics rocheux qui me font penser à Palawan et que j'avais entraperçus par dessus l'épaule d'un voisin en arrivant à Langkawi par avion. L'état des routes est très bon. On se croirait en Europe. J’avais déjà été saisi par la « modernité » de Bornéo, ici c'est encore mieux entretenu. Quand on pénètre dans la zone touristique on a l'impression de débarquer dans un de ces villages construits de toutes pièces dans les Baléares, avec des rues plantées d'arbres et de fleurs... et de centres commerciaux. Car Langkawi s’est faite la spécialité de centres détaxés pour faire venir les touristes. C'est la raison pour laquelle je ne pensais pas y rester à l'origine, m'attendant à trouver une île avec des plages moches misant tout sur la détaxe pour contrer le fait qu'elle n'avait pas grand chose à offrir. Ce qui n’est absolument pas le cas ! La Malaisie veut faire de Langkawi sa vitrine et son lieu phare pour les touristes. Pourtant il n'y a pas tant de monde que cela et c'est bien plus calme que Koh Lipe. Je suis surpris également de trouver quelque chose de si joli. Je ne regrette pas d'y rester quelques jours.
Je me suis rendu sur la plage de Pantai Cenang, l'endroit le plus animé de l'île qui me faisait craindre le pire. Certes ce n'est pas bien sauvage, la plage est ratissée à outrance et le sable plein de traces de pneus de 4x4, avec une suite ininterrompue de resorts sous les cocotiers avec dessous des chaises longues garnies de gens inertes en train de siroter des cocktails, mais ça reste calme et cosy. Sans doute parce que les établissements en bord de mer sont les plus chers et veulent faire dans le luxe. J'ai posé mon sac et mon casque rouge sous un de ces cocotiers et je suis allé me baigner dans un truc délimité par des bouées pour éviter de ne me faire trancher par un jet-ski ou ces espèces de dragons des mers gonflables pleins de gens assis à califourchon dessus et tirés par un hors bord. Ce qui est pratique avec le scooter c'est que je peux m’arrêter où je veux, je me faufile entre les resorts, trouvant toujours un chemin d'accès à la mer. 
Pulau Singa Besar
Il n'y a pas de vigile-pitbull ni de barrières ou clôtures, on peut se balader d'un resort à l'autre librement et même rentrer dedans sans que personne ne dise rien. Enfin, pas en scooter ! Il y a un rocher au bout de cette longue plage avec marqué Langkawi sur ses flancs, façon Hollywood. Je m'y suis rendu de plus près mais l'endroit n'est pas très joli quand on y est, le sable plus gris et plein de jet-skis entassés et de gilets rouges dans l'eau qui gâchent le paysage. Ce qui est bien sur cette plage, c'est la vue qu'on a en face de soi. Il y a en effet quelques îles relativement grandes, pas très éloignées, couvertes de jungle et de petites criques de sable blanc. Il faudra que j'essaye de les explorer un des ces jours en kayak. Ici on trouve de tout, aussi je ne me fais pas de souci pour trouver ça. J'ai vu passer un homme volant, un type suspendu à un parachute tiré par un bateau, le parasailing. J’avais essayé une fois à l’Île Maurice pour avoir un panorama grandiose au dessus du lagon et j'en garde un souvenir fabuleux. Je me vois bien aussi essayer ça avant de partir. Ce serait l'occasion de terminer mon tour du monde en beauté, par quelque chose d'un peu fou, en m'envoyant en l'air !

Porto Malai

Derrière le rocher se trouve une autre plage, plus petite, Pantai Tengah, plus tranquille et plus familiale selon les guides de voyage. Je me suis arrêté au bout, au niveau du Frangipani Resort que j'ai dû traverser pour rejoindre la mer, n'arrivant pas à trouver de chemin public dans cette partie. Tandis que je marchais sur la plage pour escalader sa partie sud question de prendre un peu de hauteur pour les photos, je regardais les bungalows du Frangipani. Il y en a des individuels, en dur, espacés d'une dizaine de mètres les uns des autres, sous les cocotiers avec une vue imprenable sur les îles en face, plein ouest, idéal pour les couchers de soleil. Il n'y a aucun bruit autour, hormis le murmure du vent et le passage de quelques jet-skis mais qui restent plutôt au niveau de Pantai Cenang. Je suis tombé sous le charme de ce resort, un truc éco-friendly. Si je reviens à Langkawi j'essaierai de rester là. 
Pulau Dayang Bunting
[NDLR : les bungalows ont l'air les mêmes que ceux de Tarutao mais après un tour sur leur site internet, ils sont à 630 ringgits... A plus de 150 euros la nuit, je retournerai donc au Géopark et son prix imbattable de 23 euros la nuit, avec un grand lit, une grande salle de bains, et la clim', le tout dan un calme parfait. Mieux vaut louer un scooter et venir passer la journée au Frangipani!]
Si vous êtes tentés, je vous conseille lors de la réservation de demander les bungalows individuels faces à la mer, ceux portant les numéros 300 quelque chose, à partir de 309, les autres étant plus proches du restaurant. C’est là que j'ai mangé, je trouvais l'endroit bien reposant. En plus, en ouvrant la carte, agréable surprise : ils ont une section plats bios au même prix que le reste. En fait ils ont leur propre jardin et leur slogan c'est « We grow, we eat ». J'en ai profité pour prendre en entrée des beignets de fleurs de frangipaniers accompagnés d'une mayonnaise au poivre noir (je ne savais pas que ça se mangeait mais c’est très bon, un peu trop gras peut être), suivis de filets de poulets grillés au basilic servis avec du riz brun assaisonné d'huile au basilic. 
Pulau Dayang Bunting
En dessert : bananes, mangues, papayes, ananas. Le tout accompagné d'un jus de fruits mixés sous les yeux : orange, pomme, carotte, ananas. J'ai fait le plein de vitalité ! A 10 ringgits le jus il y aurait tort de s’en priver. Vous croyez qu'après ça je vais avoir envie de revenir en France où la vie est si chère ? Et revoir la misère partout, peuplée de gens agressifs? Car en 7 mois je ne l'ai jamais croisée. J'ai vu des gens très pauvres mais pas misérables, dignes, souriants et heureux. Ça donne à réfléchir...
Au Frangipani il y a aussi un sentier de réflexologie avec des galets de différentes hauteurs cimentés sur leur tranche. C'est rigolo. Pieds sensibles s'abstenir ! Sur la plage c'est aussi le retour des oiseaux noirs à l’œil cerclé de jaune aperçus en Polynésie et qui font tout un tas de sons comiques. Il y en avait un qui s'était mis au pied de ma chaise et me regardait sans mot dire, contrairement au chaton de Tarutao. Je lui ai donné trois grains de riz, le reste c'est pour moi. Du riz bio en plus ! 

