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mardi 27 mars 2012

Pulau Sapi



Je crois que Pulau ça veut dire « île » en malaisien car toutes les îles s'appellent Pulau quelque chose, même celles qui sont ailleurs en Malaisie. Aujourd'hui je me suis adressé à un autre guichet, Sunny Rainbow, qui m'a proposé de m’amener à Sapi. Voilà, quand on veut on peut. En plus au retour, j'ai eu droit à la visite des autres îles que je n'avais pas explorées, Sulug et Mamutik, pour reprendre des clients laissés au passage dans la matinée. Comme ça je les ai toutes vues. Au fait je n'arrive pas à savoir, dit on malaisien ou malais ? Les deux mots existent alors je ne comprends pas. Qu'est ce qu'un malais ? Un habitant de Mauritanie ? Ce qui est un peu crétin c'est que j'ai loué la voiture pour 7 jours, aussi hier et aujourd'hui je ne m'en suis pas servie, la bagnole restant sur un parking dans la rue. A l’hôtel ils m'ont conseillé sur la place la moins chère. Le système de parcmètre est particulier, c'est le flic qui fait parcmètre !
En fait on a juste à laisser la voiture et le flic fait ensuite des rondes dans toute les rues toutes les heures en poinçonnant une carte laissée sur le pare-brise. Ensuite le soir on a juste à retirer la carte pour savoir combien on doit, le prix étant indiqué sous chaque poinçon. Le règlement reste mystérieux pour moi et c'est l’hôtel qui va s'en charger.
J'espérais être tout seul ou presque sur Sapi, comme le bateau s'était débarrassé des autres clients sur Manukan mais quand je suis arrivé c'était déjà plein de monde sur la plage, plus petite qu'à Manukan et sans possibilité de trouver un coin tranquille. Il y avait aussi un jeune couple d'occidentaux qui avait planté leur tente sur la plage. C'est possible, j'aurais pu le faire, il suffit juste de demander la permission au gardien mais il faut aussi amener sa nourriture, les cantines sur la plage n'étant ouvertes que le midi. C'est ce qui m'a retenu. 
Et puis les îles ne sont pas si extraordinaires que cela, j'ai vu bien mieux. En fait c’est gâché par le monde. Il n'y avait pas un coin de sable où il n'y avait pas une serviette, excepté au soleil. L'arrière plage était quant à lui bondé par des tables et chaises en plastique avec des plats locaux sous cloche disponibles à toute heure. Je crois que le loisir national c'est de manger ! Pour ma part je me suis contenté d'un sandwich au fromage pas bon (le fromage est une tranche de je ne sais quoi, carrée, emballé dans des sachets individuels, du genre de ceux qu'ils mettent dans les hamburgers) et d'une assiette d'ananas. 
Ce qu'il y a de bien sur Sapi est qu'il n'y a pas un détritus. La plage est très propre et l'eau claire, et ce malgré le monde, sans doute en raison de l'éloignement de Kota Kinabalu (c’est la plus loin). J'aurais pu faire du snorkeling, en nageant je voyais déjà plein de poissons qui attendaient que je m'immobilise pour venir me grignoter. Les petits rayés verts et jaunes, je les connais, c'est les pires ! 
On les rencontre aussi en Crète où ils sévissent sur les plages de sable uniquement. Sur la plage on assiste à un ballet incessant d'hommes grenouilles qui avancent à reculons, les pieds palmés. Ils restent ensuite des heures dans l'eau en rang d'oignons à se préparer pour plonger. La plongée est quelque chose de trop contraignant pour moi. Je m'y suis frotté aux Maldives, expérience terrible, où j'avais les oreilles qui me faisaient mal dès deux mètres sous l'eau. C'est comme si on m'avait enfoncé des aiguilles à tricoter dans le tympan. L'instructeur me disait de déglutir, je n’arrêtais pas de le faire comme un poisson, bavant dans le détendeur, ça ne changeait rien et chaque nouveau centimètre plus en profondeur était un supplice. En 30 minutes de baptême, je ne me suis jamais habitué, même si j'ai pu descendre à 5 mètres. J'étais bien content quand je suis remonté à la surface. En plus, plus profond il y a moins de lumière et les fonds n'étaient pas plus riches en poissons. Depuis je fais petit joueur avec mon masque et tuba comme un gosse et j'admire ceux qui arrivent à plonger des mètres au fond avec un simple masque. Déjà que je n'y arrivais pas avec une ceinture de plombs ! 

Une des criques de Sapi

Comme à Manukan il y a un sentier qui permet de faire le tour de l’île. Je ne me suis pas fait prier pour aller l'explorer. En plus pendant ce temps j'étais loin des flopées de gilets rouges qui braillent dans l'eau. A un moment on arrive à un point pour contempler le coucher de soleil (c'est une manie!) et le sentier continue à descendre alors que sur la carte il était censé s’arrêter. Normalement j'aurais dû faire demi tour mais comme ce chemin semblait aller dans la bonne direction, je l'ai pris, pensant emprunter un raccourci. En plus, au bout d'un moment j'ai aperçu une petite plage cachée sous les arbres, une plage pour crabes étant donné que la végétation avait tout envahi et qu'il n'y avait aucun coin de sable sec pour poser sa serviette. De toute façon ma serviette était restée sur place, j'étais juste parti faire un tour avec le sac à dos et mon maillot de bain. J'ai continué le tour de l’île en allant d'une de ces criques à une autre, en marchant tantôt dans l'eau tantôt en enjambant des rochers plus ou moins glissants.
Pulau Sulug
La compagnie des bateaux m'avait forcé à rentrer dès 15 heures, m’avertissant qu'il allait faire mauvais dans l'après midi. Ça ne s'est pas produit, il a fait beau toute la journée. D'un autre côté, de rentrer tôt ce n'était pas plus mal, ayant eu suffisamment de soleil comme ça pour aujourd'hui. Avant de partir j'ai pris un dernier bain avant 9 jours. Car les jours suivants n'auront rien à voir avec la plage. Je pars faire un safari le long de la rivière Kinabatangan où l'on rencontre crocodiles, éléphants, singes et autres grosses prises. Le safari dure trois jours et deux nuits en dormant sous des huttes dressées dans la jungle dans un confort spartiate. Il paraît que c'est un enfer vert, avec plein de bruits la nuit et de créatures qui passent. Ça ne me dérange pas, il faut bien en passer par là pour voir ces satanées bestioles ! Je fais ce safari avec Uncle Tan, une compagnie qui a pignon sur rue pour ce genre de tour. Sur leur site internet ils mettent en garde concernant les crocodiles qui patrouillent souvent dans le secteur. Ils ont déjà vu des cochons entiers disparaître sous leurs yeux et il est fréquent de voir des bébés crocodiles nager dans les lacs aux alentours, rendant la baignade peu conseillée, les mères ne devant pas être bien loin. Il n'y a jamais eu d'attaques sur le camp. Jusqu'à présent... On va essayer de rentrer en un morceau !

