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jeudi 29 mars 2012

La rivière Kinabatangan


Ce matin je me suis réveillé avant le lever du jour, excité par une nouvelle journée pleine de trouvailles. Dans le ciel c'était Noël. Des sapins qui scintillaient de toute part. Ce sont des « fireflies », des espèces de mouches phosphorescentes qui émettent un halo verdâtre en clignotant, comme les feux de signalisation des avions. J'ai essayé d'en prendre en photo en choisissant le mode pose longue mais ça ne donnait rien. Tout ce que j'obtiens ce sont des taches plus ou moins vertes avec un truc flou au milieu. Occupé par ça, je n'ai pas vu le temps passer et quand je suis arrivé à la terrasse où l'on prend ses repas, il était déjà 6h30 et l'heure de la première activité de la journée : une balade sur la rivière Kinabatangan, en principe très animée par les bestioles qui viennent faire leur toilette le matin. J'ai juste eu le temps de prendre un thé que j'ai amené à bord. Ils nous ont réparti en deux groupes, un sur chaque bateau. 
J'étais dans le deuxième, celui qui suivait l'autre. Ce n'était pas le bon numéro. Le premier bateau avait la primeur de la découverte des bestioles. Quand on les voyait tournicoter et stopper, notre bateau s'approchait mais le temps qu'on arrive en général les bêtes s'étaient déjà échappées, fatiguées qu'on leur tire le portrait. C'était rageant. Mais après tout, ce matin c'était très calme. Sans doute parce qu'il a plu toute la nuit et que tout est trempé partout. Les animaux n'ont peut être pas envie de se lever. Tout ce qu'on a réussi à voir ce sont des macaques et des hornbills. Les macaques sont de sortie en permanence, ils les surnomment ici « jungle mafia » par leur propension à toujours fourrer leur nez partout.
La dernière demie heure d'exploration on n'a rien croisé, ce n’est pas faute d'avoir cherché à scruter les moindres recoins. 
J'avais les yeux qui se fermaient tout seuls et je devais me donner des gifles pour éviter de m'endormir. Je ne suis pas venu si loin pour dormir sur une rivière au milieu de la jungle ! Et puis ce qui est excitant dans une exploration, c'est plus la recherche que la trouvaille en elle même. Alors ça ne m'a empêché d’apprécier cette croisière au petit jour avec des nappes de brumes à la surface de l'eau. Rémy s’est excusé de ces minces prises mais ce n'est pas sa faute si les bestioles boudent ce matin ! Et puis on a une séance de rattrapage demain matin, avec le nouveau groupe qui est attendu ce soir, 6 personnes. Alors, il y a de l'espoir.
De retour au camp, alors que tout le monde était parti prendre le petit déjeuner, je suis allé explorer autour des pontons au dessus de l'eau pour tenter d'apercevoir des bêtes puisque c’est le matin qu'on a le plus de chance d'en apercevoir. 
Je n'ai pas tardé d'en trouver un, un oiseau tout rouge. Mais la photo est toute floue. Aussi vous ne verrez rien. Il est des situations où le reflex est incontournable, principalement pour la prise de vue des animaux dans les branches. Avec un compact le focus se fait le plus souvent sur des branches ou des feuilles, quand ce n'est pas l'arrière plan même si une énorme bête est en plein milieu du cadre. C'en est exaspérant. Sans compter qu'avec le zoom à fond, on perd en luminosité, rendant le moindre mouvement flou, que ce soit le sien ou celui de l'animal. Je suis allé me consoler au bout du ponton, vers la dernière case. Il y avait plein de papillons et de libellules de toutes les couleurs qui se posaient sur des brindilles émergeant de la flotte. Je m''en suis donné à cœur joie. Il y avait une libellule avec des fioritures, des espèces d'ailerettes sous ses ailes, rayées jaune et noir comme une abeille. D'autres ont les ailes complètement colorées et non transparentes, comme un picture disc ! Toutes les fantaisies sont permises.
Quand j'ai rejoint les autres pour le petit déjeuner, ils avaient tous terminé et s’en allaient pour les ablutions matinales. Pour les toilettes, il y a une chiotte mais sans eau. Quand on a fini son affaire, il faut verser un seau d'eau pour l'évacuation qui va on ne sait où... Mieux vaut avoir pensé à remplir le seau avant de rentrer, la réserve étant dehors. Il faut la puiser dans une barrique alimentée par la rivière. La couleur est peu engageante. C'est la même eau qui sert pour la douche. Il n'y a aucune intimité, il faut se foutre à poil dans la jungle avec le risque que quelqu'un passe. Pour l'eau, il faut attendre un peu, après deux heures les particules en suspension dans la barrique redescendent au fond, laissant une eau plus ou moins limpide. Mieux vaut donc prévoir son coup à l'avance ! Et penser à fermer la bouche en s'aspergeant au baquet si on ne veut pas chopper des amibes ou autres délicieuses surprises.