Pulau Singa Besar

Pulau Singa Besar
Après tout ça, ce n'est pas tout, mais il était déjà 14h30 et je n'avais toujours pas vu ces rochers façon Palawan. J'ai donc repris la route pour arriver à la pointe sud-ouest de Langkawi, un cul de sac garni d'un port, Porto Malai. Là, tandis que je prenais des photos des îles au loin, j'ai été hélé par quelqu'un qui me demandait si je voulais partir en excursion. Des gens étaient en train de monter sur un bateau et ça m'avait l'air déjà pas mal rempli. Mais il restait une place pour moi. J'ai donc acheté mon ticket, partant en catastrophe et ayant laissé le casque sur le scooter. Ils m'ont assuré que ça ne risquait rien. J'étais parti pour un tour en scooter, me voilà pris dans un tour en bateau. C'est ce que j'aime. Pas de programme, les choses se déroulent d'elles mêmes selon les opportunités et ce que je rencontre. Et puis une excursion qui tombe pile poil quand j'arrive et pour 25 ringgits, ça ne se refuse pas ! D'un autre côté j'ai l'impression de tout faire dès le premier jour. 
Pulau Dayang Bunting
Mais avec le très beau temps aujourd'hui, il faut en profiter. Car on ne sait jamais comment ce sera les prochains jours. Je pourrais tout aussi bien être dans les nuages. En effet, tout comme Tarutao, Langkwai était souvent auréolée d'un anneau de nuages quand je la regardais depuis Koh Lipe.
Nous avons filé directement à Pulau Singa Besar, une île en face avec une belle plage de sable blanc... et pleine de macaques ! L’arrêt est programmé pour une heure. Le temps de faire quelques photos, j'ai posé mon sac sur le sable afin d’éviter qu'il ne m'encombre. Quelqu'un assis non loin m'a prévenu des macaques. Merci, je les avais vus. Mon sac est suffisamment lourd pour qu'ils ne puissent pas le prendre et puis il est bien fermé. Mais alors que je m'étais un peu éloigné, j'ai été alerté par un couple qui passait devant mon sac, les deux blancs du bateau, qui faisaient la chasse à un macaque qui avait ouvert mon sac. Par bonheur il n'avait rien pris. 
Pulau Dayang Bunting
Le portefeuille était à découvert. Je l'ai échappé belle. Avec ses petits doigts de singe et son intelligence supérieure à la moyenne des autres animaux, il avait parfaitement saisi ce qu'était un zip et comment l'ouvrir pour se saisir du contenu du sac. Aussi, j'ai accroché mon sac en hauteur, à une branche, caché par les feuillages, avant d'aller à l'eau, tout en gardant un œil dessus. On ne sait jamais. Au bout d'un moment j'en ai repéré un qui se baladait sur la plage et faisait mine de rien tout en prenant la direction de l'arbre. Je suis donc sorti de l'eau pour intervenir. En fait deux autres ont rappliqué et avant que j'ai eu le temps de m'approcher, celui sur la plage était grimpé à l'arbre, avait envoyé paître serviette, bermuda et T-shirt que j'avais mis autour pour jeter le sac à un complice plus bas qui est parti dare-dare en tirant le sac sur le sable et l'amenant vers la jungle tandis qu'un troisième faisait barrage et montrait des dents pour m’empêcher d'intervenir. 
Pulau Dayang Bunting
Je voyais déjà mon passeport et mon portefeuille disparaître dans la jungle et les arbres. J'ai donc couru en furie, comme un orang-outan, gesticulant des pieds et des bras, près à dégommer tout ce qui viendrait sur mon passage. Ça les a fait peur de voir que je n'avais pas peur d'eux. Du coup, celui qui tirait le sac l'a lâché et a accouru toutes dents dehors. J'en avais trois déchaînés autour de moi et je sautillais pour ne pas me faire mordre, tout en allant là où le sac était. Quand j'étais tout près, un macaque l'a saisi en même temps mais j'ai tiré de toutes mes forces, près à jouer du lasso avec un macaque. Finalement ils ont abandonné la partie et je suis allé me remettre de mes émotions dans un coin moins isolé où les autres s'étaient mis. J'ai failli porter plainte pour association de malfaiteurs avec intention de nuire. Fiche signalétique des malfrats : de vulgaires macaques ! C'est la jungle mafia ! Que comptaient-ils faire avec mon passeport ? Aller à la Tour Eiffel voir le ciel de plus près que depuis leurs arbres ?

Le lac Tasik Dayang Bunting

Une vieille macaque
Je suis retourné à l'eau mais une de ces bestioles qui piquent est entrée dans le maillot de bain je ne sais comment. Je suis ressorti de là aussi sec en boitant, ne pouvant pas me gratter les couilles devant tout le monde ! Ça a fini la serviette autour de la taille à enlever le maillot de bain. Et vite ! Bref, ce n'est pas mon jour, toutes les bestioles ont décidé de m’embêter ou quoi ?
On a terminé la balade à Pulau Dayang Bunting où se trouve un lac intérieur, après être allé nourrir des aigles de mer avec de la peau de poulet et s'être rendus à une ferme sur l'eau pour nourrir les poissons et les tortues. Quand on a débarqué sur l'île il y avait un groupe d'indiens ou de pakistanais, toujours en train de bouffer, qui avait amené avec eux un sac rempli de galettes pour se rouler des trucs. J'ai été alerté par des cris. C'était l'émeute. Une armée de macaques avait volé à l'arrachée le sac, répandant son contenu et se saisissant de tout. Ils sont partis avec les galettes dans le papier alu et des bouteilles de jus de fruit. 
Je suis sûr qu'ils trouveront comment ça s'ouvre. Ça a fini au bord de l'eau, le cul posé sur des rochers à se lécher les doigts qu'ils plongeaient dans des containers pleins de sauce graisseuse et rougeâtre. Pas moyen d'être tranquille ici, c’est pire qu'aux Antilles où l'on se fait tout voler. Sauf que là bas les macaques ce sont les autochtones ! Sinon j'ai retrouvé le singe Duracell. Ce sont en fait des macaques, mais des vieux. C'est en voyant une femelle aux nichons flapis que j'ai compris. En vieillissant il leur pousse des poils blancs au menton et sur les joues qui forment des barbes de Père Noël, femelles comprises ! Hormis ce signe distinctif les vieux restent alertes comme les autres. Pourquoi l'homme vieillit il aussi mal, à finir en déambulateur, voûté ou en chaise roulante ? Est-ce parce qu'on ne monte pas assez aux arbres ?
A part ça, le lac ressemble un peu à ces lacs de Palau, en moins joli car il ne possède pas les mêmes couleurs. Mais la balade pour le rejoindre est sympa, on passe par dessus une barre rocheuse dans la jungle. Quand on est retourné au débarcadère, j'ai eu droit à un souvenir : une assiette en plastique avec ma tronche dessus qu'ils avaient prise en photo quand j’avais embarqué. C'est kitsch à en mourir mais je l'ai prise. A 10 ringgits, c'est que dalle et puis c’est fourni avec un crochet prêt pour fixer l'assiette au mur. Chic !