Pulau Mamutik

lundi 26 mars 2012

Pulau Manukan



Pulau Manukan est l'une des 5 îles qui composent le parc de Tunku Abdul Rahman juste en face de Kota Kinabalu. Il faut juste entre 10 et 20 minutes de bateau rapide pour y parvenir, c'est à peine à 10 kilomètres au large. C'est la destination plage de Sabah, pour son aspect commode. Le parc tire son nom du sultan qui fut le premier premier ministre de Sabah (il n'y a pas de faute de frappe, c'est comme ça qu'on dit). A la réception de l'hôtel, celle qui sympathise avec moi et répond au nom de Chee Ling Ling dont on ne sait pas où est le nom de famille du prénom, a sorti de son chapeau un prospectus avec presque - 50% sur la traversée avec l'agence Aparu. Elle m'a conseillé de me rendre à Manukan puis Sapi, qui a la plus belle plage de toutes les îles.
Seulement Aparu ne l'entendait pas de la même oreille. Dès qu'ils m'ont vu ils m'ont tout de suite capté pour éviter que je ne m'adresse à la concurrence. En effet ils sont presque une dizaine de compagnies à proposer la traversée tous pour le même prix. Dès qu'on met le pied dans le hall de la billetterie on se fait héler de tous cotés afin de remplir les différents bateaux. J'ai demandé à aller à Manukan puis Sapi mais comme je suis tout seul ce sera Manukan et puis c'est tout. Si je veux aller sur plusieurs îles, il faut être au moins deux. Je suis sûr que si je m'étais adressé à une autre compagnie ça aurait été possible, les gens font la queue à certains guichets donc il y a forcément des gens qui demandent la même chose que moi. Heureusement j'ai encore demain pour m'y rendre.
Pulau Manukan est la seule île du groupe à compter un resort, le fameux à 250 euros la nuit. Il est vide. Tu m'étonnes ! Le bateau coûte 20 fois moins cher, il est donc préférable de dormir sur Kota Kinabalu. La première île que l'on côtoie en allant à Manukan est Gaya, dont l'extrémité Est est habitée par une multitude de cabanons sur pilotis. Personne ne visite Gaya, il n'y a pas grand chose à voir à part des mangroves et de la boue ! En revanche ils finissent tous à Manukan. On a beau être lundi, les bateaux n'ont cessé de venir déversant à chaque fois un peu plus leur cargaison de touristes pleins de sacs en plastique contenant des boîtes en polystyrène garnies de curry et de riz. Je les ai vu faire, ils passent leur journée à manger sur la plage et à boire des sodas. Et quand ils ont fini, ils laissent tout sur la plage alors que les poubelles sont à côté. En attendant que le personnel du resort passe ratisser la plage (ils n’arrêtent pas de le faire), le vent emmène avec lui les déchets, les plastiques et les gobelets dans la mer qui en est jonchée. Pour nager il faut se frayer un passage parmi les bouteilles en plastique et si on a le malheur de poser un pied sur le sable on sent de drôles de trucs, sans doute des sacs plus ou moins enfouis. J’avais amené mon masque et mon tuba car l'endroit est paraît il réputé pour la plongée, je ne m'en suis jamais servi, l'eau étant trouble et dégueulasse. Et c’est censé être un parc national, ça me fait un peu rire. Ce n'est pas faute de laisser 10 ringgits pour la conservation du site, il n'y a plus rien à conserver, le tourisme de masse étant passé par là.
Par chance j'ai trouvé un endroit tranquille, qui nécessite de contourner le bâtiment de l'accueil en marchant sur une margelle étroite et de sauter par dessus une douve. Les gens du coup filent tous s’entasser de l'autre côté. Malgré tout le site est très beau, si ce n'était pas le fait qu'il y a trop de monde et que la plage est sale. Un petit paradis perdu. Il y a des balades possibles dans l’île qui n’est pas si petite qu'il y parait. On peu aller vers son extrémité ouest, où un point de vue permet d'admirer le coucher de soleil. C'est le seul intérêt, avec aussi la vue rapprochée sur l’île en face, Palau Sulug. Point de panorama en revanche sur Manukan. Et pour le coucher de soleil, il est offert pour les clients du resort, le dernier bateau étant à 17 heures. La compagnie voulait que je rentre plus tôt, sans doute pour fermer boutique plus tôt, prétextant qu'il allait pleuvoir aujourd'hui. Tu parles, il y a un très beau soleil ! Du coup mon bateau est à 16 heures. Mais ce n’est pas plus mal, il n'y a pas grand chose à faire sur l’île, sorti de la plage et du snorkeling impraticable. Il ne reste donc plus qu'à aller explorer le resort. 
C'est malheureux comme la cupidité a pu faire des dégâts. Il y a trois ans il en coûtait 70 euros la nuit, ça allait encore vu le cadre et l'état des chambres. Ce sont des bungalows sur pilotis pour le plupart, sur deux étages, prolongés par des terrasses faces à la mer. Sans doute les plus chers. C'est tout vide. A quoi ça rime ? Pense tu qu'il ajusteraient leur prix en conséquence afin de faire venir les gens ? Ça me désole de voir ça, servant à rien à part à faire joli.
Je suis allé manger au restaurant de l’hôtel, qui lui est bondé. Ils font leur blé au moins avec. Je finis par connaître la carte par cœur, ils proposent la même dans tous les hôtels du groupe et comme j'en ai déjà fait trois... J'ai redemandé ce que j'avais chois le premier jour, les brochettes de poulet Satay à la sauce aux cacahuètes. C’est très bon, avec les cacahuètes grillées dans la sauce, ça croustille sous la dent. J'avais aussi demandé une salade composée, avant de réaliser qu'on est sur une île et qu'on se demande d'où vient l'eau. On dirait que je cherche à être malade. Je m'estime immunisé de ce côté là, après 6 mois je n'ai eu aucun désagrément digestif, alors qu'en France j'en ai tous les ans. Il faut venir dans les pays à bas niveau d'hygiène pour échapper à la gastro, c'est malheureux ! En fait ma flore a dû évoluer naturellement et je dois maintenant avoir la même que les locaux qui eux ne sont jamais malades. Autrement, comment expliquer que je sois passé à travers les intoxications qu'il y a eu sur l'expédition aux Philippines ?
Après le déjeuner je suis retourné sous mon arbre privé mais pas pour très longtemps. De gros nuages sont arrivés au loin et nous fonçaient dessus. Ce n'était pas un coup d'une averse, ça allait être une grosse tempête qui durerait le restant de la journée. Dans ces conditions j'ai préféré filer direct au débarcadère afin d'essayer de prendre le prochain bateau (il y en a un de chaque compagnie toutes les heures), avant que les autres n'aient la même idée. Je ne me voyais pas rester sous la flotte jusqu'à 16 heures et je préférais prendre le large tant que le temps était clément. Après, va savoir si les bateaux pourraient prendre la mer... Mais le temps que j'arrive sur le ponton, les gens avaient déjà accouru de tout bord et c'était le beau bordel. Le vent s'était levé, creusant les vagues et les bateaux avaient beaucoup de mal à accoster, ils devaient s'y prendre à plusieurs reprises, faisant des rondes autour du ponton. Quand enfin ils arrivaient à approcher c'était pour s'écraser sur le ponton. J'ai crû qu'on allait sombrer. Je m'attendais à ce que quelqu’un tombe à l’eau en embarquant, le bateau ne faisant pas du surplace, ce qui faisait que les gens un peu lents finissaient par faire le grand écart. Ça criait. C'était une ambiance de panique à la Titanic, tout le monde voulait sauver sa peu et rentrer tout de suite ! 
Avis de tempête!
Le bateau de Aparu a fini par arriver mais ils n'arrivait pas à accoster, les vagues ayant des creux à présent bien trop importants. Le personnel du resort est arrivé en courant, demandant à tout le monde d'aller se mettre à l'abri, que les bateaux étaient interdits d'accostage jusqu'à nouvel ordre. Juste quand le mien venait de réussir à s'amarrer ! Ça faisait déjà une heure que j'attendais, j’étais vert. J'ai demandé au type ce qui se passerait si le temps ne s'améliorait pas. Car le ciel était bouché de tous côtés. Il s'est mis à pleuvoir pour parachever le truc. C'était la bérézina ! Les gens étaient assis en tailleur dans le hall de la réception, certains ayant étendu des nattes sur lesquelles ils s'étaient allongés. On se serait crû dans un aéroport un jour de grève ! A la faveur d'une accalmie je suis retourné sur la plage, attendant le bateau de 16 heures et laissant les autres dans leur foire d'empoigne. La traversée a été musclée, le bateau disparaissant dans les creux. On faisait du surf sur la crête des vagues, ça me rappelait Palau ! Gageons que demain le temps sera plus clément. Je ne perds pas de vue d'explorer d'autres îles, c’est pour ça que je suis rentré du Mont Kinabalu. Ce qui est pratique c'est que le port est à 300 mètres à pied de l’hôtel. On dirait que je l'ai fait exprès...