A 10h30, nouvelle sortie : jungle trekking. Cette fois le site ne se passe pas autour du campement contrairement au trek de hier soir. Il faut prendre la barque pour une courte croisière d'une quinzaine de minutes en remontant la rivière, puis prendre un bras plus étroit et bien plus joli. La végétation y est plus dense, les arbres venant à pousser jusque dans l'eau. Il faisait une chaleur écrasante, rendant chaque pas un exploit. Il ne faut pas espérer rencontrer d'éléphants par ici, la dernière fois qu'ils en ont vus ça remonte à un an et demi. Il faut se contenter d'insectes et d'oiseaux. Pour ce qui est des crocodiles c'est pareil, il paraît que le niveau de l'eau est trop élevé pour qu'on puisse les apercevoir. Je ne vois pas trop le rapport. A un moment Rémy a cru entendre le grognement d'un cochon sauvage. Branle bas de combat, nous voilà à piétiner dans la boue et à suivre des directions sans sentier, en passant entre des lianes et des branches qu'il faut écarter tout le temps en prenant soin de ne pas s'égratigner la tête au passage. 
On pourra dire que j'ai fait le Vietnam ! La balade m'aura valu un bel accroc à l'épaule de mon joli T-shirt bleu, sans réussir à voir ledit cochon, de toute façon sans doute identique à un vulgaire cochon de ferme, le pelage peut être plus épais – il n'y a pas de mal. Je vais rentrer en charpie et à la douane à Paris je suis sûr qu'ils ne vont pas me laisser passer et examiner tous mes bagages.
A chaque repas c'est l'invasion des mouches. Il y en a partout, ça en pleut comme des cordes, dans les verres, les assiettes, sur la peau, rien ne les arrête. Ou plutôt si : le DEET. Un spray anti-moustique chimique et toxique mais le seul vraiment efficace. Après mes expériences naturelles à Maupiti qui ne donnaient aucune résultat, je suis passé aux choses sérieuses, d'autant plus que je ne prends pas mes médicaments anti-malaria. D'ailleurs personne sur le camp n'en prend. Ils en ont tous mais préfèrent faire attention, leur prophylaxie étant à base d'une molécule qui rend fou. C'est véridique. Pour mon traitement ce n'est pas tellement mieux, il est photosensibilisant, ce qui est guère commode en pays tropical. Ils auraient pu y réfléchir deux secondes avant de mettre cette saloperie sur la marché, non ? Pour la nourriture, les mets sont présentés sous des cloches moustiquaires en plastique. 
Tout le monde se demande d'où viennent ces mouches qu'on ne voit plus dès que le soir approche. Ce n'est pas très étonnant, le camp dispose de poubelles de recyclage fermées mais la poubelle à données périssables est curieusement la seule à ne pas avoir de couvercle. Il ne faut alors pas s'étonner de l'invasion.
L'après midi il n'y a pas d'activité proposée. C'est l'heure où la faune roupille pour économiser ses forces, la température étant trop élevée. Car il fait très chaud dans la jungle. Il n'y a pas d'air, c'est comme si l'on était sous serre. Il y a bien une activité optionnelle pour ceux qui s'ennuient vraiment, à savoir une partie de pêche. Mais la pêche ça n'a jamais été vraiment mon truc et la perspective de rester sur une barcasse en plein cagnard n'a rien de bien réjouissant. J'ai préféré opter pour le hamac en bordure de rivière, à l'ombre, à écouter de la musique en chantant. 
Et ça m'a bien reposé, avant d'attaquer une douche à laquelle j'essaye d'échapper depuis hier. Mais avec la température qu'il fait, je me sens complètement poisseux et les cheveux comme un plat de nouilles sur la tête. J'ai besoin de fraîcheur et il y a un moment où l'on se baignerait dans n'importe quoi, comme les rhinocéros dans les marres de boue. J'ai donc étrenné la toilette à poil au baquet comme dans les temps antédiluviens !
A 17h00, comme il faut bien divertir un peu la galerie, une sortie est organisée, à nouveau sur la rivière et dans la même direction que pour le trek dans la jungle de ce matin. En principe c'est l'heure des singes qui viennent aussi batifoler près de l'eau avant d'aller se coucher. Ça a commencé par les sempiternels macaques, hornbills et autres martins pécheurs dont on ne fait plus trop attention dépassé le stade de la première heure d'aventure sur la rivière. 