Pulau Singa Besar

lundi 23 avril 2012

Départ de Koh Tarutao pour Langkawi


Koh Khai
Je suis triste de partir ce matin. C'est plein de vie ici, j'ai l'impression de laisser une part de rêve et d'innocence. Une partie aussi de sensations que je ne retrouverai sans doute pas avant très longtemps. Elles seront différentes. Et le jour où je reviendrai le chaton sera devenu un chat, plus sage et plus tranquille. Le ranger qui me servait au restaurant m'a demandé de revenir l'année prochaine et m'a dit qu'il était content de m'avoir connu. Je pense que c'est sincère car les gardes sont ici sous leurs gardes si j'ose dire. On les sent en retrait. Il est vrai qu'ils voient défiler des gens qui viennent un jour ou deux et s'en vont, sans prendre le temps de leur parler. Certes, tous ne parlent pas anglais mais ce n'est pas une raison. Du coup ça ne les pousse pas à être avenants. J'ai toujours un sourire pour eux, un hello, un signe de la main ou de la tête quand je les croise. Le langage du corps est parfois plus important que le reste. C'est ainsi qu'on apprivoise les gens au fur et à mesure, ils se rendent compte qu'on n'est pas méchant et qu'on les respecte. Il n'y en avait qu'un réfractaire à cette méthode c’est le rasta du Bila Beach. Pourtant il terminait ses mails lors de la réservation pas des « love ». Aussi je suis tombé de haut quand je l'ai vu.
Ça c'est du ciel noir!
Au moment de payer la note il y avait aussi Anne-Laure qui réglait la sienne pendant que je rangeais mes affaires dans le sac que j'avais laissé dans la loge de la réception. Anne-Laure est très avenante, souriante et rigolote et on a parlé avec le réceptionniste qui est aussi un garde. En fait ils sont tous gardes ici, ils sont là à demeure, même quand plus personne ne vient. En effet, de mai à octobre c'est la mousson et les liaisons maritimes sont coupées. Mais ils restent là pour s'occuper de l'île, des animaux, des infrastructures. Sacrée vie ! Même si c'est chouette, je ne me vois pas vivre ici indéfiniment. A moins d’être un vrai homme des bois. Il y a de moins en moins de monde au camp. On est en fin de saison, Les gens ne vont plus venir, c'est bientôt le mois de mail, il ne fait plus bien froid dans l'hémisphère nord et avec la mousson qui pointe son nez, ça n'incite pas à venir. C'est donc ça, ces orages quotidiens. Ce sont les prémices de la mousson. Car je me souviens quand j’étais venu il y a deux ans en janvier, j’avais eu un temps radieux, soleil tous les jours pendant 15 jours. Il ne va donc plus rester que le russe et Gimmo. Si ça se trouve, ils vont finir par être oubliés là bas. Il sont autonomes, ils ne viennent jamais manger quoi que ce soit au restaurant. Certes, c'est à 4 kilomètres mais par la plage ça se fait vite. Mais ils sont mieux ainsi et je les comprends. Ils veulent aller au bout de leur communion avec la nature et avec Koh Tarutao.

Koh Tarutao s'éloigne...