dimanche 25 mars 2012

Retour au Mont Kinabalu


Il y avait quelque chose que j'avais oubliée de faire hier, pris par l'affaire de l'orang-outan et le pont de singe, c'est de visiter la ferme aux papillons à Poring Hot Springs. J'ai donc remédié au problème ce matin. Dès l'entrée on pénètre dans un jardin tropical avec plein de fleurs, des petits ruisseaux qui glougloutent et des papillons qui virevoltent. Je pensais être arrivé déjà sur les lieux mais j'avais tort. Plus loin, il y a une grande volière avec plein de papillons qui essayent de s'échapper. On pénètre par un sas dont les issues sont protégées par des chaînes métalliques. On est tout de suite accueilli par de gros papillons qui nous foncent dessus comme des chauve souris. Si l'on reste immobile trop longtemps, on peut même en avoir qui se posent sur l'épaule. Ça m'est arrivé et quand on réalise qu'on a un truc là où l'on ne devrait rien avoir on a le réflexe tout de suite de s'ébrouer dans la panique. 
Pour les autres c'était pareil, il y avait une fille qui avait un papillon autour d'elle qu'elle chassait en hurlant. Ce n'est quand même pas bien méchant un papillon... Elle s'est faite engueulée en plus par son ami qui voulait sans doute la prendre en photo avec un papillon sur la tête. J'ai essayé moi aussi d'en avoir un autre qui se pose pour immortaliser l'instant mais ces choses là doivent le sentir et préfèrent se poser incognito.
Prendre un papillon en photo quand on n'a pas un appareil reflex, c'est quelque chose qui use les nerfs ! La mise au point ne se fait jamais sur le bon endroit, même si on est en face. Ce sera soit sur l'arbre derrière ou sur une feuille dans le coin. En plus ils bougent tout le temps, on n'a pas le temps de viser qu'ils sont déjà repartis. Plutôt que de leur courir après, j'ai donc changé de méthode. J'ai préparé la mise au point bien tranquillement sur une fleur qui offrait déjà en elle même un bon sujet. Ne restait plus qu'à attendre l'insecte. J'avais repéré qu'ils venaient tous sur cette fleur, ça n'allait pas tarder. Sauf que la fleur en question c'est une sorte d'inflorescence et les bestioles ne venaient jamais butiner au bon endroit, préférant être hors champ. Pendant ce temps j'étais en plein soleil, le T-shirt trempé et des crampes dans les bras et les épaules à tenir l'appareil à bout de bras le doigt crispé sur le déclencheur.
Je me suis vite lassé de ce petit jeu fatiguant, me résignant à n'avoir aucune photo de ces jolis papillons. Il y en a de toutes les sortes. Les plus gros finissent dans les mailles d'une toile d'araignée pas folle qui a trouvé là un excellent emplacement. Malgré tout j'ai réussi à approcher certains spécimens particulièrement léthargique, leur collant quasiment l'objectif dessus.
Après tous ces efforts je suis retourné faire mes ablutions dans les baignoires en plein air mais comme c'était le matin, il fallait les remplir et ça prenait des heures. J'ai donc barboté dans 5 centimètres d'eau qui ont dû finir en 10 centimètres à la fin. Je n'ai pas attendu que ça se remplisse complètement, ayant pris la pire avec l'eau qui coulait dans un mince filet, raison pour laquelle elle était libre ! Au final, j'ai repris la voiture, question de retourner au Mont Kinabalu, à l'endroit où j'avais dormi le premier jour. 
Des bambous de 35 mètres, y a des pandas qui se perdent!
En effet j'avais repéré un livre sur Sabah dans une boutique de souvenirs. J'ai essayé depuis de le trouver sur internet pour une expédition en France mais ça revient trop cher en frais de port. Et comme mon livre sur Palau ne fera vraisemblablement pas le voyage de retour (il est toujours à sécher sur le tableau de bord et son état s'aggrave d'heure en heure, paix à son âme !), je peux m’encombrer d'un nouveau livre en échange. Par ailleurs je n'ai pas d'internet à Poring Hot Springs alors qu'au mont Kinabalu ils en ont. Ce n’est pas faute d'avoir essayé ce matin. L’hôtel m'avait envoyé vers un « cyber-café », une espèce de case toujours fermée avec des ordinateurs des années 90. J'ai fait le pied de grue un bon moment en attendant que ça ouvre, assis sur un tabouret de bistro en mousse dont la moitié avait été grignotée par les rats, avant de m'adresser à quelqu'un dans la rue qui gisait parmi des chiens estropiés et qui m'a aiguillé - dans un sourire dont il ne restait que deux incisives - vers un autre hôtel, un truc de backpacker sordide où la préposée écoutait de la musique sur You Tube en suçant son pouce. 
Elle a été gentille, elle m'a donné le code pour le wifi. Sauf que ce ne devait pas être le bon. Chaque fois le système me demandait de le ressaisir. La patronne est arrivée à la rescousse entre deux étendages de linge. Ils ne parlaient quasiment pas anglais dans ce truc, on parlait en onomatopées que l'orang-outan d'hier aurait comprises. Elle est allée faire un tour dans l'arrière boutique traficoter quelque chose. Je lui ai montré que ça ne marchait toujours pas et elle est retournée à son linge sans mot dire, dépassée pas les événements. J'ai cru qu'elle allait revenir, non elle s'en foutait. L'autre continuait à sucer son pouce sans me regarder, pas plus concernée par mon problème. Et pour cause, elle recevait internet par un câble. Crois tu qu'elle me l'aurait filé le temps que je mette le blog à jour ? J'ai compris dans quoi j'étais tombé et suis parti dignement, en leur répétant que leur code n’était pas le bon.
Non je ne suis pas au Tyrol!
Aujourd'hui est une journée radieuse. C'est bien simple, le mont Kinabalu est presque entièrement dégagé, c'est exceptionnel. Du coup j'ai l'impression d’être dans un autre endroit. Je suis retourné manger sur la terrasse du premier jour, au soleil. Par contre dès que je m'y suis installé le mont a à nouveau disparu derrière des nuages sortis de je ne sais où, étant donné que le ciel était bleu sans nuage. Avant que tout ça dégénère et ne me retombe dessus, je suis allé faire un tour sur un sentier que je n'avais pas encore exploré. Il en reste d'ailleurs plein d'autres. J'ai choisi de me balader le long d'un ruisseau. Avec les rayons du soleil de l'après midi plus dorés qui perçaient la canopée c'était merveilleux. Ça fait un peu comme quand les rayons du soleil filtrent dans une cathédrale à travers des vitraux. Sauf que la lumière offre toute la palette des verts possibles et imaginables. Il n'y a rien de plus beau qu'un rayon de soleil qui traverse une feuille quand on la regarde à contre jour. Malheureusement je n'ai pas eu l'occasion de trop m'éterniser, devant rentrer sur Kota Kinabalu avant la soirée, en raison des deux heures de route restantes. La route était pleine de bus, créant des bouchons impossibles à doubler. Évidemment je n'avais pas pensé à ça, c'est tous les retours des excursions au Mont Kinabalu.
Quand je suis arrivé à l’hôtel, il y avait toujours la réceptionniste de la dernière fois qui s'amuse à apprendre des mots français. Elle voulait savoir tout ce que j'avais fait. Je pensais tenir un scoop en lui parlant de l'orang-outan, tout content de ma trouvaille. Elle a gâché mon effet en répondant : « Oh you saw Jackie ! ». En fait cette bestiole est célèbre dans tout le secteur pour ses incursions dans notre monde. Tous ses précédents clients qui se rendent à Poring Hot Springs lui envoient les photos de Jackie. Des photos où l'on ne lui épargne rien, l'affublant d'une casquette ou de lunettes de soleil ! C’est devenu une mascotte et ils pensent dans le parc l'envoyer à Sepilok, le centre de réhabilitation qui recueille les orangs-outans esseulés. Jackie a son petit caractère. Elle n'aime que les mangues et jette à la figure du visiteur les bananes qu'on lui donne, tel un boomerang ! Il ne faut ps non plus trop s'en approcher car elle a tendance a être envahissante et à prendre les gens dans ses bras sans qu'on puisse sans défaire. Ces bêtes là ça a de la force. Et mieux vaut ne pas les contrarier !