Macaque
Alors que je pensais que ça allait encore être une sortie inutile question faune, me contentant de contempler le spectacle de la rivière au coucher du soleil – qui vaut largement le détour – des singes proboscis sont apparus dans les arbres. Quelle chance ! Le singe proboscis est endémique à Bornéo et ne se rencontre que là. Il est affublé d'un appendice nasal impressionnant qui lui donne un air un peu ballot. Son nez a l'air en mousse, il bouge comme du flanbi chaque fois qu'il fait un mouvement. Ça doit le gêner ! Si vous ne voyez pas à quoi ça ressemble, vous pouvez chercher dans Google en tapant proboscis, vous verrez. Dans les premiers résultats d'image il y a un photomontage avec le portrait de Depardieu. Ce n'est pas flatteur pour lui mais assez ressemblant. Il est le chaînon manquant entre le proboscis et l'homme ! Par contre notre observation a été rapidement écourtée car le ciel est soudainement devenu tout noir avec les éclairs qui flashaient tout autour de nous. 
Proboscis
Nous étions encore préservés, miraculeusement, la rivière formant un corridor qui trouait les nuages ; mais pour combien de temps encore... Le capitaine a préféré rentrer par sécurité, la pluie n'étant pas un problème mais la foudre si ! On est rentré au poncho, les éclairs zébrant le ciel comme ces tempêtes que l'on voit en plein ciel dans les films. Je n'osais penser au fait que nous étions seuls sur une pauvre embarcation de bois au milieu d'une rivière cernée par la jungle et soumise à des éléments en furie, comme un drapeau indiquant à la foudre où frapper !
Avant le dîner c'est l'heure où le camp s'anime. Le personnel entame une partie de foot sur un terrain improvisé et moitié boueux, demandant aux gens de les rejoigne. Ça y est, les 6 sont arrivés, nous demandant comment c'est et s'il fait beau la journée. Car ils sont un peu inquiets avec ce qui tombe. 
Ça se gâte!
On leur a passé sous silence le fait que question bestioles ce n'est pas tant l'extase que cela. Ils se feront leur propre opinion ! De plus je pense que ça dépend des jours, on dira qu'on n'a juste pas eu trop de chance jusqu'à présent, à part avec les proboscis ce soir. Je dois d'ailleurs aller les voir de plus près dès demain, dans un sanctuaire qui leur est réservé. Ici c'est un peu un aperçu avant d'avoir ensuite un zoom plus précis. Après le foot, le personnel, au nombre de 13, prend deux guitares et pousse la chansonnette à tue tête, faux et en frappant sur les tables pour le rythme. On ne s'entend plus et j'ai carrément décroché des conversations. Je suis à table le nez dans l'assiette regardant la jungle autour de moi comme un autiste. Courage, c'est le dernier soir ! Au passage, je ne sais pas pourquoi ils sont autant, 13 ça fait un peu beaucoup pour huit convives, non ? La moyenne d'âge doit en plus être inférieure à 20 ans. Peut être qu'il sont plus heureux dans la jungle entre eux, ça leur fait comme un camp de scouts...
A 21 heures, nouvelle balade sur la rivière. Décidément je commence à la connaître. Cette fois c'est pour découvrir des bestioles assoupies, moins farouches. On a profité d'une accalmie pour prendre le large. On n'a pas tardé à trouver des macaques assoupis qui dormaient le cul posé dans une fourche, deux par deux, en se faisant face et se prenant dans les bras. C'était trop mignon de les voir enlacés comme ça à se tenir chaud. Ils ont la bonne méthode, ça les équilibre et ainsi ils n'ont que le dos exposé à la pluie. J'ai bien aimé cette sortie, mystérieuse, navigant sur une barque dans une nuit noire transpercée par des éclairs aveuglants, la pluie sur nous, avançant à la lumière d'une torche braquée par l'un des guides sur les cimes des arbres à l’avant du navire. C'était l'aventure ! En dérivant, les scènes éclairées retournaient dans l'obscurité et les singes redevenaient invisibles, parés pour passer une nuit entière ainsi. Ils ont bien du mérite, ces petites choses à dormir dans une jungle qui nous est inhospitalière sous les intempéries. Plus loin on a croisé sous un bosquet un chat sauvage « leopard cat », adorable avec se robe blanche aux petits ronds dorés. Pour un peu je l'aurais embarqué à la maison !

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