Koh Khai
Pour la note, j'ai eu la surprise du siècle. Je n'ai pas du tout payer 300 baths comme ce qu'ils m'avaient annoncé en arrivant. Ça me semblait aussi beaucoup, deux fois moins seulement qu'un bungalow alors que j'ai tout mon matériel. Pour Anne-Laure ils lui avaient demandé 225 baths alors que la tente est fournie et déjà dressée. J’avais donc une base de négociation. Mais je n'ai pas eu à négocier quoi que ce soit, le garde m'a demandé d'emblée 150 baths. Sauf que c'était le prix total. Comme je n'en revenais pas, il m'a montré sa calculette. La nuit était donc au prix défiant toute concurrence de 30 baths la nuit soit 80 centimes d'euro ! A ce tarif, vous pouvez venir sur une île déserte, camper sur une plage merveilleuse et jouer aux Robinson pour 25 euros le mois. Vous n'aurez plus qu'à rajouter le prix de l'avion et compter 800 baths par jour pour la nourriture (20 euros les 3 repas). Il n'y a plus besoin de voyager ailleurs. Je ne devrais pas dire cela, ça va attirer des hordes de backpackers. Et j'aimerais tant que cette île reste comme elle est. Mais je crois que peu de personnes sont prêtes à vivre sur une île déserte coupée de tout avec rien à faire hormis ce que la nature apporte. Les gens préféreront donc toujours poursuivre sur Koh lipe et c'est tant mieux !
Koh Khai
Quand Anne-Laure est partie, le réceptionniste m'a dit « you're alone, she's alone, then... » avec un grand sourire d'un air entendu. Ils ne pensent qu'à ça ici. D'une façon générale les asiatiques ont du mal à concevoir que des gens voyagent seuls, ils sont toujours surpris. Et puis surtout ils imaginent que les filles seules sont forcément des filles en manque de sexe, donc des filles faciles. Anne-Laure n'a pas arrêté d’être emmerdée. Il faut dire elle est toute fraîche et n'a que 20 ans. Elle a une innocence que d'autres voudraient bien pervertir. Je suis étonné de voir tous ces jeunes qui voyagent et que j'ai vus dans ce tour du monde. Souvent je suis le plus vieux où que j'aille, faisant me sentir comme un vieux croûton. Je pense que c'est générationnel. Personne de 20 ans dans les années 90 ne voyageait. Il faut dire internet n'existait pas, c'était un peu plus compliqué de voyager, peut être plus l'aventure aussi. Et puis les prix des billets d'avion étaient plus élevés. Mais surtout je pense que les mentalités ont évolué. Avant il fallait surtout ne pas avoir de trou dans son CV, encore moins avant de commencer à travailler. Cette idée a l'air d'être passée de mode car beaucoup de ceux qui voyagent viennent de terminer leurs études et ne sont pas effrayés par un trou et une recherche d'emploi à leur retour. Pour ma part je préfère quand même quoi que j'en dise avoir un travail qui m'attend. Si je devais passer des entretiens d'embauche à mon retour, écrire des lettres de motivation et toute cette foire aux guignols, après un tour du monde je ne suis pas sûr que je serais bien performant ! Reste un mystère pour moi : où puisent ils l'argent pour partir ? Car routard ou pas, ça reste un sacré budget. En tout cas c'est une bonne chose, ça leur ouvre les yeux plus tôt, je suis sur qu'ils auront une autre vision sur la société et le monde du travail suite à ça.
Koh Khai
Sur le bateau pour Koh lipe il y avait un américain du Tennessee, fort étonné que je parle si bien anglais (il ne fait pas exagérer non plus). En effet il était venu en février à Paris et personne n'arrivait à communiquer avec lui. Il m'a demandé pourquoi j'étais différent des autres. Je lui ai répondu que c'était peut être avec les voyages... En même temps j’étais étonné moi même d'avoir une conversation avec un américain, d'ordinaire je ne les comprends pas. Peut être ai-je fait des progrès. Il faut dire que sur 7 mois j'ai dû parler anglais 6 mois, alors ça doit bien aider un peu... L'américain me racontait qu'aux États-Unis ils n'avaient que deux semaines de congés. Je le savais déjà, c'est souvent montré comme modèle par ces français qui pensent qu'on a trop de vacances et qu'on ferait mieux de les imiter. Sauf que lui ne partage pas cet avis du tout. Il me disait qu'avec deux semaines les gens deviennent fous là bas, ils ne décompressent jamais. Lui il a tout quitté, il ne sait même pas s'il reviendra un jour aux États-Unis. En attendant il vit de petits boulots à droite à gauche. Un alternatif. Chapeau pour un américain ! Car pour sortir du système en étant dans un pays encore plus conditionné sur la réussite et la matérialisme que le nôtre, c'est un exploit ! L' « american dream » en prend du plomb dans l'aile.
Langkawi
Quand on a quitté Koh Tarutao, je me suis tourné face à l'île que personne ne regardait. Et je souriais en contemplant ses côtes qui me sont désormais familières. Quand on est passé devant la plage d'Ao Molae, j'ai eu envie de faire un au revoir de la main, comme à un ami cher qu'on quitte. Avec un bateau plein à ras-bord et des gens autour de moi, je me suis abstenu. J'aurais dû laisser parler mon cœur... En chemin on s’est arrêté à Koh Khai, un petit îlot contenu dans le parc de Tarutao, cerné d'une plage de sable blanc avec un rocher qui forme une arche dans un coin. On a été autorisé à poser un pied pour faire des photos de plus près. J'ai préféré aller piquer une tète, la chaleur sur le bateau en plein soleil étant écrasante. Au final on aura mis deux heures pour rejoindre Koh Lipe. Il ne me restait plus que deux heures avant le bateau que je dois prendre pour Langkawi, celui là même où ils demandent d’être là deux heures et demie avant.
Langkawi
En plus, je ne sais pas pourquoi mais le bateau s’est arrêté à Sunrise Beach et non Pattaya comme à l'aller. Il a donc fallu prendre un long tail boat, ce qui a fait perdre un peu plus de temps, surtout que le mien servait de passage aux autres passagers pour aller dans d'autres bateaux. Le temps que tous les autres aient embarqué, on s’est retrouvé charger de sacs de riz qu'ils sont allés déposer à Sunrise Beach. C'était le beau bordel et les pauvres russes qui ont quitté Tarutao avec moi doivent se demander ce qu'ils font là. A moins qu'ils aiment ! Pour ma part j'ai attendu avec impatience que l'on parte pour Langkawi. J'ai fait un rejet encore plus fort que la première fois, allant à me demander comment j’avais pu rester 5 jours à Koh Lipe. Pourtant j'avoue que les plages sont très belles. Mais avec ce monde et ce bruit, c'est un enfer, un paradis à clebs qui adorent quand c'est le bordel. J'ai essayé d'imaginer cette île sans rien, avant que les gîtes et le gens ne viennent. Ce devait être très beau. Comment ont ils pu abîmer une si jolie île ? Mais il y a des gens qui adorent Koh Lipe et qui y ont trouvé le paradis qu'ils cherchaient, s'installant et montant des gîtes, comme ce restaurant tenu par une anglaise. Preuve qu'il en faut pour tous les goûts... Ceci dit, il y a pire ! Il y fait chaud toute l'année au moins ici. Et pour quelqu'un exilé ça doit être plus agréable que sur Tarutao. Il y a de l'animation, des gens...