samedi 24 mars 2012

Poring Hot Springs


Je vous présente Laurent Houtan!
Si hier je disais que question bestioles il faudrait attendre, la semaine prochaine a de l'avance ! J'ai eu un invité de marque inattendu, une pointure ! A dégoûter d'aller faire un safari animalier. Le clou de l'aventure se dévoile avant l'heure, ce n'est pas du jeu. Vous aurez reconnu de qui il s'agit, inutile de dire ce que c'est. Tout le monde a vu « La planète des singes ». Eh bien comme dans le film le monde était inversé aujourd'hui. Nous étions dans une cage tandis que l'animal se baladait comme chez lui. Normal c'est son domaine, ce n'est pas un hôtel rapporté qui va changer ses habitudes ! Vous voulez savoir comment je me suis retrouvé nez à nez avec ça, eh bien il faudra lire jusqu'au bout ! Le suspense est insoutenable. Pendant que j'écris, il est 20:01 et j'entends un truc gratter à la fenêtre. J'ai peur de tirer le rideau pour voir de quoi il s'agit... L'endroit où je suis est hors norme, c'est une jungle démesurée où tout est énorme. J'ai l'impression d’être un lilliputien.
La nuit dernière je pensais que le type de l'accueil s'était trompé. J'attendais jusqu'au dernier moment pour gagner la chambre, m'attendant à trouver un intrus. Pas du tout, j'étais bel et bien seul. Sans doute une annulation de dernière minute. Seulement, vers les coups de minuit, j'ai été réveillé par des conversation sous la fenêtre. Il y avait un groupe d'asiatiques qui faisait du sitting, attendant je ne sais quoi, peut être une ascension nocturne. J'ai tapé au carreau question de manifester qu'il y avait du monde de l'autre côté. Ça s'est calmé quinze secondes puis ça a recommencé de plus belle, sous l'autre fenêtre. N'y tenant plus, je suis allé voir ce qui se passait dehors. J'avais mes couches pour me tenir chaud, plus ma cape en polaire qui me couvrait des pieds à la tête. Ils m'ont regardé des pieds à la tête comme si j'étais le yéti, sans mot dire. Je leur ai demandé ce qu'ils faisaient là et ils ont répondu qu'ils cherchaient les chambres 3 et 4 mais qu'il n'y avait personne à l'accueil. A cette heure là, tu m'étonnes, tout le monde dort. Je leur ai montré les chambres, au fond du couloir, restées ouvertes. Ils ont compté les lits, il y en avait 4 plus 6, ça ne faisait pas le compte, ils étaient 12. Je leur ai dit qu'il y avait problème, en passant sous silence que j'étais dans un dortoir de 4. Je n'avais pas envie d'avoir de la compagnie au milieu de la nuit. 
Des rafflésias à différents stades
Je suis donc allé me recoucher. En moins d'une minute, ils ont frappé à ma porte, me montrant un plan avec les chambres 3 et 4 stabilotées. Oh les cons ! Ils n'étaient pas dans le bon bâtiment. Soulagé, je leur ai dit d'aller voir ailleurs, en leur indiquant par où passer. Ils ont fini par déguerpir mais un autre groupe est arrivé et s’est installé dans les chambres du fond, avant de se réunir dans le salon commun, en bavassant et rigolant à n'en plus finir. Ce matin à 6 heures, j'ai essayé de faire du bruit pour les emmerder, vu que le respect ils ne connaissent pas, comme à chaque fois avec les groupes, mais tout seul on se fatigue vite de marcher en traînant les pieds et en claquant les portes. S'il y avait eu une télé je l'aurais mise à fond, mais il n'y en avait pas ! Je suis donc parti mettre mes bagages dans la voiture.
Surprise, ô désastre, la voiture n'est pas étanche ! 
Êtes vous aussi souple?
Le coffre n'était qu'une flaque dans laquelle baignait les papiers de mes réservations, les cartes postales, différentes souvenirs et un livre de Palau encore emballé. L'appareil photo acheté en Nouvelle-Zélande était aussi dans le bain. Par miracle, comme je ne l'avais pas déballé, il était dans un étui qui l'a gardé au sec. En revanche j'ai dû jeter tous les papiers, la carte d'Australie et le livre de Palau a pris l'eau et je ne sais pas si je vais réussir à le sauver. Je l'avais acheté le jour de mon départ après avoir vu sur internet qu'aucun site ne le proposait à la vente. C’est pour cette raison que je me le coltine depuis. Les pages sont toutes collées comme une revue cochonne mais dans un autre genre. J'ai essayé de les séparer et de les faire sécher une à une derrière le pare brise. C'est une horreur, il est tout gondolé, plein d'auréoles, la reliure fout le camp et il est quatre fois plus épais qu'à l'origine. Il ne ressemble à rien, on dirait un chou fleur. Je ne sais pas si je vais le conserver. On verra une fois qu'il sera complètement sec si je peux le mettre sous presse pour lui redonner un semblant d'aspect de livre. A louer une vieille guimbarde, voilà ce qui arrive, les joints ont lâché.
Aujourd'hui, nouvelle direction, je quitte les montagnes et le froid pour gagner Poring Hot Springs, toujours dans le parc mais plus bas, à une heure de voiture de Mesilau. Le Petit Futé n'en dit pas vraiment du bien. Mais je me devais d'y faire un saut, il y a des panneaux qui fleurissent sur les bords des routes indiquant qu'ils ont actuellement une rafflesia de fleurie. Et puis c’est aussi à cet endroit que l'on trouve un itinéraire avec un pont suspendu au dessus de la canopée pour se sentir comme un singe. Dès que je suis arrivé, j'ai filé direct au jardon tropical pour admirer la rafflesia. En guise de jardin tropical, ça ressemble plus à une cage pas bien grande où la seule attraction est une fleur unique qui émerge de la terre avec deux boutons des prochaines fleurs qui ressemblent à des grosses fèves. Je m'attendais à voir une fleur plus grande, le spécimen que j'avais en face de moi était une soucoupe de 50 cm de diamètre. 
Cherchez pas la tête, il l'a perdue!
On ne peut pas dire que la fleur soit très jolie, ça fait moulage en plâtre, façon cendrier en pâte à sel de maternelle. Et l'odeur... Ça pue mais c'est soutenable, ça sent en fait le champignon en décomposition et comme prévu des mouches sont dedans en train de batifoler dans une espèce de liquide nauséabond. La plante n'a pas de racine, pas de feuille, pas de chlorophylle. Mais comment vit elle alors ? La rafflesia fait partie d'une famille de 55 espèces réparties en 8 genres qui sont toutes parasites. Les parties non florifères vivent à l'intérieur des tissus de leur hôte, rassemblées en chaînes cellulaires, un peu à la manière d'un champignon. La plante est donc entièrement dépendante de son hôte pour la fourniture en eau et nutriments. La rafflesia que vous voyez parasite uniquement des lianes. C'est une fleur extrêmement rare qu'il me devait de voir une fois dans ma vie.
Bon, qu'est ce qu'on mange?
Tandis que je prenais des photos sous toutes les coutures, essayant de trouver un angle qui rendrait la chose plus appétissante, j'ai senti de l'agitation autour de moi. Des gens du personnel accouraient et mon guide affolé a refermé la porte de la cage derrière nous. J'ai regardé pourquoi. Et c'est alors que j'ai vu ce gros orang-outan sorti de nulle part qui venait vers nous, essayant de rentrer dans la cage. Il s'est assis devant la porte comme un chien. C'était le monde à l'envers. Il était libre et nous, enfermés dans une cage pour se protéger. Le guide m'a dit qu'il pouvait être agressif de temps en temps. Ce n’est pas las première fois qu'il le voit, il a l'habitude de roder. J’étais excité, voulant aller dehors pour le prendre en photo. La rafflesia n'avait plus aucun intérêt comparé à cette bestiole. L'orang-outan a fini par grimper sur le sommet de la cage et le guide est sorti pour aller se mettre à l'abri dans une maison juste en face, me laissant là, la cage ouverte ! Sauve qui peut ! 
Le singe ne m'avait pas l'air très méchant, plutôt nonchalant et j'ai attendu qu'il descende de là haut. Il prenait sont temps, prenant quelques poses au passage pour mon plus grand plaisir. Puis il a poursuivi son chemin comme si de rien n'était. Il n'avait pas l'air intéressé par ma présence. Ça marche sur ses quatre pattes, les poings fermés. Je l'ai suivi, je n'allais pas le lâcher de si tôt. Il s’est rendu devant ma voiture et alors que je pensais qu'il allait monter dessus pour mieux sauter et défoncer le capot, il a préféré s'asseoir à une table de pique nique comme attendant qu'on lui serve à manger, les poings sur la table. C'était trop drôle.
Des touristes qui se promenaient par là ont été attirés en me voyant m'agiter en tout sens devant quelque chose. Ils étaient également enchantés. Ce n'était pas prévu au programme. 
On n’est pas dans un zoo ou un centre de réhabilitation, le singe vit bien à l'état sauvage et ils sont si rares que je me sens encore plus chanceux. Quand je pense que la semaine prochaine j'ai prévu de passer deux jours près d'un centre de réhabilitation d'orangs-outans trouvés blessés ou orphelins, toujours plein de touristes venus assister aux feeding, je me demande ben pourquoi. Maintenant que j'en vois un sous mes yeux sans grille et monde autour, c'est bien mieux. Il va peut être falloir que je change mon programme... L'orang-outan faisait le beau, se roulant sur le dos sur le banc en nous regardant d'un œil ou grimpant aux arbres en se laissait suspendre par un bras. C’est vraiment gros comme bestiole. Ça a la taille d'une petite vieille tassée et voûtée, en bien plus lourd. Si ça voulait ça pourrait nous piétiner. C'est couvert de longs poils qui pendouillent comme des cheveux. 
On dirait une roumaine. Qu'on lui donne une pièce!
Il aurait besoin d'un bon coiffeur, avec se frange sur le front on dirait Kelly Rowland ! J'ai évidemment pris des vidéos mais vous ne les verrez pas, la connexion ici est si lente que je ne peux même pas me connecter à des sites qui mettent du temps pour répondre, comme Facebook. A la moindre page qui s'affiche, je vois toutes les sous adresses apparaître avec des messages « en attente de réponse de...», comme du temps des débuts d'internet avec des modems qui faisaient de la musique...
Au bout d'un moment il s'en ait allé pour se diriger vers un jardin de conservation pour orchidées. Les autres l'ont lâché, moi je l'ai suivi, n'en ayant pas fini avec lui. Et j'ai bien eu raison. Le jardin était fermé par une grille comme celles d'un parking. Preuve que ce n’est pas bête, il a passé la main entre les barreaux pour dégager le loquet puis a tiré la grille sur le côté comme on l'aurait fait. Je m'attendais à ce qu'il la referme derrière lui mis il ne l'a pas fait. 
Il est allé s'asseoir dans la végétation, jouant avec un sac en pastique de terreau qu'il a vidé pour mieux le remplir. Ensuite il s'est fait un nid, cueillant les plantes autour de lui, des espèces de trucs grimpants, qu'ils piétinaient ensuite avec son poing pour en faire une couche. C'est là où j'ai fait mes plus belles photos. Ça faisait très « Gorilles dans la brume ». Je suis même étonné du résultat et de ce qu'un appareil photo compact peu faire. On dirait des photos de professionnels armés de longs zooms encombrants. A Bornéo pas besoin, la nature vient à nous ! Vous comprenez maintenant mieux pourquoi je suis venu à Bornéo...
Poring Hot Springs est un complexe volcanique où des sources d'eau chaude sulfurisées émergent en un pet du trou du cul du Mont Kinabalu. C'est par là que ça se passe ! 
Du haut de la canopée, c'est moi le singe!