dimanche 22 avril 2012

Une île qui vous veut du bien


Ao Jak
Qu'on se le dise, Tarutao m'a conquis. Je revis ici. Je pourrais y rester des semaines comme les Robinson d'Ao Molae. Cette île a quelque chose d’envoûtant où l'on se sent bien, en paix, comme protégé. Presque comme si l'on se trouvait aux portes d'un monde inconnu, là où tout a commencé et où tout finira. C'est comme avoir trouvé l'essence de la vie. J'en parle très mal mais on est beaucoup à en dire la même chose. Je ne sais pas à quoi ça tient. Sans doute le mélange de plages accueillantes et interminables qui contrastent avec une jungle impénétrable et pleine de bruits. Ou serait-ce cette brise qui souffle ? Ou encore les macaques qui se baladent sur la plage au coucher du soleil? On est comme des naufragés de ce monde échoués dans un jardin d'Eden. On se parle tous, c'est comme si l'on était tous amis. Certes, plus de la moitié des gens sont français, aussi ça simplifie les choses mais il n'y a pas que cela. On a l'impression de se ressembler. 
On se lance des coups d’œil complices, quand on passe il y a des mains qui se tendent par dessus un hamac pour nous saluer. Les rangers aussi me reconnaissent. C'est comme si j'étais gardien de parc national. Je partage leur vie, ils me font coucou quand ils me voient. J'ai l’impression d'avoir droit à d'autres égards car je reste plus longtemps que les autres, gage que j'éprouve quelques chose pour leur île. C'est un petit paradis que je vais avoir beaucoup de mal à quitter. Une chose est sûre, je reviendrai !
La matin, quelle joie de sortir de la tente face à un tel cadre ! Je ne le quitte jamais, dormant avec la porte du double toit ouverte, ayant juste la moustiquaire pour me protéger des insectes. Je suis un peu obligé, les nuits sont écrasantes de moiteur. J'aurais bien besoin d'un petit ventilateur de tente. Je ne sais pas si ça existe, il faudrait que je cherche ça sur internet. Mais bon, un truc à piles, ça risque de ne pas durer bien longtemps. 
Car la chaleur ne descend jamais. En pleine nuit il fait toujours aussi chaud, il m'arrive encore de nager dans mon jus à 4 heures du matin. Ou alors je me gratte frénétiquement là où les mouches de sable m'avaient piqué. Ces espèces de petits moucherons à peine visibles sont terribles. Je me gratte à des endroits où ça ne me prenait pas avant, ça a un effet retardateur. Je ne sais pas jusqu'à quand ça va durer, c'est pire que les moustiques. Définitivement, Ao Son, il vaut mieux éviter. Ou alors revêtir une combinaison d'apiculteur avant d'y aller !
Ce matin après le petit déjeuner, j'ai décidé de louer un kayak pour explorer la mangrove et me rendre à Crocodile Cave. Un des rangers m'a demandé si j'avais une torche. Devant ma réponse, il a demandé à l'un de ses collègues de m'en apporter une. Pendant ce temps il m'a invité à regarder sur un plan de l'île au niveau du débarcadère comment aller à la grotte. 
Puis il m'a montré une photo aérienne de la mangrove avec plein de bras, me montrant le chemin à suivre. C'est assez simple, il suffit de toujours aller à droite. Un couple qui était là me regardant faire m'a conseillé de prendre en photo la carte du garde car hier ils avaient tenté une sortie canoë sans réussir à trouver ladite grotte. Ensuite, un kayak trois places m'a été avancé, un truc style à fond plat au ras de l'eau. J'ai intérêt à faire attention, avec mon ordinateur et tout le bordel, il ne s'agirait pas de passer par dessus bord. Car le couple infortuné d'hier y est allé aussi avec une autre personne et ils n'ont eu de cesse de se retrouver à la flotte. Un des gardes a aussi sorti un gros morceau de polystyrène vraisemblablement échoué sur la plage qui avait été taillé en son centre pour former un trou où s'asseoir et muni d'une pagaie. Ils m'ont dit que c'était mon kayak. On s’est regardé avec le couple en rigolant et j'ai lâché : « It's a joke ! ». Il ne pouvait pas en être autrement. En effet les gardes se payaient ma tête. L'embarcation a servi à l'un d’eux pour rejoindre un bateau amarré un peu plus loin.
Le kayak que j'ai n'est pas d'une rapidité folle. Ça n'a rien à voir avec celui de Palau. Avec ça je n'aurais jamais pu faire le périple dans les Rock Islands. Mais bon, pour une petite balade dans la mangrove ça convient. Au début du parcours le bras de mer est assez large. Ça devient plus joli une fois qu'on a dépassé le premier virage. Quelques rochers font alors leur apparition, donnant du relief à un paysage autrement plat comme une galette. Ensuite, quand on prend le bras sur la droite à la première bifurcation, c'est là où ça devient vraiment intéressant. On passe alors sous des branches et des lianes, donnant l'impression d'évoluer dans une forêt inondée. Car il n'y a pas de rivage. Les arbres qui bordent le chenal ont tous les pieds dans l'eau, ce sont des palétuviers. Je me suis emmanché sous les arbres et ça continue comme ça sans qu'on puisse en voir le bout. C'est une jungle impossible à parcourir à pied. 
Et pourtant il y a plein de vie. Des chants d'oiseaux mais aussi des grognement et des feuilles qui s'agitent sur mon passage, attestant de la présence des singes. C'est marée montante aussi le courant m’entraîne vers l'intérieur des terres sans que j'ai besoin de pagayer beaucoup. Le retour risque de demander plus d'efforts.
Pour rejoindre la grotte, on doit s'amarrer à un ponton puis prendre un sentier qui amène en quelques instants à la grotte, située juste derrière. A l'entrée figurent des stalactites de toute beauté, formant des orgues d'une couleur incroyable. La grotte est aquatique et un petit pont permet de s'enfoncer un instant vers l'intérieur. Il faut faire très attention car le terrain est très boueux et glissant comme une savonnette. Une fois dans la grotte, le ponton s’arrête rapidement et on est invité à prendre un kayak pour poursuivre l'exploration. 
Car la grotte est longue de deux cents mètres environ qui ne peuvent être parcourus qu'en kayak. D'où la torche qu'ils mont filé. Estimant qu'en kayak je ne verrais pas plus de chose, et même plutôt moins, j'ai préféré rester à l'entrée et attendre que mes yeux s'habituent à l'obscurité pour apprécier le spectacle plutôt que de me ramasser des gouttes d'eau sur la tronche en pagayant sur une eau noire jadis le refuge de crocodiles ! Et puis là où j'étais c'était suffisamment joli, ça formait une grande chambre et on pouvait voir les parois au fond jusqu'à 50 mètres. Le tour en kayak ne m'aurait sûrement rien apporté de plus. Il y a un truc étonnant dans cette grotte c'est que c'est plein de bruits dont certains qui fond comme des conversations de voix dans un hall de gare. On entend aussi de gros ploufs et même un râle à donner la chair de poule. Je me suis également approché d'une paroi où il y avait une trouée devant laquelle j'ai été alerté par un truc blanc qui ressemblait à des restes de mâchoires. 
Je n'ai pas réussi à identifier ce que c'était, malgré ma torche braquée dessus. Et à vrai dire je n'y suis pas resté bien longtemps, pensant à une créature qui sortirait de là en se tortillant pour venir me transformer en squelette comme l'autre. Encore une fois, il est certains films que je devrais arrêter de voir !
J'ai mis trois heures à effectuer la balade, j'étais de retour juste à l'heure pour le déjeuner. Il y a moyen de faire cette balade plus rapidement, j'ai vraiment pris mon temps, m’arrêtant tout le temps pour prendre des photos, reculant même pour retrouver un point de vue joli que j'avais dépassé le temps de me saisir de l'appareil photo. Le garde m'avait dit en partant que c'était 50 baths, le prix avait changé entre temps. 50 c'était pour la torche ! Sinon c'est 100 baths de l’heure. Je me disais aussi une location de kayak à 1,5 euros, ça faisait pas très cher comme excursion. 
Des bateaux étaient amarrés au débarcadère du même style que celui qui m'avait amené ici. Les gilets rouges sont de retour ! Je croyais en être débarrassé et définitivement épargné ici. Ils ont été déversés par l'un des ces bateaux venu faire escale à Koh Tarutao, distillant de la musique à fond pendant que tout ce petit monde groupé en tas était mené par un ranger armé d'un porte-voix et transformé en chien de troupeau. Tirez-vous de mon île ! J'ai tellement l'habitude de n'y croiser personne que j'ai l'impression que c’est mon île privée à moi. Heureusement le ranger les a enfourné rapidement dans le bateau qui est reparti et sa musique avec.
C'en n'était pas fini pour autant. Le restaurant était plein d'un autre groupe occupé à manger des nouilles. Des chinois. Je les ai bien reconnus cette fois, ils ont la même tête qu'à Paris dans les restaurants chinois. Et ceux là ne sont pas venus à pied de la Chine ! 
Petit passage dans les rochers pour rejoindre Ao Jak
Du coup comme il n'avaient envahi qu'un côté de la terrasse je me suis mis de l'autre côté pour être plus tranquille le temps qu'ils déguerpissent à Koh Lipe. Perdu dans mes pensées, tentant de faire abstraction, je n'ai pas senti quelqu'un venir et me faire coucou. Quelle surprise ! C'était Anne-Laure, l'autre française du bain aux étoiles qui n'était restée qu'un jour sur Tarutao. Elle est revenue. Elle a craqué après seulement deux jours à Koh Lipe. Trop de monde et trop de bruit. Il faut dire qu'elle avait choisi un truc sur Pattaya, là où c'est le plus bruyant. C'est sûr qu'à côté de Tarutao ça n'a rien à voir. Les îles sont pourtant très proches l'une de l'autre mais c’est le jour et la nuit. Koh Tarutao ne possède peut être pas les plages de sable blanc de Koh Lipe mais elle a pour elle la tranquillité, une ambiance particulière qu'on ne ressent nulle part ailleurs, et tellement plus encore. D'ailleurs Anne-Laure m'a demandé si le retour n'allait pas être trop rude après 7 mois. Je lui ai raconté ma déprime éclair à Koh Lipe qui avait disparu sitôt arrivé à Koh Tarutao. Pour elle c'est pareil, elle pensait à son retour sur Koh lipe et plus du tout ici. Cette île délivre chacun de ses maux, c'est Gimmo qui avait raison. J'ai peur du coup que ça revienne une fois que je serai à Langkawi, privé de ces bonnes vibrations...
Ao Jak