C'est noir de monde. Il faut dire qu'un samedi ça n'arrange pas les choses. Ils ont aménagé des espèces de baignoires en plein air carrelées et profondes avec des robinets d'eau froide et d'eau chaude séparés pour faire un mélange à sa guise. Ça ne fait pas très naturel et il faut attendre longtemps avant d'en avoir une qui se libère, pour avoir une eau trouble avec des trucs qui flottent, des restes de bouffe. Ce n’est pas très engageant. On retrouve ici Sutera Sanctuary Lodges qui offre un hébergement comme à Mesilau ou Mont Kinabalu. J'ai prévu d'y passer la nuit. En plus ils font camping, en lisière de jungle. Je suis passé devant en descendant du jardin tropical, c'est très bien, il y a des pelouses loin du chemin, pour trois fois rien, 50 ringgit (12 euros). Seulement à la réception ils m'ont dit que la nuit dernière il avait beaucoup plu et que je serais mieux dans un dortoir dont ils me faisaient un prix, petit déjeuner inclus. 
J'ai dit que je préférais la tente, que c'était plus l'aventure, que j'aimais mieux entendre les sons de la jungle en dormant. Mais à mesure que je remplissais le formulaire je réfléchissais. Ça m’emmerdait un peu de devoir monter la tente, déballer le matelas, juste pour une nuit, en devant remballer demain une tente sûrement mouillée qu'il faudrait que je sèche avant. Et puis, je n'y avais pas pensé, mais avec un orang-outan en libre service, je ne tenais pas à avoir une visite nocturne, ma tente ne fait que pour une personne ! J'ai donc préféré opter pour le dortoir. Ils m'ont présenté une chambre avec un lit superposé, à l'écart du bâtiment, qui donne sur un jardin et non sur le chemin qui monte aux quartiers du personnel. Je suis tout seul là dedans, c'est pour cela qu'ils me font un prix, - 50%. Du coup avec le petit déjeuner compris, ça me revient moins cher que le camping. S'il n'y a personne la nuit c'est qu'il n'y a pas d'ascension possible du mont depuis ici. Les gens viennent juste à la journée comme ils iraient à la piscine et s'en retournent le soir. Une fois les baignoires fermées c’est très paisible.
Il ne faut pas avoir le vertige
Le froid que j'avais subi ces derniers jours est à présent bien fini, j'ai même trop chaud, n’arrêtant pas de transpirer. Il n'y a pas d'air. Tout le monde s'essuie le front, les vêtements collés à la peau. C'est das ces conditions que je me suis rendu au pont suspendu au dessus de la canopée. Poring Hot Springs est en fait comme un parc d'attraction. Il faut payer pour tout : un droit d’entrée pour le parc, censé être pour la protection du site, puis ensuite selon les endroits que l'on veut visiter. Le chemin qui mène au départ du pont suspendu grimpe raide. Il faut monter tout en haut d'une colline à travers la jungle, en marchant sur un chemin boueux. Sur le parcours, j'ai croisé un arbre étonnant, gigantesque dont le sommet était une vraie œuvre d'art, très graphique. Les ramifications des branches étaient si parfaites qu'on aurait dit un dessin fait à l'encre de Chine. Avant de pouvoir prendre le pont suspendu il y a un garde qui limite le passage. 
Car on ne doit pas être plus de 6 en même temps sur une passerelle. Du coup ça fait la queue. Il doit bien y avoir 50 personnes devant moi, des groupes qui jacassent et des gamins qui braillent... Il y avait un groupe d'ados asiatiques (je ne sais plus dire de quel pays ils sont, même si les couleurs de peau changent ils ont tous les yeux bridés!) dont l'un d'eux a voulu se faire prendre en photo avec moi. Il faut dire qu'il n'y a aucun occidental dans le secteur, je suis donc comme un orang-outan en liberté qu'on prend en photo !
Les panneaux sont inscrits en malais et en anglais. Ainsi « 6 pax » donne en malais « 6 orang ». L'orang-outan serait il donc originaire de la Malaisie, avec un nom pareil ? Les gens sont un peu godiches sur le pont suspendu et ça n'avance pas très vite. Ils crient et rigolent quand le truc se barre de travers. 
Car la passerelle est une espèce de planche large comme un pied, suspendue pas des cordes reliées à des câbles, l'ensemble n'étant pas très stable. D'ailleurs l'attraction est déconseillée aux cardiaques et à ceux qui ont le vertige. C'est écrit en toutes lettres à l'entrée. C'est un bonheur que de marcher ainsi parmi les cimes des arbres. On a des points de vue extraordinaires sur les alentours et la jungle en contrebas. Quand on se penche on voit qu'on est vraiment très haut. Quand on regarde en revanche devant soit ça ne fait pas vraiment peur car il y a tellement de branches partout qu'on n'a pas l'impression d’être en hauteur. On se sent vraiment comme un singe et les ados derrière moi imitaient les sons des singes tout du long.
Après le pont suspendu je suis allé me prélasser dans une baignoire où je suis bien resté 1h30. J'ai même somnolé, réveillé par la tête qui roulait sur les épaules. 
Pourtant avec tous les cris autours ce n'était pas à proprement parler propice à se reposer. Mais j'étais si bien que j'ai pu faire abstraction. Avec mon maillot de bain je faisais tâche, les gens se plongeant tout habillés, surtout les femmes en tchador. Sur les coups de six heures, tout s'est tût, les bains ayant fermé leurs portes. Je me suis rendu au restaurant, niché en plein cœur de la jungle avec une belle terrasse face à une piscine. J'étais le seul client. Tout était parfait et si relaxant que je regrette de n'y rester qu'une nuit. La nuit prochaine je dois en effet rentrer sur Kota Kinabalu pour aller explorer les îles dont je parlais hier. La jungle ici est pleine d'insectes. Ça vole en tout sens et la nuit on doit se battre avec des trucs qui se posent sur les cheveux, les bras, le cou, le visage. En mangeant, j'en avais plein qui finissaient leur course dans l’assiette ou dans mon verre de bière. Il ne faut pas être chochotte pour venir ici. Moi j'aime bien. J'ai calfeutré ce soir la porte de ma chambre pour éviter que les insectes ne rentrent. L'intérieur du couloir en était plein, on marchait sur des trucs qui crissaient sous les pas. Je ne tenais pas à en avoir qui se baladent sur la peau pendant mon sommeil! J'ai un tour du monde fantastique, vous ne trouvez pas ? Chaque jour de nouvelles trouvailles. Ça ne vous donne pas l'envie d'en faire un ?