Anne-Laure a choisi une tente pour cette fois, elle est tombée sous le charme de dormir en bordure de plage près des vagues. Car les bungalows n'ont pas vraiment de fenêtres, c'est des espèces de persiennes en vitre opaque. Par contre ils ne fournissent ni matelas ni oreiller mais ça ne la gêne pas, elle a déjà dormi pas terre et elle y dort très bien. Je lui ai confié mon intention de retourner une dernière fois cet après midi à Ao Molae, en passant par la plage. En longeant le bord ce n'est pas très loin mais il faut attendre que la marée soit basse, sinon on est bloqué par des rochers qui séparent la plage où l'on campe de celle d'Ao Jak. En attendant le moment opportun, je suis donc allé me baigner dans ce qui reste des vagues d'hier (pas grand chose mais c’est mieux qu'une mer d'huile) pendant qu'Anne-Laure est allée prendre un kayak pour aller faire un tour dans la mangrove. Oh pas longtemps, une demie heure après elle était de retour ! C'est la première fois qu'elle faisait du kayak et elle trouvait que ça n'avançait pas. C'est sûr qu'avec le modèle qu'ils ont, déjà prévu à l'origine pour plusieurs personnes, il y a de quoi dégoûter du kayak. 
Ao Molae
Pour la peine, on a décidé de partir à Ao Molae sans plus attendre, malgré le fait que la mer était encore haute et barrait le passage plus loin. Mais on trouverait bien un moyen de passer par dessus les rochers... Et puis elle tenait absolument à revoir Gimmo qui lui avait fait des avances la nuit où l'on s'était baigné. Elle voulait voir ce qu'il devenait et comment il s'en sortait avec ses noix de coco. Pour ma part je suis sûr qu'il a dû se lier d'amitié avec le petit vieux qui vit là bas. Qui se ressemble s'assemble. Anne-Laure part demain, elle est juste revenue pour une nuit. Elle m'a aussi fait le coup du « je pars demain et je n'arrive à Bangkok que mardi midi. Tu te rends compte ? ». Ben, pas vraiment, mais j'ai fait oui de la tête !
Le passage par dessus les rochers se fait bien, il suffit juste de bien regarder par où passer. J’étais parti en éclaireur et parfois je me demandais si l'on n'allait pas devoir faire demi tour, mais je parvenais toujours à trouver un passage pour aller encore un peu plus loin. 
Gimmo, Anne-Laure et le russe
Certes, avec des chaussures cela aurait été mieux mais on avait décidé avec Anne-Laure d'y aller pieds nus comme des sauvages. Remettre des chaussures quand on sera de retour va être quelque chose de dur pour nous. Tandis qu'on marchait sur la plage d'Ao Jak en bavassant je me sentais l'âme d'un explorateur, transporté, exalté, pensant à ce que les explorateurs avaient pu éprouvé dans le passé en découvrant des terres vierges. Mettre le pied à terre sur une grande plage à marée basse où le sable est si dur qu'on dirait qu'un rouleau compresseur est passé par là, humide et luisant comme un miroir, avec les nuages et la jungle qui se reflètent dedans, on se sent vraiment béni. C'est extraordinaire ! Au bout de 5 jours je n'en reviens toujours pas de cette île. Et ce n'est pas en arrivant à Ao Molae que l'impression change, au contraire. C'est mon coin préféré de Tarutao. Avec Anne-Laure, on n’arrêtait pas de dire « qu'est ce que c'est beau !». On s'est baigné ainsi très longtemps, tourné vers le rivage car quand on se baigne dans cette anse c'est plus joli encore de la mer, car on a une profondeur de champ qui permet d'admirer les collines couvertes de jungle où que l'on regarde autour de soi.
Ao Jak
Nous avons retrouvé Gimmo, toujours aussi jovial, occupé autour de sa tente qu'il avait installée juste en face des bungalows. Comme il est là pour un mois, les rangers sont venus lui apporter une bâche afin qu'il soit plus à l'abri. En effet on est à cheval avec la saison des pluies qui commence début mai aussi il en aura fort besoin. Il y avait aussi le petit vieux qui était là et qui l'aidait. C'est en fait un russe de 67 ans qui campe ici depuis 4 mois avec sa fille. Apparemment il sait tout faire, bricole et fixe n'importe quoi en un tour de main et son feu ne s'éteint jamais même sous le pire orage. Gimmo l'appelle Robinson et sa fille Vendredi ! Le russe était occupé à tailler des branches en fourche pour faire un mât tandis qu'on parlait. Il est ainsi parvenu à construire une tente par dessus la tente, en fixant la bâche au nouveau support à l'aide de cordes. Évidemment, les macaques qui ici pullulent ont pris ça pour un jeu et sont venus ensuite faire du trampoline sur leur nouveau terrain de jeu ! Le ruse rentre dans deux semaines à Moscou. Ça va lui faire un choc. Déjà que moi ça ne me dit rien de rentrer à Paris, alors si comme lui j'avais vécu de longs mois coupé de tout sur une île sauvage et que je devais rentrer dans un pays austère et froid, je n'ose imaginer...
Sur les coups de 17h30, Gimmo et son nouvel ami sont partis à l'endroit où le russe campe pour manger un bout. Ils nous ont invité à venir y prendre le thé juste après. Mais comme dans une heure il allait faire nuit, nous devions rentrer. Nous avons donc laissé Gimmo en en lui souhaitant une belle vie. Il a répondu que quand il retournerait à la civilisation il aurait le choix du bien et du mal mais que pour l'heure il n'y avait que du bien et pas de choix. Alors ça ne peut pas aller mieux dans son petit paradis. Tout est dit ! Un grand philosophe que ce Gimmo. De toute façon ce genre de doux dingues a souvent la conscience plus éveillée que la plupart des gens et c'est pour ça qu'ils sont ainsi. C'est comme il y a un jeune allemand qui campait sur la plage et qui est parti ce soir avec son attirail pour camper dans la jungle, à 8 kilomètres de là. C'est ce que m'a raconté Anne-Laure. Je ne suis pas très étonné, cette île appelle à venir en son cœur. On a envie d'y tenter toutes sortes d'expériences d'immersion extrême. C'est l'endroit rêvé pour ça. Une île bien particulière, ensorcelante !

samedi 21 avril 2012

Une journée dans les vagues


J'ai bien cru la nuit dernière que la tente allait s'envoler avec moi dedans. Un vent de folie s'est levé dès l'instant où je me suis couché. La toile claquait prête à se rompre et la pluie n'a pas mis bien longtemps à arriver. Un nouveau déluge mais cette fois pire que tout ce que j'ai connu jusqu'ici. Ça a duré jusqu'à trois heures du matin. Le joli plancton phosphorescent devait en être tout retourné ! Ce matin tout était inondé, le camp semblait avoir été pris dans un tsunami. Par chance ma tente est sur un endroit plus haut que le reste. Un hasard qui fait bien les choses sinon j'aurais fait piscine comme aux Fidji. Des campeurs se sont réfugiés autour du bâtiment des sanitaires, l'air dépités, se tenant la tête dans les mains avec des sacs de couchage qui pendouillent le temps que ça sèche. Ma tente résiste bien, les Décathlon de ce côté là sont irréprochables. Et pourtant je ne leur fait pas de la pub. Le beau temps est par contre de retour et le vent est tombé, comme si rien ne s'était passé. Ou presque ! 
Car la mer est démontée, d'énormes rouleaux sont là et n'attendent que moi. En plus c'est marée montante. En revanche, la mer a charrié tout un tas de détritus et la plage est un vrai dépotoir. On y trouve de tout et je suis toujours effaré de voir de telles choses dans la mer : des tongs, des corbeilles à linge, des cordes, des pinceaux, des brosses à dents...
Je me suis dépêché d'aller prendre un petit déjeuner avant d'aller piquer une tête. J'y ai retrouvé Axelle et Samuel, deux des français du bain aux étoiles. Gimmo est parti pour l'autre plage depuis hier, on ne le voit plus. Ils n'ont rien entendu la nuit dernière et c'est à peine s'ils me croyaient quand je leur ai dépeint la tempête. Parfois je me dis que je ferais mieux de prendre un bungalow. Pour seulement le double du camping... Mais j'aime bien la tente et c'est la dernière fois que je peux en faire du voyage. 
On dirait le lapin de la pub Duracell!
En plus les bungalows du quartier général sont par groupe de quatre jumelés. Aussi je crains un peu côté bruits de voisinage. Les français partent ce matin, direction Bangkok après 16 heures de bus. Un truc de fou ! Samuel s'apprête aussi à faire un tour du monde pour ses 30 ans qui tombent cette année. Il compte prendre 11 mois mais son parcours est très ambitieux : Europe, Inde, Asie, Australie, Amérique du Sud, Canada... Ici je n'étonne plus personne avec mon tour du monde, tous les routards finissent pas se retrouver en Thaïlande. Et il doit y avoir un vent particulier qui suscite des vocations car c'est ici en Thaïlande que j'avais pris la décision d'un tour du monde en janvier 2010. On s'est quitté comme ça, avec un « à peut être à Paris dans le métro ». Ah non, quelle horreur ! Faites moi dynamiter ça avant que je rentre !
Quand je demande à quelqu'un : «vous restez combien de temps ? » et qu'on me répond « jusqu'à lundi », ça ne m'aide pas beaucoup ! 
Aussi je réponds à chaque fois que je ne sais pas quel jour de la semaine on est, et ce depuis des mois. Généralement je passe pour un extraterrestre alors j'explique que c'est la première chose qu'on oublie quand on a le temps avec soi. C'est le doux privilège de faire un tour du monde. Il y a certaines dates dont j'ai eu vent du jour mais j'oublie aussitôt. Je ne sais même pas quel jour est tombé mon anniversaire cette année. Qu'est ce que cela peut bien faire ? Je me rends compte vraiment que le concept des jours de la semaine est une invention qui n'a son utilité que dans le monde du travail, pour faire la distinction entre les jours travaillés et le week-end. A part pour ça, je ne vois pas quel est l’intérêt. Pour mon voyage, c'est tous les jours le jour du Seigneur qui m'offre de belles journées et que je remercie quand j'y pense. Comme aujourd'hui. Car c'est un bonheur ineffable que de nager dans une mer déchaînée. 
Nager, enfin si on peut dire ! J’étais le plus clair du temps sous l'eau, les vagues étant très rapprochées les unes des autres, on avait juste le temps de prendre sa respiration qu'une autre arrivait. Je n’avais même pas le temps de m’essuyer les yeux, je finissais par voir tout trouble et les oreilles complètement bouchées.
C'est étonnant que la mer continue à être agitée une journée entière une fois le vent retombé. Je peux comprendre quelle se soulève sous l'effet du vent, mais pourquoi continue-t-elle sur sa lancée ? Il doit y avoir une explication scientifique là dessous ! A propos de science, j'ai encore refait ce rêve débile que je fais depuis des années, où je reprends mes études de biologie pour faire un boulot que j'ignore mais que je sais payé des clopinettes, juste dans le but de suivre des études et d'avoir la paix par rapport au monde du travail. 
Mais dans le rêve je suis aussi angoissé car incapable de me focaliser sur les études et d’appendre les cours. J'ai un autre rêve qui tourne aussi en boucle dans mes nuits de sommeil : je repasse le bac tout en sachant que je l'ai déjà, simplement pour avoir de meilleures notes et un meilleur dossier. Il y en avait une au lycée, en terminale qui avait fait ça, pour postuler en prépa. Et dans le rêve, je suis plus nul que la première fois, recalé au bac après l'avoir eu ! Docteur Freud, y a-t-il un message caché derrière ces rêves ? Et pourquoi je n’arrête pas de les faire ? Ça en devient pénible !
Pour en revenir à la baignade, elle est très dangereuse. Je n'y ai vu qu'un couple ce matin qui n'a pas renouvelé l'expérience, ils étaient pourtant restés au bord. Il faut dire qu'il y a un méchant courant qui emporte le long de la plage. 
En trois quart d'heure de baignade j’ai fait 500 mètres. Oui je me baigne trois quarts d’heure, pourquoi, c'est indécent ? Mais il y a pire : à certains endroits, tandis qu'on plonge pour éviter l'affrontement, on ne réalise pas tout de suite que les vagues ne nous ramènent pas vers le bord mais qu'au contraire chaque nouvelle vague avant de déferler attire vers le large un peu plus. Il y a eu ainsi plusieurs reprises où j'ai dû nager vaillamment pour retrouver pied. Pourtant j'ai l'habitude dans le sud-ouest. Ici c’est pire. Alors que c'était calme à en mourir les jours derniers. Pour le maillot de bain, il n'y a pas résisté. Il a fini en boule autour du poignet, prenant soin d'avoir toujours la ligne de l'eau cachant ce qui doit être caché. Pas évident dans une mer en furie...
En sortant de l’eau je titubais. C'est le signe que je me suis bien amusé. J'en ai profité un maximum, ne cessant d’être dans l'eau toute la journée. Malheureusement avec la marée descendante les vagues sont devenues moins belles. Un coup classique. 
Celui là on dirait vraiment un gag!
Aujourd'hui je n'ai pas fait grand chose, je suis resté devant la tente, ne la quittant que pour le déjeuner. Entre deux bains, je rêvassais sous les filaos, ou bien je marchais sur la plage, attiré par des macaques ou un couple d'aigle blanc aux ailes orangées qui planait en cercles juste autour de moi. J'ai aussi fait des plantations. Le bord de la plage est couvert de pousses de palétuviers amenées par la marée et qui ont déjà un faisceau de racines à la base. Aussi j'ai eu pitié, je les ai enterrées dans le sable. Pas sûr qu'elles résistent à la prochaine tempête mais en attendant je vais pouvoir surveiller leur croissance d'ici que je parte. Du moins je l'espère. J'ai choisi des emplacements où des ruisseaux de fortune issus des inondations viennent couler sur la plage.
Il me reste une chose que je n'ai pas encore faite sur Tarutao, c’est le petit tour en canoë sur une rivière ou un bras de mer couvert de mangrove qui rejoint une grotte, Crocodile Cave. Il y en avait dans le temps, il paraît qu'ils ont disparu depuis. Ils pourraient bien revenir le jour où j'y vais, c'est à dire demain ! 
Il est dit aussi qu'il ne faut pas toucher les parois de la grotte, sans doute un truc sacré ou maléfique. Même si je ne crois pas trop à ces choses là, par superstition j’éviterai d'attirer le mauvais œil. J'ai l'impression que ce soir on est moins nombreux. On était à peine une dizaine au restaurant. Les gens vont et viennent ici, ils restent en moyenne deux nuits, Tarutao n'étant qu'un stop pour eux. Je peux aussi dire que les gilets rouges n'aiment pas cette île. Sans doute pas assez de curiosités pour se prendre en photo devant. A mon avis c'est trop roots pour eux, ils préfèrent quand ça grouille, ça leur rappelle la maison. Du coup il n'y a que des occidentaux qui viennent là.
Au restaurant il y a un chaton blanc qui mange à tous les râteliers. Je n'ai jamais vu ça, il miaule non stop pour quémander, c’est une machine à miauler ! Il est adorable avec ses grands yeux luisants comme deux billes mais on a envie de l’écraser sous sa chaussure pour ne plus l'entendre. Alors on finit par craquer et par lui donner un petit quelque chose. Et dès qu'il a fini, il recommence. Il n'en a jamais assez. Je ne sais pas où tout ça passe, sans doute qu'il finit par s'épuiser à miauler. Je l'ai pris sur les genoux pour le caresser, on sent tous ses os. Il a quand même fini par ronronner, comme quoi c'est un chat normal qui sait faire autre chose que miauler ! Je suis sûr que c'est son truc à lui pour attirer l'attention. Quand il miaule, il prend un pauvre air en fermant les yeux avec la tête qui part de travers comme s'il allait s'évanouir. Ah ces chats, ce sont de grands comédiens !
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