vendredi 23 mars 2012

Mesilau Nature Resort


Je ne le savais pas mais maintenant je le sais : le resort est haut perché, à 1900 mètres d’altitude ! A minuit 20 j'ai rêvé que je ne pouvais pas dormir, que chaque fois que je m'endormais quelque chose de gênant me réveillait. Sauf que le rêve était réalité et j'ai très vite compris ce qui se passait. Le froid m’empêchait de dormir comme il fallait. Ce n'est pas faute de dormir en chaussettes, avec un sweat-shirt par dessus le T-shirt, un truc autour du cou, dans un lit aux draps épais et avec une couverture. Apparemment ce n'était pas suffisant. Car le resort n'est pas chauffé. Il y a bien des radiateurs, les trucs roulants à bain d'huile, mais ils sont uniquement dans les locaux où le personnel réside. Pas fous ! Et évidemment j'ai choisi le lit le pire pour ce qui est du froid : il est coincé contre une grande fenêtre, dans un angle où une autre fenêtre donne sur la tête. 
J’avais fait exprès de me mettre dans un coin, le plus loin de la porte pour moins entendre la chambre d'en face aux problèmes de vessie où quelqu'un entre et sort constamment en claquant la porte. Le froid ou les dérangements, il faut choisir. Je préfère encore le froid ! Du coup j'en ai rajouté une couche, un T-shirt à manches longues, rentrant tout dans le calbute et rabattant la capuche du sweat-shirt pour éviter les ponts thermiques au niveau du cou. Si je sens le froid sur mes épaules, ça m’empêche de dormir. C'est la seule zone qui me dérange. Ça et les pieds froids ! Mais on n'en est pas encore là, je suis quand même dans un pays tropical ! Enfin, sur la carte. Car ici c'est plutôt la Nouvelle-Zélande, version île du sud.
Le scénario météorologique d'hier s'est répété. Je suis donc sorti faire un tour dehors dès 6 heures du matin et j'ai pu admirer à loisir le sommet du mont Kinabalu, encore plongé dans l'obscurité tandis que ses versants prenaient des couleurs dorées. 
Encore une fois, je suis vraiment à son pied sans vraiment le réaliser car ça ne dure pas longtemps. A 8 heures quand j'ai émergé du dortoir, après mes travaux d'écriture, tout était à nouveau dans les nuages, excepté le resort qui était à la limite jusqu'à 10 heures. C'est normal que le ciel se bouche plus vite qu'à l'autre resort car on est plus haut. Comme les nuages descendent depuis les sommets, ils arrivent donc plus vite. En allant prendre mon petit déjeuner, il y avait toute une génération spontanée de grimpeurs qui étaient là à faire la queue devant la grille du sentier qui mène aux cieux. Je ne les avais pas vus au restaurant hier soir, aussi ils avaient dû être pondus fraîchement du matin. Cette fois j'ai pris le repas sur la terrasse, au soleil, face à la jungle. C'était divin. L'endroit est reposant à souhait, c’est l'idéal pour venir ici en retraite, pour méditer ou se refaire un moral. Si la pluie ne dérange pas trop... On ne peut pas non plus avoir une forêt pluviale sans pluie.
Comme je me plais bien ici, je suis allé à la réception pour faire prolonger mon séjour d'une nuit. J’avais prévenu hier soir que je resterais peut être une nuit de plus mais le gars ce matin m'avertit qu'ils attendent beaucoup de monde et qu'en principe tout est complet. Mais en vérifiant son registre, il m'a dit que c'était bon mais qu'en revanche je devrais partager la chambre avec d'autres personnes. Normal, c’est un dortoir. Adieu tranquillité chérie. Je me suis demandé pourquoi on passait comme ça du tout au rien, ou plutôt du rien au tout. Serait on un week-end ? En comptant sur mes doigts et en remontant au dernier jour connu, je suis arrivé à la conclusion qu'on était vendredi. Vendredi n'est pas samedi, c'est étrange cet afflux de gens, je ne pense pas qu'ils viennent de Bornéo. A moins que ce ne soit des gens de Singapour (j'en croise beaucoup, avec leur place financière ils ont plein de sous) qui prennent leur vendredi après midi pour venir ici aussitôt après le bureau afin de faire l'ascension samedi et dimanche matin, en prenant le dernier avion le dimanche soir. C'est un peu une folie mais c'est possible. Ça doit donc être ça.
Ma place!
J'ai demandé à l'accueil s'il y avait des sentiers de randonnée à explorer autour du domaine. Car ici c'est tellement encaissé que je ne vois pas où aller. C'est comme si l’hôtel était dans un cirque. Il y a bien un sentier qui part mais c’est celui du sommet, avec sa fameuse grille. Le réceptionniste m'a conseillé un tour du jardin avec un guide, qui commence justement d'ici peu. Il en coûte 10 ringgit. Comme j'avais de l'avance, on m'a amené dans une salle intitulée « mini theater » où j'ai eu droit à la projection sur un grand écran d'un DVD du parc à l'aide d'un rétroprojecteur. Ça n'avait rien d'un mini theater, il y a certaines salles de cinéma qui ne sont pas plus grandes. C'était très intéressant. Ils ont dans le parc une orchidée endémique qui est magnifique, tigrée, en fines bandes. J'ai voulu prendre l'écran en photo mais le temps que je farfouille au fond du sac, on était déjà passé au sujet suivant. 
J'ai appris que le parc national existe depuis 1964 et qu'il y pleut 5 mètres d'eau par an. Ça fait beaucoup ! Pour la rafflesia dont je parlais l'autre jour, je sais aussi pourquoi elle pue. C'est fait exprès, c'est pour attirer les mouches. Car cette fleur se reproduit non pas grâce aux abeilles mais grâce aux mouches. Je ne savais pas qu'elles avaient leur utilité. Sinon le Mont Kinabalu n'a pas fini sa croissance. Il est en fait d'origine volcanique et continue de pousser de 5 millimètres par an, ce qui donne selon mes calculs un mètre tous les 200 ans. Il prend sont temps ! Hauteur actuelle : 4095 mètres.
La projection terminée, un couple de singapouriens s'est joint à nous. Dès que je m’arrêtais pour prendre une photo ils me demandaient à chaque fois si je voulais être pris en photo. C’est l'Asie. Là bas toute le monde se prend en photo devant n'importe quoi, ils ne font jamais de photo sans quelqu'un devant. 
C'est pas parce qu'il pleut que je devrais perdre le moral!
J'aurais préféré être tout seul, à prendre mon temps à farfouiller un peu partout. Au lieu de ça on m'attendait. Je m'attendais à un jardin, un vrai, un jardin botanique. Ce n'était en fait qu'une balade autour de la propriété. J'aurais tout aussi bien pu le faire moi même. Le seul truc c'est qu'il y a un chemin qui mène à la rivière avec un pont suspendu dont l'accès est restreint par une grille dont la guide avait la clef. Le chemin grimpe ensuite à flanc de montagne, parmi des orchidées carnivores, celles qui ont un gros bidon ourlé de rouge comme des lèvres avec un liquide au fond qui piège et dissout les insectes qui tombent dedans. Je n'ai pas cherché à y mettre un doigt pour voir si j'en ressortais avec l'os. Il y en a de plusieurs races, certains de ces réceptacles sont mouchetés - c’est les plus jolis - ou bien maronnasses et ce sont les plus grands - une quinzaine de centimètres de haut environ. Le chemin se termine ensuite en cul de sac. 
J'ai été le seul à aller au bout, la première à abandonner étant la guide. Tu parles d'une guide ! Il faut dire qu'en montant on était dans la brume et la pluie, on peut pas dire que c'était très agréable. Évidemment il fallait que je commence à randonner pour que la pluie commence. Un classique ! J'ai terminé au parapluie, avant de rebrousser en faisant bien gaffe car les marches du chemin étant en bois, j'avais tendance à faire des pas de côté involontaires.
Je comprends pourquoi la végétation est si dense. Les problèmes d'irrigation ils ne connaissent pas ici. L’hôtel a une citerne grande comme une piscine pour récupérer la pluie, elle déborde en permanence, faisant la joie d'impatiens sauvages. Il y a des mousses qui pendouillent de plusieurs dizaine de centimètres des branches, des lichens, des champignons et même une curieuse fleur qui pousse à même le sol, sans feuille ni tige, comme décapitée. 
La fleur à même le sol
Peut être est ce un champignon, il y a tellement de choses étranges que je ne serais pas étonné. On trouve aussi une multitude de bégonias, des roses, des rouges, des blancs. Pour une fois ils sont sans pot ! Vous ne les verrez pas en photo, un bégonia, tout le monde connaît ça. C'est comme si je prenais une poule ! En parlant bestiole, je n'en ai pas vues. C’est désert de ce coté là, à part les oiseaux qui se cachent haut dans la canopée et les grenouilles. Paraît il dans le documentaire qu'il y aurait des singes qui se nourriraient des fruits des différents arbres. S'ils le disent... On attendra que je sois dans un autre coin la semaine prochaine pour voir des bestioles. Car c'est la semaine prochaine que je pars en safari animalier. C’est peut être là que j'aurai des sangsues...
Pour le déjeuner je me suis mis en terrasse comme ce matin mais l'ambiance avait changé. Comme quoi le soleil change tout. 
Avant de m'asseoir, j'ai descendu quelque marches et mes deux pieds ont dérapé sur une margelle. La serveuse a poussé un cri d'effroi retentissant et s'est décomposée, mais agile comme un singe, je me suis rattrapé à la rampe. Des Crocs mouillées sur un carrelage bien lisse, ça ne pardonne pas ! Mon plat a refroidit instantanément à cause du temps. Plus ça allait plus j'avais froid et j'ai dû précipiter la fin du repas pour rester à l'intérieur. Je comptais passer une partie de l'après midi dans la salle avec l'ordinateur mais ils n'ont que des tables dressées aussi je me voyais mal leur demander de retirer les couverts. J'aurais bien tenté une autre randonnée sur le deuxième et dernier sentier, en libre service celui là, mais la pluie a eu raison de ma volonté.
Pendant que j'écris, il est 15:47 et il pleut de plus en plus dru. La luminosité est à son minimum, je ne vois même pas les touches. Et je ne peux pas allumer, ils coupent le courant de midi à 17 heures. Je me suis réfugié à l'intérieur de la réception et même si j'aime bien ici, il ne faut pas que ça s'éternise. 
Les climats à la « Gorilles dans la brume », ça va un temps, après on moisit. S'il ne pleuvait pas, au moins je pourrais me promener. Mais ce qui me gène le plus c’est le froid. Je vais donc redescendre demain, en quittant le mont Kinabalu et son écharpe de nuages. J'ai eu une bonne pose rafraîchissante, j'ai fait le plein d'ions positifs, d'oxygène et de chlorophylle maintenant je veux de la chaleur. L'avantage c'est qu'il n'y a pas à aller bien loin ! A Kota Kinabalu il y a un parc national composé de 5 îles paradisiaques qu'on rejoint en quelques minutes seulement de bateau. On peut y camper moyennant un permis ou bien dormir sur l'une d'entre elles, dans un hôtel géré par la même société qu'ici et avec les prix qui suivent en fonction. Là encore on pouvait y dormir il y a trois ans pour 40 euros, maintenant c'est 250. J'aurais dû faire le tour du monde plus tôt... En tout cas je dois laisser passer le week-end car la destination est prisée par les habitants de Kota Kinabalu qui viennent y passer la fin de semaine à pique niquer. La ville comptant 300.000 habitants je vous laisse imaginer... Il me reste donc encore deux journées à occuper avant de rentrer sur Kota Kinabalu. J'ai bien une idée pour demain mais après je suis sec. Il y a une région côtière aux belles plages au nord de Bornéo mais ça fait trop loin, c'est à 300 kilomètres de Kota Kinabalu. Je vais bien trouver à faire quelque chose, je ne me fais pas de souci, on n'est pas à Paris...

Coucher de soleil sur Bornéo, 18:30 ce vendredi!
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